lundi 23 avril 2018

Prepcom 2018 : la France fait du vent

La première séance de la Prepcom du TNP à Genève s'est ouverte ce matin. Mme Izumi Nakamitsu,au nom du Secrétaire général des Nations unies, a rappelé que "La menace de l'utilisation - intentionnelle ou non - d'armes nucléaires est croissante. Cette menace, qui concerne toute l'humanité, restera aussi longtemps que les armes nucléaires continueront d'exister dans les arsenaux nationaux".
Elle a rappelé que "Les États dotés d'armes nucléaires ont la responsabilité de leadership en matière de désarmement nucléaire". Malheureusement, les premiers discours des représentants des puissances nucléaires n'ont pas montré une volonté réelle de relancer une dynamique autour de l'application de l'article VI du TNP, par lequel les États "dotés" s'engagent à négocier de "bonne foi" le désarmement nucléaire. Le représentant des États-Unis s'est contenté d'un discours a minima, dans lequel il y a quelques "gentils" (les USA, par ex) et beaucoup de "méchants"(et il met dans le même panier ou presque, Iran, Irak, Syrie, Russie, Chine, etc.). Heureusement, il a quand même rappelé que le TNP avait eu le mérite de contenir la prolifération nucléaire ! Nous ne sommes pas complètement revenus en 2003 - 2005, lorsque le représentant étatsunien, Bolton, tirait à la mitrailleuse sur tous les traités de désarmement.
L'intervention de la représentante de la France, Mme Guitton, a été un exercice de style remarquable : comment masquer l'immobilisme nucléaire français sous des formules creuses, comment justifier le refus français d'impulser le désarmement nucléaire ? La représentante française n'a pu pour justifier que "conformément à une approche progressive et réaliste du désarmement nucléaire, la France a continué à mettre en oeuvre ses engagements au titre de l'article VI du TNP" que mettre en avant de vagues participations à des comités techniques, mais rien sur le plan politique concret de l'arrêt des mesures de "modernisation nucléaire" décidées dans les lois de programmation militaire actuelles.
Comme la diplomatie française se sent en difficulté par rapport aux initiatives de désarmement nucléaire, liées au TIAN, et popularisées en France par les 46 associations d'ICAN-France, la représentante française a annoncé péremptoirement qu'elle entendait "à present se tourner vers l'échéance de 2020". Tout le monde attendait des propositions politiques hardies et novatrices. Las ! Les propositions ne sont que des objectifs sans moyens d'action et donc peu atteignables : "adopter une réponse ferme et unie à toutes les crises de prolifération" (!), "renouer un dialogue multilatéral constructif et inclusif" ("cause toujours !"), deux "serpents de mer" avec la négociation d'un traité sur les matières fissiles, "l'entrée en vigueur rapide" du traité d'interdiction des essais nucléaires en panne depuis vingt ans, enfin la diminution des stocks d' armes nucléaires, mais chez les autres, les États-Unis et la Russie ! Ah, si, il y a eu un engagement concret, le "développement responsable et durable du nucléaire civil", c'est-à-dire le renforcement de la vente de centrales nucléaires ! La diplomatie française est malheureusement aujourd'hui de plus en plus réduite en matière nucléaire à essayer de "vendre du vent", pour pallier aux carences des politiques présidentielles françaises en matière de sécurité internationale innovante !
Par rapport à tous ces discours creux, l'intervention du représentant du Saint-Siège, a été un moment de fraîcheur intellectuelle et éthique. Celui-ci a rappelé que "Les armes de destruction massive, en particulier les armes nucléaires, créent un faux sentiment de sécurité. L'illusion tragique d'une "paix" basée sur la peur est au mieux superficielle". Il a affirmé avec fermeté que "tant ce traité [le Traité d'interdiction des armes nucléaires] que le TNP sont inspirés et conduits par les mêmes impératifs moraux et les mêmes objectifs. À cet égard, ils se renforcent et se complètent mutuellement". Enfin, il a ajouté que "Le désarmement nucléaire et la non-prolifération sont liés au désarmement intégral et cela est lié au développement humain intégral, que le pape Paul VI a défini comme un autre nom pour la paix".
En bref, cette première journée a planté le décor des enjeux d'un monde plus sûr et pacifié demain. Soit la poursuite d'une situation inégalitaire, dangereuse et instable, où certaines puissances considèrent que les armes nucléaires sont bonnes pour leur sécurité mais pas pour celle des autres pays.
Soit un sursaut politique et éthique pour dire : oui, il faut s'engager résolument dans la voie du désarmement nucléaire contrôlé et maîtrisé pour construire une nouvelle sécurité commune, et il faut prendre en compte tous les apports en ce sens, dont le nouveau Traité d'interdiction, en cours de ratification.
Daniel Durand

