lundi 22 octobre 2018

Cent ans après 1918 : quelles leçons ? III/III - Un monde dangereux ? La paix a des atouts, utilisons-les!


Depuis quinze ans, la course de vitesse entre « faiseurs de guerre » et « faiseurs de paix » bat son plein.
D'un côté, se construit un monde où les dépenses d’armement vont bientôt doubler les niveaux records du temps de la guerre froide, où la militarisation de zones sensibles comme dans le Golfe persique et l’Asie du sud-est, avec l’accumulation d’armes sophistiquées aux mains de régimes non-démocratiques, s’intensifie, et où, subsiste toujours la menace des armes nucléaires, et le risque de leur prolifération après la démonstration faite par la Corée du Nord.
Parallèlement, les campagnes d’opinion pour la paix de cette décennie ont été fortes : elles ont abouti à la création de la Cour pénale internationale, à un traité de contrôle du commerce illégal des armes, à la mobilisation autour de la COP21 (la Conférence de Paris sur les changements climatiques), enfin à la signature du TIAN, Traité d’interdiction des armes nucléaires. Ces avancées sont des indicateurs des potentialités du mouvement des peuples.
Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés au défi que, non seulement, il ne faut pas lever le pied dans les luttes pour un monde de paix mais il est urgent de les renforcer. Il me semble que quatre directions d'actions sont essentielles.

1- Il est nécessaire de poursuivre et amplifier la démilitarisation des relations internationales, notamment le renforcement des traités de désarmement. Ne faut-il pas encore élargir et amplifier un grand courant d'opinion pour faire appliquer le traité d'interdiction des armes nucléaires, bloquer les tentatives de "guerre dans l'espace" et de "cyberguerre" ou de "guerre des robots", geler les dépenses d'armement et les ventes d'armes ?
Rappelons que la Charte de l'ONU, qui est la loi internationale, dit qu'il faut "favoriser l'établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde" (chapitre V, art 26).

2- Face à l'échec patent de toutes les solutions de forces, mises en oeuvre dans les conflits depuis 2001 (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie), donner absolument la priorité au règlement politique des problèmes internationaux, en donnant systématiquement la priorité à l'ONU sur les interventions unilatérales des États, est prioritaire. De nombreux chefs d'États, dont le Président français, ont insisté sur cette nécessité, à l'ouverture de la session de l'Assemblée générale de l'ONU en septembre dernier. Ne faut-il pas isoler davantage encore M. Donald Trump et son attaque en règle contre le multilatéralisme ?

3- Une mobilisation générale de l'opinion, des forces économiques est urgente pour réaliser, avant 2030, les objectifs mondiaux de développement durable, la réduction des inégalités pour finir d’éradiquer la faim, la maladie, l’absence d’éducation dans le monde, notamment en faveur des enfants et des femmes.

4- Ne faut-il pas exiger que soient mis en oeuvre systématiquement dans tous les programmes onusiens, dans les programmes éducatifs nationaux, des volets d'éducation à la paix, à la culture de la paix, à la non-violence pour battre les cultures de guerre et de domination.

Nous vivons une époque difficile mais passionnante, car jamais l’ homme n’a disposé d’autant d’outils (ONU et institutions, droit international, outils citoyens avec la révolution informationnelle) pour agir afin que les humains puissent VIVRE ET TRAVAILLER DIGNEMENT SUR UNE PLANÈTE DURABLE ET PACIFIÉE. Alors, "just, do it !".

Cent ans après 1918 : quelles leçons ? - II/III - 73 ans après 1945 : la résilience de la paix...

Alors que la 2e Guerre mondiale avait éclaté à peine plus de vingt ans après la fin de la 1ère, depuis 73 ans, malgré les affontements des deux blocs pendant la Guerre froide, malgré la création et l'accumulation d'armes toujours plus sophistiquées, le monde n'a pas connu de conflagration mondiale. Il s’est construit une forme de "résilience de la paix". Quelles explications peut-on apporter à ce phénomène ? De multiples raisons peuvent être avancées, j'en proposerai quelques unes.

