(See English translation below)
« Nous sommes en guerre » : la posture adoptée par Emmanuel Macron est révélatrice d'une certaine culture : « La pandémie à laquelle nous sommes confrontés exige des mesures plutôt opposées à un temps de guerre » explique l’économiste Maxime Combes dans une tribune de Basta ! le 18 mars dernier. "Les impératifs actuels, au vu de la gravité et de l’ampleur de la situation, appellent à la solidarité et au maintien du lien social plus qu’à de discutables rhétoriques mobilisant des imaginaires de guerre totale ayant transformé le monde en un cimetière entre 1914 et 1945", fait remarquer l'historienne Claire Demoulin dans Libération du 19 mars dernier.
Le premier moment de surprise passée, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer cette posture et dire que, non, l'heure n'est pas à la mobilisation guerrière sauce 1914, mais à la mobilisation citoyenne, à l'appel à la responsabilité de chacun. Cette posture présidentielle, car il s'agissait d'une posture de communication, n'est pas sans conséquence sur la vie démocratique. Les modalités de l'état d'urgence, ses dimensions bureaucratiques et punitives, restreignent la vie démocratique, (bien que les parlementaires aient réussi à imposer un certain contrôle démocratique) et donc freinent le rassemblement des citoyens, notamment chez les jeunes. La vieille culture de guerre malgré les progrès a encore de beaux jours et la promotion d'une culture de paix et de citoyenneté nécessite toujours un débat au quotidien.
On perçoit de plus en plus clairement qu'actuellement nous vivons une nouvelle étape entre deux visions du monde et de la vie : coopérations ou affrontements, culture de guerre ou culture de paix, ce qui se traduit à l'échelle internationale plus plus de multilatéralisme ou plus de souverainisme, donc plus et mieux d'ONU, et non (en schématisant un peu, je le reconnais) plus d'OTAN et plus de conflits.
Aujourd'hui renaît un début de débat sur le multilatéralisme au travers notamment de deux questions : la caractérisation de la mondialisation et la place de l'OMS (et derrière celle-ci de tous les organismes de l'ONU). Ce débat ne doit pas être biaisé comme l'avait fait Emmanuel Macron dans sa première intervention, en ne parlant que du rôle du G20 et du G7 (les clubs des "riches" de la planète) et pas de l'ONU.
On devine bien aujourd'hui que, derrière le mauvais procès fait à l'OMS par Donald Trump, se cache l'aiguisement de l'affrontement de puissances, USA contre Chine, débat repris en France par Emmanuel Macron, sur le thème "que cache la Chine ?". Il y a une convergence des puissances occidentales pour empêcher la Chine de gagner en influence dans les pays en développement : ils veulent faire oublier la faiblesse de leur aide et ne supportent pas que la place vide qu'ils laissent soit occupée par une autre puissance, surtout si celle-ci est émergente. Les dirigeants chinois mènent une politique obscure et opaque, peu démocratique, nous ne sommes pas naïfs, mais rien ne peut cacher le fait que si la Chine, dont la population fait 20 fois celle de la France, avait eu un nombre de morts de la même ampleur, elle déplorerait environ 400 000 victimes...
Derrière les nouveautés que revêtent certains aspects de la crise du COVID-19, on voit que perdurent vieilles idées et vieilles conceptions du monde. Oui, il faut inventer, imaginer de nouvelles solutions, mais elles ne peuvent que reposer sur un paradigme, peut-être ancien, mais fondamental : les peuples et l'humain (le "We, the people" de Koffi Annan) doivent être au centre des politiques, ce qui donne une jeunesse renouvelée à ce double concept des années 1990 : la nécessité de construire une sécurité humaine étendue, reposant sur une culture de paix généralisée.
Des solutions nouvelles, "se réinventer" ? Oui, mais est-ce que ce sera pour continuer d'affecter 2% des PIB aux dépenses militaires ou les dirigeants mondiaux vont-ils dès cette année réduire les dépenses militaires de 10 à 15% ? "C'est le moins qu'ils devraient faire maintenant, comme un premier pas vers une nouvelle conscience, une nouvelle civilisation", a fait remarquer Mikhaïl Gorbatchev. Il a raison.
Va-t-on pour se "réinventer" continuer à dépenser des centaines de milliards pour les armes nucléaires alors que les forces de "dissuasion" ont montré leurs limites devant une "simple" pandémie virale ?
Comme le fait remarquer IDN (Iniative pour le désarmement nucléaire) dans sa revue de presse du 17 avril, quasiment toutes les bases nucléaires américaines ainsi qu’au moins quatre porte-avions ont été touchés par le virus – situation qui rappelle celle du Charles-de-Gaulle en France (la moitié de l'équipage contaminé !). Même la pérennité de la fameuse "chaîne de commandement", l’autorité sur le lancement des armes devant éventuellement être déléguée, a pu être temporairement fragilisée comme le montre le cas de Boris Johnson au Royaume-Uni.
Est-ce que "se réinventer" serait un remake de la fameuse formule dans le Guépard écrit par Lampedusa et mis en scène par Fellini : "Il faut que tout change pour que rien ne change "!
Je suis de ceux qui pensent que cette crise doit déboucher d'abord sur un nouveau regard porté sur la priorité à donner aux besoins humains à l'échelle mondiale : la santé, le travail, le revenu décent pour vivre. Et c'est autour de ces préoccupations que doivent se mobiliser les intelligences et les forces sociales et politiques. Je pense également que la réflexion doit être élargie à la construction d'une mondialisation plus solidaire, qui n'oppose pas coopérations inter-étatiques et développements nationaux.
Cela passera forcément par un monde moins militarisé, où les intérêts égoïstes des États seront plus contenus, et où la voix des peuples se ferait plus entendre, ce qui serait une formidable innovation !.
On peut espérer que ce débat pourra émerger dans la seconde partie de l'année 2020 autour du 75e anniversaire de la création des Nations unies, de leur Charte et de l'ensemble des institutions. Il y a besoin d'un débat sur leur réforme et sur un double élargissement : une meilleure représentation des États émergents comme nouveaux membres permanents au Conseil de sécurité, une représentation plus directe des peuples à côté de l'Assemblée générale des États, avec la création d'Assemblée des peuples, une Assemblée parlementaire mondiale ?
