Le débat sur l'usage de la force en Libye et en Côte d'Ivoire a fait passer au second rang les informations relatives au désarmement. Voici quelques nouvelles de ce premier trimestre 2011 :
- Dépenses militaires : elles se sont élevées en 2010 au chiffre scandaleux de 1630 milliards de dollars US, selon l'institut SIPRI: Stockholm International Peace Research Institute.
Certes, elles n'ont augmenté "que" de 1% depuis 2009 mais ce ralentissement.. de la hausse est dérisoire par rapport à l'ampleur proclamée de la crise financière mondiale. Les dépenses militaires des États-Unis représentent 43 % des dépenses mondiales. Leur croissance a certes ralenti mais « les États-Unis ont augmenté leurs dépenses de 81 % depuis 2001 », indique le SPIRI dans un communiqué. « À 4,8 % du PIB, le fardeau militaire des États-Unis en 2010 est le plus lourd au monde après celui du Moyen-Orient », ajoute-t-il.
Les dépenses en armement du Moyen-Orient ont augmenté de 2,5 %, (111 milliards de dollars). Celles de l'Asie ont progressé de 1,4 %, celles de l'Europe ont diminué de 2,8 %, notamment avec la crise économique grecque. Par contre, il est préoccupant de constater que l'Amérique du Sud a connu la plus forte augmentation de ses dépenses militaires en 2010 avec une hausse de 5,8 % (63,3 milliards de dollars, chiffre certes moins élevé que d'autres régions du monde). En Afrique, l'augmentation la plus forte se situe chez les grands producteurs de pétrole africains, comme l'Algérie, l'Angola et le Nigéria qui ont fait grimper les dépenses en armement du continent de 5,2 %.
On peut comprendre que le Haut-représentant des Nations unies pour le désarmement, Sergio Duarte, ait indiqué mercredi dernier que l’argent dépensé par les États pour atteindre leurs objectifs tels que l’éradication de la pauvreté, l’éducation pour tous les enfants et apporter des soins sanitaires décents représentait toujours une fraction de ce qu’ils dépensent pour s’armer
«Moins du dixième des dépenses militaires annuelles aurait suffi pour atteindre les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) et sortir toute la population de la pauvreté extrême d’ici 2015», a-t-il affirmé.
Armes nucléaires :
- Bonne nouvelle : l'Ukraine a terminé jeudi dernier la destruction de l'intégralité des vecteurs d'ogives nucléaires et des armes de destruction massive, héritées de l'Union soviétique, se trouvant sur son sol, a confirmé le chef du département de recyclage et de déminage civil de l'entreprise Ukroboronservice, Konstantin Darkin au terme d'une cérémonie organisée dans la région de Khmelnitski (ouest) à l'occasion de la destruction du dernier missile soviétique Scud B.
- autre bonne nouvelle : le Siège des Nations unies, à New-York, présente depuis le 24 mars, deux tours de trois mètres de haut, formées par les 1,02 millions de signatures de pétitions, collectées par les "Maires pour la paix" pour la conférence du TNP de mai 2010 ("Les cités ne sont pas des cibles !"). Ce "monument", oeuvre d'art, a été inauguré par Ban Ki-moon et Michael Douglas, messager de la paix. Cette "installation" est la première oeuvre d'art permanente, provenant entièrement de la société civile, à figurer dans le hall des Nations unies.
- à savoir : Après les élections municipales du 10 avril à Hiroshima, le nouveau maire s'appelle M. Kazumi Matsui. C'est lui qui devient le nouveau président de "Mayors for peace" (Maires pour la paix) : souhaitons-lui bonne réussite et bon travail comme l'avait accomplis son prédécesseur M. Tadatoshi Akiba, devenu professeur à l'Université d'Hiroshima.
- Mauvaise nouvelle ? La Conférence du désarmement à Genève piétine toujours depuis treize ans et a achevé sa session du premier trimestre sans adopter de programme de travail. Certes, en début d'année, certains signes semblaient encourageants : les délégations d'Australie et du Japon avaient organisé des séminaires parallèles permettant de creuser certaines définitions et vérifications relatives à un éventuel traité d'interdiction des matières fissiles nucléaires ("cut-off"), des séances thématiques avaient eu lieu, y compris en lien avec la société civile. Mais le débat s'est de nouveau enlisé sur la nature du programme à voter, et surtout sur l'opposition entre le Pakistan seul état à refuser de discuter d'un Traité sur les matières fissiles et les positions intransigeantes des pays nucléaires et de l'Union européenne, en particulier de la France, refusant d'explorer toute voie originale ou inventive pour surmonter la crise.
Avant la reprise des séances prévue mi-mai, des voies s'élèvent, soit pour dire que le débat pourrait explorer d'autres domaines comme l'interdiction de la militarisation de l'espace (négociations PAROS), sujet qui semble évoluer positivement, soit, hypothèse plus risquée, de conduire des discussions ou négociations en dehors de la Conférence du désarmement...
Armes biologiques :
À Genève se déroule une réunion préparatoire à la 7e conférence d’examen de la Conférence d'interdiction des armes biologiques (CIAB), qui se déroulera en décembre 2011 à Genève. La CIAB compte 163 Etats-parties et 13 signataires, 19 pays ne l’ont encore ni signée, ni ratifiée. Rappelons que le point faible de cette Convention est de ne pas comporter de véritable dispositif de vérification au contraire de celle sur les armes chimiques (CIAC). George W. Bush avait fait capoter les négociations sur le point d'aboutir en 2002. Depuis, des progrès timides vers la confiance ont été faits mais un long chemin reste à parcourir sur un sujet très dangereux, avec de nouvelles générations d'armes biologiques risquant d'apparaître.
Ce blog est dédié aux problématiques de la paix et du désarmement, des institutions internationales (ONU, OTAN), à la promotion d'une culture de la paix. Textes sous license Creative Commons by-nc-sa
mardi 19 avril 2011
jeudi 14 avril 2011
L'après Libye - Côte d'Ivoire : les débat de demain
Les situations en Côte d'Ivoire et même en Libye prennent un nouveau cours. L'arrestation de Laurent Bagbo rétablit une situation juridique normale dans le pays. Mais le président A. Ouattara, malgré sa légitimité, doit maintenant mettre en chantier la réconciliation dans la population, permettre le jugement impartial de tous les crimes de guerre ou atrocités commis par tous les camps, travailler au redémarrage de la vie économique et sociale. Il a annoncé la création d'une commission "vérité et réconciliation", l'ONU a créé une commission d'enquête avec trois personnalités : leurs résultats seront essentiels. L'ONUCI s'est engagée à aider au retour à l'ordre républicain et à la sécurité intérieure. Il est clair que la France devrait, pour clarifier ses rapports avec le pouvoir, annoncer le retrait de la force Licorne tandis que l'ONUCI devrait être renforcée temporairement pour garantir la transition politique en faisant appel à des forces africaines supplémentaires.
En Libye, les propositions de l'Union africaine pour un cessez-le-feu et une période de transition doivent être soutenues. Les pays dits de "la coalition" (dont la France) doivent faire pression pour que les opposants à Khadafi acceptent un processus négocié. M. Juppé fait une interprétation déformée de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité : celle-ci n'implique pas un départ de M. Khadafi mais un arrêt réel de toutes les opérations militaires de celui-ci (et de ses opposants). La zone d'exclusion aérienne a été créée, le volet militaire doit donc aujourd'hui faire place au volet diplomatique et au renforcement des pressions politique, notamment sur l'entourage du dirigeant libyen.
Même si la situation reste préoccupante dans ces deux pays (sans négliger ce qui se passe ailleurs notamment en Syrie, au Bahrein et à Gaza), il n'est peut-être pas trop tôt pour commencer d'ouvrir la réflexion sur la période que nous venons de vivre.
Un des éléments centraux des événements en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Côte d'Ivoire et dans d'autres pays africains est l'aspiration grandissante à la vie démocratique et à l'ouverture des sociétés. L'élargissement des moyens d'information n'y est pas pour rien. Cette aspiration, dans plusieurs pays (pas tous certes), s'est exprimée au travers de mouvements populaires trouvant des formes d'action nouvelles au delà des structures organisationnelles anciennes, à l'aide des "réseaux sociaux" (Facebook, mails) en particulier.
Les Nations unies, au travers de résolutions au contenu nouveau centré sur la nouvelle notion de "responabilité de protéger", se sont trouvées au centre du règlement de ces problèmes. Elles n'ont pas été "instrumentalisées", non déplaise à certaines analyses "anti-impérialistes", ossifiées sur des schémas hérités de la Guerre froide. Par contre, comme il ne faut pas être naïf, il faut constater que chaque élaboration de résolution, chaque interprétation, chaque mise en oeuvre ont été l'objet d'une bataille politique et diplomatique féroces de certaines grandes puissances du Conseil de sécurité (USA, France et Grande-Bretagne) pour les détourner au profit de leurs intéêts stratégiques, politiques, économiques. D'autres comme Chine et Russie ne sont pas opposées à ces avancées de la sécurité humaine, mais n'ont pas essayé de mieux cadrer les manoeuvres des puissances occidentales (N.B : un changement semble heureusement s'amorcer avec la résolution des pays du B.R.I.C -Brésil, Russie, Inde, Chine- aujourd'hui à Pékin). Dans toutes ces crises, les organisations régionales, Union africaine et CEDEAO, Ligue arabe ont joué un rôle de plus en plus important malgré encore beaucoup de confusions dans leurs rangs.
Les opinions publiques et ONG ont peu pesé dans les débats car elles ont eu du mal à sortir de leur fonction protestaire ("Non à la guerre") pour peser et dire "Oui à la protection des civils, Oui au respect strict du droit international dans l'utilisation de la contrainte, Oui au contrôle exclusif par l'ONU"
Si on veut continuer de faire avancer le droit international ET limiter, voire empêcher les manipulations et manoeuvres des grandes puissances, il est nécessaire d'ouvrir le débat sur un certain nombre de problèmes.
Comment limiter l'ambiguïté de certaines résolutions au Conseil de sécurité cermettant l'usage de la force comme dans la résolution 1973 ("prendre toutes mesures nécessaires" pour...). Dans les années 2000, une proposition avait été avancée qui devrait être remise aujourd'hui dans le débat : imposer un code de bonne conduite pour l'application par les membres du Conseil de sécurité du Chapitre VII de la Charte des Nations unies (celui autorisant l'usage de la force), délimitant plus précisément les conditions et cadres de sa mise en oeuvre, imposant plus systématiquement un volet civil et politique prioritaire.. C'est un champ d'action important à investir par la société civile.