dimanche 22 avril 2018

Genève 1998 - Genève 2018 : vingt ans de surplace ?

(Post In French only - you can translate it and share on your social medias, if you do it, please let me know)

Il y a vingt ans , en 1998, se tenait la 1ère Prepcom à Genève du processus d'examen continu du Traité de non prolifération nucléaire. Celui-ci venait, trois ans auparavant, d'être prorogé indéfiniment avec la promesse de conclure un Traité d'interdiction des essais nucléaires, de créer une zone sans armes nucléaires au Moyen-Orient et d'avancer sur le chemin de l'élimination "de bonne foi" des armes nucléaires en application de l'article VI du Traité. Sur ces trois engagements, seul le premier a été en partie réalisé: le TICEN a été signé en 1996 mais non entré encore en vigueur. J'étais présent à cette Prepcom de 1998, alors comme responsable national du Mouvement de la paix. Nous étions très lucides sur l'énorme effort de pression politique qu'il faudrait mener,notamment auprès des États "dotés" de l'arme nucléaire. Dans une lettre à tous les ambassadeurs de la Conférence, nous écrivions le 21 avril 1998 : "Le mouvement de la paix [demande] :
- l'accélération des mesures quantitatives de désarmement nucléaire par les cinq puissances, dans un meilleur respect de l'article VI du TNP,
- la discussion concrète pour démarrer la négociation vers un Traité d'abolition ou d'interdiciton complète des armes nucléaires, complétant le TNP, ce qui constituerait la seule parade réelle aux risques de prolifération
".

Pour montrer la volonté de l'opinion publique, nous avions appelé nos concitoyens français de la région Rhône-Alpes, à venir en délégations à l'ouverture de la Prepcom, le lundi 27 avril 1998. Près de 80 Rhône-alpins avaient répondu à cet appel. Une délégation des mouvements français, membres d'Abolition 2000, avaient été reçue par Mme Joëlle Bourgois, alors représentante de la France à la Conférence du désarmement, pour marquer cette volonté.

Que s'est-il passé depuis vingt ans ? À chaque étape de l'examen du TNP, à toutes les séances plénières, à toutes les Prepcoms, nous, ONG, avons argumenté pour montrer que la seule lutte efficace contre la prolifération était, non seulement d'améliorer les garanties de surveillance des tentatives de prolifération, mais d'abord et surtout, d'avancer concrètement sur la mise en oeuvre du désarmement nucléaire.
En 20 ans, les cinq puissances n'ont rien, ou si peu, fait en ce sens ! Cette stagnation explique l'impuissance de la communauté internationale à empêcher la Corée du nord, après l'Inde, le Pakistan et Israël de rejoindre le groupe des "dotés clandestins" ! On sait que d'autres pays comme l'Arabie Saoudite commencent à être impatients et prêts à franchir le pas. Vingt ans d'impuissance, c'est assez !