Mais je suis convaincu que dès maintenant l'opinion devrait se mobiliser pour quelques grandes décisions simples et novatrices.
Il suffit d'écouter des grandes voix qui se sont élevées dans la cacophonie autour du virus COVID-19 : la première, celle du secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres le 23 mars 2020 qui a déclaré : "La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie. Mettons un terme au fléau de la guerre et luttons contre la maladie qui ravage notre monde. C’est la raison pour laquelle j’appelle aujourd’hui à un cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde".
La seconde est celle du pape François dans son traditionnel message de Pâques, prononcé le dimanche 12 avril 2020 appelant à l'abolition de la dette pour les pays les plus pauvres et au « courage » d'un « cessez le feu mondial » avec arrêt de la fabrication des armes.
Local et mondial sont liés ! Oui, sachons nous réinventer en tournant le dos aux vieux dogmes du passé, aux logiques d'affrontement, pour travailler lucidement à une vraie "mondialisation heureuse" !
Daniel Durand - 18 avril 2020
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COVID-19/REINVENTER - Are we at war? Then let's prepare for tomorrow's peace! (III/III)
"We are at war": the stance adopted by Emmanuel Macron is indicative of a certain culture: "The pandemic that we are facing requires measures that are rather the opposite of a time of war," explained the economist Maxime Combes in a Basta! tribune on March 18. "The current imperatives, given the gravity and scale of the situation, call for solidarity and the maintenance of social ties more than for debatable rhetoric mobilising imaginaries of total war that transformed the world into a cemetery between 1914 and 1945," notes historian Claire Demoulin in Libération on 19 March last.
Once the first moment of surprise had passed, many voices were raised to criticise this posture and say that, no, this is not the time for warlike mobilisation like in 1914, but for citizen mobilisation, for calling for everyone to take responsibility. This presidential posture, because it was a communication posture, is not without consequences for democratic life. The modalities of the state of emergency, its bureaucratic and punitive dimensions, restricted democratic life, (although parliamentarians succeeded in imposing a certain democratic control) and thus hindered the gathering of citizens, especially young people. The old culture of war, despite progress, still has a long way to go, and the promotion of a culture of peace and citizenship still requires daily debate.
It is becoming increasingly clear that we are currently experiencing a new stage between two visions of the world and of life: cooperation or confrontation, a culture of war or a culture of peace, which at the international level translates into more multilateralism or more sovereignism, and therefore more and better UN, and not (to put it mildly, I admit) more NATO and more conflicts.
Today, the debate on multilateralism has begun anew, notably through two questions: the characterization of globalization and the place of the WHO (and behind it of all UN bodies). This debate must not be biased as Emmanuel Macron did in his first intervention, when he spoke only of the role of the G20 and the G7 (the clubs of the world's "rich") and not of the UN.
We can now guess that behind the bad trial made at the WHO by Donald Trump, hides the sharpening of the confrontation of powers, USA against China, a debate taken up in France by Emmanuel Macron, on the theme "what is China hiding? There is a convergence of Western powers to prevent China from gaining influence in developing countries: they want to make people forget the weakness of their aid and cannot bear to see the empty space they leave occupied by another power, especially if it is an emerging one. The Chinese leaders are pursuing an obscure and opaque policy, not very democratic, we are not naïve, but nothing can hide the fact that if China, whose population is 20 times that of France, had had a death toll on the same scale, it would have suffered around 400,000 victims .
Behind the novelty of certain aspects of the VIDOC-19 crisis, we see that old ideas and old world views persist. Yes, new solutions must be invented and imagined, but they can only be based on a paradigm, perhaps old, but fundamental: peoples and the human being (Koffi Annan's "We, the people") must be at the centre of policies, which gives a renewed youthfulness to this double concept of the 1990s: the need to build a broad human security, based on a generalized culture of peace.
New solutions, "reinventing ourselves"? Yes, but will it be to continue to allocate 2% of GDP to military spending or will world leaders this year cut military spending by 10 to 15%? "This is the least they should do now, as a first step towards a new consciousness, a new civilization," Mikhail Gorbachev pointed out. He is right.
Are we going to "reinvent" ourselves by continuing to spend hundreds of billions on nuclear weapons when the forces of "deterrence" have shown their limits in the face of a "simple" viral pandemic?
As IDN (Iniative for Nuclear Disarmament) points out in its press review of 17 April, almost all American nuclear bases and at least four aircraft carriers have been affected by the virus - a situation reminiscent of that of the Charles-de-Gaulle in France (half the crew contaminated!). Even the continuity of the famous "chain of command", with authority over the launching of weapons possibly having to be delegated, was temporarily weakened, as shown by the case of Boris Johnson in the United Kingdom.
Would "reinventing oneself" be a remake of the famous formula in the Cheetah written by Lampedusa and directed by Fellini: ""Everything must change so that nothing changes"!
I am one of those who believe that this crisis must first lead to a new look at the priority to be given to human needs on a global scale: health, work, a decent income to live on. And it is around these concerns that intelligences and social and political forces must be mobilized. I also think that the reflection must be broadened to include the construction of a more inclusive globalization, which does not pit inter-state cooperation against national development.
This will inevitably involve a less militarized world, where the selfish interests of States will be more contained, and where the voice of the people will be heard more, which would be a formidable innovation!
It is to be hoped that this debate can emerge in the second half of the year 2020 around the 75th anniversary of the creation of the United Nations, its Charter and all its institutions. There is a need for a debate on their reform and on a double enlargement: a better representation of emerging States as new permanent members in the Security Council, a more direct representation of peoples alongside the General Assembly of States, with the creation of an Assembly of Peoples, a World Parliamentary Assembly?
But I am convinced that, from now on, public opinion should be mobilized for a few major, simple and innovative decisions.
Just listen to the great voices that have been raised in the cacophony around the COVID-19 virus: the first, that of UN Secretary-General Antoinio Gutteres on 23 March 2020, who said: "The fury with which the virus is being struck shows that making war on each other is madness. Let us put an end to the scourge of war and fight against the disease that is ravaging our world. That is why I am calling today for an immediate ceasefire throughout the world".
The second is that of Pope Francis in his traditional Easter message, delivered on Sunday 12 April 2020, calling for the abolition of debt for the poorest countries and for the "courage" of a "global ceasefire" with a halt to the manufacture of arms.