Lorsque la force militaire semble nécessaire, comment éviter que par "obligation d'efficacité", l'ONU et les membres du Conseil de sécurité ne fassent appel à l'OTAN ? Il y a deux volets à une réponse possible : multiplier les alternatives à l'OTAN au niveau des "vraies" organisations régionales pour tout ou partie des demandes. Au lieu de discours sur une défense européenne qui reproduirait les mêmes schémas de militarisations qu'aujourd'hui, comment réfléchir à des moyens européens ou forces spécialement développées pour le soutien aux opérations de l'ONU (maintien de la paix, catastrophes naturelles majeures, catastrophes humanitaires) ? Ce pourrait être le développement de moyens de transport militaires communs (avion gros porteur, poste-avions franco-britannique), de moyens d'observation (satellites et système européen), de forces de police (gendarmerie européenne). Pour des organisations régionales comme l'Union africaine, cela supposerait une aide spécifique sur certains équipements adaptés de proximité (hélicoptères, etc...).
La question la plus délicate en apparence est celle du commandement et de la coordination d'une opération à dimension militaire (ex de la zone d'exclusion aérienne) : le choix de l'OTAN comme coordinateur a été présenté comme inéluctable mais d'autres solutions peuvent être trouvées. L'Union européenne a déjà monté une opération de maintien de la paix, l'intervention Artémis de juin 2003, en Iturie (RDC), dans le cadre de la PESD, de manière autonome, en mobilisant des moyens exclusivement européens, sans recourir aux capacités de l’OTAN.
Ne faut-il pas poser la question de la réactivation sous une forme nouvelle du Comité d'État-major de l'ONU, prévu dans la Charte ? En effet, l’ONU se retrouve de fait, aujourd’hui, comme la seule organisation internationale dont l’organe directeur, le Conseil de sécurité, ne s’appuie pas sur un organe de conseil militaire (comme cela se fait à l’OTAN et à l’Union européenne). La discussion sur une possible réactivation du Comité d’état-major a été à nouveau relancée le 23 janvier 2009, au Conseil de sécurité, afin d’améliorer la planification, la conduite et le suivi des opérations de maintien de la paix.
Selon Alexandra Novosseloff chercheure au Centre Thucydide, la première étape d’une réactivation du Comité d’état-major serait sa saisine par le Conseil de sécurité. Les prochaines étapes pourraient permettre d'inviter à ses réunions, de manière systématique mais informelle, les autres membres du Conseil et les principaux contributeurs de troupes concernés pour développer l'information et les coordinations. Ce débat ne doit-il pas être élargi et la société civile s'emparer ?
Reste la question la plus soulevée : quid de forces onusiennes permanentes pour le maintien de la paix. On touche à un problème à la fois financier énorme en coûts de personnel, de logistique et d'armement mais surtout à un problème politique de souveraineté, de transparence.
L'avancement du droit et des critères d'application peut permettre de lever des obstacles. Du chemin a été fait avec la publication du rapport de Lakhdar Brahimi et du « Groupe d’étude sur les opérations de paix de l’ONU » a été créé en mars 2000 par le Secrétaire général afin de faire des recommandations pour améliorer la pratique de l’ONU dans le domaine du maintien de la paix.
Il reste encore largement à appliquer même si aujourd'hui le dispositif onusien a cru considérablement puisqu'au 31 janvier 2010, 84.835 militaires onusiens étaient déployés dans le monde, 12.794 policiers, ainsi que 2314 observateurs militaires, soit un total de 99.943 personnes, contre 12.400 en 1996.
Il existe maintenant un Secrétaire-général adjoint de l'ONU au maintien de la paix, une structure logistique onusienne a été crée à ses côtés, une base logistique a été créée en Italie.
En même temps, il est difficile d'imaginer que des forces onusiennes puissent être utilisées dans des opérations rapides de protection de population. L'ONU risque d'être obligée pendant longtemps à faire appel à des contributions de pays avec toutes les questions d'encadrement juridique et militaires exposées auparavant.
Il est évident par ailleurs que tout progrès dans le maintien de la paix tant sur le plan juridique que militaire ne peut se comprendre durablement que dans deux cadres : celui du progrès de la démilitarisation des relations internationales (progrès des traités de désarmement, diminution des dépenses militaires) et celui d'une démocratisation progressive des différents niveaux d'élaboration et décision du sytèmes des Nations unies (élargissement du Conseil de sécurité, poids de l'Assemblée générale, place de la société civile, encadrement des agences économiques comme FMI, BM et OMC).
Au dela des conséquences dans leurs propres pays, les luttes des populations du continent africain n'auront pas été inutiles si elles font aussi avancer le débat sur le renforcement du droit international, la construction d'une sécurité globale, coopérative et humaine.
Jeudi 14 avril 2011
En Libye, les propositions de l'Union africaine pour un cessez-le-feu et une période de transition doivent être soutenues. Les pays dits de "la coalition" (dont la France) doivent faire pression pour que les opposants à Khadafi acceptent un processus négocié. M. Juppé fait une interprétation déformée de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité : celle-ci n'implique pas un départ de M. Khadafi mais un arrêt réel de toutes les opérations militaires de celui-ci (et de ses opposants). La zone d'exclusion aérienne a été créée, le volet militaire doit donc aujourd'hui faire place au volet diplomatique et au renforcement des pressions politique, notamment sur l'entourage du dirigeant libyen.
Même si la situation reste préoccupante dans ces deux pays (sans négliger ce qui se passe ailleurs notamment en Syrie, au Bahrein et à Gaza), il n'est peut-être pas trop tôt pour commencer d'ouvrir la réflexion sur la période que nous venons de vivre.
Un des éléments centraux des événements en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Côte d'Ivoire et dans d'autres pays africains est l'aspiration grandissante à la vie démocratique et à l'ouverture des sociétés. L'élargissement des moyens d'information n'y est pas pour rien. Cette aspiration, dans plusieurs pays (pas tous certes), s'est exprimée au travers de mouvements populaires trouvant des formes d'action nouvelles au delà des structures organisationnelles anciennes, à l'aide des "réseaux sociaux" (Facebook, mails) en particulier.
Les Nations unies, au travers de résolutions au contenu nouveau centré sur la nouvelle notion de "responabilité de protéger", se sont trouvées au centre du règlement de ces problèmes. Elles n'ont pas été "instrumentalisées", non déplaise à certaines analyses "anti-impérialistes", ossifiées sur des schémas hérités de la Guerre froide. Par contre, comme il ne faut pas être naïf, il faut constater que chaque élaboration de résolution, chaque interprétation, chaque mise en oeuvre ont été l'objet d'une bataille politique et diplomatique féroces de certaines grandes puissances du Conseil de sécurité (USA, France et Grande-Bretagne) pour les détourner au profit de leurs intéêts stratégiques, politiques, économiques. D'autres comme Chine et Russie ne sont pas opposées à ces avancées de la sécurité humaine, mais n'ont pas essayé de mieux cadrer les manoeuvres des puissances occidentales (N.B : un changement semble heureusement s'amorcer avec la résolution des pays du B.R.I.C -Brésil, Russie, Inde, Chine- aujourd'hui à Pékin). Dans toutes ces crises, les organisations régionales, Union africaine et CEDEAO, Ligue arabe ont joué un rôle de plus en plus important malgré encore beaucoup de confusions dans leurs rangs.
Les opinions publiques et ONG ont peu pesé dans les débats car elles ont eu du mal à sortir de leur fonction protestaire ("Non à la guerre") pour peser et dire "Oui à la protection des civils, Oui au respect strict du droit international dans l'utilisation de la contrainte, Oui au contrôle exclusif par l'ONU"
Si on veut continuer de faire avancer le droit international ET limiter, voire empêcher les manipulations et manoeuvres des grandes puissances, il est nécessaire d'ouvrir le débat sur un certain nombre de problèmes.
Comment limiter l'ambiguïté de certaines résolutions au Conseil de sécurité cermettant l'usage de la force comme dans la résolution 1973 ("prendre toutes mesures nécessaires" pour...). Dans les années 2000, une proposition avait été avancée qui devrait être remise aujourd'hui dans le débat : imposer un code de bonne conduite pour l'application par les membres du Conseil de sécurité du Chapitre VII de la Charte des Nations unies (celui autorisant l'usage de la force), délimitant plus précisément les conditions et cadres de sa mise en oeuvre, imposant plus systématiquement un volet civil et politique prioritaire.. C'est un champ d'action important à investir par la société civile.
Lorsque la force militaire semble nécessaire, comment éviter que par "obligation d'efficacité", l'ONU et les membres du Conseil de sécurité ne fassent appel à l'OTAN ? Il y a deux volets à une réponse possible : multiplier les alternatives à l'OTAN au niveau des "vraies" organisations régionales pour tout ou partie des demandes. Au lieu de discours sur une défense européenne qui reproduirait les mêmes schémas de militarisations qu'aujourd'hui, comment réfléchir à des moyens européens ou forces spécialement développées pour le soutien aux opérations de l'ONU (maintien de la paix, catastrophes naturelles majeures, catastrophes humanitaires) ? Ce pourrait être le développement de moyens de transport militaires communs (avion gros porteur, poste-avions franco-britannique), de moyens d'observation (satellites et système européen), de forces de police (gendarmerie européenne). Pour des organisations régionales comme l'Union africaine, cela supposerait une aide spécifique sur certains équipements adaptés de proximité (hélicoptères, etc...).
La question la plus délicate en apparence est celle du commandement et de la coordination d'une opération à dimension militaire (ex de la zone d'exclusion aérienne) : le choix de l'OTAN comme coordinateur a été présenté comme inéluctable mais d'autres solutions peuvent être trouvées. L'Union européenne a déjà monté une opération de maintien de la paix, l'intervention Artémis de juin 2003, en Iturie (RDC), dans le cadre de la PESD, de manière autonome, en mobilisant des moyens exclusivement européens, sans recourir aux capacités de l’OTAN.
Ne faut-il pas poser la question de la réactivation sous une forme nouvelle du Comité d'État-major de l'ONU, prévu dans la Charte ? En effet, l’ONU se retrouve de fait, aujourd’hui, comme la seule organisation internationale dont l’organe directeur, le Conseil de sécurité, ne s’appuie pas sur un organe de conseil militaire (comme cela se fait à l’OTAN et à l’Union européenne). La discussion sur une possible réactivation du Comité d’état-major a été à nouveau relancée le 23 janvier 2009, au Conseil de sécurité, afin d’améliorer la planification, la conduite et le suivi des opérations de maintien de la paix.