1/ Cette "résilience de la paix" est inséparable du développement du système multilatéral depuis la fin de la seconde Guerre mondiale : "pas d'ONU, pas de paix".
En effet, si on regarde l’évolution du monde depuis 1945, on constate l’extraordinaire mouvement d’émancipation des peuples : de cinquante pays en 1945, nous sommes passés à 194 aujourd’hui, notamment grâce à la décolonisation.
Tous ces pays réussissent l’exploit de vivre ensemble sous un même toit, les Nations unies, avec des droits théoriquement égaux (un pays, une voix). Il s'agit d'un fait unique dans l'histoire humaine.

2/ C’est inséparable de la constitution progressive sur notre planète, n’en déplaise à Hubert Védrine qui conteste cette réalité, d’une communauté humaine, de plus en plus consciente, dans toute sa diversité : ONG, tissu associatif, mouvements sociaux. Cet ensemble, certes en voie de formation et encore balbutiant, s’est constitué largement grâce à l’existence du système multilatéral onusiens, en soutien ou parfois en opposition, mais toujours en relation avec celui-ci.

3/ C’est inséparable de la production, du développement d’un droit international englobant progressivement tous les secteurs de l’activité humaine,
Alors qu’avant 1945, n’existaient que quelques accords humanitaires (Croix-rouge) et un début d’accord sur le travail (OIT), aujourd’hui, des dizaines d’organismes, des centaines d’accords, de conventions, de traités mondiaux, régionaux, bilatéraux, essaient de gérer les problèmes entre les États, ou entre les humains (FAO, UNICEF, UNRWA pour les réfugiés, PNUD, OMS, etc.).
Le droit international, assis sur la Charte des Nations unies, produit par ces traités divers, progresse régulièrement et s’étend à tous les domaines de la vie. Mais surtout, les opinions publiques, par le biais des ONG, des médias, pèsent de plus en plus sur certains problèmes, leur résolution, leur réglementation, comme nous l’avons vu au moment de la COP21. Depuis, les années 1990, la notion de "droits humains" (pour les enfants, les femmes, le développement) est un élément incontournable des débats du monde. La journée internationale de la paix du 21 septembre dernier a lancé l'idée d'un "droit humain à la paix", 70 ans après le vote de la Convention universelle des droits de l'homme.

4) C’est inséparable du passage en cours, à une échelle  temporelle historique, de l’ordre exclusif des États à un réseau de forces mondial complexe, où on trouve à côté de ces États, des entités non-étatiques : les forces économiques et financières mais aussi les organisations de la société civile, dans leur action concrète, reconnue de plus en plus à côté de celle des gouvernements et des lobbies économiques. Le jeu des interactions, des rapports de force est devenu plus complexe mais joue un rôle de "filet amortisseur" aux comportements égoïstes des États.

5/ C’est inséparable de l’évolution accélérée des nouvelles technologies, particulièrement celles de l’information (de la télévision, aux téléphones mobiles, à internet et aux réseaux sociaux), qui génèrent à la fois des risques de nouvelles dominations, de nouveaux contrôles des citoyens, mais tout autant et même plus, des potentialités nouvelles pour l'intervention individuelle ou collective des humains. Elles décuplent leurs capacités d’influer sur leur destin, comme cela s’était manifesté en 2003 dans la rapidité de constitution du mouvement anti-guerre aux États-Unis (David Cortright), en 1997, avec le succès inattendu de la campagne pour l’interdiction des mines antipersonnel. Le succès de la campagne d'associations anti-nucléaires, ICAN, qui a reçu le prix Nobel de la paix et vient d’aboutir à la signature d’un Traité d’interdiction des armes nucléaires, tient aussi à cette mobilisation des réseaux citoyens appuyés sur les techniques de communication moderne.

Alors, cette "résilience de la paix" signifie-t-elle pour autant que la guerre est écartée, que la situation du monde n'est pas dangereuse ? Évidemment non. Ma démonstration vise simplement à montrer que pour apprécier une situation donnée, il faut aussi être capable de prendre un peu de recul, de "décoller le nez de la vitre", pour comprendre les grandes évolutions de l'histoire.

Cent ans après 1918 : quelles leçons ? I/III - L'échec de la paix dans l'entre-deux guerres

Le centenaire de la fin de la 1ère Guerre mondiale 1914-1918 suscite nombre de recherches et de colloques et interroge un public large, au-delà des historiens et spécialistes. Le président de la République française organise même un "Forum de Paris sur la paix" le 11 novembre prochain. Des questions nous interpellent. Pourquoi la paix n'a-t-elle pas tenu après 1918, alors que tout le monde annonçait la "der des der" ? Paradoxalement, pourquoi sommes-nous toujours en paix, 73 ans après la fin du second conflit mondial en 1945 ? Enfin, les deux premières décennies de ce XXIe siècle, avec la recrudescence des tensions, la hausse brutale des crédits militaires et des ventes d'armes, la crise économique mondiale, ne rappellent-elles pas cette "montée à la guerre" de la fin des années 30 ?
Je livrerai  quelques réflexions sur ces thèmes dans trois articles consécutifs.