Local and global are linked! Yes, let us reinvent ourselves by turning our backs on the old dogmas of the past, on the logics of confrontation, to work lucidly towards a true "happy globalisation"!
Daniel Durand - 18 April 2020
Ce blog est dédié aux problématiques de la paix et du désarmement, des institutions internationales (ONU, OTAN), à la promotion d'une culture de la paix. Textes sous license Creative Commons by-nc-sa
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lundi 20 avril 2020
lundi 1 avril 2019
Europe III - L'OTAN a 70 ans : faut-il euthanasier la "vieille dame" ?
Jeudi 4 avril, l'OTAN fête son 70e anniversaire. Le 4 avril 1949, fut signé à Washington, le Traité de l'Atlantique nord qui a créé l'organisation du même nom. Les pays occidentaux regroupés autour des États-Unis estimaient devoir s'allier pour faire face à une supposée menace soviétique. En riposte, six ans plus tard, l'URSS et les pays du bloc de l'Est signeront un traité d'alliance comparable : le Pacte de Varsovie.
Le Traité de l'Atlantique nord était très encadré juridiquement. Dans son article 1, il affirmait respecter la Charte des Nations unies : "Les parties s’engagent, ainsi qu’il est stipulé dans la Charte des Nations Unies, à régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées, de telle manière que la paix et la sécurité internationales, ainsi que la justice, ne soient pas mises en danger, et à s’abstenir dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l’emploi de la force de toute manière incompatible avec les buts des Nations Unies". Il s'engageait également à n'utiliser la force qu'en cas de légitime défense et ce, seulement, jusqu'à la saisine du Conseil de sécurité (article 51 de la Charte) : "Ces mesures [emploi de la force] prendront fin quand le Conseil de Sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales".
Ce prétexte de la "légitime défense" et cette stricte soumission théorique de départ de l'OTAN au droit international et à l'ONU explique qu'à la fin de la guerre froide et après la dissolution du Pacte de Varsovie et la disparition de la "menace" soviétique, le maintien de l'OTAN a perdu l'essentiel de sa légitimité. Mais, depuis, les déclarations de ses dirigeants à plusieurs sommets de l'organisation, visant à élargir sa mission hors de sa zone géographique d'origine, à y inclure la défense d'intérêts dits vitaux comme les sources d'énergies, à y faire rentrer comme le propose Donald Trump des pays comme le Brésil de Bolsonaro ou les Philipines de Duarte, ouvrent une crise, non seulement de légitimité mais même de confiance parmi les États membres. Cette crise est aggravée par la position des États-Unis qui oscillent entre faire de l'OTAN un gendarme mondial, ou mener leur propre jeu militaire international sans leurs alliés, notamment dans les relations avec la Russie.
Les déclarations alarmistes des partisans otaniens se multiplient : «Ce qui préoccupe les Européens est de savoir si l'engagement des États-Unis est pérenne», a souligné la ministre de la Défense, Mme Parly, lors d'une visite à Washington ; «L'alliance ne devrait pas être soumise à des conditions, sinon ce n'est pas une alliance».
«Feu l’Otan ?», écrit le journaliste Frédéric Charillon dans l'Opinion. C'est "Une remise en question des alliances comme l’OTAN" écrit le spécialiste canadien, Gilles Vandal.
Alors, que faire de la "vieille dame" ? Faut-il sauver le "soldat OTAN" ? Faut-il directement "l'euthanasier" ou faut-il accompagner sa "fin de vie" qui semble inéluctable ?
Ne faut-il pas profiter de cette période pour approfondir le débat ?
En France, depuis trente ans, deux niveaux d'options sont posées : la première, pour certains militants de gauche, dans laquelle le but essentiel serait de sortir unilatéralement de l'OTAN. Pourquoi pas ? Mais si l'organisation continue de jouer le même rôle, qu'aura-t-on gagné pour la paix mondiale ? Le rappel à De Gaulle ne tient pas : celui-ci avait sorti la France, non de l'OTAN mais de son commandement intégré, non pas pour mener une politique de paix mais pour pouvoir développer tranquillement les forces nucléaires nucléaires ! Si l'on pense que les armes nucléaires doivent être interdites, ce n'est pas une référence donc.
Deuxième option en débat dans la gauche française : obtenir la dissolution de l'OTAN. C'est l'option défendue chez les communistes et les écologistes, ainsi que chez quelques socialistes. Mais la réalité des trois dernières décennies montre qu'il ne suffit pas de proclamer cet objectif dans une grande déclaration rituelle de fin de Congrès ou une manifestation annuelle pour faire avancer l'idée.
Malgré la crise évidente de cette alliance, le consensus ou le rapport de forces n'existe pas pour "débrancher le tuyau" d'un coup. L'impératif est de modifier le contexte de sécurité de la planète et de notre continent européen. Le premier enjeu est d'ôter le maximum "d'allumettes et d'engins incendiaires" hors de la portée de main de notre "malade". C'est pourquoi la lutte pour obtenir l'interdiction et l'élimination des armes nucléaires est primordiale. Comme le fait remarquer un des responsables de l'association IDN, Marc Finaud, mettre "l’accent sur l’urgence de réduire le risque de guerre nucléaire en vue d’un « désarmement multilatéral, progressif et contrôlé » aura forcément une incidence sur l’OTAN".
L'Union européenne, les futurs élus européens, les organisations luttant pour la paix, peuvent peser en obtenant l'annulation de la mise en cause du Traité INF, en défendant l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), en proposant des initiatives de relance du dialogue indispensable avec la Russie avec la tenue par exemple d'une nouvelle conférence européenne, type Helsinki II. De même l'Union européenne doit parler fortement pour relancer les discussions pour renouer le dialogue israélo-palestinien, en s'opposant à la reconnaissance illégale par les USA d'une quelconque souveraineté israélienne sur le plateau du Golan et en reconnaissant l'État de Palestine.
Plus que jamais est posé cet enjeu, comme l'écrit le spécialiste Hans Christof Von Sponeck dans "Horizons et débats" du 5 février 2009 : "Celui qui veut servir la paix et la réduction des conflits doit suivre le chemin multilatéral rocailleux de l’ONU et éviter le chemin aplani de l’OTAN".