Selon Alexandra Novosseloff chercheure au Centre Thucydide, la première étape d’une réactivation du Comité d’état-major serait sa saisine par le Conseil de sécurité. Les prochaines étapes pourraient permettre d'inviter à ses réunions, de manière systématique mais informelle, les autres membres du Conseil et les principaux contributeurs de troupes concernés pour développer l'information et les coordinations. Ce débat ne doit-il pas être élargi et la société civile s'emparer ?
Reste la question la plus soulevée : quid de forces onusiennes permanentes pour le maintien de la paix. On touche à un problème à la fois financier énorme en coûts de personnel, de logistique et d'armement mais surtout à un problème politique de souveraineté, de transparence.
L'avancement du droit et des critères d'application peut permettre de lever des obstacles. Du chemin a été fait avec la publication du rapport de Lakhdar Brahimi et du « Groupe d’étude sur les opérations de paix de l’ONU » a été créé en mars 2000 par le Secrétaire général afin de faire des recommandations pour améliorer la pratique de l’ONU dans le domaine du maintien de la paix.
Il reste encore largement à appliquer même si aujourd'hui le dispositif onusien a cru considérablement puisqu'au 31 janvier 2010, 84.835 militaires onusiens étaient déployés dans le monde, 12.794 policiers, ainsi que 2314 observateurs militaires, soit un total de 99.943 personnes, contre 12.400 en 1996.
Il existe maintenant un Secrétaire-général adjoint de l'ONU au maintien de la paix, une structure logistique onusienne a été crée à ses côtés, une base logistique a été créée en Italie.
En même temps, il est difficile d'imaginer que des forces onusiennes puissent être utilisées dans des opérations rapides de protection de population. L'ONU risque d'être obligée pendant longtemps à faire appel à des contributions de pays avec toutes les questions d'encadrement juridique et militaires exposées auparavant.
Il est évident par ailleurs que tout progrès dans le maintien de la paix tant sur le plan juridique que militaire ne peut se comprendre durablement que dans deux cadres : celui du progrès de la démilitarisation des relations internationales (progrès des traités de désarmement, diminution des dépenses militaires) et celui d'une démocratisation progressive des différents niveaux d'élaboration et décision du sytèmes des Nations unies (élargissement du Conseil de sécurité, poids de l'Assemblée générale, place de la société civile, encadrement des agences économiques comme FMI, BM et OMC).
Au dela des conséquences dans leurs propres pays, les luttes des populations du continent africain n'auront pas été inutiles si elles font aussi avancer le débat sur le renforcement du droit international, la construction d'une sécurité globale, coopérative et humaine.
Jeudi 14 avril 2011
mercredi 6 avril 2011
Côte d'Ivoire, Libye : trouver des solutions politiques, débattre avec sérieux...
À Abidjan, la situation peut facilement tourner à la catastrophe si l'option diplomatique ne reprend pas vite le dessus.
Les pressions doivent s'accentuer pour que Laurent Gbagbo reconnaisse le verdict des urnes et quitte le pouvoir comme l'a sommé le 14 avril dernier l'Union africaine à Addis Abeba. Même si l'ultimatum de 15 jours donné alors par l'U.A à Laurent Gbagbo a été dépassé, Alassane Ouattara a fait une faute politique en passant à l'option militaire pour imposer sa légitimité. De plus, il devra condamner sans faiblesse les exactions de ses troupes à Duékoué, dans l'ouest du pays : les bilans oscillent de 330 tués à un millier de morts ou disparus selon l'ONU. Le procureur de la CPI a décidé de lancer une enquête : c'est bien. Jusqu'à présent, c'étaient l'armée ou les milices de Gbagbo qui avaient, pour l'essentiel, semé la terreur à Abidjan (plus de 400 tués en quatre mois selon l'ONU).
En Libye, là aussi, l'heure est à accentuer les efforts diplomatiques pour monter une période de transition qui permette un compromis entre les deux camps.
Tout comme pour la Lybie, la place de l'ONU, son rôle, son positionnement sont l'objet de déformations, dues soit à l'ignorance, soit au jeu politicien.
Les débats sont légitimes s'ils portent sur les vraies questions et non sur des affirmations erronées ou tendancieuses.
Le représentant des Nations unies devait-il certifier les élections, y était-il autorisé ? OUI, la résolution 1765 du conseil de sécurité de 2007, accepté par toutes les parties, confie au représentant de l'ONU le soin de certifier les élections à toutes les étapes, donc la proclamation des résultats. Cette décision visait à surmonter les oppositions qui se manifesteraient aux différents niveaux nationaux, donc, il était normal et prévu que la certification onusienne intervienne APRÈS les différents avis des structures ivoiriennes.
Devait-il l'annoncer dans les formes, les délais où il l'a fait ? C'est un débat possible, mais le représentant de Ban Ki-moon s'est justifié par l'examen des procès-verbaux, après une élection dont la préparation avant, pendant et après a été une des plus sophistiquées engagées par les Nations-unies de leur histoire (la plus chère aussi)...
La force de l'ONU, l'ONUCI, a été victime pendant quatre mois de provocations, voire d'attaques fréquentes de la part des partisans de Laurent Gbagbo. Après l'attaque des troupes fidèles à M. Ouattara, les premières ripostes de M. Gbagbo à Abidjan ont conduit Ban Ki_moon à faire bombarder des bases militaires de L. Gbagbo pour éviter des massacres sur les civils. En avait-il le droit ? OUI, la résolution 1975 des Nations unies est claire dans ses points 6 et 7 :
"6. [le conseil de Sécurité] Rappelle, tout en soulignant qu’il l’a assurée de son plein appui à cet égard, qu’il a autorisé l’ONUCI, dans le cadre de l’exécution impartiale de son mandat, à utiliser tous les moyens nécessaires pour s’acquitter de la tâche qui lui incombe de protéger les civils menacés d’actes de violence physique imminente, dans la limite de ses capacités et dans ses zones de déploiement, y compris pour empêcher l’utilisation d’armes lourdes contre la population civile, et prie le Secrétaire général de le tenir informé de manière urgente des mesures prises et des efforts faits à cet égard;
7. Demande à toutes les parties de coopérer pleinement aux opérations de l’ONUCI et des forces françaises qui la soutiennent, notamment en garantissant leur sécurité et leur liberté de circulation avec accès immédiat et sans entrave sur tout le territoire de la Côte d’Ivoire afin de leur permettre d’accomplir pleinement leur mission;"
On peut critiquer le texte de la résolution mais par contre, placée sous la cadre du chapitre VII de la Charte, elle autorise sans ambiguité le Secrétaire Général à décider de frappes pour éviter les tirs d'armes lourdes des forces de Gbagbo contre la population civile d'Abidjan... L'appréciation de M. Ban Ki-moon a-t-elle été juste ? Là encore, c'est un débat possible, mais il pouvait le faire.
De même juridiquement, il pouvait demander aux forces français stationnées en Côte d'Ivoire de l'aider dans cette tâche.
La France devait-elle accepter ? C'est encore un débat légitime. Compte-tenu de son passé colonial, des affrontements de 2004, on peut estimer que M. Sarkozy aurait dû refuser, ou tout au moins, consulter les pays africains, responsables de l'Union africaine. Son acceptation rapide, venant après ses gesticulations au début de la crise libyenne, ne plaident pas en sa faveur et laissent penser que les préoccupations de politique intérieures n'ont pas été absentes. Il aurait été préférable que la force Licorne soit remplacée depuis longtemps par des forces d'un autre pays aussi aguerries, ou que les forces de l'ONUCI soient mieux équipées pour remplir leur mission de protection.
Mais peut-on écrire que "Rarement les Nations-Unies, dont la Charte bannit explicitement le recours à la force, auront été à ce point instrumentalisées" (déclaration PCF du 5 avril) ? NON, la Charte des Nations unies exclut le recours à la force entre les pays pour régler leurs différends, mais elle permet au Conseil de sécurité d'"entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales." dans le cadre du chapitre VII de la même Charte.
Le problème juridique était le même pour l'adoption de la résolution 1973 sur la Libye relative à la protection de la population civile menacée.
Là encore, on peut très normalement critiquer l'extension abusive de cette notion de "rétablissement de la paix et de la sécurité internationale" à des situations de conflits essentiellement locaux, mais menons ce débat pour faire avancer le droit international, la défense de la paix et des droits humains de manière rigoureuse...
Il faut être logique, on ne peut pas demander l'intervention de l'ONU ou de l'UE pour protéger le peuple palestinien lors de l'attaque de Gaza, et lorsque ce principe avance dans le droit international, dire « ah, non c'est pas bon, etc... » ;
En Côte d'Ivoire, idem, on ne peut dire : l'ONU contrôle le processus électoral (résolution 1975 de juillet 2007), arriver aux élections, et puis après que l'ONU ait préparé et contrôlé ces élections, les ait certifiées, dire, « ah non, faut voir ».
Il ne faut pas se tromper et « se tirer une balle dans le pied » : souhaiter le droit international et un nouvel ordre international plus juste et tirer dans le dos de la structure chargé de le mettre en application. (En France, on critique parfois une décision de justice mais on ne remet pas en cause fondamentalement l'institution judiciaire, ni la police en permanence).
Il y a encore des équivoques à lever, notamment dans la gauche radicale : quel est le but suivi au plan mondial ? Est-ce la lutte contre un impérialisme (américain) pour lui opposer non plus un "socialisme mondial" qui n'existe plus, mais un « autre monde » notion aussi floue pour l'instant et tout aussi globalisante que la précédente, ou est-ce la construction d'une société mondiale de droit et de justice, permettant des avancées démocratiques et sociales pour les peuples, leur permettant de développer de nouveaux rapports de force, donc avec des institutions pour créer et dire le droit et pour le faire respecter.
Celles-ci existent : pour construire et dire le droit, c'est la Charte de l'ONU et le Conseil de sécurité, les Traités et Conventions diverses. Pour faire respecter le droit, en dehors de la Cour pénale internationale encore balbutiante, il n'y a qu'un seul "marteau-pilon" souvent inadapté, le Conseil de sécurité par le biais du chapitre VII, permettant l'usage de la force au cas par cas (ainsi bien sûr que toute autre mesure de blocus, de sanctions, d'interdiction). Il n'y a pas encore de forces de "police internationale onusienne" permanentes : je pense que les événements de ces derniers mois devraient permettre de ré-ouvrir le débat sur cette question.