Heureusement, malgré cette impuissance et cette mauvaise volonté, nous avons réussi à faire se lever un vent frais d'espoir : les deux tiers des pays de la planète ont adopté en juillet 2017, le principe d'un Traité d'interdiction des armes nucléaires, un tiers l'a déjà signé en bonne et due forme en septembre, les processus de ratification ont commencé. Les puissances nucléaires, les pays qui les suivent servilement au sein de l'OTAN, doivent se ressaisir. le processus de soutien au Traité d'interdiction des armes nucléaires offre à tous les pays, et notamment aux pays nucléaires "dotés", le moyen de reprendre la mise en oeuvre concrète de l'article VI du TNP. Il est un instrument complémentaire et non un élément de division. Demain, avec un Traité d'interdiction généralisé, le processus de contrôle et de vérification du TNP pourra se déployer d'une manière renforcée.

Depuis 20 ans, que nous agissons et expliquons, nous n'avons pas perdu notre détermination, mes amis pacifistes et moi, à penser que le sens de l'histoire, l'avenir de paix pour l'humanité passe par une planète débarrassée, au plus tôt, des armes nucléaires !

Daniel Durand
1998 - 2018

dimanche 15 avril 2018

Intervention en Syrie : interrogations troublantes

"J’ai donc ordonné aux forces armées françaises d’intervenir cette nuit, dans le cadre d’une opération internationale menée en coalition avec les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni et dirigée contre l’arsenal chimique clandestin du régime syrien" (communiqué de l'Élysée du 14 avril).
Ainsi, quinze ans après la position courageuse de la France refusant une action guerrière en Irak avec les États-Unis et le Royaume-Uni sans mandat des Nations unies, le président Macron vient de recréer une alliance "occidentale" pour mener une opération militaire internationale unilatérale.
Cette opération est clairement illégale selon la Charte des Nations unies qui rappelle que, seul le Conseil de sécurité, peut décider d'actions militaires et non des pays qui s’érigeraient en défenseurs du droit international. De la même manière, contrairement à ce qu'affirme le ministre des Affaires étrangères, la résolution 2118 du Conseil de sécurité ayant pour objet l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, adoptée à l'unanimité le 27 septembre 2013, précise que c’est aussi le Conseil de sécurité qui prend la décision d’intervenir militairement et non tel ou tel État.
Le bombardement de sites syriens supposés receler des installations ou des stocks d'armes chimiques a eu lieu le jour où des inspecteurs de l'OIAC arrivaient sur place pour mener une enquête pour avoir la preuve des agissements criminels de Damas la semaine précédente le 7 avril, à Douma.
Les dirigeants français civils et militaires ont déclaré que les objectifs de ces attaques militaires étaient clairement identifiés comme liés à la production d'armes chimiques, activité qui serait complètement illégale depuis que la Syrie, en 2013, avait été contrainte d'adhérer à la Convention internationale d'interdiction des armes chimiques, sous la pression politique conjointe de Barak Obama et Vladimir Poutine. Cet accord avait permis de détruire une partie considérable des stocks chimiques syriens.
Une question se pose : si les occidentaux avaient des preuves de la poursuite de programmes clandestins de la fabrication ou du stockage de telles armes, pourquoi n'ont-ils pas déployé des initiatives politiques fortes, en concertation ou en faisant pression sur les Russes, pour poursuivre la destruction et la mise sous surveillance de ces stocks, pour empêcher le régime de Bachar Al Assad de mener des bombardements criminels ?
On cherche en vain, depuis cinq ans, la trace de telles initiatives au Conseil de sécurité, en dehors de quelques déclarations formelles sans véritable campagne.
Ce dimanche 15 avril, la France a annoncé, par contre, qu'elle va déposer une résolution au Conseil de sécurité pour renforcer les inspections et la surveillance du processus de destruction des stocks chimiques syriens, ainsi que des propositions pour trouver une issue politique au conflit !
Cela amène à une terrible interrogation : pourquoi cette inertie politique pendant des semaines avant le bombardement du 7 avril ? Pourquoi des initiatives politiques maintenant après l'envoi de missiles illégalement ? A-t-on attendu que le régime de Damas franchisse la fameuse "ligne rouge" pour pouvoir ensuite accomplir une action militaire spectaculaire, sans doute peu efficace, mais permettant aux occidentaux comme certains observateurs l'ont fait remarquer, de revenir au premier plan de la scène politique du conflit syrien ?
Aurait-on délibérément pris le risque de voir périr des dizaines d'innocents pour faire un "coup" politique au lieu de tout faire pour prévenir des attaques criminelles de l'armée syrienne ? Je me refuse à croire à une telle hypothèse, mais je pense que, dans les cercles militaires français, étatsuniens, de l'OTAN, la culture dominante reste celle du primat de la force sur le respect du droit international et l'action politique.
Pourtant, depuis 2001, les solutions de force ont toutes été des échecs, de l'Afghanistan, à l'Irak, la Libye ou la Syrie. Seules les initiatives politiques d'Obama pour trouver une solution politique à la crise avec le programme atomique de l'Iran ont été une réussite.
La position militariste se trouve confortée par l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, cet irresponsable, dont le lanceur d'alerte Daniel Ellsberg, a appelé Jim Mattis, le chef du Pentagone, à protéger le monde des "tentations" de déclencher une guerre et à être prêt à s'opposer à d'éventuels ordres « impulsifs et irréfléchis ».
Il y a vraiment besoin que se développe un large mouvement d'opinion pour dire : faisons appliquer le droit international partout, pour empêcher les tyrans comme Assad de nuire, pour permettre à tous les peuples comme les peuples palestiniens et israélien de vivre en paix et dans la liberté, pour rejeter les vieilles  politiques de force des États en renforçant plus que jamais les institutions multilatérales comme les Nations unies permettant à tous les peuples de régler leurs différends en commun.