Comme je l'ai écrit dans le dernier billet de mon blog (https://culturedepaix.blogspot.com/2019/03/europe-ouvrir-les-fenetres.html), "c'est sur le terrain de la coopération renforcée avec l'ONU que devrait exister un grand projet européen de consolidation de la paix mondiale par la participation plus active de l'Union européenne à la prévention des conflits, à la limitation du commerce des armes, à la diffusion à grande échelle d'une éducation et d'une culture de la paix". C'est cet objectif qui doit être la priorité européenne de la prochaine décennie et non l'illusoire projet d'une défense européenne. Celle-ci voudrait essayer de faire jouer à l'Europe le rôle de l'OTAN dans une vision dépassée du monde : un monde des puissances rivales et de la guerre finale assurée et non un monde de coopération complexe, difficile à construire mais qui reste la seule issue viable pour l'humanité.
Il est évident que c'est donc en modifiant ainsi profondément le contexte de sécurité mondial que l'OTAN perdra définitivement sa raison d'être et que "la machine" pourra "être débranchée". Saut dans l'inconnu, report aux calendes grecques ? Pas sûr ! Le monde actuel est plein de contradictions : en Europe, n'assiste-t-on pas à ce paradoxe ? L'Allemagne, la fidèle alliée de Washington, refuse d'augmenter ses dépenses militaires car elle préfère garder ces crédits pour l'aide au développement ! Et elle bloque pour six mois toute vente d'armes à l'Arabie saoudite, provoquant ainsi la colère française ! Si les opinions publiques augmentaient leur pression sur le terrain de la paix comme elles le font actuellement sur le plan de la lutte contre le réchauffement climatique, quelles nouvelles perspectives s'ouvriraient ! Il ne s'agit pas là d'un voeu pieux mais d'un appel à une prise de conscience lucide à tous ceux, capables d'avoir le courage d'assumer les choix nécessaires pour la paix de notre planète.
Le Traité de l'Atlantique nord était très encadré juridiquement. Dans son article 1, il affirmait respecter la Charte des Nations unies : "Les parties s’engagent, ainsi qu’il est stipulé dans la Charte des Nations Unies, à régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées, de telle manière que la paix et la sécurité internationales, ainsi que la justice, ne soient pas mises en danger, et à s’abstenir dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l’emploi de la force de toute manière incompatible avec les buts des Nations Unies". Il s'engageait également à n'utiliser la force qu'en cas de légitime défense et ce, seulement, jusqu'à la saisine du Conseil de sécurité (article 51 de la Charte) : "Ces mesures [emploi de la force] prendront fin quand le Conseil de Sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales".
Ce prétexte de la "légitime défense" et cette stricte soumission théorique de départ de l'OTAN au droit international et à l'ONU explique qu'à la fin de la guerre froide et après la dissolution du Pacte de Varsovie et la disparition de la "menace" soviétique, le maintien de l'OTAN a perdu l'essentiel de sa légitimité. Mais, depuis, les déclarations de ses dirigeants à plusieurs sommets de l'organisation, visant à élargir sa mission hors de sa zone géographique d'origine, à y inclure la défense d'intérêts dits vitaux comme les sources d'énergies, à y faire rentrer comme le propose Donald Trump des pays comme le Brésil de Bolsonaro ou les Philipines de Duarte, ouvrent une crise, non seulement de légitimité mais même de confiance parmi les États membres. Cette crise est aggravée par la position des États-Unis qui oscillent entre faire de l'OTAN un gendarme mondial, ou mener leur propre jeu militaire international sans leurs alliés, notamment dans les relations avec la Russie.
Les déclarations alarmistes des partisans otaniens se multiplient : «Ce qui préoccupe les Européens est de savoir si l'engagement des États-Unis est pérenne», a souligné la ministre de la Défense, Mme Parly, lors d'une visite à Washington ; «L'alliance ne devrait pas être soumise à des conditions, sinon ce n'est pas une alliance».
«Feu l’Otan ?», écrit le journaliste Frédéric Charillon dans l'Opinion. C'est "Une remise en question des alliances comme l’OTAN" écrit le spécialiste canadien, Gilles Vandal.
Alors, que faire de la "vieille dame" ? Faut-il sauver le "soldat OTAN" ? Faut-il directement "l'euthanasier" ou faut-il accompagner sa "fin de vie" qui semble inéluctable ?
Ne faut-il pas profiter de cette période pour approfondir le débat ?
En France, depuis trente ans, deux niveaux d'options sont posées : la première, pour certains militants de gauche, dans laquelle le but essentiel serait de sortir unilatéralement de l'OTAN. Pourquoi pas ? Mais si l'organisation continue de jouer le même rôle, qu'aura-t-on gagné pour la paix mondiale ? Le rappel à De Gaulle ne tient pas : celui-ci avait sorti la France, non de l'OTAN mais de son commandement intégré, non pas pour mener une politique de paix mais pour pouvoir développer tranquillement les forces nucléaires nucléaires ! Si l'on pense que les armes nucléaires doivent être interdites, ce n'est pas une référence donc.
Deuxième option en débat dans la gauche française : obtenir la dissolution de l'OTAN. C'est l'option défendue chez les communistes et les écologistes, ainsi que chez quelques socialistes. Mais la réalité des trois dernières décennies montre qu'il ne suffit pas de proclamer cet objectif dans une grande déclaration rituelle de fin de Congrès ou une manifestation annuelle pour faire avancer l'idée.
Malgré la crise évidente de cette alliance, le consensus ou le rapport de forces n'existe pas pour "débrancher le tuyau" d'un coup. L'impératif est de modifier le contexte de sécurité de la planète et de notre continent européen. Le premier enjeu est d'ôter le maximum "d'allumettes et d'engins incendiaires" hors de la portée de main de notre "malade". C'est pourquoi la lutte pour obtenir l'interdiction et l'élimination des armes nucléaires est primordiale. Comme le fait remarquer un des responsables de l'association IDN, Marc Finaud, mettre "l’accent sur l’urgence de réduire le risque de guerre nucléaire en vue d’un « désarmement multilatéral, progressif et contrôlé » aura forcément une incidence sur l’OTAN".