Mais ce débat suppose aussi de lever des ambiguïtés : on voit encore des analyses soit ignorantes soit de mauvaise foi : soutien déguisé à Gbagbo ou à Khadafi au nom du principe, « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ou au moins je les soutiens », les « amis de mes ennemis sont mes ennemis et je les combats» (Ouattara et sa carrière au FMI), et « s'il y a mon ennemi dans une opération, l'ensemble de l'opération est forcément mauvaise », sans tenir des contradictions qui traversent certaines positions politiques (voir Sarkozy)..
Il faut se fixer des repères dans la vision du monde à construire et s'y tenir. C'est ainsi que nous construirons de vraies perspectives en portant des jugements en fonction des faits, en bâtissant des mobilisations et des rapports de force sur des principes et non en fonction de la position des acteurs dans des constructions idéologiques. Ne pas fournir des points de repère sérieux quant à la marche du monde : autour de la promotion du multilatéralisme, du droit international et d'une culture de paix s'appuyant sur un système des Nations unies à soutenir et réformer d'une même démarche, serait renoncer à une transformation concrète de l'humanité.
Mercredi 6 avril 2011
Les pressions doivent s'accentuer pour que Laurent Gbagbo reconnaisse le verdict des urnes et quitte le pouvoir comme l'a sommé le 14 avril dernier l'Union africaine à Addis Abeba. Même si l'ultimatum de 15 jours donné alors par l'U.A à Laurent Gbagbo a été dépassé, Alassane Ouattara a fait une faute politique en passant à l'option militaire pour imposer sa légitimité. De plus, il devra condamner sans faiblesse les exactions de ses troupes à Duékoué, dans l'ouest du pays : les bilans oscillent de 330 tués à un millier de morts ou disparus selon l'ONU. Le procureur de la CPI a décidé de lancer une enquête : c'est bien. Jusqu'à présent, c'étaient l'armée ou les milices de Gbagbo qui avaient, pour l'essentiel, semé la terreur à Abidjan (plus de 400 tués en quatre mois selon l'ONU).
En Libye, là aussi, l'heure est à accentuer les efforts diplomatiques pour monter une période de transition qui permette un compromis entre les deux camps.
Tout comme pour la Lybie, la place de l'ONU, son rôle, son positionnement sont l'objet de déformations, dues soit à l'ignorance, soit au jeu politicien.
Les débats sont légitimes s'ils portent sur les vraies questions et non sur des affirmations erronées ou tendancieuses.
Le représentant des Nations unies devait-il certifier les élections, y était-il autorisé ? OUI, la résolution 1765 du conseil de sécurité de 2007, accepté par toutes les parties, confie au représentant de l'ONU le soin de certifier les élections à toutes les étapes, donc la proclamation des résultats. Cette décision visait à surmonter les oppositions qui se manifesteraient aux différents niveaux nationaux, donc, il était normal et prévu que la certification onusienne intervienne APRÈS les différents avis des structures ivoiriennes.
Devait-il l'annoncer dans les formes, les délais où il l'a fait ? C'est un débat possible, mais le représentant de Ban Ki-moon s'est justifié par l'examen des procès-verbaux, après une élection dont la préparation avant, pendant et après a été une des plus sophistiquées engagées par les Nations-unies de leur histoire (la plus chère aussi)...
La force de l'ONU, l'ONUCI, a été victime pendant quatre mois de provocations, voire d'attaques fréquentes de la part des partisans de Laurent Gbagbo. Après l'attaque des troupes fidèles à M. Ouattara, les premières ripostes de M. Gbagbo à Abidjan ont conduit Ban Ki_moon à faire bombarder des bases militaires de L. Gbagbo pour éviter des massacres sur les civils. En avait-il le droit ? OUI, la résolution 1975 des Nations unies est claire dans ses points 6 et 7 :
"6. [le conseil de Sécurité] Rappelle, tout en soulignant qu’il l’a assurée de son plein appui à cet égard, qu’il a autorisé l’ONUCI, dans le cadre de l’exécution impartiale de son mandat, à utiliser tous les moyens nécessaires pour s’acquitter de la tâche qui lui incombe de protéger les civils menacés d’actes de violence physique imminente, dans la limite de ses capacités et dans ses zones de déploiement, y compris pour empêcher l’utilisation d’armes lourdes contre la population civile, et prie le Secrétaire général de le tenir informé de manière urgente des mesures prises et des efforts faits à cet égard;
7. Demande à toutes les parties de coopérer pleinement aux opérations de l’ONUCI et des forces françaises qui la soutiennent, notamment en garantissant leur sécurité et leur liberté de circulation avec accès immédiat et sans entrave sur tout le territoire de la Côte d’Ivoire afin de leur permettre d’accomplir pleinement leur mission;"
On peut critiquer le texte de la résolution mais par contre, placée sous la cadre du chapitre VII de la Charte, elle autorise sans ambiguité le Secrétaire Général à décider de frappes pour éviter les tirs d'armes lourdes des forces de Gbagbo contre la population civile d'Abidjan... L'appréciation de M. Ban Ki-moon a-t-elle été juste ? Là encore, c'est un débat possible, mais il pouvait le faire.
De même juridiquement, il pouvait demander aux forces français stationnées en Côte d'Ivoire de l'aider dans cette tâche.
La France devait-elle accepter ? C'est encore un débat légitime. Compte-tenu de son passé colonial, des affrontements de 2004, on peut estimer que M. Sarkozy aurait dû refuser, ou tout au moins, consulter les pays africains, responsables de l'Union africaine. Son acceptation rapide, venant après ses gesticulations au début de la crise libyenne, ne plaident pas en sa faveur et laissent penser que les préoccupations de politique intérieures n'ont pas été absentes. Il aurait été préférable que la force Licorne soit remplacée depuis longtemps par des forces d'un autre pays aussi aguerries, ou que les forces de l'ONUCI soient mieux équipées pour remplir leur mission de protection.
Mais peut-on écrire que "Rarement les Nations-Unies, dont la Charte bannit explicitement le recours à la force, auront été à ce point instrumentalisées" (déclaration PCF du 5 avril) ? NON, la Charte des Nations unies exclut le recours à la force entre les pays pour régler leurs différends, mais elle permet au Conseil de sécurité d'"entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales." dans le cadre du chapitre VII de la même Charte.
Le problème juridique était le même pour l'adoption de la résolution 1973 sur la Libye relative à la protection de la population civile menacée.
Là encore, on peut très normalement critiquer l'extension abusive de cette notion de "rétablissement de la paix et de la sécurité internationale" à des situations de conflits essentiellement locaux, mais menons ce débat pour faire avancer le droit international, la défense de la paix et des droits humains de manière rigoureuse...
Il faut être logique, on ne peut pas demander l'intervention de l'ONU ou de l'UE pour protéger le peuple palestinien lors de l'attaque de Gaza, et lorsque ce principe avance dans le droit international, dire « ah, non c'est pas bon, etc... » ;
En Côte d'Ivoire, idem, on ne peut dire : l'ONU contrôle le processus électoral (résolution 1975 de juillet 2007), arriver aux élections, et puis après que l'ONU ait préparé et contrôlé ces élections, les ait certifiées, dire, « ah non, faut voir ».
Il ne faut pas se tromper et « se tirer une balle dans le pied » : souhaiter le droit international et un nouvel ordre international plus juste et tirer dans le dos de la structure chargé de le mettre en application. (En France, on critique parfois une décision de justice mais on ne remet pas en cause fondamentalement l'institution judiciaire, ni la police en permanence).
Il y a encore des équivoques à lever, notamment dans la gauche radicale : quel est le but suivi au plan mondial ? Est-ce la lutte contre un impérialisme (américain) pour lui opposer non plus un "socialisme mondial" qui n'existe plus, mais un « autre monde » notion aussi floue pour l'instant et tout aussi globalisante que la précédente, ou est-ce la construction d'une société mondiale de droit et de justice, permettant des avancées démocratiques et sociales pour les peuples, leur permettant de développer de nouveaux rapports de force, donc avec des institutions pour créer et dire le droit et pour le faire respecter.
Celles-ci existent : pour construire et dire le droit, c'est la Charte de l'ONU et le Conseil de sécurité, les Traités et Conventions diverses. Pour faire respecter le droit, en dehors de la Cour pénale internationale encore balbutiante, il n'y a qu'un seul "marteau-pilon" souvent inadapté, le Conseil de sécurité par le biais du chapitre VII, permettant l'usage de la force au cas par cas (ainsi bien sûr que toute autre mesure de blocus, de sanctions, d'interdiction). Il n'y a pas encore de forces de "police internationale onusienne" permanentes : je pense que les événements de ces derniers mois devraient permettre de ré-ouvrir le débat sur cette question.
Mais ce débat suppose aussi de lever des ambiguïtés : on voit encore des analyses soit ignorantes soit de mauvaise foi : soutien déguisé à Gbagbo ou à Khadafi au nom du principe, « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ou au moins je les soutiens », les « amis de mes ennemis sont mes ennemis et je les combats» (Ouattara et sa carrière au FMI), et « s'il y a mon ennemi dans une opération, l'ensemble de l'opération est forcément mauvaise », sans tenir des contradictions qui traversent certaines positions politiques (voir Sarkozy)..
Il faut se fixer des repères dans la vision du monde à construire et s'y tenir. C'est ainsi que nous construirons de vraies perspectives en portant des jugements en fonction des faits, en bâtissant des mobilisations et des rapports de force sur des principes et non en fonction de la position des acteurs dans des constructions idéologiques. Ne pas fournir des points de repère sérieux quant à la marche du monde : autour de la promotion du multilatéralisme, du droit international et d'une culture de paix s'appuyant sur un système des Nations unies à soutenir et réformer d'une même démarche, serait renoncer à une transformation concrète de l'humanité.
Mercredi 6 avril 2011
mardi 29 mars 2011
Libye : tourner la page militaire...
La situation en Lybie est entrée dans une nouvelle phase. De nombreux observateurs, y compris des militaires, estiment que le volet militaire de la résolution 1973, prise par le Conseil de sécurité des Nations unies le 17 mars dernier, pour protéger les populations civiles libyennes du massacre, est accompli puisque la zone d'exclusion aérienne est respectée, que les chars utilisés pour tirer sur la population ont été détruits pour l'essentiel.
