mercredi 27 juillet 2022

Résolution inacceptable

 Une proposition de résolution condamnant "l’institutionnalisation par Israël d’un régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien" a été déposée à l'Assemblée nationale par des députés de gauche.

Ce texte repose sur des analyses et des propositions que je ne partage pas du tout. Je soutiens tout à fait la prise de position prise par René Piquet, ancien animateur et créateur du "Collectif pour une paix juste juste et durable entre Israëliens et Palestiens" au sein duquel j'ai collaboré avec lui entre 2000 et 2002 en qualité de secrétaire national du Mouvement de la paix.

Je partage avec vous l'article de son blog intitulé "Une résolution qui ne passe pas." : http://christian-picquet.fr/ 

Le 27 juillet 2022

dimanche 24 juillet 2022

LE BILAN EUROPÉEN D'EMMANUEL MACRON : un mauvais souvenir à oublier ?

(English translation below)

Le 30 juin dernier, s'est achevée la présidence française du Conseil de l'Union européenne qui a duré six mois. Cette présidence, couramment appelée "Présidence de l'Union européenne", est une présidence tournante du Conseil de l'Union européenne qui est une sorte de Conseil des ministres des pays de l'UE. Exercée par Emmanuel Macron de janvier à juin 2022, la présidence du Conseil est en fait détenue par le gouvernement de l'État membre dans son ensemble. Le rôle de la présidence est à la fois politique et administratif. Pour l'aspect administratif, elle est responsable des différentes procédures et de l'organisation du Conseil durant son mandat. L'aspect politique consiste en un rôle de médiation et de négociation, l'établissement de l'agenda du Conseil. La présidence a aussi pour rôle de représenter le Conseil au sein de l'UE, et l'UE lors de rencontres informelles à l'international, aux Nations unies par exemple.
Il ne faut pas confondre cette "Présidence du Conseil de l'Union européenne" avec la "Présidence du Conseil européen". Le président du Conseil européen qui est actuellement le belge Charles Michels est la personne qui préside et conduit les travaux du Conseil européen, l'institution qui regroupe les chefs d'État ou chefs de gouvernement des vingt-sept pays membres de l'Union européenne. Le président a aussi un rôle de représentation de l'Union européenne dans le monde.
Enfin le troisième poste-clé de l'UE est la "Présidence de la Commission européenne" qui est l'une des principales fonctions au sein de l'Union européenne. Cette présidence est assurée par l'allemande Ursula von der Leyen. La présidence de la Commission représente l'Union à l'étranger, bien qu'elle partage cette prérogative avec le président du Conseil européen et le "Haut Représentant de l'Union pour la politique étrangère".
On voit que les relations et exercices des compétences entre ces trois structures sont complexes, notamment sur les questions liées à la politique étrangère et à la représentation de l'Union à l'extérieur.
Le président français et les médias proches de l'Élysée ont proclamé la réussite de la présidence française. « Nous avons réagi vite et fort au retour de la guerre sur le sol européen et nous avons en même temps poursuivi notre agenda » s'est réjoui Emmanuel Macron. "Les principales priorités ont malgré tout été atteintes et le bilan français est positif", estime le média "touteleurope". "A l'heure du bilan , Emmanuel Macron peut se féliciter de quelques réussites" estime plus modestement la chaîne d'informations France24.
Qu'en est-il exactement ? Essayons de dégager des premiers éléments d'un bilan, selon une approche la plus détaillée possible.
La présidence française, en arrivant au 1er janvier, avait trois dossiers déjà bien avancés dans les structures européennes qu'il fallait finaliser et faire signer pendant son mandat.
Concernant le numérique d'abord, deux textes d’ampleur ont été adoptés le 5 juillet 2022 par le Parlement européen.
Le premier, appelé Digital Markets Act (DMA), vise à mieux encadrer les activités économiques des plus grandes plateformes numériques.
Le second, intitulé Digital Services Act (DSA), doit moderniser une partie de la directive de 2000 sur le commerce électronique jusque-là inchangée, s’attaque quant à lui aux contenus (haineux, pédopornographiques, terroristes…) et aux produits illicites (contrefaits ou dangereux) proposés en ligne.