L'Union européenne, les futurs élus européens, les organisations luttant pour la paix, peuvent peser en obtenant l'annulation de la mise en cause du Traité INF, en défendant l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), en proposant des initiatives de relance du dialogue indispensable avec la Russie avec la tenue par exemple d'une nouvelle conférence européenne, type Helsinki II. De même l'Union européenne doit parler fortement pour relancer les discussions pour renouer le dialogue israélo-palestinien, en s'opposant à la reconnaissance illégale par les USA d'une quelconque souveraineté israélienne sur le plateau du Golan et en reconnaissant l'État de Palestine.
Plus que jamais est posé cet enjeu, comme l'écrit le spécialiste Hans Christof Von Sponeck dans "Horizons et débats" du 5 février 2009 : "Celui qui veut servir la paix et la réduction des conflits doit suivre le chemin multilatéral rocailleux de l’ONU et éviter le chemin aplani de l’OTAN".
Comme je l'ai écrit dans le dernier billet de mon blog (https://culturedepaix.blogspot.com/2019/03/europe-ouvrir-les-fenetres.html), "c'est sur le terrain de la coopération renforcée avec l'ONU que devrait exister un grand projet européen de consolidation de la paix mondiale par la participation plus active de l'Union européenne à la prévention des conflits, à la limitation du commerce des armes, à la diffusion à grande échelle d'une éducation et d'une culture de la paix". C'est cet objectif qui doit être la priorité européenne de la prochaine décennie et non l'illusoire projet d'une défense européenne. Celle-ci voudrait essayer de faire jouer à l'Europe le rôle de l'OTAN dans une vision dépassée du monde : un monde des puissances rivales et de la guerre finale assurée et non un monde de coopération complexe, difficile à construire mais qui reste la seule issue viable pour l'humanité.
Il est évident que c'est donc en modifiant ainsi profondément le contexte de sécurité mondial que l'OTAN perdra définitivement sa raison d'être et que "la machine" pourra "être débranchée". Saut dans l'inconnu, report aux calendes grecques ? Pas sûr ! Le monde actuel est plein de contradictions : en Europe, n'assiste-t-on pas à ce paradoxe ? L'Allemagne, la fidèle alliée de Washington, refuse d'augmenter ses dépenses militaires car elle préfère garder ces crédits pour l'aide au développement ! Et elle bloque pour six mois toute vente d'armes à l'Arabie saoudite, provoquant ainsi la colère française ! Si les opinions publiques augmentaient leur pression sur le terrain de la paix comme elles le font actuellement sur le plan de la lutte contre le réchauffement climatique, quelles nouvelles perspectives s'ouvriraient ! Il ne s'agit pas là d'un voeu pieux mais d'un appel à une prise de conscience lucide à tous ceux, capables d'avoir le courage d'assumer les choix nécessaires pour la paix de notre planète.
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vendredi 19 avril 2013
Armes nucléaires : les bonnes questions...
Prolifération et désarmement nucléaires seront, comme chaque année, à l'ordre du jour des discussions, qui s'ouvriront, ce lundi 22 avril à Genève, dans la préparation de la Conférence d'examen du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) en 2015. Cette réunion devait initialement être un simple point d'étape dans le suivi du plan d'action, modeste mais réel, décidé en 2010 par la Conférence de New-York. Ce bilan aurait été considéré comme décevant par la majorité des pays non-nucléaires et par les ONG : aucun progrès significatif dans la réduction du nombre de têtes nucléaires dans le monde, poursuite de la modernisation des armes et aucune évolution dans la prééminence des doctrines militaires basées sur la fameuse et contestée notion de "dissuasion" nucléaire. Mais cette réunion qui s'annonçait tristement routinière, risque d'être bouleversée par trois événements majeurs, un positif et deux négatifs selon moi, qui se sont produits dans ces six derniers mois.
Commençons par la Conférence qui s'est tenue à Oslo, le 6 mars 2013, sur les "conséquences humanitaires de l'emploi des armes nucléaires". Pour la première fois depuis 1945, une Conférence internationale au plus haut niveau a réuni 127 représentants de gouvernements, d'institutions internationales dont la Croix Rouge Internationale qui ont décidé de donner un nouvel élan pour écarter la menace nucléaire de l'humanité. Ils ont suivi en cela l'opinion de la Croix-Rouge qui a rappelé que tant au niveau international que national, aucun moyen n'existe pour répondre effectivement aux conséquences d'une explosion nucléaire, même limitée.
La Déclaration finale de la Conférence, prise à l'initiative de ICAN (Campagne internationale pour le désarmement nucléaire) note qu'en cas d'explosion nucléaire, "Les conséquences seraient mondiales, de long terme et complètement catastrophiques pour le santé humaine, notre environnement, notre développement, la sécurité, les droits humains et les ressources alimentaires (...)". Les Cinq puissances nucléaires ont finalement décidé de boycotter cette Conférence en estimant qu'elle risquait de créer une "diversion" du processus "pas-à-pas" existant avec le TNP et la Conférence du désarmement. Cette position n'a pas été suivie par plusieurs pays de l'OTAN, et d'autres grands pays comme le Japon, la Corée du Sud ou l'Australie, tous pays "bénéficiant" pourtant du parapluie nucléaire étatsunien. Le surplace marqué par le processus des Conférences d'examen du TNP, et l'absence de travail depuis 16 ans à la Conférence du désarmement, laisse sceptique sur ce "risque de diversion" !
On peut espérer que, lors de la réunion de Genève sur le TNP, les représentants des puissances nucléaires seront sévèrement questionnés sur leur absence à Oslo...
Deux événements risquent de peser négativement sur le déroulement de la réunion genevoise : le premier est le report annoncé le 23 novembre 2012, par les USA de la Conférence sur la création au Moyen-Orient d'une Zone libre d'armes de destruction massive qui devait se tenir le 18 décembre à Helsinki.
Cette Conférence, initialement décidée en 1995 lors de la réunion qui décida de proroger indéfiniment le TNP, avait permis d'obtenir le soutien à la prorogation de nombreuses délégations arabes. En 2010, après de multiples discussions, la décision avait été prise d'aboutir enfin concrètement à une telle Conférence : la perspective d'un Moyen-Orient sans armes de destruction massive semble pour beaucoup d'observateurs la seule manière de supprimer la menace représentée par le stocks d'armes nucléaires illégales détenues par Israël, de lever tout ambiguïté sur un éventuel programme de construction d'armes nucléaires par l'Iran, sans compter que cela permettrait sans doute d'obtenir la ratification de la Convention d'interdiction des armes chimiques par la Syrie et l'Égypte. Les prétextes avancés par les États-Unis, sous la pression du gouvernement israélien, estimant que les "conditions de sécurité" n'étaient pas réunies, ne sont pas convaincants. De ce fait, les pays arabes risquent de montrer fortement leur mécontentement lors des discussions de Genève : de nouveaux risques de blocage sont ainsi créés.