Il est temps de passer à l'application des mesures non-militaires, politiques pour obtenir un cessez-le-feu et permettre une solution à la crise..
Rappelons que, précédemment, le 26 février, le Conseil de sécurité avait adopté la résolution 1970 qui a décidé d'une saisine de la Cour pénale internationale (en considérant que "les attaques systématiques" contre la population civile en Libye actuellement en cours "peuvent être assimilées à des crimes contre l'humanité"). La résolution comprend des sanctions contre les autorités libyennes, dont un embargo sur les armes, une interdiction de voyager et un gel des avoirs, mesures renforcées dans la résolution 1973. Dix-huit individus (dont Mouammar Kadhafi, sept fils et sa fille et des personnes intimement liées au régime) sont visés par l'interdiction de voyager. Treize individus et cinq entités ou structures sont visés par le gel des avoirs. L'embargo sur les armes semble respecté.
Aujourd'hui, il paraîtrait inconcevable que des opérations militaires continuent car cela signifierait que certains pays poursuivent des objectifs autres que ceux de la résolution de l'ONU. De même, la décision de confier la coordination militaire à l'OTAN doit être rapportée car elle constitue un signal négatif aux populations de la région en accréditant l'image d'une nouvelle "croisade occidentale". De plus, l'expérience de l'Afghanistan montre que confier la direction d'un mandat de l'ONU à l'OTAN aboutit à privilégier uniquement le volet militaire au détriment du volet civil, à pervertir les mandats de maintien de la paix en mandat de guerre pour des intérêts extérieurs, économiques ou stratégiques...
Il est souhaitable que la pression de l'opinion publique pèse en ce sens car ce mardi 29 mars se tient à Londres une Conférence internationale qui discutera justement de la situation en Libye et de la sortie de crise.
MM Sarkozy et Cameron ont appelé hier, lundi, à "instaurer un dialogue politique national à même de déboucher sur un processus de transition représentatif, une réforme constitutionnelle et l’organisation d’élections libres et régulières". Cela montre qu'ils sont conscients que leur marge de manoeuvre pour se lancer dans une éventuelle aventure guerrière est étroite. L'Italie et l'Allemagne ont choisi la voie de la prudence en avançant aussi des propositions pour un cessez-le-feu et une transition démocratique. La même prudence semble marquer les dernières déclarations du Président Obama cette nuit. Enfin, l'Union africaine a avancé un plan qui propose un cessez-le-feu immédiat, l'ouverture d'un dialogue entre Libyens mais aussi la mise en place de corridors humanitaires et des mesures de protection pour les nombreux travailleurs immigrants issus d'Afrique noire présents en Libye.
Il est donc aujourd'hui possible d'entrer dans une deuxième phase, une phase politique, du processus mise en place par l'ONU au travers des résolutions 1970 et 1973 à condition qu'aucune marge de manoeuvre ne soit laissée à ceux qui rêveraient d'aventures : l'évolution de l'opinion internationale semble positive et refuse toute dérive guerrière.
C'est un enjeu important : la résolution 1973, comme je l'écrivais la semaine dernière est une résolution historique, même si elle comportait certaines ambiguïtés, car la première faisant référence au concept de "responsabilité de protéger" de la communauté internationale contre de possibles génocides, adopté en 2005 par les Nations unies. Cette notion, quoiqu'écrivent certains commentateurs, est fondamentalement différente du "droit d'ingérence" avancé dans les années 1990, qui s'inscrivait dans la logique du "bon shérif" et non celle du droit international. Il importe donc que sa première application ne soit pas entachée de manipulations et de dérives.
Avec la résolution 1973, un précédent a été créé : demain, le gouvernement d'Israël ne pourra pas si facilement réitérer son agression dans la bande de Gaza...
À ceux qui, avec quelque incohérence, critiquent la résolution de l'ONU et disent en même temps "pourquoi ne pas faire pareil au Bahrein ?", on peut faire remarquer que les situations étaient différentes mais que pour autant, il n'y a pas silence à l'ONU. Ces derniers jours, le Secrétaire général de l'ONU a parlé avec le Roi de Bahreïn, le ministre saoudien des affaires étrangères et le Président syrien. « Je leur ai rappelé la nécessité d’écouter la voix du peuple et d’entamer un dialogue ouvert à tous pour le changement, au lieu d’utiliser la répression. Je me suis aussi exprimé contre l’usage de la force contre la population civile à Bahreïn, en Syrie et au Yémen », a-t-il dit.
Par contre, est posée la question de l'interpellation des gouvernements, notamment de celui de M. Sarkozy : quelle politique étrangère cohérente avec les grandes déclarations éthiques va-t-on mener demain ?
Mardi 29 mars 2011
Il est temps de passer à l'application des mesures non-militaires, politiques pour obtenir un cessez-le-feu et permettre une solution à la crise..
Rappelons que, précédemment, le 26 février, le Conseil de sécurité avait adopté la résolution 1970 qui a décidé d'une saisine de la Cour pénale internationale (en considérant que "les attaques systématiques" contre la population civile en Libye actuellement en cours "peuvent être assimilées à des crimes contre l'humanité"). La résolution comprend des sanctions contre les autorités libyennes, dont un embargo sur les armes, une interdiction de voyager et un gel des avoirs, mesures renforcées dans la résolution 1973. Dix-huit individus (dont Mouammar Kadhafi, sept fils et sa fille et des personnes intimement liées au régime) sont visés par l'interdiction de voyager. Treize individus et cinq entités ou structures sont visés par le gel des avoirs. L'embargo sur les armes semble respecté.
Aujourd'hui, il paraîtrait inconcevable que des opérations militaires continuent car cela signifierait que certains pays poursuivent des objectifs autres que ceux de la résolution de l'ONU. De même, la décision de confier la coordination militaire à l'OTAN doit être rapportée car elle constitue un signal négatif aux populations de la région en accréditant l'image d'une nouvelle "croisade occidentale". De plus, l'expérience de l'Afghanistan montre que confier la direction d'un mandat de l'ONU à l'OTAN aboutit à privilégier uniquement le volet militaire au détriment du volet civil, à pervertir les mandats de maintien de la paix en mandat de guerre pour des intérêts extérieurs, économiques ou stratégiques...
Il est souhaitable que la pression de l'opinion publique pèse en ce sens car ce mardi 29 mars se tient à Londres une Conférence internationale qui discutera justement de la situation en Libye et de la sortie de crise.
MM Sarkozy et Cameron ont appelé hier, lundi, à "instaurer un dialogue politique national à même de déboucher sur un processus de transition représentatif, une réforme constitutionnelle et l’organisation d’élections libres et régulières". Cela montre qu'ils sont conscients que leur marge de manoeuvre pour se lancer dans une éventuelle aventure guerrière est étroite. L'Italie et l'Allemagne ont choisi la voie de la prudence en avançant aussi des propositions pour un cessez-le-feu et une transition démocratique. La même prudence semble marquer les dernières déclarations du Président Obama cette nuit. Enfin, l'Union africaine a avancé un plan qui propose un cessez-le-feu immédiat, l'ouverture d'un dialogue entre Libyens mais aussi la mise en place de corridors humanitaires et des mesures de protection pour les nombreux travailleurs immigrants issus d'Afrique noire présents en Libye.
Il est donc aujourd'hui possible d'entrer dans une deuxième phase, une phase politique, du processus mise en place par l'ONU au travers des résolutions 1970 et 1973 à condition qu'aucune marge de manoeuvre ne soit laissée à ceux qui rêveraient d'aventures : l'évolution de l'opinion internationale semble positive et refuse toute dérive guerrière.
C'est un enjeu important : la résolution 1973, comme je l'écrivais la semaine dernière est une résolution historique, même si elle comportait certaines ambiguïtés, car la première faisant référence au concept de "responsabilité de protéger" de la communauté internationale contre de possibles génocides, adopté en 2005 par les Nations unies. Cette notion, quoiqu'écrivent certains commentateurs, est fondamentalement différente du "droit d'ingérence" avancé dans les années 1990, qui s'inscrivait dans la logique du "bon shérif" et non celle du droit international. Il importe donc que sa première application ne soit pas entachée de manipulations et de dérives.
Avec la résolution 1973, un précédent a été créé : demain, le gouvernement d'Israël ne pourra pas si facilement réitérer son agression dans la bande de Gaza...
À ceux qui, avec quelque incohérence, critiquent la résolution de l'ONU et disent en même temps "pourquoi ne pas faire pareil au Bahrein ?", on peut faire remarquer que les situations étaient différentes mais que pour autant, il n'y a pas silence à l'ONU. Ces derniers jours, le Secrétaire général de l'ONU a parlé avec le Roi de Bahreïn, le ministre saoudien des affaires étrangères et le Président syrien. « Je leur ai rappelé la nécessité d’écouter la voix du peuple et d’entamer un dialogue ouvert à tous pour le changement, au lieu d’utiliser la répression. Je me suis aussi exprimé contre l’usage de la force contre la population civile à Bahreïn, en Syrie et au Yémen », a-t-il dit.
Par contre, est posée la question de l'interpellation des gouvernements, notamment de celui de M. Sarkozy : quelle politique étrangère cohérente avec les grandes déclarations éthiques va-t-on mener demain ?
Mardi 29 mars 2011
mardi 22 mars 2011
Libyie : appliquer strictement et uniquement le mandat de l'ONU
Jeudi dernier, le Conseil de Sécurité a donc voté sans opposition, par dix voix sur quinze, la résolution 1713 qui autorise les États membres « à prendre toutes les mesures nécessaires » afin de «protéger les civils et les zones peuplées de civils sous la menace d'attaques en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant une occupation par la force». Cinq États se sont abstenus (Chine, Russie, Brésil, Allemagne et Inde) mais ce fait, notamment compte-tenu des réticences connues de la Chine et de la Russie sur toutes les questions pouvant toucher à la souveraineté nationale, est un signal fort montrant que la situation en Libye ne pouvait plus durer.
Le Secrétaire général des Nations unies a estimé vendredi que la résolution 1973 adoptée jeudi par le Conseil de sécurité de l'ONU était « historique, concrète et pratique ». Historique, car c'est la première fois que l'ONU s'engage sur le concept adopté en 2005 de la "responsabilité de protéger" qui s'oppose à la notion d'ingérence mise en avant par l'OTAN lors des bombardements du Kosovo ou celui de "légitime défense" déformé et utilisé par les États-Unis en Afghanistan en 2001 et que l'ONU n'avait pu qu'entériner.