dimanche 29 octobre 2017

ONU-UE : clarifiez vos propos, M. Macron !

À une semaine d’intervalle, les 19 et 26 septembre, le président Emmanuel Macron a exprimé sa vision générale du monde, d’abord, à la tribune de l’assemblée générale des Nations unies, puis sur l’Europe, à la Sorbonne, à Paris. Ce qui frappe à la lecture des deux textes, c’est la juxtaposition d’idées généreuses, alliée à un manque de cohérence dans les propositions par rapport aux principes affirmés.
Rendons-lui justice, il a réaffirmé une constante de la diplomatie française depuis trente ans : la primauté au multilatéralisme dans les relations internationales.
Ce rappel était particulièrement utile après le discours de Donald Trump, glorifiant le « chacun pour soi ». Emmanuel Macron a redit « [..] aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin du multilatéralisme, non pas parce que ce serait un mot confortable, non pas parce que ce serait en quelque sorte un refuge pour gens intelligents. Parce que le multilatéralisme, c’est la règle du droit, c’est l’échange entre les peuples, c’est l’égalité de chacune et chacun d’entre nous, c’est ce qui permet de construire la paix et de relever chacun de nos défis ».
Aujourd’hui, souvent, l’action des Nations unies, ses principes mêmes, sont parfois brocardés, non seulement par des chefs d’État, mégalomanes comme Trump ou Kim-Jung-un, mais parfois par des « spécialistes » qui minimisent l’événement considérable que représente, en permanence, l’exploit de faire coexister, même si c’est parfois cahin-caha, tous les pays de notre planète !
L’affirmation du président Macron estimant que « l’Organisation des Nations unies a toute légitimité pour agir et préserver les équilibres du monde » est donc fondamentale. On s’attendait donc à en trouver un écho, dans son discours sur l’Europe, une semaine plus tard, à Paris !
N’avait-il pas amorcé une transition possible vers son discours européen en ajoutant à l’ONU que « nous avons besoin d’une articulation dans la gestion des crises, avec l’Union européenne, l’Union africaine, les organisations sous-régionales qui sont des acteurs essentiels » ?
Or, rien dans son intervention à la Sorbonne sur cette articulation ONU/UE, aucune proposition novatrice sur la relation Europe / ONU !
Le président français a certes rappelé que « nous sommes les héritiers de deux déflagrations qui auraient dû jeter la nuit sur notre Europe, celles du siècle passé, des deux guerres mondiales qui ont décimé l’Europe et auraient pu nous engloutir. [...] L’idée a triomphé des ruines. Le désir de fraternité a été plus fort que la vengeance et la haine. Ce fut la lucidité des pères fondateurs de transformer ce combat séculaire pour l’hégémonie européenne en coopérations fraternelles ou en rivalités pacifiques ».
Mais, il n’a parlé que de l’avenir d’une Europe qui se regarderait le nombril, en lui assumant comme seul destin, d’assurer notre existence, à nous Européens et à nos valeurs, forcément « supérieures » à celles du reste de la planète puisque « cet équilibre de valeur, ce rapport à la liberté, aux Droits de l’Homme, à la justice est inédit sur la Planète » ! Finie « l’égalité de chacune et chacun d’entre nous », revoici l’arrogance de la supériorité européenne !
Notre avenir se résumerait à « notre capacité à exister dans le monde actuel pour y défendre nos valeurs et nos intérêts ». Au lieu de mettre l’accent sur le soutien à l’ONU qui a « toute légitimité pour agir et préserver les équilibres du monde », l’ambition se résume au vieux discours sur la  défense où « notre objectif doit être la capacité d’action autonome de l’Europe, en complément de l’OTAN ».
Ces deux discours risquent de marquer un nouveau rendez-vous raté avec l’Histoire. Pourtant, aujourd'hui, avec 27 pays membres, l'Union européenne est le plus gros contributeur financier des Nations unies (37 %) devant les USA, n’en déplaise à M. Trump ! À l'heure de développement de la mondialisation, l'Europe est bien une clé de l'avenir de l'ONU et du multilatéralisme.