Le deuxième événement survenu est bien sûr la suite des provocations et des gesticulations militaires nucléaires de la Corée du Nord : la situation est évidemment préoccupantes, des initiatives politiques doivent être prises notamment avec l'aide des puissances régionales comme la Chine. Il serait malgré tout contre-productif que ces événements servent de prétexte aux puissances nucléaires pour faire porter l'essentiel des débats de Genève sur les menaces sur la prolifération dues à la situation coréenne, voire en y ajoutant les interrogations sur l'Iran, et ainsi, d'éviter d'avoir à répondre sur leur inactivité, voire leur obstruction sur les questions de désarmement nucléaire complet, abordées notamment à Oslo. À suivre...
Commençons par la Conférence qui s'est tenue à Oslo, le 6 mars 2013, sur les "conséquences humanitaires de l'emploi des armes nucléaires". Pour la première fois depuis 1945, une Conférence internationale au plus haut niveau a réuni 127 représentants de gouvernements, d'institutions internationales dont la Croix Rouge Internationale qui ont décidé de donner un nouvel élan pour écarter la menace nucléaire de l'humanité. Ils ont suivi en cela l'opinion de la Croix-Rouge qui a rappelé que tant au niveau international que national, aucun moyen n'existe pour répondre effectivement aux conséquences d'une explosion nucléaire, même limitée.
La Déclaration finale de la Conférence, prise à l'initiative de ICAN (Campagne internationale pour le désarmement nucléaire) note qu'en cas d'explosion nucléaire, "Les conséquences seraient mondiales, de long terme et complètement catastrophiques pour le santé humaine, notre environnement, notre développement, la sécurité, les droits humains et les ressources alimentaires (...)". Les Cinq puissances nucléaires ont finalement décidé de boycotter cette Conférence en estimant qu'elle risquait de créer une "diversion" du processus "pas-à-pas" existant avec le TNP et la Conférence du désarmement. Cette position n'a pas été suivie par plusieurs pays de l'OTAN, et d'autres grands pays comme le Japon, la Corée du Sud ou l'Australie, tous pays "bénéficiant" pourtant du parapluie nucléaire étatsunien. Le surplace marqué par le processus des Conférences d'examen du TNP, et l'absence de travail depuis 16 ans à la Conférence du désarmement, laisse sceptique sur ce "risque de diversion" !
On peut espérer que, lors de la réunion de Genève sur le TNP, les représentants des puissances nucléaires seront sévèrement questionnés sur leur absence à Oslo...
Deux événements risquent de peser négativement sur le déroulement de la réunion genevoise : le premier est le report annoncé le 23 novembre 2012, par les USA de la Conférence sur la création au Moyen-Orient d'une Zone libre d'armes de destruction massive qui devait se tenir le 18 décembre à Helsinki.
Cette Conférence, initialement décidée en 1995 lors de la réunion qui décida de proroger indéfiniment le TNP, avait permis d'obtenir le soutien à la prorogation de nombreuses délégations arabes. En 2010, après de multiples discussions, la décision avait été prise d'aboutir enfin concrètement à une telle Conférence : la perspective d'un Moyen-Orient sans armes de destruction massive semble pour beaucoup d'observateurs la seule manière de supprimer la menace représentée par le stocks d'armes nucléaires illégales détenues par Israël, de lever tout ambiguïté sur un éventuel programme de construction d'armes nucléaires par l'Iran, sans compter que cela permettrait sans doute d'obtenir la ratification de la Convention d'interdiction des armes chimiques par la Syrie et l'Égypte. Les prétextes avancés par les États-Unis, sous la pression du gouvernement israélien, estimant que les "conditions de sécurité" n'étaient pas réunies, ne sont pas convaincants. De ce fait, les pays arabes risquent de montrer fortement leur mécontentement lors des discussions de Genève : de nouveaux risques de blocage sont ainsi créés.
Le deuxième événement survenu est bien sûr la suite des provocations et des gesticulations militaires nucléaires de la Corée du Nord : la situation est évidemment préoccupantes, des initiatives politiques doivent être prises notamment avec l'aide des puissances régionales comme la Chine. Il serait malgré tout contre-productif que ces événements servent de prétexte aux puissances nucléaires pour faire porter l'essentiel des débats de Genève sur les menaces sur la prolifération dues à la situation coréenne, voire en y ajoutant les interrogations sur l'Iran, et ainsi, d'éviter d'avoir à répondre sur leur inactivité, voire leur obstruction sur les questions de désarmement nucléaire complet, abordées notamment à Oslo. À suivre...
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jeudi 3 mai 2012
Vienne 2012 : la parole des ONGs (4)
Après l'interruption de la journée du 1er mai, la séance générale de la 1ère session préparatoire du TNP, à Vienne, s'est déroulée par la suite des interventions des pays non-nucléaires. De ce fait, le sentiment dominant de ces interventions était la frustration de ces délégations devant le piétinement des discussions sur le désarmement nucléaire des grandes puissances. L'Iran s'est placé dans le rôle du vertueux sur ce plan sans vraiment convaincre, bien que son représentant ait gardé le positionnement plus coopératif adopté lors de la rencontre à Instanbul en avril avec les représentants des six pays du groupe de contact sur son programme nucléaire civil.
L'illustration de l'impatience non-nucléaire est illustrée par la déclaration commune publiée par 16 pays qui reviennent sur les dimensions humanitaires de l'usage éventuel d'armes nucléaires telles que l'ont exposées notamment la Croix-rouge internationale et le Croissant rouge.
Ils rappellent que "l'utilité de ces armes de destruction massive face aux défis de sécurité traditionnels est contestée par de nombreux États aussi bien que par des experts de la société civile". Ils rappellent que ces armes ne doivent jamais être utilisées et que la seule garantie en est leur "élimination totale, irréversible et vérifiable".