I/III - L'échec de la paix dans l'entre-deux guerres

Au lendemain de la fin de l'horrible boucherie de la 1ère Guerre mondiale, le rejet de la guerre est général dans l'opinion publique française. Il s'est cristallisé dès 1916 avec la publication du livre-choc,  le "Feu" de Henri Barbusse, la création en 1917 de l'ARAC (Association républicaine des anciens combattants) dont le slogan central sera le fameux "guerre à la guerre".
Cet attachement à la paix est, en même temps, un sentiment quasiment unanime en France.
Cela marque une différence avec les décennies de l'avant-guerre, où on trouvait dans une partie de la classe politique l'éloge des "vertus la guerre", estimée bonne pour tremper les caractères, voire forger une nation et une communauté de destin.
Ce rejet quasi unanime de la guerre ne signifie pas pour autant que la France est devenue globalement pacifiste car il se fractionne vite en plusieurs courants dès 1920  : le "plus jamais ça" des anciens combattants dont l'Union fédérale, créée notamment par René Cassin (1887-1976), joue un rôle central dans l'opinion, le courant du pacifisme par le droit qui s'exprime par le soutien prioritaire à la création de la SDN (la Société des nations), un courant anti-militariste et anti-impérialiste communiste, un courant pacifiste radical très fort dans la minorité libertaire de la CGT ainsi que dans le Syndicat des instituteurs.
La limite au développement des courants pour la paix se trouve certainement dans le fait qu'il n'y a pas d'élément fédérateur durable, permettant de surmonter les divergences. Le soutien à la Société des nations joue en partie ce rôle jusqu'en 1930 après la signature du traité de Locarno en 1925, qui semble régler la sécurité collective des pays à l'ouest de l'Europe. On parle positivement de "l'esprit de Locarno" et sa cheville ouvrière, Aristide Briand est appelée le "pélerin de la paix".
Mais l'impuissance croissante de la SDN face à certains conflits comme l'Éthiopie et son manque d'universalité (notamment l'absence des États-Unis) l'empêche de jouer ce rôle de pivot de la paix.
La création de mouvements d'intellectuels pour la paix comme le "Comité d'action contre la guerre et le fascisme" en 1932 et 1933, appelé mouvement Amsterdam-Pleyel, pour la création duquel duquel Henri Barbusse joua un grand rôle, essaie de mobiliser les consciences progressistes en France. Il sera un des creusets du futur "Front populaire pour la pain et la liberté" dès juillet 1935.
Mais le montée du fascisme transforme la nature du débat, après 1935 :  fut-il donner la priorité à la lutte anti-fasciste ou à la recherche de la paix ? Ces débats pèsent sur les attitudes politiques qui s'opposent : soutien ou non aux Républicains espagnols lors de la guerre d'Espagne, contre le coup de force de Franco, soutien ou non aux accords de Munich et à la complaisance devant les visées hitlériennes...
Cela explique que dès 1938, les défenseurs de la paix soient désunis et restent sidérés en 1939 devant l'accord Hitler - Staline.
Lorsque la 2e guerre mondiale prend fin en 1945, la situation du monde change radicalement. Elle est maintenant structurée par les deux camps vainqueurs mais opposés : les USA et l'URSS. Il faut tirer les leçons de l'échec de la Société des nations : la Charte créant l'ONU (Organisation des nations unies) donne des moyens d'agir à son Conseil de sécurité. L'organisation regroupe tous les grands pays du monde et continue son universalisation dans le cadre de la décolonisation, elle multiplie la création d'agences qui couvrent tous les domaines de la vie internationale. Une nouvelle période s'ouvre...

vendredi 28 septembre 2018

EMMANUEL MACRON À L'ONU : PRINCIPES OU "COM" ?