Concrètement, l'ONU par le biais du Conseil de sécurité apparaît pour la première fois comme susceptible d'être au coeur de la sécurité et de la paix internationale.
Cela ne va pas sans contradictions qui peuvent se développer et sans débats voire batailles politiques dans la mise en oeuvre.
En amont, il est clair que les gesticulations "bushiennes" de Nicolas Sarkozy ont retardé la discussion et l'adoption de la résolution au Conseil de sécurité. Plusieurs pays étaient méfiants devant la position française qui semblait affirmer que la France et le Royaume-Uni étaient prêts à intervenir sans mandat de l'ONU, en toute illégalité internationale. La résolution a finalement été discutée et votée, compte-tenu de l'urgence de la situation et surtout du fait du soutien de la Ligue arabe, de l'Union africaine et de la Conférence islamique, mais l'abstention allemande s'explique, pour une part, justement par les politique inadmissible de M. Sarkozy.
Le mandat donné par la Résolution est clair : protection des populations civiles y compris par la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, permission de « prendre toutes les mesures nécessaires » y compris la force, puisque cette résolution est placée dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations unies qui concerne « le maintien de la paix internationale". Les autres mesures décidées concernent l'embargo sur les armes et le gel des avoirs du régime libyen.
Le but affirmé est d'obtenir un cessez-le-feu, "trouver une solution a la crise afin de répondre aux demandes légitimes du peuple libyen », permettre le déploiement des secours humanitaires.
Il ne s'agit donc pas d'une guerre contre la Libye et Kadhafi, de renverser le régime et il est abusif de voir les médias utiliser un langage qui ne correspond pas au mandat de l'ONU.
Mais après trois jours de démarrage de l'application de cette résolution sur le terrain, il est clair que l'opinion publique, les ONGs attachées à la paix, à la justice et aux droits de l'homme, les gouvernements ont le devoir de veiller à ce que la protection des populations ne soit pas le prétexte à une opération militaire, voire une guerre pour d'autres intérêts, politiques ou économiques.
Il faut combattre toute déclaration comme celle du Département d'État américain déclarant que le départ de Kadhafi était "le but ultime" de l'opération : cela, c'est au peuple libyen, débarrassé de la menace que faisaient peser l'armée et les mercenaires de Kadhafi d'en décider. De même, l'opération de l'aviation britannique contre le quartier général de Kadhafi ne semble pas rentrer strictement dans l'application du mandat. Cela suppose d'être à l'écoute de l'opposition libyenne et des gouvernements arabes, en tenant compte des débats existants. Ainsi, selon la presse, le secrétaire de la Ligue arabe, Amre Moussa, avait critiqué dimanche les frappes aériennes internationales sur la Libye, estimant qu'elles allaient au-delà de la zone d'exclusion aérienne réclamée par la Ligue des États arabes et causaient des pertes civiles. Mais, lundi, lors de sa conférence de presse avec Ban Ki-moon, M. Moussa a assuré qu'il soutenait la résolution de l'ONU sur la Libye... À ce propos, la gravité de la situation libyenne ne doit pas faire oublier la répression au Bahrein et au Yemen : Ban Ki-moon a appelé les deux gouvernements à la retenue mais on peut regretter que la médiatisation et la sensibilisation de l'opinion ne soient pas les mêmes pour ces pays...
Il y a certainement un déficit de concertation entre ONG internationales pour mettre sous surveillance la résolution de l'ONU et pour demander que le Conseil de sécurité suive en quasi permanence l'évolution de la situation et le respect par les États volontaires du mandat onusien, notamment pour que la partie militaire de celui-ci s'arrête dès que le but affirmé, un cessez-le-feu, le respect de l'acheminement humanitaire dans tout le pays sera accepté par le régime de Kadhafi.
Ne nous y trompons pas en France, la résolution 1973 est une occasion importante pour réconcilier l'ONU avec une fraction importante de l'opinion publique arabe, notamment en Tunisie et en Égypte, déçue de l'impasse dans la reconnaissance de l'État palestinien et nous savons que ce même sentiment existe dans une partie de l'opinion française. Il serait dommageable que la critique, souvent justifiée mais aussi très schématique de l'impérialisme US, n'amène certains militants ou commentateurs à ne pas voir l'aspect inédit de la situation en Libye. Défendre la prééminence de l'ONU dans l'organisation du monde et non celle des États "monstres égoïstes et froids" selon la formule du célèbre chercheur Hobbes, est une valeur progressiste que les gesticulations du président français ne peuvent brouiller.
La résolution de l'ONU 1973, avec ses limites et ses contradictions, apporte une nouvelle pierre dans la construction du droit international : il importe qu'elle ne soit pas dévoyée par aucun intérêt géostratégique de domination ou d'exploitation de grandes puissances. En même temps, le "devoir de protéger" ne se limite pas à la seule dimension militaire : il suppose que les États donnent les moyens aux institutions onusiennes de développer plus la lutte contre la pauvreté, pour l'éducation, c'est à dire les Objectifs du Millénaire décidés par l'A.G. de l'ONU en l'an 2000. Cela implique de donner des moyens à l'ONU, l'UNESCO de développer des politiques de promotion d'une Culture de la paix, qui porte en son sein la tolérance, la participation démocratique, l'information participative, bref, qui est un outil extraordinaire de formation des citoyens et citoyennes du monde et, donc, de construction de la démocratie.
le 22 mars 2011
Le Secrétaire général des Nations unies a estimé vendredi que la résolution 1973 adoptée jeudi par le Conseil de sécurité de l'ONU était « historique, concrète et pratique ». Historique, car c'est la première fois que l'ONU s'engage sur le concept adopté en 2005 de la "responsabilité de protéger" qui s'oppose à la notion d'ingérence mise en avant par l'OTAN lors des bombardements du Kosovo ou celui de "légitime défense" déformé et utilisé par les États-Unis en Afghanistan en 2001 et que l'ONU n'avait pu qu'entériner.
Concrètement, l'ONU par le biais du Conseil de sécurité apparaît pour la première fois comme susceptible d'être au coeur de la sécurité et de la paix internationale.
Cela ne va pas sans contradictions qui peuvent se développer et sans débats voire batailles politiques dans la mise en oeuvre.
En amont, il est clair que les gesticulations "bushiennes" de Nicolas Sarkozy ont retardé la discussion et l'adoption de la résolution au Conseil de sécurité. Plusieurs pays étaient méfiants devant la position française qui semblait affirmer que la France et le Royaume-Uni étaient prêts à intervenir sans mandat de l'ONU, en toute illégalité internationale. La résolution a finalement été discutée et votée, compte-tenu de l'urgence de la situation et surtout du fait du soutien de la Ligue arabe, de l'Union africaine et de la Conférence islamique, mais l'abstention allemande s'explique, pour une part, justement par les politique inadmissible de M. Sarkozy.
Le mandat donné par la Résolution est clair : protection des populations civiles y compris par la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, permission de « prendre toutes les mesures nécessaires » y compris la force, puisque cette résolution est placée dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations unies qui concerne « le maintien de la paix internationale". Les autres mesures décidées concernent l'embargo sur les armes et le gel des avoirs du régime libyen.
Le but affirmé est d'obtenir un cessez-le-feu, "trouver une solution a la crise afin de répondre aux demandes légitimes du peuple libyen », permettre le déploiement des secours humanitaires.
Il ne s'agit donc pas d'une guerre contre la Libye et Kadhafi, de renverser le régime et il est abusif de voir les médias utiliser un langage qui ne correspond pas au mandat de l'ONU.
Mais après trois jours de démarrage de l'application de cette résolution sur le terrain, il est clair que l'opinion publique, les ONGs attachées à la paix, à la justice et aux droits de l'homme, les gouvernements ont le devoir de veiller à ce que la protection des populations ne soit pas le prétexte à une opération militaire, voire une guerre pour d'autres intérêts, politiques ou économiques.
Il faut combattre toute déclaration comme celle du Département d'État américain déclarant que le départ de Kadhafi était "le but ultime" de l'opération : cela, c'est au peuple libyen, débarrassé de la menace que faisaient peser l'armée et les mercenaires de Kadhafi d'en décider. De même, l'opération de l'aviation britannique contre le quartier général de Kadhafi ne semble pas rentrer strictement dans l'application du mandat. Cela suppose d'être à l'écoute de l'opposition libyenne et des gouvernements arabes, en tenant compte des débats existants. Ainsi, selon la presse, le secrétaire de la Ligue arabe, Amre Moussa, avait critiqué dimanche les frappes aériennes internationales sur la Libye, estimant qu'elles allaient au-delà de la zone d'exclusion aérienne réclamée par la Ligue des États arabes et causaient des pertes civiles. Mais, lundi, lors de sa conférence de presse avec Ban Ki-moon, M. Moussa a assuré qu'il soutenait la résolution de l'ONU sur la Libye... À ce propos, la gravité de la situation libyenne ne doit pas faire oublier la répression au Bahrein et au Yemen : Ban Ki-moon a appelé les deux gouvernements à la retenue mais on peut regretter que la médiatisation et la sensibilisation de l'opinion ne soient pas les mêmes pour ces pays...
Il y a certainement un déficit de concertation entre ONG internationales pour mettre sous surveillance la résolution de l'ONU et pour demander que le Conseil de sécurité suive en quasi permanence l'évolution de la situation et le respect par les États volontaires du mandat onusien, notamment pour que la partie militaire de celui-ci s'arrête dès que le but affirmé, un cessez-le-feu, le respect de l'acheminement humanitaire dans tout le pays sera accepté par le régime de Kadhafi.
Ne nous y trompons pas en France, la résolution 1973 est une occasion importante pour réconcilier l'ONU avec une fraction importante de l'opinion publique arabe, notamment en Tunisie et en Égypte, déçue de l'impasse dans la reconnaissance de l'État palestinien et nous savons que ce même sentiment existe dans une partie de l'opinion française. Il serait dommageable que la critique, souvent justifiée mais aussi très schématique de l'impérialisme US, n'amène certains militants ou commentateurs à ne pas voir l'aspect inédit de la situation en Libye. Défendre la prééminence de l'ONU dans l'organisation du monde et non celle des États "monstres égoïstes et froids" selon la formule du célèbre chercheur Hobbes, est une valeur progressiste que les gesticulations du président français ne peuvent brouiller.
