vendredi 14 février 2020

E. Macron et la dissuasion nucléaire : le recyclage des vieilles idées

Le premier discours officiel du président Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire était attendu. Allait-il faire entendre la voix de la France à l'unisson de tous ceux qui s'inquiètent de l'avenir de notre planète ? Allait-il annoncer une initiative diplomatique forte en direction des autres puissances nucléaires pour se tourner avec esprit d'ouverture envers les 122 pays qui ont exprimé leur souhait de voir éliminer toutes les armes nucléaires ? Que nenni.
Au lieu d'une vision prospective à la mesure de ce que pourrait être une diplomatie française inventive et audacieuse, nous avons entendu un discours ancien, reprenant sans génie un schéma de pensée datant de la fin des années 1990.
Plus de "jeunisme" mais un discours réactionnaire essayant de repeindre des vieilles idées datant de vingt ans comme "le désarmement exemplaire de la France", n'hésitant pas à mentir sur ses adversaires accusés faussement de prôner "le désarmement unilatéral", réécrivant l'histoire de l'après-guerre froide, en parlant "d'idéalisme" des dirigeants d'alors qu'au contraire, a prévalu après la Guerre froide la brutalité de "l'otanisation" forcée en Europe.

Ce discours s'articule toujours sur un même schéma, un même argumentaire depuis 1996.
1/ Le noircissement de la situation sur le thème du monde dangereux : "Les risques, les menaces, se sont accrus et diversifiés" (EM). En 2015, Hollande dit "la réapparition d'une menace étatique majeure pour notre pays, ne peut être exclue" ; en 2008, Sarkozy affirme "nous sommes confrontés à l’affirmation de nouvelles puissances, de nouvelles ambitions, de nouvelles menaces et donc de nouvelles rivalités" ; en 2001, Chirac prévient "l'évolution des menaces et des technologies contribue également à réduire les distances, et peut transporter, au coeur même du territoire national, la violence d'affrontements qui se déroulent loin de nos frontières".
2/ L'affirmation sans preuve que la dissuasion nucléaire garantit notre sécurité : "notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux" (EM). En 2008, Sarkozy affirme :"Et qu’en toutes circonstances, notre indépendance nationale et notre autonomie de décision soient préservées. La dissuasion nucléaire en est la garantie ultime" ; en 2001, Chirac rappelle "notre sécurité est et sera avant tout garantie par la dissuasion nucléaire. C'est vrai aujourd'hui, cela le sera plus encore demain".
3/ Menaces, nécessité de la nécessité, donc il faudrait accepter des sacrifices financiers pour l'arme nucléaire : "j’ai décidé qu’un effort budgétaire inédit serait accompli dans le domaine de la défense" (EM). En 2008, Sarkozy annonce "Garantir la sécurité de la Nation a un coût important. Chaque année, la dissuasion nucléaire coûte aux Français la moitié du budget de la justice ou de celui des transports. [...] Mais je suis déterminé à assumer ce coût" ; en 2001,Chirac prévient "Un effort significatif doit être consenti pour maintenir à niveau notre système de défense".
4/ L'affirmation rituelle que la dissuasion française est liée à l'OTAN et à l'Europe : "je souhaite que se développe un dialogue stratégique avec nos partenaires européens qui y sont prêts sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans notre sécurité collective" (EM). En 2015, Hollande dit " la France ne conçoit pas sa stratégie de défense de manière isolée, même dans le domaine nucléaire" ; en 2008, Sarkozy indique "je propose d’engager avec ceux de nos partenaires européens qui le souhaiteraient, un dialogue ouvert sur le rôle de la dissuasion et sa contribution à notre sécurité commune" ;  en 2001 déjà, Chirac dit "à terme, la France envisage d'ailleurs de proposer à ses partenaires européens l'extension de son parapluie nucléaire".
5/ L'affirmation anonnée depuis 20 ans que la France n'a pas besoin de faire plus pour le désarmement, car elle a beaucoup fait déjà. Cet argumentaire, qui n'a jamais été modifié depuis, date de la conférence du TNP de 2010 où avait été distribuée une luxueuse plaque de "com" par la délégation française. Mais, en fait, depuis cette date, la France n'a pris AUCUNE mesure nouvelle de désarmement. Voici le catéchisme : "elle a, à cet égard, un bilan unique au monde, conforme à ses responsabilités comme à ses intérêts, ayant démantelé de façon irréversible sa composante nucléaire terrestre, ses installations d’essais nucléaires, ses installations de production de matières fissiles pour les armes, et réduit la taille de son arsenal, aujourd’hui inférieure à 300 armes nucléaires" (EM). En 2015, Hollande dit "tout pareil" : "La France a été exemplaire, en application du principe de stricte suffisance. Elle a donc réduit, ces dernières années, de moitié le nombre total de ses armes. De moitié ! Elle a diminué d'un tiers la composante nucléaire aéroportée. Elle a renoncé au missile sol-sol" ; en 2008, dans son style vantard, Sarkozy plastronne : "Elle a aujourd’hui un bilan exemplaire, et unique au monde, en matière de désarmement nucléaire. La France, premier Etat, avec le Royaume-Uni, à avoir signé et ratifié le traité d’interdiction complète des essais nucléaires ; la France, premier État à avoir décidé la fermeture et le démantèlement de ses installations de production de matières fissiles à des fins explosives ; la France, seul Etat à avoir démantelé, de manière transparente, son site d’essais nucléaires situé dans le Pacifique ; la France, seul Etat à avoir démantelé ses missiles nucléaires sol-sol ; la France, seul Etat à avoir réduit volontairement d’un tiers le nombre de ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins" ; mais dès 2001, Chirac avait donné le signal : "Première puissance nucléaire à avoir éliminé les systèmes sol-sol, la France a ratifié en avril 1998 le traité d'interdiction complète des essais nucléaires. Et, seule parmi les puissances nucléaires, elle a entrepris le démantèlement de son centre d'expérimentation et de ses installations de production de matière fissile pour les armes nucléaires".