L'Union Européenne est déjà un acteur majeur au service de la paix aujourd'hui : sur le contrôle du commerce des armes légères, comme principal contributeur de l'ONU en matière de maintien de la paix, en particulier pour les Balkans et le Caucase, comme principal soutien financier et économique à l'autorité palestinienne. Elle pourrait  aussi développer un rôle pilote en termes d’éducation à la paix, à la tolérance, aux droits humains et au refus de la violence, en profitant mieux de la chance d’avoir le siège de l’UNESCO sur le sol européen, à Paris. Emmanuel Macron a rappelé le rôle essentiel de celle-ci dans son discours de New-York. Elle est un frein, par contre, sur le plan du désarmement nucléaire, à cause de la Grande-Bretagne et de la France. Cette dernière n’a pas encore fait de geste positif pour soutenir le nouveau Traité international d’interdiction des armes nucléaires.
Demain, sur le plan militaire, l'U.E. pourrait fournir des matériels et moyens humains « d'intelligence », de matériels de transports de troupes, d’expertise d'observateurs et de contrôleurs ou de médiateurs aux opérations décidées par le Conseil de sécurité. Ce choix clair d'un partenariat renforcé avec les Nations-Unies pour le maintien de la paix, donnerait un sens nouveau à la coopération européenne en matière d'armements. Les programmes de l'Agence européenne d'armements pourraient s’inscrire dans cette finalité, à condition que l’Agence devienne un vrai « pôle public européen de l'armement », pour éviter toute « marchandisation » des armements.
La vision d'une « Europe, puissance vertueuse » pour la paix, le désarmement et le soutien aux Nations-Unies, n'est sans doute pas majoritaire encore au sein des gouvernements européens, mais elle pourrait le devenir dans les opinions publiques, si des volontés politiques se dégageaient au sein des principales forces de la société civile et du Parlement européen. Une Europe « puissance vertueuse » ne serait pas une Europe impuissante, elle disposerait d'alliés nombreux dans le monde parmi toutes les puissances émergentes. Partenaire privilégiée des Nations unies dans tous les domaines, du civilo-militaire, au renforcement du droit international et d'une nouvelle culture de paix, l'Union européenne serait une puissance d'un type nouveau mais une puissance respectée.
Voilà les pistes nouvelles, originales et fortes qu’on aurait pu attendre d’un nouveau Président français. Au lieu de cela, Emmanuel Macron a dit : « Au début de la prochaine décennie, l’Europe devra ainsi être dotée d’une Force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir ». Une telle orientation n’a pas de sens si elle s’inscrit simplement dans la construction d’un nouveau « pôle de puissance » régional. Nous commémorerons l’année prochaine, la fin de la guerre 1914-1918, conflit sanglant, conséquence de la rivalité des blocs militaires de l’époque.
L’enjeu pour l’Europe et le monde est de continuer à unifier et dépasser les clivages, pour renforcer la lutte pour un monde de paix et de liberté, ainsi que pour construire une planète durable et vivable pour les humains.
Emmanuel Macron veut-il vraiment qu’on accorde crédit à cette partie de sa déclaration onusienne : « Oui, aujourd’hui encore plus qu’hier, nos biens communs, c’est aussi notre intérêt, notre sécurité, c’est aussi leur sécurité. Il n’y aurait pas d’un côté l’irénisme de ceux qui croient à la règle de droit et au multilatéralisme et, de l’autre côté, le pragmatisme de certains unilatéraux. C’est faux » ?
Alors, il faut qu’il clarifie vite ses positions pour l’Europe et la France dans la voie du soutien résolu aux Nations unies et à la démilitarisation des relations internationales, sinon beaucoup estimeront qu’il s’agit seulement de discours creux de propagande et ils auront raison. M. Macron, just do it !