Le président de la République Emmanuel Macron s'est exprimé le 25 septembre à la tribune des Nations unies. Son discours s'est voulu beaucoup plus dense et structuré que l'année dernière dans cette enceinte. il reprend et prolonge le discours du 27 août dernier devant les ambassadeurs à Paris. À l'évidence, Emmanuel Macron a voulu en faire un discours fondateur de sa politique étrangère.
UN MULTILATÉRALISME FORT
Celui-ci est construit autour de la défense et illustration d'un "multilatéralisme fort" opposé à "l’unilatéralisme" qui vise, sans le nommer, la politique défendue par Donald Trump, qui "nous conduit directement au repli et au conflit, à la confrontation généralisée de tous contre tous, au détriment de chacun". Pour le président français,  "La loi du plus fort ne protège aucun peuple contre quelque menace que ce soit, qu’elle soit chimique ou nucléaire".
Il a donné l'exemple du débat avec l'Iran et celui du conflit israélo-palestinien. Pour lui, "Qu’est ce qui permettra de régler la crise entre Israël et la Palestine ? Pas des initiatives unilatérales, ni le fait d’ignorer les droits légitimes des Palestiniens pour obtenir une paix durable, ni de sous-estimer le droit légitime des Israéliens à leur sécurité. Il n’y a pas d’alternative crédible à la solution de deux États vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale".
Pour Emmanuel Macron, ce "multilatéralisme fort" doit se construire autour de "trois principes : le premier, c’est le respect des souverainetés, au fondement même de notre charte ; le second, c’est le renforcement de nos coopérations régionales ; et le troisième, c’est l’apport de garanties internationales plus robustes".
Il a renouvelé l'appui apporté l'année dernière à cette tribune au rôle central des Nations unies dans la solution politique des crises, comme en Syrie ou en Libye. Prenant ouvertement le contre-pied des dernières mesures états-uniennes, il a affirmé que "nous soutiendrons les agences qui œuvrent à un projet de paix et d’humanité : l’UNESCO, cette conscience même des Nations unies, le Conseil des droits de l’homme, la Cour pénale internationale, l’UNRWA pour laquelle nous augmenterons notre contribution car je le rappelle ici, il s’agit simplement de permettre à des centaines de milliers d’enfants d’aller à l’école".
Enfin, il a accordé dans son propos une large place à la lutte contre les inégalités dans les monde, comme seul chemin pour renforcer la stabilité mondiale, car pour lui, "qu’est-ce qui fait renaître les nationalismes, le doute sur notre assemblée ? Qu’est-ce qui fait naître partout les crises ? Ce sont ces inégalités profondes que nous n’avons pas su régler".
Cela passe par placer l'avenir de l'Afrique au coeur de cet Agenda "pour que son rôle soit central dans la recomposition du système international. Ce n’est pas seulement sur ce continent que nous gagnerons ou que nous perdrons collectivement notre grande bataille contre les inégalités. C’est avec ce continent".
"ANTI-TRUMP ?"
Avec ce discours, Emmanuel Macron a voulu, devant la communauté internationale se placer comme "l'anti-Trump", l'homme du multilatéralisme et des principes face à l'unilatéralisme et l'égoïsme, reconstruire une image de la France comme pays des valeurs universelles. Cette posture peut aider à empêcher certains États à s'engouffrer dans la brèche ouverte par les États-Unis dans le multilatéralisme, à en conforter d'autres, victimes de la pression politique ou commerciale de Trump, dans leur résistance. C'est sans doute pour encourager cette posture que les Nations unies ont décerné à Emmanuel Macron le titre annuel de "champion de la terre". On peut noter également que la réunion du Conseil de sécurité, le lendemain, a vu un Donald Trump complètement isolé sur la question du nucléaire iranien.
Sa volonté de montrer son soutien au multilatéralisme a amené la président à remettre en cause la prééminence de fait que s'octroie le G7, qui sera présidé par la France en 2019. Il a déclaré, non sans emphase, que "C’est aux Nations Unies que je tenais à dire en premier que cet agenda des inégalités sera au cœur du prochain G7. C’est devant vous aussi que je m'engage à venir rendre compte des résultats du G7 de Biarritz en septembre prochain, parce que le temps où un club de pays riches pouvait définir seul les équilibres du monde est depuis longtemps dépassé. Parce que le destin de chacun des pays qui le composent est indissociable de celui de tous les membres de cette assemblée".