Si l'on écarte le vernis technocratique et moderniste du discours présidentiel (par exemple, on parle de 3 ruptures mondiales, 4 piliers stratégiques, 3 défis de défense, on s'y perd même un peu), reste que l'argumentation d'Emmanuel Macron est donc dans la lignée de celle de ses prédécesseurs, sous la pression comme nous le savons du lobby militaire et du lobby militaro-industriel nucléaire.
En fait, la seule grande nouveauté de ce discours réside dans son contenu finalement très défensif devant les sollicitations et questionnements de plus en plus pressantes des grandes autorité morales de la planète pour stopper la course aux armements : le pape parlant de "l'immoralité" des armes nucléaires dans ses discours prononcés à Hiroshima et Nagasaki, le secrétaire général de l'ONU à Genève alertant la communauté internationale, la pression des institutions humanitaires comme le CICR, la pression des réseaux citoyens comme ICAN. Emmanuel Macron y consacre deux pages.
En 2001, Chirac avait pu se contenter de dire : "Un large consensus existe en France sur notre politique de défense et de sécurité". Mais, déjà en 2015, François Hollande avait été obligé de justifier le choix de garder deux composantes pour la force nucléaire (sous-marins plus avions). Et aujourd'hui, Emmanuel Macron est obligé d'argumenter sur l'existence même des armes nucléaires, sur leur caractère moralement inacceptable et sur la nouvelle proposition d'un Traité d'interdiction des armes nucléaires (TIAN). Il l'a fait en trichant : peu de monde demande, comme il l'a prétendu, le désarmement unilatéral de la France, mais de plus en plus de personnes pensent que la France pourrait jouer un rôle positif en facilitant les discussions et rapprochements entre puissances nucléaires et le reste du monde, notamment en construisant des passerelles de discussions entre TNP et TIAN

Si ce discours avait été prononcé dès le début du mandat présidentiel, on aurait peut-être regardé avec quelque intérêt des proclamations comme celle concernant "la hauteur des ambitions que porte la France pour la paix, le multilatéralisme et le droit". Mais nous avons constaté depuis 2017, au travers des discours aux Nations unies ou ceux devant les ambassadeurs, que les belles déclarations d'Emmanuel Macron n'étaient pas suivies d'effets concrets. Le multilatéralisme est devenu "fort", puis "fort et efficace" puis "qui réussisse" : ces définitions multiples et restrictives cachent mal le virage de plus en plus net sur la préférence qu'éprouve Emmanuel Macron à se délecter de réflexions sur la place centrale de la puissance dans les relations internationales. Dans son texte de douze pages, ne trouve-t-on pas 24 fois le mot "puissance" ? L'Europe de demain est vue uniquement dans la perspective de la création d'un "pôle de puissance" qui s'ajouterait à un monde de multipolarités rivales rappelant les affrontements d'alliances d'avant la première Guerre mondiale.
Le discours sur la puissance est illusoire s'il cache l'incapacité à lancer et surtout faire aboutir des grandes solutions politiques aux problèmes de la planète. Les grandes crises mondiales n'ont pas été résolues par une réponse militaire mais par une réponse politique et par la capacité des hommes d'État à trouver une issue négociée : crise des missiles de Cuba en 1962 (Kennedy - Kroutchev), des euromissiles en Europe en 1987 (Reagan - Gorbatchev), guerre israélo-arabe en 1978 (Sadate-Begin avec Carter).

Il ne suffit pas de parler de "France puissance d'équilibre" si l'équilibre est la stagnation politique ou la chimère nucléaire. Il ne suffit pas de parler d'action pour la paix, d'action au service du multilatéralisme, si aucune initiative diplomatique n'est prise pour renforcer la place des Nations unies dans les discussions de désarmement.
"Regardons notre avenir avec lucidité et détermination" a conclu Emmanuel Macron : entièrement d'accord !
Je pense en effet qu'il faut de la lucidité pour comprendre l'urgence de stopper la militarisation des relations internationales et pour s'attaquer au dogme de la dissuasion ; je crois aussi qu'il faut une réelle détermination pour surmonter les obstacles, les pressions sur cette voie.
Le Président de la République française actuel peut-il être à la hauteur de ces enjeux ? Au fil des mois, la réponse est de de plus en plus négative. Heureusement que parallèlement, le mouvement pacifiste dans le monde a montré dans ces dernières années que, lui, savait prendre ses responsabilités, en particulier au travers de l'action pour faire progresser l'idée d'un Traité d'interdiction des armes nucléaires. C'est donc de ce côté que se situe l'espoir...


vendredi 10 janvier 2020

Vingt ans après. Pacifisme : ne pas se laisser voler l’espoir de l’an 2000 !

(Twenty years later. Pacifism: don't let the hope of the year 2000 be stolen! - English version at the end)

L’an 2000, « l’année du millénaire », a été celle d’une immense mobilisation et d’un formidable espoir pour tous les militants œuvrant pour un monde de paix et de justice. Elle fut décrétée « Année internationale de la culture de paix » par les Nations unies. Lors de la conférence d’examen du traité de non-prolifération nucléaire, furent adoptées « 13 étapes pratiques » dans lesquelles la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie signèrent un engagement sans équivoque d’accomplir l’élimination totale de leurs arsenaux nucléaires. Des centaines d’ONG et de militants formulèrent des propositions fortes, lors du Forum du millénaire, pour réformer en profondeur le système des Nations unies et y donner plus de place à la voix des peuples. Enfin, le Sommet du millénaire, du 6 au 8 septembre 2000 à New York, constitua le plus grand rassemblement de chefs d’État et de gouvernement de tous les temps et se conclut avec l’adoption, par les 189 États membres, de la Déclaration du millénaire, dans laquelle ont été énoncés les huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Vingt ans après, avec un peu de recul, que constate-t-on ? La notion et le concept de « culture de paix » qui, à l’époque, n’étaient évoqués que dans les milieux pacifistes, et encore avec beaucoup d’interrogations, sont devenus un patrimoine culturel commun dans la société, tant dans les organisations d’éducation populaire que syndicales ou politiques, et cela sur tous les continents. L’élimination des arsenaux nucléaires est devenue une question politique et diplomatique concrète. En 2020, un traité international d’élimination des armes nucléaires recueillera les ratifications nécessaires et rentrera en application.
En 2015, le bilan des huit objectifs pour le développement a indiqué que, pour les pays en développement, le taux d’extrême pauvreté est passé de 47 % à 14 %, le nombre d’enfants non scolarisés à l’âge de l’école primaire est passé de 100 millions à 57 millions, le nombre de décès d’enfants de moins de 5 ans est passé de 12,7 millions à 6 millions, deux fois plus de personnes ont eu accès à l’eau potable courante, etc. Bref, là où il y a une volonté politique forte, il y a des résultats.
Par contre, concernant le quatrième événement, la réforme des Nations unies, les positions n’ont pas évolué, même s’il faut relever que la plus grosse tentative de mettre de côté l’ONU sur le plan politique, c’est-à-dire la politique étrangère de Bush en 2002-2003, a globalement échoué. Les progrès dans ces quatre défis de l’année du millénaire ont été marqués par une implication grandissante des opinions, des ONG.
C’est cette évolution souterraine et forte dans les relations internationales qui est, pour moi, la véritable signification de ces deux décennies. Les phénomènes négatifs, et inquiétants, qui sont souvent surmédiatisés, sont des contre-réactions et non les moteurs de l’histoire.
Il en est ainsi des phénomènes de rejet se développant temporairement dans certains pays contre des conséquences de la mondialisation, perçues comme des menaces : pressions migratoires, mises en concurrence sur l’emploi et les salaires. Il en est ainsi de la persistance des militarisations et du haut niveau des dépenses militaires mondiales, dangers aggravés par le maintien de conflits régionaux aux conséquences humaines et économiques catastrophiques. Les mêmes contradictions existent sur le plan du développement : le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) constate ainsi que si les populations les plus pauvres voient leurs besoins de base mieux satisfaits, le développement des inégalités creuse les écarts et risque de maintenir les plus fragiles en dehors des évolutions de demain.
Enfin, même si je ne crois pas à la « fragmentation » du monde, le multilatéralisme se voit menacé aujourd’hui de manière plus feutrée, mais tout aussi dangereuse, par la multiplication du recours aux structures de discussion ou de négociation informelles, du G20, G7 aux groupes de « bonne volonté » comme sur l’Iran, même si ce n’est pas, parfois, sans résultats positifs. Soyons donc lucides : vingt ans après l’année du millénaire, le monde est globalement meilleur qu’il ne l’était au sortir de la guerre froide, mais nous devons être capables de nous appuyer sur les évolutions favorables pour surmonter les obstacles qu’accumulent tous ceux qui n’ont pas intérêt à un monde plus juste, plus pacifié et plus démocratique.
Il faut se rassembler pour combattre toutes les idées de haine, d’exclusion, de racisme, si promptes à renaître, pour faire de la culture de paix une valeur humaine dominante, notamment en la promouvant dans la sphère éducative. Il faut faire pression dès maintenant, avec le réseau Ican, sur les grandes puissances, dont la France, pour qu’elles prennent en considération le traité d’interdiction des armes nucléaires et créent les conditions de sa réussite. C’est un pas essentiel pour stopper la militarisation des relations internationales, faire diminuer les dépenses militaires, pour dégager plus de ressources financières utiles, comme le réclame notamment Oxfam, pour réussir la deuxième étape des objectifs mondiaux du développement durable prévus jusqu’en 2030.