Ils souhaitent que cette dimension humanitaire des conséquences de l'usage des armes nucléaires, de leur non-conformité au droit international humanitaire soit examinés plus précisément lors de cette conférence et lors des décisions de la future Conférence d'examen de 2015. Les mêmes préoccupations ont été exprimées l'après-midi lors des exposés faits par les représentants des ONG aux diplomates. Le maire de Nagasaki M. Tomihisa Taue, et un hibakusha ont rappelé la souffrance des victimes des bombardements de 1945. Les représentants du réseau ICAN (voir articles précédents) ont exposé la volonté de la société civile de voir avancer les négociations sur un traité, une Convention sur l'abolition complète des armes nucléaires.
Dans cette même journée, lors d'une conférence parallèle organisée par Abolition 2000 Europe, l'ancien ministre de la Défense français, Paul Quilès, a fait une intervention remarquée, en déclarant que dans le monde d'aujourd'hui, il fallait que "l'élimination des armes nucléaires soit le fer de lance d'un nouveau concept de sécurité internationale". C'est la raison pour laquelle il s'associe aux efforts des réseau Global Zero et des Maires pour la paix. Paul Quilès a présenté un ensemble de onze propositions d'actions que la France pourrait initier pour relancer le processus d'élimination des armes nucléaires. Ces propostions soit très concrètes, soit plus symboliques, inspireront, espérons-le, le nouveau Président de la République française qui sortira des urnes ce dimanche...
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mardi 19 avril 2011
Désarmement : quelques nouvelles..
Le débat sur l'usage de la force en Libye et en Côte d'Ivoire a fait passer au second rang les informations relatives au désarmement. Voici quelques nouvelles de ce premier trimestre 2011 :
- Dépenses militaires : elles se sont élevées en 2010 au chiffre scandaleux de 1630 milliards de dollars US, selon l'institut SIPRI: Stockholm International Peace Research Institute.
Certes, elles n'ont augmenté "que" de 1% depuis 2009 mais ce ralentissement.. de la hausse est dérisoire par rapport à l'ampleur proclamée de la crise financière mondiale. Les dépenses militaires des États-Unis représentent 43 % des dépenses mondiales. Leur croissance a certes ralenti mais « les États-Unis ont augmenté leurs dépenses de 81 % depuis 2001 », indique le SPIRI dans un communiqué. « À 4,8 % du PIB, le fardeau militaire des États-Unis en 2010 est le plus lourd au monde après celui du Moyen-Orient », ajoute-t-il.
Les dépenses en armement du Moyen-Orient ont augmenté de 2,5 %, (111 milliards de dollars). Celles de l'Asie ont progressé de 1,4 %, celles de l'Europe ont diminué de 2,8 %, notamment avec la crise économique grecque. Par contre, il est préoccupant de constater que l'Amérique du Sud a connu la plus forte augmentation de ses dépenses militaires en 2010 avec une hausse de 5,8 % (63,3 milliards de dollars, chiffre certes moins élevé que d'autres régions du monde). En Afrique, l'augmentation la plus forte se situe chez les grands producteurs de pétrole africains, comme l'Algérie, l'Angola et le Nigéria qui ont fait grimper les dépenses en armement du continent de 5,2 %.
On peut comprendre que le Haut-représentant des Nations unies pour le désarmement, Sergio Duarte, ait indiqué mercredi dernier que l’argent dépensé par les États pour atteindre leurs objectifs tels que l’éradication de la pauvreté, l’éducation pour tous les enfants et apporter des soins sanitaires décents représentait toujours une fraction de ce qu’ils dépensent pour s’armer
«Moins du dixième des dépenses militaires annuelles aurait suffi pour atteindre les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) et sortir toute la population de la pauvreté extrême d’ici 2015», a-t-il affirmé.
Armes nucléaires :
- Bonne nouvelle : l'Ukraine a terminé jeudi dernier la destruction de l'intégralité des vecteurs d'ogives nucléaires et des armes de destruction massive, héritées de l'Union soviétique, se trouvant sur son sol, a confirmé le chef du département de recyclage et de déminage civil de l'entreprise Ukroboronservice, Konstantin Darkin au terme d'une cérémonie organisée dans la région de Khmelnitski (ouest) à l'occasion de la destruction du dernier missile soviétique Scud B.
- autre bonne nouvelle : le Siège des Nations unies, à New-York, présente depuis le 24 mars, deux tours de trois mètres de haut, formées par les 1,02 millions de signatures de pétitions, collectées par les "Maires pour la paix" pour la conférence du TNP de mai 2010 ("Les cités ne sont pas des cibles !"). Ce "monument", oeuvre d'art, a été inauguré par Ban Ki-moon et Michael Douglas, messager de la paix. Cette "installation" est la première oeuvre d'art permanente, provenant entièrement de la société civile, à figurer dans le hall des Nations unies.
- à savoir : Après les élections municipales du 10 avril à Hiroshima, le nouveau maire s'appelle M. Kazumi Matsui. C'est lui qui devient le nouveau président de "Mayors for peace" (Maires pour la paix) : souhaitons-lui bonne réussite et bon travail comme l'avait accomplis son prédécesseur M. Tadatoshi Akiba, devenu professeur à l'Université d'Hiroshima.
- Mauvaise nouvelle ? La Conférence du désarmement à Genève piétine toujours depuis treize ans et a achevé sa session du premier trimestre sans adopter de programme de travail. Certes, en début d'année, certains signes semblaient encourageants : les délégations d'Australie et du Japon avaient organisé des séminaires parallèles permettant de creuser certaines définitions et vérifications relatives à un éventuel traité d'interdiction des matières fissiles nucléaires ("cut-off"), des séances thématiques avaient eu lieu, y compris en lien avec la société civile. Mais le débat s'est de nouveau enlisé sur la nature du programme à voter, et surtout sur l'opposition entre le Pakistan seul état à refuser de discuter d'un Traité sur les matières fissiles et les positions intransigeantes des pays nucléaires et de l'Union européenne, en particulier de la France, refusant d'explorer toute voie originale ou inventive pour surmonter la crise.
Avant la reprise des séances prévue mi-mai, des voies s'élèvent, soit pour dire que le débat pourrait explorer d'autres domaines comme l'interdiction de la militarisation de l'espace (négociations PAROS), sujet qui semble évoluer positivement, soit, hypothèse plus risquée, de conduire des discussions ou négociations en dehors de la Conférence du désarmement...