Concernant le secteur social, les États membres et les eurodéputés sont parvenus, le 7 juin, à un accord sur une directive relative aux salaires minimums : sujet qui était en débat depuis janvier 2020. Celle-ci n’instaurera pas un seul et même “Smic” pour l’ensemble de l’UE mais devrait favoriser la convergence à la hausse des rémunérations minimales en Europe. Leurs niveaux resteront déterminés par les États membres. Les 21 États concernés « devront évaluer si leur salaire minimum légal existant est suffisant pour assurer un niveau de vie décent, compte tenu de leurs propres conditions socioéconomiques, du pouvoir d’achat » via un panier de biens et services à prix réels, ainsi que « des niveaux nationaux de productivité et de développement à long terme », explique le Parlement dans un communiqué. Les gouvernements pourront également appliquer des valeurs de référence, comme « 60 % du salaire médian brut » ou « 50 % du salaire moyen brut », précise l’accord, qui prévoit aussi une augmentation accrue des contrôles et inspections. Bien que n'instituant pas des normes obligatoires, les références explicites citées dans la directive représentent un progrès et devraient fournir des points d'appui aux luttes des salariés dans tous les pays européens.
Concernant l'environnement, autre dossier majeur en discussions depuis de longs mois dans l'UE, il faut noter que le Parlement européen a voté, mercredi 22 juin, la création d'une taxe carbone aux frontières de l'Europe. "Cette taxe va porter sur les importations de produits les plus polluants : l'acier, l'aluminium ou le ciment. L'objectif, c'est de préserver les entreprises européennes qui paient aujourd'hui un prix du carbone, c'est-à-dire un peu le prix de leur pollution, beaucoup plus élevé que dans le reste du monde". Concernant les questions de l'énergie, l'accent a été mis sur la diversification des approvisionnements en gaz, au risque de substituer une dépendance américaine ou qatarie à la dépendance russe alors que la priorité est surtout d’accélérer massivement le déploiement des énergies renouvelables et faire d’importantes économies d’énergie.
Pour les experts en questions environnementales comme Alain Bloëdt, expert associé à EuropaNova, Emmanuel Macron a relégué l’écologie au second plan de sa PFUE (Présidence française de l'union européenne).
Dernier dossier qui était en préparation depuis de longs mois et devait aboutir lors de ce premier semestre, celui de la "boussole stratégique" de l'UE.
Le 21 mars 2022, les ministres de la  Défense et des Affaires étrangères ont donné leur feu vert à la “cinquième version” d’un texte présenté pour la première fois en novembre 2021 : la “boussole stratégique” de l’UE. Le texte approuvé prévoit notamment le “développement et l’approvisionnement conjoints d’armes, ainsi qu’une meilleure coopération en matière de politique de sécurité”. Il acte la création, “à l’horizon 2025″, d’une force militaire conjointe de déploiement rapide composée de 5 000 hommes et femmes, précise Le Figaro. A plus long terme, “les Vingt-Sept s’engagent à atteindre des dépenses militaires à hauteur de 2 % de leur PIB”, contre 1,5 % aujourd’hui, ajoute RFI. A travers le texte adopté, les Européens affirment également “leur désormais totale ‘complémentarité’ avec l’Otan”, explique Le Monde. Car la boussole “évoque, par ailleurs, l’extension de la clause d’assistance mutuelle de l’Union aux pays européens neutres, non membres de l’Alliance atlantique, soit l’Autriche, Chypre, la Finlande, l’Irlande, Malte et la Suède. En cas d’attaque, ils seraient aidés par l’UE”. Nous reviendrons plus loin sur ces questions.
D'autres dossiers étaient aussi dans l'agenda de ces six mois de présidence française mais n'ont pas beaucoup avancé. Ainsi la révision des règles de déficit (plafond de 3 % du PIB) et de dette (plafond de 60 % du PIB) à long terme, en débat depuis la fin d’année dernière, n’a pas beaucoup évolué pendant ce semestre. Il en est de même de la traduction européenne de l’impôt mondial sur les multinationales toujours en panne, d’abord bloquée par la Pologne, puis, maintenant, par la Hongrie.
Enfin Emmanuel Macron avait également pour ambition de mener une réforme de l’espace Schengen avec l'objectif de renforcer les frontières extérieures de l’Europe et améliorer la coopération aux frontières intérieures face à la pression des migrations. La guerre en Ukraine a, évidemment, modifié les priorités.
Je n'ai pas abordé à ce stade de l'analyse la question de l'agression russe en Ukraine en février 2022 et ses conséquences sur la politique de l'Union ainsi que la gestion par la  France de cet événement.
On peut donc dire que, sur les dossiers qui étaient en débat depuis de longs mois dans les structures européennes et dont l'équipe de la présidence française avait la responsabilité de faciliter la conclusion, la tâche a été globalement remplie sur le numérique, le salaire minimum, l'adoption de la "boussole stratégique". Cela est dû au travail des diplomates français, des fonctionnaires en poste à Bruxelles et des techniciens détachés à l'occasion de cette présidence, et pas vraiment sur ces sujets à l'influence personnelle d'Emmanuel Macron, même s'il a accompagné ce travail. Cela montre l'importance de former de bons spécialistes en négociation, de bons diplomates soutenus par de bons fonctionnaires et techniciens. C'est pourquoi la suppression des formations d'excellence de la République comme celle du corps diplomatique ou la suppression de l'ÉNA ne sont pas de bonnes mesures.