Enfin, il faut être plus offensif pour réaffirmer que seul le cadre global des Nations unies, dont les valeurs contenues dans la charte sont essentielles, peut permettre de traiter les problèmes du monde en prenant en compte l’avis de tous les pays et de tous les peuples, même les plus petits. C’est dans ce cadre global, avec la COP21, qu’a débuté la prise de conscience de l’immense effort à fournir pour stopper le réchauffement climatique et travailler à la survie de notre planète. Alors, oui, l’an 2000 avait semé beaucoup de graines d’espoir, celles-ci ont germé, poussé, ne les laissons pas étouffer par les vieux chiendents, aidons-les à s’épanouir, mais n’oublions pas que le jardinage demande un effort régulier et de long terme !



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Twenty years later. Pacifism: don't let the hope of the year 2000 be stolen!

The year 2000, "the year of the millennium", was one of immense mobilization and hope for all activists working for a world of peace and justice. It was declared "International Year for the Culture of Peace" by the United Nations. At the Nuclear Non-Proliferation Treaty Review Conference, "13 Practical Steps" were adopted in which China, France, Russia, the United Kingdom and the United States signed an unequivocal commitment to accomplish the total elimination of their nuclear arsenals. Hundreds of NGOs and activists made strong proposals at the Millennium Forum for fundamental reform of the United Nations system and for giving it more space for the voice of the people. Finally, the Millennium Summit, held in New York from 6 to 8 September 2000, was the largest gathering of Heads of State and Government ever held and concluded with the adoption by the 189 Member States of the Millennium Declaration, which set out the eight Millennium Development Goals (MDGs).
Twenty years later, with a little hindsight, what do we see? The notion and concept of a 'culture of peace', which at the time was only mentioned in pacifist circles, and still with many questions, has become a common cultural heritage in society, in popular education, trade union and political organizations on all continents. The elimination of nuclear arsenals has become a concrete political and diplomatic issue. In 2020, an international treaty for the elimination of nuclear weapons will receive the necessary ratifications and enter into force.
In 2015, the assessment of the eight development goals indicated that, for developing countries, the rate of extreme poverty had increased from 47 per cent to 14 per cent, the number of children not attending school at primary school age had increased from 100 million to 57 million, the number of deaths of children under 5 years of age had increased from 12.7 million to 6 million, twice as many people had access to running drinking water, and so on. In short, where there is strong political will, there are results.
On the other hand, with regard to the fourth event, the reform of the United Nations, positions have not changed, although it should be noted that the biggest attempt to set the UN aside politically, that is to say Bush's foreign policy in 2002-2003, has on the whole failed. Progress in these four challenges of the millennium year has been marked by the growing involvement of public opinion and NGOs.
It is this strong, subterranean development in international relations that is, for me, the real significance of these two decades. The negative and worrying phenomena, which are often over-mediatized, are counter-reactions and not the driving forces of history.
This is the case of the phenomena of rejection developing temporarily in some countries against the consequences of globalization, which are perceived as threats: migratory pressures, competition for jobs and salaries. This is the case with the persistence of militarization and the high level of world military expenditure, dangers aggravated by the maintenance of regional conflicts with catastrophic human and economic consequences. The same contradictions exist at the level of development: the United Nations Development Programme (UNDP) has noted that while the poorest populations see their basic needs better met, the development of inequalities widens the gaps and risks keeping the most fragile out of tomorrow's developments.
Finally, even if I do not believe in the "fragmentation" of the world, multilateralism is today threatened in a more muted, but just as dangerous way, by the multiplication of recourse to informal discussion or negotiation structures, from the G20 and G7 to "good will" groups such as on Iran, even if this is sometimes not without positive results. So let us be lucid: twenty years after the year of the millennium, the world as a whole is better than it was at the end of the Cold War, but we must be able to build on the positive developments to overcome the obstacles accumulated by all those who have no interest in a fairer, more peaceful and more democratic world.
We must come together to combat all ideas of hatred, exclusion and racism, which are so ready to be reborn, to make the culture of peace a dominant human value, particularly by promoting it in the educational sphere. Pressure must be brought to bear now, through the Ican network, on the major powers, including France, to take the Nuclear Weapons Treaty into consideration and to create the conditions for its reaffirmation.

mardi 31 décembre 2019

Meilleurs voeux 2020

photographie DD - 16/11/2019

L'année 2020 sera celle de nos vingt ans... Vingt d'espoirs après cet an 2000, cette "année du millénaire",  qui fut celle d'une immense mobilisation et d'un formidable espoir pour tous les militants pour un monde paix et de justice. Année 2000 alors décrétée "année internationale de la culture de paix" par les Nations unies,
20 ans après, ne nous laissons pas voler nos espoirs, meilleurs voeux à toutes et tous
!

dimanche 1 décembre 2019

« L’ONU demeure le seul organisme, où le multilatéralisme peut se construire » (interview)

L'hebdomadaire L'Humanité-Dimanche publie cette semaine une interview de moi par Vadim Kamenka, sous le titre « L’ONU demeure le seul organisme, où le multilatéralisme peut se construire ».
En voici le lien de lecture :
https://www.humanite.fr/lonu-demeure-le-seul-organisme-ou-le-multilateralisme-peut-se-construire-680775

vendredi 29 novembre 2019

Nucléaire, dissuasion : le débat progresse - Nuclear weapons, deterrence: the debate is progressing

*ENGLISH VERSION AT THE END OF THIS TEXT

Tous les médias ont souligné l'importance et la nouveauté des déclarations du pape François à Hiroshima et Nagasaki.