Armes biologiques :
À Genève se déroule une réunion préparatoire à la 7e conférence d’examen de la Conférence d'interdiction des armes biologiques (CIAB), qui se déroulera en décembre 2011 à Genève. La CIAB compte 163 Etats-parties et 13 signataires, 19 pays ne l’ont encore ni signée, ni ratifiée. Rappelons que le point faible de cette Convention est de ne pas comporter de véritable dispositif de vérification au contraire de celle sur les armes chimiques (CIAC). George W. Bush avait fait capoter les négociations sur le point d'aboutir en 2002. Depuis, des progrès timides vers la confiance ont été faits mais un long chemin reste à parcourir sur un sujet très dangereux, avec de nouvelles générations d'armes biologiques risquant d'apparaître.
- Dépenses militaires : elles se sont élevées en 2010 au chiffre scandaleux de 1630 milliards de dollars US, selon l'institut SIPRI: Stockholm International Peace Research Institute.
Certes, elles n'ont augmenté "que" de 1% depuis 2009 mais ce ralentissement.. de la hausse est dérisoire par rapport à l'ampleur proclamée de la crise financière mondiale. Les dépenses militaires des États-Unis représentent 43 % des dépenses mondiales. Leur croissance a certes ralenti mais « les États-Unis ont augmenté leurs dépenses de 81 % depuis 2001 », indique le SPIRI dans un communiqué. « À 4,8 % du PIB, le fardeau militaire des États-Unis en 2010 est le plus lourd au monde après celui du Moyen-Orient », ajoute-t-il.
Les dépenses en armement du Moyen-Orient ont augmenté de 2,5 %, (111 milliards de dollars). Celles de l'Asie ont progressé de 1,4 %, celles de l'Europe ont diminué de 2,8 %, notamment avec la crise économique grecque. Par contre, il est préoccupant de constater que l'Amérique du Sud a connu la plus forte augmentation de ses dépenses militaires en 2010 avec une hausse de 5,8 % (63,3 milliards de dollars, chiffre certes moins élevé que d'autres régions du monde). En Afrique, l'augmentation la plus forte se situe chez les grands producteurs de pétrole africains, comme l'Algérie, l'Angola et le Nigéria qui ont fait grimper les dépenses en armement du continent de 5,2 %.
On peut comprendre que le Haut-représentant des Nations unies pour le désarmement, Sergio Duarte, ait indiqué mercredi dernier que l’argent dépensé par les États pour atteindre leurs objectifs tels que l’éradication de la pauvreté, l’éducation pour tous les enfants et apporter des soins sanitaires décents représentait toujours une fraction de ce qu’ils dépensent pour s’armer
«Moins du dixième des dépenses militaires annuelles aurait suffi pour atteindre les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) et sortir toute la population de la pauvreté extrême d’ici 2015», a-t-il affirmé.
Armes nucléaires :
- Bonne nouvelle : l'Ukraine a terminé jeudi dernier la destruction de l'intégralité des vecteurs d'ogives nucléaires et des armes de destruction massive, héritées de l'Union soviétique, se trouvant sur son sol, a confirmé le chef du département de recyclage et de déminage civil de l'entreprise Ukroboronservice, Konstantin Darkin au terme d'une cérémonie organisée dans la région de Khmelnitski (ouest) à l'occasion de la destruction du dernier missile soviétique Scud B.
- autre bonne nouvelle : le Siège des Nations unies, à New-York, présente depuis le 24 mars, deux tours de trois mètres de haut, formées par les 1,02 millions de signatures de pétitions, collectées par les "Maires pour la paix" pour la conférence du TNP de mai 2010 ("Les cités ne sont pas des cibles !"). Ce "monument", oeuvre d'art, a été inauguré par Ban Ki-moon et Michael Douglas, messager de la paix. Cette "installation" est la première oeuvre d'art permanente, provenant entièrement de la société civile, à figurer dans le hall des Nations unies.
- à savoir : Après les élections municipales du 10 avril à Hiroshima, le nouveau maire s'appelle M. Kazumi Matsui. C'est lui qui devient le nouveau président de "Mayors for peace" (Maires pour la paix) : souhaitons-lui bonne réussite et bon travail comme l'avait accomplis son prédécesseur M. Tadatoshi Akiba, devenu professeur à l'Université d'Hiroshima.
- Mauvaise nouvelle ? La Conférence du désarmement à Genève piétine toujours depuis treize ans et a achevé sa session du premier trimestre sans adopter de programme de travail. Certes, en début d'année, certains signes semblaient encourageants : les délégations d'Australie et du Japon avaient organisé des séminaires parallèles permettant de creuser certaines définitions et vérifications relatives à un éventuel traité d'interdiction des matières fissiles nucléaires ("cut-off"), des séances thématiques avaient eu lieu, y compris en lien avec la société civile. Mais le débat s'est de nouveau enlisé sur la nature du programme à voter, et surtout sur l'opposition entre le Pakistan seul état à refuser de discuter d'un Traité sur les matières fissiles et les positions intransigeantes des pays nucléaires et de l'Union européenne, en particulier de la France, refusant d'explorer toute voie originale ou inventive pour surmonter la crise.
Avant la reprise des séances prévue mi-mai, des voies s'élèvent, soit pour dire que le débat pourrait explorer d'autres domaines comme l'interdiction de la militarisation de l'espace (négociations PAROS), sujet qui semble évoluer positivement, soit, hypothèse plus risquée, de conduire des discussions ou négociations en dehors de la Conférence du désarmement...
Armes biologiques :
À Genève se déroule une réunion préparatoire à la 7e conférence d’examen de la Conférence d'interdiction des armes biologiques (CIAB), qui se déroulera en décembre 2011 à Genève. La CIAB compte 163 Etats-parties et 13 signataires, 19 pays ne l’ont encore ni signée, ni ratifiée. Rappelons que le point faible de cette Convention est de ne pas comporter de véritable dispositif de vérification au contraire de celle sur les armes chimiques (CIAC). George W. Bush avait fait capoter les négociations sur le point d'aboutir en 2002. Depuis, des progrès timides vers la confiance ont été faits mais un long chemin reste à parcourir sur un sujet très dangereux, avec de nouvelles générations d'armes biologiques risquant d'apparaître.
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