mercredi 27 septembre 2017

Contradictions et espoirs dans un monde incertain

L'ouverture de la nouvelle session annuelle des Nations unies, la semaine dernière, a mis à nu les contradictions du monde d'aujourd'hui. Nous avons entendu le secrétaire des Nations unies, Antonio Guterres, appeler à la prise de conscience des défis du monde, appeler à l’accélération du désarmement, notamment nucléaire et à la réussite de la campagne d’objectifs de développement durable, la campagne des objectifs 2030. « Face aux divisions du monde, nous devons agir pour faire régner la paix ». Il a rappelé que, face au danger nucléaire et à la crise nord-coréenne, « la solution doit être politique et les dirigeants doivent faire preuve de sagesse ». Face aux inégalités croissante, il a expliqué que « plus de personnes se sont extirpées de la pauvreté extrême que jamais auparavant. Au niveau mondial, la classe moyenne est plus importante que jamais. De plus en plus de personnes vivent plus longtemps et en meilleure santé. Mais les progrès ne sont pas équitables. Les disparités sont criantes, qu'il s'agisse des revenus, de l'égalité des chances ou de l'accès aux résultats de la recherche et de l'innovation ».
Face à ce discours de sagesse et d'appel à l'action positive, nous avons entendu ensuite le discours du président Trump pousser à la caricature le discours du chacun pour soi, que les plus forts s’imposent et cela ira mieux, tant pis pour les faibles ou pour les « États-voyous » ou qualifiés tels ! Nous réglerons les problèmes du monde dans la violence, le fracas des bombes et des missiles, nous raserons les territoires des « maudits » ; n'a-t-il pas dit « nous n'aurons d'autre choix que de détruire totalement la Corée du nord » ! Comme une incantation, il a repris plusieurs fois l'idée que « le succès des Nations unies dépend de la force indépendante de ses membres », « l'État-nation demeure le meilleur moyen d'élever la condition humaine », réaffirmant que « en tant que président des États-Unis, je mettrai toujours l'Amérique en premier ». Comme si d'un trait de plume, d'un tweet ou d'un discours, on pouvait faire disparaître le tissu de normes communes, de relations commerciales, économiques, juridiques, sociales formé par les centaines de traités et d'accords qui ont pacifié et uni le monde depuis 1945 !
Jamais cynisme, folie n’ont été aussi crûment étalés alors que les décennies précédentes ont montré l’échec des solutions de force, « l’impuissance de la puissance » en Afghanistan, en Irak, au Moyen-Orient.
Après une intervention aussi agressive, le discours du président français Emmanuel Macron a réaffirmé heureusement les valeurs portées par la France et les nombreux pays qui croient depuis 70 ans, la création des Nations unies, à la nécessité de la coopération internationale et du multilatéralisme !  Il a défendu la primauté des solutions politiques négociées, la place des humains dans l’avenir de notre planète. Sur le fond, face au discours destructeur de Trump, le discours du président français a été utile et nécessaire. Il aidera certainement des pays à se positionner positivement face à l’arrogance de Trump comme le discours de D. de Villepin l’avait été en 2003 face à G. W. Bush.