L'importance : il a  réitéré la condamnation globale des armes nucléaires
comme ses prédécesseurs. Benoit XVI en 2006, avait déclaré «Dans une guerre nucléaire, il n'y aurait pas de gagnants, mais seulement des victimes». François a rappelé que «l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires est aujourd’hui plus que jamais un crime, non seulement contre l’homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d’avenir dans notre maison commune".

Cette condamnation générale et morale est importante dans le débat éthique et politique. Le pape avait déjà déclaré dans une conférence en novembre 2017 que «Les armes nucléaires,ne sont pas seulement immorales, elles doivent aussi être considérées comme un instrument illégitime de la guerre». Il est allé encore plus loin en annonçant dans l'avion du retour son intention d'inscrire cette immoralité dans le catéchisme de l'Église catholique.
Ses propos ont été particulièrement fermes et clairs: «l'usage des armes nucléaires est immoral, c'est pourquoi cela doit être inscrit dans le Catéchisme de l'Église catholique, et pas uniquement l'usage, mais aussi la possession, parce qu'un accident, ou la folie d'un dirigeant, la folie d'un seul peut détruire l'humanité» (voir https://www.vaticannews.va).
Cette fermeté devrait poser logiquement des dilemmes de conscience dans les milieux dirigeants française, y compris jusque dans l'armée française dans laquelle un certain nombre de haut-gradés n'hésitent pas à afficher leur foi catholique.

La nouveauté : le pape ne s'est pas contenté de critiquer les armes nucléaires mais il a condamné très nettement la doctrine d'utilisation nucléaire, l'utilisation de la menace d'utilisation sur laquelle repose le concept de dissuasion nucléaire puisqu'il a déclaré : «La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ; elles ne sont possibles qu’à partir d’une éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine d’aujourd’hui et de demain».

Or cette notion a été longtemps acceptée par l'église française, notamment dans la déclaration "Gagner la paix" des évêques français en 1983. Cette condamnation du concept de dissuasion nucléaire enregistre les changements du monde : nous ne sommes plus dans l'affrontement de la guerre froide entre deux blocs. Nous vivons dans un monde de plus en plus multipolaires, et donc plus instables et dangereux.

Cette condamnation est fondamentale car sa conséquence logique est l'interdiction par les textes des armes nucléaires, donc c'est la route vers le TIAN qui se trouve validée. Le pape l'a dit clairement : "Nous ne pourrons jamais nous lasser d’œuvrer et de soutenir avec une insistance persistante les principaux instruments juridiques internationaux de désarmement et de non-prolifération nucléaire, y compris le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires».

Cela explique depuis quelques mois ce que le journal La Croix a appelé le "lobbying des puissances nucléaires", notamment le lobbying mené sur les milieux proches du pape par l'entourage du ministre le Drian, qui a multiplié les déclarations ahurissantes du style "« Nous devons éviter que l’appel généreux à un monde “sans armes nucléaires” ne prépare un monde où seuls les dictateurs en disposeraient ».
On a noté aussi les prudences et les embarras de l'aumônier général des armées, Mgr Romanet, dans une interview à Familles chrétiennes du  10 novembre 2019, où il ne souffle pas un mot de l'interdiction des armes nucléaires. N'a-t-il pas écrit par ailleurs « Si vous mettez l’arme nucléaire hors la loi, alors seuls les hors-la-loi utiliseront l’arme nucléaire », dans "l'Église et l'arme nucléaire" (https://dioceseauxarmees.fr) ?
Aujourd'hui, ces déclarations d'un courant philosophique important de notre société interpellent largement les politiques mais aussi les militaires. Elles ne peuvent qu'inciter tous les partisans de la paix à multiplier les efforts pour développer le débat.
L'actualité des déclarations papales a fait passer au second plan un événement qui n'est pas sans importance. Une autre petite lueur sur la voie du désarmement nucléaire et de la construction de la paix se lève peut-être au Moyen-Orient. Après beaucoup de tergiversations, une Conférence internationale s'est tenue sous l'égide de l'ONU, la semaine du 19 au 23 novembre, pour examiner les conditions de la création d'une Zone sans armes nucléaires au Moyen-Orient avec tous les pays de la région sauf Israël, absent, les quatre puissances nucléaires sans les USA.
Rappelons que la création d'une telle Zone exempte d'armes nucléaires est partie intégrante du protocole de prorogation indéfinie du TNP signé en 1995. Sa non-réalisation pèse toujours dans chaque discussion sur la bonne mise en oeuvre du TNP. Il y avait un risque que la réunion se limite à des invectives et des exclusives contre les absents. Mais finalement le débat a été constructif et s'est terminé par un appel à poursuivre la réflexion en ouvrant la porte aux absents. Ce premier pas doit inciter à renforcer la pression et à demander à la France de jouer un rôle plus actif et plus positif, car, pendant la réunion, le représentant français s'est contenter d'attaquer la Syrie et l'Iran. Comme quoi, même avec Emmanuel Macron, les vieilles habitudes diplomatiques restent coriaces !
À la veille de l'an 2000 et ses grands rendez-vous (Conférence d'examen du TNP, possible ratification du TIAN), le débat sur le nucléaire s'aiguise, quitte le terrain des utopies et arrive sur le concret, comme je l'ai écrit dans un article récent (https://culturedepaix.blogspot.com/2019/09/tian-traite-dinterdiction-des-armes.htmlhttps://culturedepaix.blogspot.com/2019/09/tian-traite-dinterdiction-des-armes.html).
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ENGLISH VERSION

All the media highlighted the importance and novelty of Pope Francis' statements in Hiroshima and Nagasaki.


Importance: he reiterated the global condemnation of nuclear weapons as his predecessors had done. Benedict XVI in 2006 had declared "In a nuclear war, there would be no winners, only victims". François recalled that "the use of atomic energy for military purposes is today more than ever a crime, not only against man and his dignity, but also against any possibility of a future in our common home".


This general and moral condemnation is important in the ethical and political debate. The Pope had already declared in a conference in November 2017 that "Nuclear weapons are not only immoral, they must also be considered as an illegitimate instrument of war". He went even further by announcing on the return flight his intention to include this immorality in the catechism of the Catholic Church.