La résolution de l'ONU 1973, avec ses limites et ses contradictions, apporte une nouvelle pierre dans la construction du droit international : il importe qu'elle ne soit pas dévoyée par aucun intérêt géostratégique de domination ou d'exploitation de grandes puissances. En même temps, le "devoir de protéger" ne se limite pas à la seule dimension militaire : il suppose que les États donnent les moyens aux institutions onusiennes de développer plus la lutte contre la pauvreté, pour l'éducation, c'est à dire les Objectifs du Millénaire décidés par l'A.G. de l'ONU en l'an 2000. Cela implique de donner des moyens à l'ONU, l'UNESCO de développer des politiques de promotion d'une Culture de la paix, qui porte en son sein la tolérance, la participation démocratique, l'information participative, bref, qui est un outil extraordinaire de formation des citoyens et citoyennes du monde et, donc, de construction de la démocratie.
le 22 mars 2011
lundi 14 mars 2011
Europe politique : les errements de M. Sarkozy (1)
Notre précédent article s'intitulait : "Alain Juppé ou la nécessité de mettre en concordance les paroles et l'action politique". À peine, était-il écrit qu'il prenait toute son actualité. Dès le 1er mars, M. Juppé déclarait lors des questions d'actualité sur la Libyie, à l'Assemblée nationale :" "Différentes options peuvent être étudiées, notamment celle d'une zone d'exclusion aérienne, mais je le dis ici très clairement : aucune intervention ne se fera sans un mandat clair du Conseil de sécurité des Nations unies".
Las, dix jours plus tard, à Bruxelles, M. Sarkozy jetait le trouble en envisageant une intervention militaire française sans forcément un mandat du Conseil de sécurité : "Un mandat des Nations unies est nécessaire, c'est préférable. Nous le souhaitons", a-t-il dit. "S'il n'y a pas de mandat et qu'il y a une demande régionale et libyenne, nous verrons à ce moment-là", a-t-il, dans le même temps, ajouté.
Les téléspectateurs français avaient pu voir sur leur écran, la surprise et le malaise du Ministre des Affaires étrangères qui avait appris, apparemment en même temps que les auditeurs, la nouvelle position française. M. Juppé avalera-t-il cette nouvelle couleuvre ? Probablement, mais nous y verrons plus clair dans les semaines à venir.
La position de N. Sarkozy a de quoi surprendre : tous les gens un peu instruits savent qu'aujourd'hui, un pays ne peut utiliser la force contre un autre pays (en dehors du cas express et temporaire de la légitime défense) que dans le cadre d'un mandat clair du Conseil de sécurité de l'ONU, délivré en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies, si un conflit menace la paix mondiale et la sécurité internationale, sauf à faire comme M. Bush en Irak, en 2003, avec les conséquences désastreuses que l'on connaît. Que cherche le Président de la République française en prenant le risque de jouer "Bush, le retour" ?
Cette diplomatie de communication tapageuse a-t-elle pour but de faire oublier le resserrement des liens avec le régime Khadafi depuis 2007 ? Le journal Le Point rappelle que "Paris a profité de la libération des infirmières bulgares en 2007 pour vendre à la Libye des missiles antichars Milan (168 millions d'euros) et un réseau de communication sécurisé Tetra pour sa police (128 millions d'euros). Pour le reste, plus de deux milliards d'euros de contrats étaient en discussion ces derniers mois entre la France et la Libye". L'homme-pivot de la relation avec Khadafi est, selon l'ex-juge Eva Joly, le ministre des Relations avec le Parlement, Patrick Ollier (le compagnon de Michèle Alliot-Marie), qu'elle dénonce avec vigueur : "Il préside l'amitié franco-libyenne au parlement en France" et "a effectué une vingtaine de voyages d'amitié avec le président Kadhafi et ces voyages ont été suivis de ventes d'armes".
L'institut suédois, le SIPRI, rappelle, par ailleurs, qu'en 2007, la Libye avait signé un contrat de 100 millions de dollars pour la modernisation de 12 de ses Mirages F-1. Cette mise à niveau aurait été réalisée en 2009.
Ont-ils été utilisés dans les dernières opérations aériennes de l'armée libyenne ?
Diplomatie en forme de rideau de fumée ? En tout cas, une diplomatie élyséenne inefficace : si l'on voulait réellement aider les démocrates libyens, la priorité n'était pas aux déclarations fracassantes, mais choquantes pour nombre de pays attachés au droit international, mais au resserrement des contacts avec la Ligue arabe, l'Union africaine et le conseil de transition libyen pour coordonner les efforts afin d'accélérer le vote d'une résolution au Conseil de sécurité. Seule cette démarche multilatérale, sans effets de manche, était capable de lever les réticences de la Chine et de la Russie, sourcilleuses sur les points de souveraineté nationale.
Au lieu de cela, l'initiative de N. Sarkozy a renforcé les suspicions, y compris en Europe, de la part de nombreux partenaires, dont l'Allemagne. Un mauvais signal a été donné : cela confirme que, seule la mise en avant du droit international, le renforcement des structures multilatérales (ONU au premier plan, diplomatie européenne dans la foulée) sont susceptibles de rassembler et d'unir l'ensemble des États européens et de faire jouer un rôle positif et efficace à l'Union européenne.
Comment faire de l'Europe une "puissance positive" ? Lors de ces derniers mois, le débat sur l'Europe de la défense, la diplomatie européenne, l'action politique de l'Union, semble rebondir après le sommet de Lisbonne de l'OTAN et la mise en oeuvre du Traité européen aussi de Lisbonne. Subordination, autonomie européennes ? Pourquoi faire ? Cela demande de pousser ce débat le plus loin possible. Nous y reviendrons dans nos prochains articles.
14 mars 2011
Las, dix jours plus tard, à Bruxelles, M. Sarkozy jetait le trouble en envisageant une intervention militaire française sans forcément un mandat du Conseil de sécurité : "Un mandat des Nations unies est nécessaire, c'est préférable. Nous le souhaitons", a-t-il dit. "S'il n'y a pas de mandat et qu'il y a une demande régionale et libyenne, nous verrons à ce moment-là", a-t-il, dans le même temps, ajouté.
Les téléspectateurs français avaient pu voir sur leur écran, la surprise et le malaise du Ministre des Affaires étrangères qui avait appris, apparemment en même temps que les auditeurs, la nouvelle position française. M. Juppé avalera-t-il cette nouvelle couleuvre ? Probablement, mais nous y verrons plus clair dans les semaines à venir.
La position de N. Sarkozy a de quoi surprendre : tous les gens un peu instruits savent qu'aujourd'hui, un pays ne peut utiliser la force contre un autre pays (en dehors du cas express et temporaire de la légitime défense) que dans le cadre d'un mandat clair du Conseil de sécurité de l'ONU, délivré en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies, si un conflit menace la paix mondiale et la sécurité internationale, sauf à faire comme M. Bush en Irak, en 2003, avec les conséquences désastreuses que l'on connaît. Que cherche le Président de la République française en prenant le risque de jouer "Bush, le retour" ?
Cette diplomatie de communication tapageuse a-t-elle pour but de faire oublier le resserrement des liens avec le régime Khadafi depuis 2007 ? Le journal Le Point rappelle que "Paris a profité de la libération des infirmières bulgares en 2007 pour vendre à la Libye des missiles antichars Milan (168 millions d'euros) et un réseau de communication sécurisé Tetra pour sa police (128 millions d'euros). Pour le reste, plus de deux milliards d'euros de contrats étaient en discussion ces derniers mois entre la France et la Libye". L'homme-pivot de la relation avec Khadafi est, selon l'ex-juge Eva Joly, le ministre des Relations avec le Parlement, Patrick Ollier (le compagnon de Michèle Alliot-Marie), qu'elle dénonce avec vigueur : "Il préside l'amitié franco-libyenne au parlement en France" et "a effectué une vingtaine de voyages d'amitié avec le président Kadhafi et ces voyages ont été suivis de ventes d'armes".
L'institut suédois, le SIPRI, rappelle, par ailleurs, qu'en 2007, la Libye avait signé un contrat de 100 millions de dollars pour la modernisation de 12 de ses Mirages F-1. Cette mise à niveau aurait été réalisée en 2009.
Ont-ils été utilisés dans les dernières opérations aériennes de l'armée libyenne ?
Diplomatie en forme de rideau de fumée ? En tout cas, une diplomatie élyséenne inefficace : si l'on voulait réellement aider les démocrates libyens, la priorité n'était pas aux déclarations fracassantes, mais choquantes pour nombre de pays attachés au droit international, mais au resserrement des contacts avec la Ligue arabe, l'Union africaine et le conseil de transition libyen pour coordonner les efforts afin d'accélérer le vote d'une résolution au Conseil de sécurité. Seule cette démarche multilatérale, sans effets de manche, était capable de lever les réticences de la Chine et de la Russie, sourcilleuses sur les points de souveraineté nationale.
Au lieu de cela, l'initiative de N. Sarkozy a renforcé les suspicions, y compris en Europe, de la part de nombreux partenaires, dont l'Allemagne. Un mauvais signal a été donné : cela confirme que, seule la mise en avant du droit international, le renforcement des structures multilatérales (ONU au premier plan, diplomatie européenne dans la foulée) sont susceptibles de rassembler et d'unir l'ensemble des États européens et de faire jouer un rôle positif et efficace à l'Union européenne.
Comment faire de l'Europe une "puissance positive" ? Lors de ces derniers mois, le débat sur l'Europe de la défense, la diplomatie européenne, l'action politique de l'Union, semble rebondir après le sommet de Lisbonne de l'OTAN et la mise en oeuvre du Traité européen aussi de Lisbonne. Subordination, autonomie européennes ? Pourquoi faire ? Cela demande de pousser ce débat le plus loin possible. Nous y reviendrons dans nos prochains articles.
14 mars 2011
lundi 7 mars 2011
Alain Juppé ou la nécessité de mettre en concordance les paroles et l'action politique
La France a donc un nouveau Ministre des Affaires étrangères avec Alain Juppé, après l'éphémère passage de Michèle Alliot-Marie. Celui-ci a la lourde charge de restaurer la confiance envers la diplomatie française, tant de la part de l'opinion publique française que de celle de beaucoup de peuples de notre planète et même de la part des diplomates français eux-mêmes.
Le mois dernier, un mystérieux "groupe Marly", regroupant d'anciens et d'actuels acteurs du Quai d'Orsay, a ainsi ouvertement critiqué, dans une tribune au Monde, la gestion amateur et impulsive de la politique étrangère française. Il est vrai que le Quai d'Orsay a frôlé l'incompétence avec M. Douste-Blazy, supporté l'action brouillonne à la limite de l'amateurisme de M. Kouchner, et enfin été "achevé" par la désinvolture de Mme Alliot-Marie.