Je suis de ceux qui pensent qu'il faut prendre au sérieux ces positions du Président de la République française, et ne pas les traiter par le petit bout de la lorgnette politicienne, comme je l'ai vu sous la plume de certains commentateurs (un d'entre eux n'hésite pas à écrire que "dans le fond, il partage les analyses du grand frère américain" !).
Il est positif que la diplomatie française sorte des mollesses et des compromissions de la présidence Hollande, ou de l'aventurisme et des foucades de celle de Sarkozy.
Il est positif que la France défende clairement une vision multilatérale du monde, affirme le rôle central des Nations unies et la nécessité de rendre efficace son action pour la paix, contre la pauvreté et les inégalités.
ATTENTION, INCOHÉRENCES ?
En même temps, des questions importantes sont posées. Pour être crédible, la position du président Macron doit résoudre un certain nombre d'incohérences, sous peine d'être traitée de politique du "verbe", voire de la "com" et non de l'action concrète.
Quelles sont ces incohérences ? La première consiste dans le soutien que la France persiste à accorder aux armes nucléaires. Le renforcement du multilatéralisme dans le monde est incompatible avec le maintien du rôle et de l'existence même des armes nucléaires dans le monde. par essence, celles-ci sont des armes de domination politique et militaire qui génèrent les frustrations entre pays dans leur recherche de la sécurité, comme on le voit avec la Corée du nord, Israël ou l'Inde et le Pakistan. Elles favorisent les prétentions des puissants à accorder leur protection, leur "parapluie nucléaire" à des pays "vassaux". Pourtant, Emmanuel Macron a reconnu dans son discours que "La responsabilité de la paix ne se délègue pas, ne se refuse pas, ne se préempte pas, elle s’exerce collectivement. La loi du plus fort ne protège aucun peuple contre quelque menace que ce soit, qu’elle soit chimique ou nucléaire" !
Pour être cohérente et crédible, la France doit opérer un virage politique et travailler concrètement à permettre l'élimination rapide des armes nucléaires. Elle doit prendre des initiatives politiques pour que les pays nucléaires s'associent sous des formes à négocier au processus de signature et de mise en oeuvre du TIAN (Traité d'interdiction des armes nucléaires).
La deuxième non-cohérence réside dans le manque d'articulation entre les propositions d'Emmanuel Macron pour le renforcement de la politique étrangère de l'Europe et son soutien en faveur des Nations unies et du multilatéralisme international. Il serait incohérent et contre-productif de vouloir faire jouer à l'Europe un simple rôle de "pôle de puissance", s'ajoutant et s'opposant aux autres pôles régionaux existants. Il doit y avoir un lien explicite entre toute politique de sécurité et de défense commune européenne et le renforcement du rôle des Nations unies pour la paix et la sécurité internationale. Or, aujourd'hui, Emmanuel Macron découple ces deux approches : il faut donc ouvrir le débat, notamment à la veille des élections européennes.
Troisième grosse non-cohérence : la question de la lutte contre les inégalités dans le monde. La crédibilité du discours présidentiel et celle de son action internationale seront faibles si la politique sociale intérieure du gouvernement français n'est pas corrigée. Celle-ci aggrave au contraire les inégalités dans notre pays, au détriment des retraités, des salariés modestes, des fonctionnaires ! Toute politique de lutte contre les inégalités dans le monde ne pourra réussir qu'en s'appuyant sur des politiques nationales crédibles, y compris dans les pays développés.
Ces quelques réflexions rapides montrent qu'il est nécessaire de mener en France un débat public rigoureux et exigeant, s'appuyant sur l'opinion, pour créer un rapport de forces obligeant le président Macron à ne pas en rester aux proclamations, mais à passer aux actes concrets, et sortir de ses contradictions, ou, s'il ne le fait pas, à éclairer l'opinion publique pour préparer de vraies alternatives.

mercredi 30 mai 2018

Une réflexion sur la paix

Je vous annonce la parution de mon dernier livre : ""1914-1918, cent ans après, LA PAIX !".
Dans ce modeste essai, je livre mes réflexions sur l’'engagement pour la paix hier
et demain.
Je prends un parti-pris : celui de parler de l'évolution du monde en me plaçant du point de la vue de la paix au lieu de le faire  comme tout analyste, "politiquement correct", du point de vue de la guerre.
Au risque de passer pour un doux naïf, je m’efforce de montrer toutes les potentialités nouvelles dont disposent aujourd’'hui les humains pour construire un monde de paix durable.