Il était nécessaire qu'il rappelle que « le multilatéralisme, c'est la règle du droit, c'est égalité entre les peuples, c'est l'égalité de chacune et de chacun d'entre nous, c'est ce qui permet de construire la paix et relever chacun de nos défis », et qu'il réaffirme clairement que « oui, pour ce faire, l'organisation des Nations unies a toute légitimité pour agir et préserver les équilibres du monde » !
Beaucoup ont été rassurés qu'il dise que l'accord sur la COP21 sur le climat « ne sera pas renégocié » et qu'il « respecte profondément la décision des États-Unis et la porte leur sera toujours ouverte, mais nous continuerons avec tous les gouvernements, avec les collectivité locales, les villes, les entreprises, les ONG, les citoyens du monde à mettre en œuvre l'Accord de Paris ».
Souligner l'utilité de ce discours, c'est aussi être lucides sur ses limites ! Celles-ci sont claires : concrètement, le président Macron a été muet sur les questions essentielles de la démilitarisation des relations internationales, des dominations militaires ET, sur le plan intérieur, le gouvernement français continue d'augmenter son budget militaire, le « sanctuarise » pour modernise son arsenal notamment nucléaire.
Nous avons vécu ce même type de « grand écart » politique en 2003 ! Cette année-là, lorsque nous approuvions le discours de M. de Villepin aux Nations unies s'opposant à G.W. Bush et à l'invasion de l'Irak, nous n'oubliions pas pour autant les programmes nucléaires en plein essor à l'Île Longue, la hausse des dépenses militaires, l'affaire des « odeurs » de Jacques Chirac, et, deux ans plus tard, nous avons été nombreux à nous mobiliser contre le CPE, institué par un premier ministre, nommé de Villepin !
En fait, en ce mois de septembre 2017, nous avons ainsi la démonstration que le pouvoir des États au plan international, doit être équilibré, bousculé par l’expression des peuples, par le biais des opinions publiques, des organisations, élus locaux, membres des sociétés civiles.
Nous avons vécu, cette même semaine, une illustration extraordinaire de cette vérité. En même temps que les discours de MM Trump et Macron, le 20 septembre, a été ouvert à la signature, le premier Traité d'interdiction des armes nucléaires,obtenu grâce à l’action d’États moyen ou petits, qui s’opposent aux grandes puissances (plus de 50 États l'ont déjà signé, dont le Vatican), et grâce à l’initiative des sociétés civiles, d’institutions humanitaires comme la Croix-Rouge, de réseaux d'associations et d'ONG comme ICAN (International network for the abolition of nuclear weapons). La symbolique de cet événement est renforcée par le fait que ce Traité est signé 20 ans après, presque jour pour jour, la signature de la convention d’Ottawa, sur l’interdiction des mines anti-personnels, premier traité « humanitaire » imposé par les société civiles !
Alors, oui, nous sommes toujours dans un monde dangereux, où le pire peut échapper au contrôle, mais jamais, la scène internationale n'a été aussi complexe, aussi riche de potentialités et de nouveaux outils pour tous ceux qui veulent enraciner les fondations d'un monde de paix et de justice.

29 septembre 2017