His words were particularly firm and clear: "the use of nuclear weapons is immoral, which is why it must be written into the Catechism of the Catholic Church, and not only the use, but also the possession, because an accident, or the madness of a leader, the madness of one can destroy humanity" (see https://www.vaticannews.va).

This firmness should logically raise dilemmas of conscience in French leadership circles, including the French army, in which a number of senior ranks do not hesitate to display their Catholic faith.


What is new: the Pope did not just criticize nuclear weapons, but he very clearly condemned the doctrine of nuclear use, the use of the threat of use on which the concept of nuclear deterrence is based, stating that: "International peace and stability are incompatible with any attempt to rely on fear of mutual destruction or the threat of total annihilation; they are only possible on the basis of a global ethic of solidarity and cooperation for a future shaped by interdependence and co-responsibility within the entire human family today and tomorrow".


However, this notion has long been accepted by the French church, notably in the declaration "Winning Peace" of the French bishops in 1983. This condemnation of the concept of nuclear deterrence reflects the changes in the world: we are no longer in the confrontation of the Cold War between two blocs. We live in an increasingly multipolar world, and therefore more unstable and dangerous.


This condemnation is fundamental because its logical consequence is the prohibition by the texts of nuclear weapons, so it is the road to TIAN that is validated. The Pope made it clear: "We can never get tired of working and supporting with persistent emphasis the main international legal instruments on disarmament and nuclear non-proliferation, including the Treaty on the Prohibition of Nuclear Weapons".


This explains what the newspaper La Croix has called the "lobbying of nuclear powers" in recent months, in particular the lobbying carried out on circles close to the Pope by the entourage of Minister Drian, who has made many staggering statements such as"" We must prevent the generous call for a world without nuclear weapons" from preparing a world where only dictators would have them".

The caution and embarrassment of the Army Chaplain General, Bishop Romanet, was also noted in an interview with Christian Families on November 10, 2019, where he did not say a word about the prohibition of nuclear weapons. Did he not also write "If you outlaw nuclear weapons, then only outlaws will use nuclear weapons", in "The Church and Nuclear Weapons" (https://dioceseauxarmees.fr)?

Today, these statements by an important philosophical movement in our society are of great concern to politicians but also to the military. They can only encourage all supporters of peace to step up their efforts to develop the debate.

The topicality of the papal declarations has overshadowed an event that is not without importance. Another small glimmer of light on the path to nuclear disarmament and peace-building may be emerging in the Middle East. After much delay, an international conference was held under the aegis of the United Nations, the week of 19-23 November, to discuss the conditions for the establishment of a nuclear-weapon-free zone in the Middle East with all countries in the region except Israel, the four nuclear powers without the United States.

It should be recalled that the establishment of such a nuclear-weapon-free zone is an integral part of the protocol for the indefinite extension of the NPT signed in 1995. S

Translated with www.DeepL.com/Translator (free version)

jeudi 14 novembre 2019

Faut-il penser "l'après-OTAN" dès maintenant ? - Should we think about the "post-NATO" period now?

(English version at the end)
Le président Emmanuel Macron a lancé un pavé dans la mare politique européenne.
Qu'en penser sur le fond ? Quelle signification ? Quelles conclusions en tirer en termes de géostratégie ? Quelles enseignements en dégager pour ceux qui souhaitent construire une nouvelle politique étrangère de la France ?

"Mort cérébrale de l'OTAN", la formule est choisie pour faire le buzz et faire mouche. Le constat lui-même n'est pas vraiment original et ne surprend que ceux qui le voulaient bien, et préféraient continuer à crier au "loup-garou" OTAN pour critiquer Macron, accusé de "vouloir sauver le soldat OTAN". J'écrivais d'ailleurs sur mon blog, en parlant de l'OTAN, il y a quinze jours, "l'avenir de cette vieille organisation de la Guerre froide est de plus en plus contesté". Enfin, les Cahiers de l'IDRP, que j'ai le plaisir d'animer, ne publiaient-ils pas aussi en février dernier un article du spécialiste Olivier Kempf, intitulé "Des fins de l'Alliance à la fin de l'alliance ?".

En fait, la déclaration d'Emmanuel Macron est en cohérence avec ses déclarations  précédentes sur la nécessité d'une Europe puissance, car le désintérêt américain pour la relation transatlantique lui semble inéluctable, d'Obama à Trump.
Le président de la République prend acte finalement, sur le fond, de la crise de légitimité profonde qui mine l'Alliance atlantique. Il le reconnaît crûment : "L’OTAN a été pensé comme ayant un ennemi : le Pacte de Varsovie. En 90, nous n’avons pas du tout réévalué ce projet géopolitique à l’aune de la disparition de l’ennemi initial".
Depuis trente ans, l'OTAN court après une nouvelle justification de son existence. Certains ont espéré en faire un bras armé de l'ONU, imposant la démocratie au-delà même de sa sphère initiale d'intervention, mais, en réalité, en agissant pour leurs intérêts propres. Or, aujourd'hui, les États-Unis estiment pouvoir se passer d'un outil finalement encombrant. Comme l'écrit le spécialiste Loîc Tassé, dans le Journal de Montréal : "les États-Unis ne veulent plus que les Européens utilisent l’OTAN pour interférer dans les affaires du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Les Américains disposent eux-mêmes pour cela d’un commandement militaire distinct, l’US Central Command. Les opérations passées de l’OTAN en Afghanistan et en Irak seraient ainsi, aux yeux des Américains, des exceptions".
La crise otanienne est d'autant plus aiguë que tous les conflits depuis l'an 2000 où des solutions militaires et non politiques ont été appliquées, sont dans l'impasse : Afghanistan, Irak, Lybie, Syrie, la liste est éclairante.
La "menace russe" ne convainct que ceux qui veulent être convaincus : la puissance russe d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celle de l'Union soviétique des années 70, même si elle reste importante. Seuls quelques "porteurs d'eau", en quête de notoriété militaire, comme les généraux danois ou norvégiens tiennent à entretenir cette fiction pour justifier leur présence dans des sphères de commandement. Quant à "l'épouvantail russe" brandi par les chancelleries à l'Est, cela laisse dubitatif pour apprécier la part de réalité et la part de prétexte pour pour obtenir des soutiens matériels et financiers.
Ce n'est donc pas une hérésie de penser que le sens de l"histoire va vers la disparition de l'OTAN, comme pour toutes les alliances ou coalitions militaires du passé, lorsque le contexte initial de leur création est devenu obsolète.
La question est donc aujourd'hui : comment ? et quand ?Selon Emmanuel Macron, la solution pour l'Europe, "c’est de retrouver la souveraineté militaire" et de construire l’Europe de la défense – une Europe qui doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire. C'est une impasse, car c'est vouloir répéter à un niveau un peu différent, les illusions d'un monde multipolaire, qui ne serait jamais une construction en équilibre, mais toujours en quête d'alliances et d'affrontements comme nous l'avons connu avant 1914.
Il faut avoir le courage d'affirmer que la stabilité mondiale et les grands équilibres, qu'ils soient militaires, économiques, ne peuvent se construire que dans un multilatéralisme mondial étendu, au sein des Nations unies, privilégiant le dialogue politique et l'approche positive des conflits. L'utilisation de la force ne pouvant qu'être exceptionnelle, dans le cadre de la protection de la communauté. Les questions de sécurité sur tous les continents gagneraient à être traitées à l'échelon régionale : la création de l'Union africaine n'a pas résolu tous les problèmes de sécurité du continent mais a aidé à leur prise en compte. le travail pour créer une "nouvelle architecture de sécurité", englobant la Russie, à l'échelle européenne comme le proposent le président Macron mais aussi d'autres personnalités pourrait être un vrai progrès pour la sécurité globale, bien mieux qu'une alliance militaire.
Certes, dans ce cadre multilatéral, l'UE pourrait jouer un rôle, non de "puissance d'équilibre", mais de "puissance tranquille" fournissant à l'ONU des outils tant militaires (transports de troupes, satellites d'observation, système de guidage, technologies de cyber-défense) que politiques (expérience de résolution de conflits, de consolidation de la paix).
Cela ne demanderait pas moins d'engagement politique, pour s'imposer (voir les efforts diplomatiques énormes nécessaires pour construire l'accord avec l'Iran) ou pour ne pas rééditer l'expérience de l'aéroport de Gaza, financé par l'UE, détruit par Israël, sans aucune représailles européennes !
Effort politique considérable, comme je l'ai déjà développé dans des billets précédents, à mener pour que la France et l'Europe soit en pointe pour la démilitarisation des relations internationales (interdiction de l'arme nucléaires), contrôle drastique des ventes d'armes.
Les buts de M. Macron ne sont pas angéliques et réflètent toujours de vieilles conceptions de pouvoir mais il n'empêche aujourd'hui qu'une brêche sémantique s'est ouverte avec ces dernières déclarations publiques d'Emmanuel Macron.
Alors maintenant que faire ?
Certes, il faut continuer à critiquer l'OTAN, ses dépenses militaires, ses manœuvres mais faut-il s'en contenter ? Ou ne faut-il pas s'engouffrer dans le débat qui vient de s'ouvrir, pour faire grandir l'idée d'un "monde sans OTAN" ? D'argumenter et travailler aujourd'hui, pour montrer combien, ce "monde sans OTAN" serait un monde aussi sûr et même plus que maintenant, car moins militarisé, plus interdépendant, plus "humanisé" donc ! De travailler concrètement à une autre politique étrangère pour notre pays.
Si nous ne le faisons pas, le débat entrouvert sera, soit utilisé par des dirigeants comme Emmanuel Macron qui le conduiront dans une impasse, soit vite refermé par tous ceux qui finalement se complaisent dans les carcans hérités de la guerre froide !