Vous pouvez dès à présent le commander en ligne sur
https://www.edilivre.com/1914-1918-cent-ans-apres-la-paix-daniel-durand.html/

Il sera en vente en ligne sur Amazon, FNAC.com, Chapitre.com et en commande normale en librairie à partir de mi-juillet.

Vous pourrez suivre l'actualité autour de ce livre, des rencontres et
dédicaces que j'essaierai de tenir, sur cette page Facebook

https://www.facebook.com/Mon-livre-sur-la-paix-610024936041674/

lundi 14 mai 2018

Assez !

Ce lundi 14 mai, à 19 h, les agences de presse annoncent que plus de cinquante civils palestiniens ont été tués par l'armée israélienne, tirés comme des lapins par des soldats-snippers alors qu'ils manifestaient pacifiquement à l'intérieur des frontières de la Palestine, à  Gaza. Par ailleurs, 2 000 autres civils ont eu la "chance" d'être "seulement" blessés au genou ou au talon, tirés eux aussi comme à l'exercice par ces soldats.
Ces manifestants protestaient contre l'inauguration d'une ambassade illégale des États-Unis à Jérusalem. Illégale, car contrevenant à des résolutions comme celle du Conseil de sécurité des Nations unies du 20 août 1980, adoptée par 14 voix pour, aucune contre et une abstention (États-Unis). La résolution affirme que les lois prises par Israël au sujet du statut de la ville sont nulles et non avenues. Elle enjoint aux États membres ayant une représentation à Jérusalem de les retirer.
L'Assemblée générale des Nations Unies a adopté en décembre 2017 une résolution sur le statut de Jérusalem, dans laquelle elle rappelle que « Jérusalem est une question qui relève du statut final et qui doit être régĺée par la voie de la négociation, comme le prévoient les résolutions pertinentes des organes de l'Organisation des Nations Unies ». L'Assemblée générale considère comme « nulle et non avenue » toute décision ou action susceptible de modifier le «caractère, le statut ou la composition démographique » de Jérusalem.
Il est salutaire que le ministre français des Affaires étrangères ait rappelé que "la France désapprouve la décision américaine de transférer l’ambassade des États-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem". "Cette décision contrevient au droit international et en particulier aux résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies". Il a précisé que "Le droit international est sans ambiguïté sur le statut de Jérusalem. Il devra être déterminé dans le cadre de négociations, comme l’ensemble des paramètres internationalement agréés, afin de parvenir à une solution juste et durable, à savoir deux États, vivant côte à côte en paix et en sécurité, ayant l’un et l’autre Jérusalem comme capitale. C’est ce que dit le droit et c’est le sens de nos efforts en faveur de la paix au Proche-Orient".
Le bon sens, le respect du droit international, le coeur et la raison imposent que toutes ces déclarations se transforment en actions concrètes, avec le maximum d'autres pays, notamment l'Union européenne, auprès du Conseil de sécurité et des autres instances internationales pour faire cesser ces actes barbares de l'armée israélienne, pour forcer les États-Unis à revoir leur position. La reconnaissance officielle par la France de la Palestine, comme État souverain, serait un élément diplomatique de poids pour faire bouger les choses. Au Président Macron de montrer qu'il est capable de vrai courage politique et pas seulement médiatique !