"Nous devons retrouver une politique étrangère fondée sur la cohérence, l'efficacité et la discrétion.", ont exigé les signataires du groupe Marly. Alain Juppé avait formulé la même requête en juillet 2010 dans un communiqué, rédigé avec un autre ancien ministre des Affaires étrangères, le socialiste Hubert Védrine. Le ministre nouvellement nommé demandera-t-il que les budgets de plus en plus restreints du Quai d'Orsay soient revus à la hausse et que le gouvernement et surtout la Présidence de la République développent plus de concertation et de dialogue avec le corps diplomatique ?
En 2008, il avait été chargé par Bernard Kouchner d'animer une commission et de remettre un rapport sur "la politique étrangère et européenne de la France 2008-2020". Le texte remis visait à "clarifier les axes majeurs de la diplomatie française, tout en préconisant une meilleure efficacité des services extérieurs de l'Etat". Les résultats n'ont pas été convaincants pour le moins.
Dans son discours d'installation du 1er mars, Alain Juppé n'a pas développé de "vision" enthousiasmante pour la diplomatie française. Les priorités tracées sont maigres et conjoncturelles : "refonder l’Union pour la Méditerranée" et "anticiper l’essor de l’Afrique au XXIème siècle", développer l’intégration, non seulement économique et financière, mais aussi dans le domaine de la politique de défense et de sécurité de l’Union européenne, "resserrer les partenariats stratégiques que nous avons développés avec les nouvelles puissances émergentes sur la planète". C'était un discours "a minima" écrit dans la hâte d'un remaniement ministériel.
Est-ce cette précipitation qui explique qu'aucune vision multilatérale forte n'a été développée, que les perspectives proposées soient uniquement d'ordre bilatéral, vers l'Afrique ou les pays émergents, qu'on n'y trouve rien sur le renforcement du multilatéralisme et de l'ONU, rien sur le renforcement des processus de désarmement ?
Dans ces dernières années de retour vers le pouvoir, M. Juppé a multiplié les déclarations si possibles "bipartisanes" (au sens donné à ce type de position aux États-Unis), avec par exemple, le socialiste Michel Rocard, le général Norlain sur le désarmement nucléaire, avec Hubert Védrine sur la diplomatie pour apparaître compétent et ouvert. Était-ce pour développer une vraie "vision" d'homme d'État à la manière de M. de Villepin ou développer une simple posture de carrière ? Les mois prochains apporteront peut-être une réponse.
M. Juppé est, en effet, face à un certain nombre de défis à venir. Quelles initiatives va-t-il prendre en direction de l'ONU et de l'Union africaine pour éviter un massacre en Lybie par M. Khadafi et aussi en Côte d'Ivoire par M. Gbagbo, dont les médias ne se soucient guère actuellement ? Son action en 1994 au Rwanda, sous MM Balladur et Mitterrand, est aujourd'hui largement controversée, comme l'a rappelé dernièrement le Collectif des victimes du génocide.
Quelles actions va-t-il entreprendre pour la mise en oeuvre de toutes les décisions de la dernière Conférence d'examen du TNP de mai 2010 pour renforcer le désarmement nucléaire, créer une zone dénucléarisée au Proche-Orient ?
En octobre 2009, il s'était prononcé avec MM Norlain, Richard et Rocard pour "des initiatives urgentes et beaucoup plus radicales des cinq puissances nucléaires reconnues par le traité de 1968. Elles doivent engager un processus conduisant de manière planifiée au désarmement complet, y associer pleinement les trois puissances nucléaires de fait, écarter tout projet de développement d'arme nouvelle, prendre plus d'initiatives et de risques politiques pour surmonter les crises régionales majeures." Ces personnalités émettaient "le voeu que la France affirme résolument son engagement pour le succès de ce processus de désarmement et sa résolution d'en tirer les conséquences le moment venu quant à ses propres capacités"...
Il aura une première occasion de montrer sa fidélité à ses principes lors de la réunion des cinq puissances nucléaires que la France doit organiser à Paris en juin ou septembre pour justement examiner l'application des décisions du TNP...
Enfin, M. Juppé sera très attendu sur son engagements dans la mise en oeuvre des grandes décisions de l'ONU : pour la paix au Proche-Orient et la reconnaissance d'un État palestinien (M. Juppé n'avait-il pas participé au processus des accords d'Oslo en 1993 ?) et pour la réussite des Objectifs du Millénaire des Nations-unies pour l'éradication de la pauvreté, qui est une des conditions-clés de toute politique de soutien au développement du continent africain. M. Sarkozy semble vouloir utiliser, en 2011, la présidence française du G20 et du G8 pour développer un "contournement" de l'ONU et du Conseil de sécurité. M. Juppé s'engouffrera-t-il dans cette voie négative ou saura-t-il temporiser et freiner M. Sarkozy ?
Rarement, la nécessité de mettre en concordance les paroles et l'action politique n'aura été aussi évidente...
7 mars 2011
Le mois dernier, un mystérieux "groupe Marly", regroupant d'anciens et d'actuels acteurs du Quai d'Orsay, a ainsi ouvertement critiqué, dans une tribune au Monde, la gestion amateur et impulsive de la politique étrangère française. Il est vrai que le Quai d'Orsay a frôlé l'incompétence avec M. Douste-Blazy, supporté l'action brouillonne à la limite de l'amateurisme de M. Kouchner, et enfin été "achevé" par la désinvolture de Mme Alliot-Marie.
"Nous devons retrouver une politique étrangère fondée sur la cohérence, l'efficacité et la discrétion.", ont exigé les signataires du groupe Marly. Alain Juppé avait formulé la même requête en juillet 2010 dans un communiqué, rédigé avec un autre ancien ministre des Affaires étrangères, le socialiste Hubert Védrine. Le ministre nouvellement nommé demandera-t-il que les budgets de plus en plus restreints du Quai d'Orsay soient revus à la hausse et que le gouvernement et surtout la Présidence de la République développent plus de concertation et de dialogue avec le corps diplomatique ?
En 2008, il avait été chargé par Bernard Kouchner d'animer une commission et de remettre un rapport sur "la politique étrangère et européenne de la France 2008-2020". Le texte remis visait à "clarifier les axes majeurs de la diplomatie française, tout en préconisant une meilleure efficacité des services extérieurs de l'Etat". Les résultats n'ont pas été convaincants pour le moins.
Dans son discours d'installation du 1er mars, Alain Juppé n'a pas développé de "vision" enthousiasmante pour la diplomatie française. Les priorités tracées sont maigres et conjoncturelles : "refonder l’Union pour la Méditerranée" et "anticiper l’essor de l’Afrique au XXIème siècle", développer l’intégration, non seulement économique et financière, mais aussi dans le domaine de la politique de défense et de sécurité de l’Union européenne, "resserrer les partenariats stratégiques que nous avons développés avec les nouvelles puissances émergentes sur la planète". C'était un discours "a minima" écrit dans la hâte d'un remaniement ministériel.
Est-ce cette précipitation qui explique qu'aucune vision multilatérale forte n'a été développée, que les perspectives proposées soient uniquement d'ordre bilatéral, vers l'Afrique ou les pays émergents, qu'on n'y trouve rien sur le renforcement du multilatéralisme et de l'ONU, rien sur le renforcement des processus de désarmement ?
Dans ces dernières années de retour vers le pouvoir, M. Juppé a multiplié les déclarations si possibles "bipartisanes" (au sens donné à ce type de position aux États-Unis), avec par exemple, le socialiste Michel Rocard, le général Norlain sur le désarmement nucléaire, avec Hubert Védrine sur la diplomatie pour apparaître compétent et ouvert. Était-ce pour développer une vraie "vision" d'homme d'État à la manière de M. de Villepin ou développer une simple posture de carrière ? Les mois prochains apporteront peut-être une réponse.
M. Juppé est, en effet, face à un certain nombre de défis à venir. Quelles initiatives va-t-il prendre en direction de l'ONU et de l'Union africaine pour éviter un massacre en Lybie par M. Khadafi et aussi en Côte d'Ivoire par M. Gbagbo, dont les médias ne se soucient guère actuellement ? Son action en 1994 au Rwanda, sous MM Balladur et Mitterrand, est aujourd'hui largement controversée, comme l'a rappelé dernièrement le Collectif des victimes du génocide.
Quelles actions va-t-il entreprendre pour la mise en oeuvre de toutes les décisions de la dernière Conférence d'examen du TNP de mai 2010 pour renforcer le désarmement nucléaire, créer une zone dénucléarisée au Proche-Orient ?
En octobre 2009, il s'était prononcé avec MM Norlain, Richard et Rocard pour "des initiatives urgentes et beaucoup plus radicales des cinq puissances nucléaires reconnues par le traité de 1968. Elles doivent engager un processus conduisant de manière planifiée au désarmement complet, y associer pleinement les trois puissances nucléaires de fait, écarter tout projet de développement d'arme nouvelle, prendre plus d'initiatives et de risques politiques pour surmonter les crises régionales majeures." Ces personnalités émettaient "le voeu que la France affirme résolument son engagement pour le succès de ce processus de désarmement et sa résolution d'en tirer les conséquences le moment venu quant à ses propres capacités"...
Il aura une première occasion de montrer sa fidélité à ses principes lors de la réunion des cinq puissances nucléaires que la France doit organiser à Paris en juin ou septembre pour justement examiner l'application des décisions du TNP...
Enfin, M. Juppé sera très attendu sur son engagements dans la mise en oeuvre des grandes décisions de l'ONU : pour la paix au Proche-Orient et la reconnaissance d'un État palestinien (M. Juppé n'avait-il pas participé au processus des accords d'Oslo en 1993 ?) et pour la réussite des Objectifs du Millénaire des Nations-unies pour l'éradication de la pauvreté, qui est une des conditions-clés de toute politique de soutien au développement du continent africain. M. Sarkozy semble vouloir utiliser, en 2011, la présidence française du G20 et du G8 pour développer un "contournement" de l'ONU et du Conseil de sécurité. M. Juppé s'engouffrera-t-il dans cette voie négative ou saura-t-il temporiser et freiner M. Sarkozy ?
Rarement, la nécessité de mettre en concordance les paroles et l'action politique n'aura été aussi évidente...
7 mars 2011
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