ENGLISH TRANSLATION BELOW

 Should we think about the "post-NATO" period now?President Emmanuel Macron has thrown a paving stone into the European political pond.
What about the substance? What does that mean? What conclusions can be drawn from this in terms of geostrategy? What lessons can be learned for those who wish to build a new French foreign policy?

"NATO Brain Death", the formula is chosen to create a buzz and hit the nail on the head. The statement itself is not really original and only surprises those who wanted to, and preferred to continue to cry out to the NATO "werewolf" to criticize Macron, accused of "wanting to save the NATO soldier". I was writing on my blog a fortnight ago about NATO: "The future of this old Cold War organization is increasingly being challenged". Finally, didn't the IDRP Papers, which I have the pleasure of leading, also publish an article by specialist Olivier Kempf last February, entitled "From the end of the Alliance to the end of the alliance?

In fact, Emmanuel Macron's statement is in line with his previous statements on the need for a powerful Europe, because the American disinterest in the transatlantic relationship seems inevitable to him, from Obama to Trump.
Finally, the President of the Republic takes note, in substance, of the crisis of deep legitimacy that is undermining the Atlantic Alliance. He bluntly acknowledges it: "NATO was thought to have an enemy: the Warsaw Pact. In 1990, we did not reassess this geopolitical project at all in the light of the disappearance of the initial enemy.
For thirty years, NATO has been chasing after a new justification for its existence. Some have hoped to make it an armed arm of the United Nations, imposing democracy even beyond its initial sphere of intervention, but in reality acting in their own interests. Today, however, the United States believes that it can do without a tool that is ultimately cumbersome. As specialist Loîc Tassé writes in the Journal de Montréal: "The United States no longer wants Europeans to use NATO to interfere in the affairs of the Middle East and Central Asia. The Americans themselves have a separate military command for this purpose, the US Central Command. NATO's past operations in Afghanistan and Iraq would thus be exceptions in the eyes of the Americans.
The crisis in NATO is all the more acute as all the conflicts since 2000, where military and non-political solutions have been applied, have reached an impasse: Afghanistan, Iraq, Libya, Syria, the list is illuminating.
The "Russian threat" only convinces those who want to be convinced: today's Russian power has nothing to do with that of the Soviet Union in the 1970s, even if it remains important. Only a few "water carriers", in search of military notoriety, such as Danish or Norwegian generals, want to maintain this fiction to justify their presence in command spheres. As for the "Russian scarecrow" brandished by the chancelleries in the East, this leaves doubtful to appreciate the part of reality and the part of pretext for obtaining material and financial support.
It is therefore not a heresy to think that the meaning of history is heading towards the disappearance of NATO, as it was for all military alliances or coalitions in the past, when the initial context for their creation became obsolete.
The question today is therefore: how? and when? according to Emmanuel Macron, the solution for Europe is "to regain military sovereignty" and build an European defence system - a Europe that must acquire strategic and capability autonomy in the military field. It is a dead end, because it means wanting to repeat at a slightly different level, the illusions of a multipolar world, which would never be a balanced construction, but always in search of alliances and confrontations as we knew it before 1914.
We must have the courage to assert that global stability and the major balances, whether military or economic, can only be achieved through extensive global multilateralism within the United Nations, focusing on political dialogue and a positive approach to conflict. The use of force can only be exceptional, in the context of community protection. Security issues on all continents would benefit from being addressed at the regional level: the creation of the African Union has not solved all the continent's security problems but has helped to take them into account. The work to create a "new security architecture", including Russia, at the European level as proposed by President Macron but also by other personalities could be a real step forward for global security, much better than a military alliance.
Admittedly, in this multilateral framework, the EU could play a role, not as a "balancing power", but as a "quiet power" providing the UN with both military tools (troop transports, observation satellites, guidance systems, cyber defence technologies) and political tools (experience in conflict resolution, peacebuilding).
This would not require less political commitment, to impose itself (see the enormous diplomatic efforts needed to build the agreement with Iran) or not to repeat the experience of the Gaza airport, financed by the EU, destroyed by Israel, without any European reprisals!
A considerable political effort, as I have already developed in previous articles, to be made so that France and Europe are in the forefront of demilitarisation of international relations (ban on nuclear weapons, drastic control of arms sales).
Mr. Macron's goals are not angelic and still reflect old conceptions of power, but today a semantic breach has opened with these latest public statements by Emmanuel Macron.
So now what do we do?
Admittedly, we must continue to criticise NATO, its military spending and manoeuvres, but must we be satisfied with that? Or should we not rush into the debate that has just begun, to promote the idea of a "world without NATO"? To argue and work today, to show how much this "world without NATO" would be as safe and even more so than now, because it would be less militarized, more interdependent, more "humanized"! To work concretely on another foreign policy for our country.
If we do not, the half-opened debate will either be used by leaders like Emmanuel Macron who will lead it into a deadlock, or quickly closed by all those who finally take pleasure in the shackles inherited from the Cold War!