mercredi 9 mai 2018

Les limites de la vision du monde d'Emmanuel Macron

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a confié dans une interview au Journal du Dimanche du 6 mai, sa vision du monde et des relations internationales aujourd'hui.
Trois semaines après les bombardements aériens français controversés en Syrie, dix jours avec sa séance, à la limite du ridicule, de "brolove" avec Donald Trump, il s'est efforcé de démontrer qu'il maîtrisait le cours des événements, qu'il n'était pas à la remorque des États-Unis, que la sécurité de la France était sa priorité et le multilatéralisme toujours sa boussole internationale.
De fait, la plus grande partie de son interview est constituée par la narration de ses relations avec les grands dirigeants du monde, Trump, Poutine, voire Netanyahu, comme si le multilatéralisme consistait seulement à "parler en même temps avec tout le monde". Le Président Macron détaille, non sans une certaine ingénuité, les brillantes combinaisons stratégiques qu'il élabore avec chacun d'eux : ""remaçonner" la stratégie avec Donald Trump en se focalisant sur le politico-militaire et la lutte contre le terrorisme" car "Donald Trump, je le connais bien maintenant". Quant à Poutine, "Je lui dis donc que je sais, qu’il sait que je sais, qu’il n’y a pas de doutes sur l’issue et que je fais ce que le devoir m’impose". Les décisions de Donald Trump de "soulever le couvercle de la boite de Pandore iranienne" (voir mon article du 24 avril  dernier) malgré les recommandations d'Emmanuel Macron, son attitude insultante envers les victimes française du Bataclan, montrent le dédain du président US envers le partenaire français.
Sur la nécessité du multilatéralisme, Emmanuel Macron semble avoir oublié ce qu'il déclarait en septembre dernier à la tribune des Nations unies : « le multilatéralisme, c'est la règle du droit, c'est l'égalité entre les peuples, c'est l'égalité de chacune et de chacun d'entre nous, c'est ce qui permet de construire la paix et relever chacun de nos défis ». C'est une définition qui dépasse largement le tête-à-tête entre "Grands", cette vieille conception des relations internationales. Bien qu'il fasse une courte référence au Général de Gaulle au début de son interview, le Président Macron oublie justement cette originalité de la politique de De Gaulle : celle d'être capable de s'appuyer sur l'ensemble des peuples, notamment sur les pays non-alignés, pour desserrer l'étau du tête-à-tête entre puissances, comme il le fit lors de son discours de Pnom-Penh en 1966. C'est cette vision qui avait conduit Jacques Chirac et Dominique de Villepin à s'appuyer sur l'ensemble des nations et sur les opinions publiques en 2003, pour s'opposer aux décisions guerrières de George W. Bush en Irak.
Ce glissement progressif d'Emmanuel Macron vers une surévaluation de ses capacités personnelles, dans le seul relationnel direct avec les Grands, décrédibilise les "quatre priorités" qu'il énonce dans le JDD : "la sécurité, ensuite les valeurs, puis les biens communs à commencer par le climat et enfin la stabilité économique pour favoriser nos intérêts commerciaux". Le renforcement de la construction européenne n'y suffira pas à elle seule,comme il le propose.
Concernant la lutte pour les biens communs dont le climat, la Conférence de Paris, COP21, a montré la nécessité de s'appuyer sur la force des opinions publiques, pour surmonter les réticences et les égoïsmes des grandes puissances.
La recherche de la sécurité pose aujourd'hui, plus que jamais, la nécessité de la relance des efforts diplomatiques pour des objectifs de court terme. Il s'agit de reprendre, avec modestie et persévérance, les discussions avec les trois autres membres permanents du Conseil de sécurité, les Européens, les non-alignés, pour isoler Trump et ses soutiens, Netanyahu et les Saoudiens, afin de maintenir l'accord sur le nucléaire iranien, et de contrer les sanctions économiques futures des États-Unis.
Il faut retravailler sans a priori politique avec tous les acteurs régionaux intéressés, dont la Russie et l'Iran, avec au moins une partie de l'équipe gouvernementale syrienne actuelle, pour aboutir rapidement à une solution politique en Syrie, permettant de diminuer les tensions régionales, même si la France sera handicapée par la faute politique des bombardements illégaux d'avril.
À moyen terme, se pose la question de remettre au premier plan de l'agenda, en lien avec les Nations unies et son Secrétaire général, les différentes négociations pour la démilitarisation des relations internationales. Les chiffres des dépenses militaires publiés, il y a quelques jours, par l'institut suédois du SIPRI (1739 Mds de $ en 2017, avec la montée de l'Arabie saoudite et de l'Inde) sont très inquiétants.
Les dernières discussions à Genève dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire ont montré l'importance d'aboutir, au plus vite, à la tenue d'une Conférence sur la création d'une zone sans armes de destruction massive (ni nucléaires, ni chimiques, ni biologiques) au Moyen-Orient. Ces discussions ont montré également que les pays nucléaires devaient regarder d'un oeil différent et avec plus d'ouverture, le processus de ratification du Traité d'interdiction des armes nucléaires, faute de voir se creuser un fossé préjudiciable dans la communauté internationale.
Il s'agit là, tant dans le court terme que le moyen terme, d'objectifs sérieux, réalisables au prix d'efforts politiques intenses, loin des paillettes de la communication facile, des combinaisons intellectuelles présomptueuses dont les échecs répétés décrédibiliseraient la diplomatie française.