30/11/2019
Director of the Institute for Documentation and Research on Peace (IDRP)
https://culturedepaix.blogspot.com
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vendredi 1 novembre 2019

QUELLE ALTERNATIVE À LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE MACRONIENNE ?


Le constat est largement partagé : : nous vivons une mutation de l'ordre international hérité des décennies de l'après-seconde guerre mondiale. Les États-Unis ne regardent plus prioritairement vers l'Europe. Depuis Obama jusqu'à Trump, ses partenaires ou adversaires privilégiés se situent du côté du Pacifique (Chine, Corée du Nord, par ex) et sa politique est guidée plus que jamais par ses propres intérêts ("America first"). La Russie de Poutine après la période d'effacement suite à l'implosion de l'URSS travaille à retrouver une influence nouvelle du Moyen-Orient à l'Afrique, tandis que la Chine mixte diplomatie commerciale, culturelle et implantations stratégiques au travers du gigantesque projet des "Routes de la soie". Ces repositionnements s'accompagnent de plus en plus de contournements des enceintes multilatérales, de l'ONU à l'OMC.
Un des aspects de ce monde polycentrique, est que, comme l'a dit Emmanuel Macron, lors de son discours aux ambassadeurs le 27 août 2019, "Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l'hégémonie occidentale sur le monde". Même si l'on peut douter de la totale emprise des hégémonies successives française, britannique et américaine de ces trois derniers siècles, comme le fait remarquer Bertrand Badie dans son dernier livre, "L'hégémonie contestée" (Odile Jacob - octobre 2019), la réalité est là : de nouvelles puissances émergent du côté de la Chine, de l'Inde, porteuses de frustrations sur la manière dont leurs aspirations spécifiques, leur culture, ont été traitées jusqu'alors.
Chaque gouvernement qui veut jouer un rôle dans ce monde est donc obligé de réfléchir aux nouvelles inflexions qu'il doit apporter à sa politique internationale. C'est le cas pour le gouvernement français : les discours du Président Macron depuis trois ans (à l'ONU, devant les ambassadeurs) montrent sa volonté de travailler quelques thématiques fondamentales.
Ce serait aussi le cas demain, en 2022, d'un gouvernement progressiste ou de gauche. Après les foucades de Nicolas Sarkozy, les compromissions et les tentations blairistes de François Hollande, les élaborations stratégiques d'Emmanuel Macron sont donc à prendre au sérieux même si c'est pour les critiquer.

Les questions qui se posent pour réinventer une nouvelle politique étrangère française sont de cet ordre : comment desserrer les contraintes de la mondialisation, exister sans s'effacer, se créer des marges de manoeuvre pour agir et porter ses valeurs, exploiter les potentialités ?
Pour tout gouvernement, que ce soit l'actuel ou un éventuel gouvernement de gauche, il doit se demander : quelle place et quelle influence pour la France ? Influencer qui ? comment ? pourquoi faire ? Quelles coopérations, avec qui et pour quoi faire ?Cela amène à réfléchir pour définir quels seraient les axes prioritaires  d'une politique étrangère française progressiste. Quelles cohérences et inévitablement, quels rapports à la puissance commerciale ou militaire, donc par exemple à l'arme nucléaire ? Quelle articulation de la politique française avec l'Europe ? Quels axes pour défendre le multilatéralisme, établi en 1945 avec la charte des Nations unies et les structures onusiennes ?

À ces contraintes, le Président de la République depuis trois ans, travaille des réponses qu'il formule autour de ces axes : "sécurité, souveraineté, influence" qu'il développe dans la perspective d'une "Europe souveraine" et d'un "multilatéralisme renforcé".

Une caractéristique de la politique étrangère avancée par Emmanuel Macron est qu'elle soulève des pistes intéressantes, qu'elle questionne une politique de gauche sur des thématiques essentielles comme la volonté de renforcement du multilatéralisme ("L'initiative que nous porterons en marge de l'Assemblée Générale des Nations Unies avec cette alliance pour un nouveau multilatéralisme" - 2019), la place centrale de l'ONU ("L'organisation des Nations unies a toute légitimité pour agir et préserver les équilibres du monde » - 2017), la lutte contre les inégalités mondiales ("Qu’est-ce qui fait naître partout les crises ? Ce sont ces inégalités profondes que nous n’avons pas su régler" - 2018) et le soutien à la promotion des biens communs ("ancrer par les résultats une diplomatie des biens communs" - 2019).

Mais la seconde caractéristique de la politique étrangère macronienne, telle que revendiquée, est que ces orientations se heurtent à de fortes limites et contradictions internes.
La volonté de défendre un multilatéralisme fort se heurte ainsi forcément à la politique française de défense à tout prix de l'arme nucléaire, qui est l'arme "anti-multilatéralisme" par excellence puisqu'elle est porteuse de domination par essence, y compris dans le cadre du TNP.
La promotion d'une Europe souveraine et d'une Europe puissance est contradictoire avec une réelle promotion du rôle des Nations unies et va plus dans le sens d'un monde polycentrique, qui recréerait un "concert des nations" dont nous avons vu les conséquences funestes il y a cent ans.
Cette "construction-isolement" est renforcée par la référence étriquée à des valeurs de la France et de l'Europe qui en restent aux acquis du siècle des Lumières, à un humanisme vague. Emmanuel Macron hésite ou ne veut pas prendre en compte, l'héritage tout aussi important de la Révolution française, portant notamment la notion d'égalité, ainsi que les apports plus tard du mouvement ouvrier socialiste/communiste français et européen, qui fut le support de la notion de biens et de services publics. Se limiter à valoriser la seule dimension culturelle des spécificités françaises, alors que c'est sur ce plan que la diversité du monde éclate aujourd'hui, risque de se voir accusé de vouloir raviver la fameuse "arrogance française".
Un autre des grands écarts de la politique macronienne reste celui entre l'affirmation de principe de l'importance de la promotion des biens communs et la faible action concrète avec de maigres résultats décevants, menée par ce gouvernement, qui a été dénoncée vivement par les ONG, luttant contre le réchauffement climatique (se rappeler des deux millions de signatures contre l'inaction de la France).
Enfin, une notion intéressante - celle de mener une "politique d'équilibre" et de prôner une plus grande ouverture vers la Russie et la Chine - se heurte aux contraintes acceptées jusqu'à présent, de l'appartenance à l'OTAN, même si l'avenir de cette vieille organisation de la Guerre froide est de plus en plus contestée.

Énumérer ainsi les limites de la politique étrangère du Président actuel de la République, sans en cacher sottement les dimensions positives, n'est pas faire preuve ni de complaisance, ni à l'inverse, d'esprit négatif, chagrin ou malveillant. Cela a une utilité.
La liste des contraintes ou des contradictions de la politique macronienne pointe, en partie, quels points devraient être travaillés pour imaginer et construire une politique différente, progressiste et démocratique qui voudrait lever les verrous politiques et desserrer les contraintes institutionnelles, voire économiques.
À quoi pourrait ressembler cette liste ?
Renforcer le multilatéralisme dans le monde, c'est prendre des initiatives concrètes au sein de l'ONU, y compris en créant des coalitions ad'hoc : la France a tenté de mettre sur pied, depuis l'année dernière, dans sa démarche "nouveau multilatéralisme" plusieurs coalitions" ("respect du droit international humanitaire - sécurité et la confiance dans le cyberespace - information et démocratie - priorité à l’égalité - climat et sécurité - systèmes d’armes létaux autonomes").
Les mêmes tentatives pourraient être menées dans deux domaines sensibles ; l'interdiction des armes nucléaires et les ventes d'armes. Sur le premier point qui est le plus difficile pour une puissance nucléaire, la France pourrait créer un groupe des "États bienveillants pour le TIAN et le TNP" pour tenter de déblayer le terrain vers l'interdiction des armes nucléaires de la part de pays très réticents. Concernant le 2e point, celui des ventes d'armes, la France l'aborde surtout sous le biais de la défense des fabrications d'armements. Or, la diplomatie française pourrait être à l'initiative, en étant en conformité avec ses valeurs humanistes, d'un groupe de travail sur le renforcement drastique du contrôle en matière de transferts d'armement sur le plan des droits de l'homme, de protection des civils. Un tel contrôle n'aurait de valeur, bien sûr, qu'en l'accompagnant d'un vrai dispositif de sanctions pour le pays ou l'entité contrevenante sur les plans économiques et politiques. Cela devrait s'accompagner d'un plan industriel de réorganisation de la filière vers des fabrications civiles qui seraient tout aussi indispensables.
Ces efforts pour re-mettre en route une vraie démilitarisation du monde devraient être intégrés dans une large réflexion sur la sécurité en Europe et l'évolution de l'OTAN. Dans son discours aux ambassadeurs le 27 août dernier, Emmanuel Macron a déclaré vouloir "construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe, parce que le continent européen ne sera jamais stable, ne sera jamais en sécurité, si nous ne pacifions pas et ne clarifions pas nos relations avec la Russie". Il faut que les partisans d'une nouvelle politique étrangère française disent ouvertement "chiche", "just do it", et que ce projet avance concrètement, il y a urgence.
Une autre initiative de concertation internationale devrait être mise sur pied pour débloquer le processus de paix au Moyen-Orient entre Israéliens et Palestiniens, pour surmonter les obstacles mis par certains gouvernements comme celui de Trump.

Les biens communs à défendre que le Président Macron a listé en 2017 étaient au nombre de quatre : "notre planète, la paix, la justice et la liberté, la culture" ; en 2018, il y rajoutait "l’éducation de nos enfants, la santé des populations, les échanges commerciaux ou encore l’espace numérique".
Il est évident qu'il ne suffit pas de parler de ces enjeux en général et qu'il faut des initiatives concrètes. C'est vrai pour la consolidation de la paix par le recours au dialogue politique et non à la force a priori : ce fut le cas en 2015 avec le groupe des 8 pays pour mettre un terme à la crise iranienne. Mettre ensemble tous les États concernés par une crise régionale devrait être la règle. Même exigence d'actes concrets en termes de partenariat avec le "Sud". Certes, le président Macron a dit, concernant l'Afrique, qu'il fallait "réinventer un partenariat parce que nous nous avons parfois fait des erreurs dans le passé. Donc nous pouvons nous inspirer des erreurs faites et nous en instruire", mais l'expérience des dernières années des gouvernements successifs ne peut que nous rendre méfiants.
Surtout il est indispensable que ces initiatives en faveur du développement et de la réduction des inégalités abordent la question du contrôle des multinationales, qu'elles soient classiques ou nouvelles comme les GAFA.
C'est sur ce terrain, certes difficile, qu'un gouvernement de gauche pourrait faire la différence à condition qu'il ne se contente pas de "proclamations idéologiques" inefficaces et vite abandonnées, suivies d'un renoncement sous la pression des lobbies et des militaires, comme ce fut le cas lors des premiers mois du quinquennat Hollande..
Ce balayage des questions que je viens d'effectuer montre qu'une nouvelle influence réelle de la France peut se construire y compris sur des champs sensibles comme le militaire. Parmi les pays qui forment les Nations unies, il y a de grandes différences mais l'expérience des dernières années, notamment sur la question du désarmement, a montré que pouvaient se constituer des coalitions de pays aussi larges qu'inattendues. Il ya un second élément qu'il ne faut pas sous-estimer, c'est le rôle grandissant des acteurs non-étatiques : le président Macron s'en rend compte, c'est une des raisons qui l'a fait créer le "Forum de Paris pour la paix" les 11-13 novembre 2018, expérience renouvelée en 2019. N'a-t-il pas déclaré devant les ambassadeurs cet été, "ce travail avec la société civile, avec les intellectuels, les milieux académiques du monde entier, est essentiel si nous voulons rebâtir nous-mêmes, penser de manière juste les grands enjeux que j'évoquais, mais si nous voulons aussi avoir une action utile et les bons relais pour ce faire". CQFD. Comment ne pas penser qu'un gouvernement progressiste et donc à l'écoute de la société civile pourrait en faire, sans manipulation, une initiative encore plus porteuse d'ouverture et d'espoirs ?

En conclusion, je suis convaincu que le volontarisme d'Emmanuel Macron est à la fois un sujet de préoccupation, car il peut dévier dans des impasses inconsidérées (voir le bombardement sur la Syrie d'avril 2018 sans mandat explicite des Nations unies) et à la fois, une chance, car il oblige à la réflexion et au débat tous ceux qui pensent possible une politique étrangère alternative pour la France, basée sur un renforcement réel des initiatives multilatérales pour la paix et sur la relance de la démilitarisation des relations internationales.
01/11/2019