On m'objectera à ce stade du bilan de la PFUE que je n'ai pas dit un mot de l'élément déstabilisant qu'a constitué l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022 et les mesures qu'il a fallu prendre dans ce nouveau contexte.  
Dans le média "touteleurope" déjà cité (https://www.touteleurope.eu/presidence-du-conseil-de-l-union-europeenne/pfue-quel-est-le-bilan-pour-la-presidence-francaise-du-conseil-de-l-ue/), le bilan français est résumé ainsi : "Six trains de sanctions ont été adoptés, avec des premières mesures actées par les Vingt-Sept dès le 24 février au soir. L’UE a aussi innové en finançant les livraisons d’armes aux Ukrainiens, une possibilité dont elle s’était dotée en mars 2021 avec la Facilité européenne pour la paix. L’aide militaire atteint ainsi 2 milliards d’euros, du jamais-vu".
Cette constatation illustre bien le fait que la première et principale réaction de l'UE et de la France à l'agression russe a été de prendre des sanctions économiques et punitives ce qui pouvait se comprendre dans l'immédiateté de l'action pour marquer le fait que l'action de l'armée russe était contraire au droit international, même si il est remarquable de constater que l'UE et la France n'ont pas cherché à légitimer ces sanctions au niveau des Nations unies. Le blocage russe prévisible au Conseil de sécurité aurait fragilisé encore plus la diplomatie russe et le portage de la question ensuite devant l'Assemblée générale des nations unies aurait fait gagner la condamnation de l'agression en légitimité, et évité, peut-être, que plus du tiers des pays du monde ne s'associent pas à la condamnation de l'agression.
Il est tout aussi remarquable de constater que le renforcement des sanctions contre la Russie a été, en fait, la seule démarche diplomatique menée par l'UE et la présidence française : aucune démarche politique pour débloquer la situation et ouvrir éventuellement la voie à des négociations politiques n'a été entreprise concrètement : ni recherche de conférence extra-ordinaire ni aide à l'intercession de pays ou de personnalités tiers (les initiatives indienne, israëlienne et turque ont été individuelles et découragées par les grandes puissances).
La situation s'est d'autant plus vite figée sur cette ligne politique que celle-ci a été soutenue vigoureusement par Jo Biden et les États-Unis et que l'on vu s'établir très rapidement un leadership politique étatsunien que l'on n'avait plus constaté depuis la guerre d'Irak en 2003.
Pas d'initiative pour la paix de la part de l'Union européenne et leadership des États-Unis, telles sont les deux premières caractéristiques de ces premiers mois de guerre.
Il en est évidemment une troisième que "touteleurope" met en évidence : pour la première fois de son histoire, en 55 ans d'existence, l'Union européenne a financé des livraisons d'armes à un pays en guerre. On peut dire que le leadership pour cette révolution politico-stratégique a été impulsé par la commissaire allemande Ursula von der Leyen dès le 27 février. Il faut noter que cette décision a été approuvée par la présidence française et la majorité des autres dirigeants européens, sans qu'il y ait à aucune moment un débat dans les Parlements nationaux sur ce tournant extraordinaire de la politique de l'Union européenne.
Avec le recul, on peut estimer que cette décision de l'UE a constitué un signal politique fort, et que de nombreux pays ont suivi cet exemple et ont livré des armements de plus en plus sophistiqués à l'armée ukrainienne, à l'exemple de la France qui a fini par livrer des équipements d'artillerie Caesar, qui sont ce qui se fait de mieux en artillerie longue distance.
Nous savons que ces livraisons d'armes se sont accompagnées d'annonces d'augmentations fortes des budgets militaires nationaux et, toujours avec une pression diplomatique forte des États-Unis, à un renforcement du soutien à l'OTAN et à son élargissement avec l'arrivée de la Suède et de la Lithuanie.
Ces rectifications des budgets militaires, l'effort accru pour le renforcement des armées et de leur matériel a été particulièrement spectaculaire en Allemagne.
Le 27 février 2022, le chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé la mise en place d’un fonds de 100 milliards d’euros destiné à moderniser la Bundeswehr, ce qui marque une rupture dans la culture politique et militaire de l’Allemagne depuis la fin de la 2e Guerre mondiale. De plus, l'Allemagne a livré des équipements militaires à l'Ukraine, pays en guerre, ce qui est également une rupture avec sa politique précédente.
Plus encore, le chancelier Olaf Scholz a affirmé mardi 28 juin, "L'Allemagne est en train de bâtir la plus grande armée conventionnelle européenne au sein de l'Otan". Il a assuré que Berlin investira, en moyenne, « environ 70 à 80 milliards d’euros par an » dans ses capacités militaires « au cours des prochaines années » (au lieu des 50 actuels).
On peut donc noter que les deux autres caractéristiques de la période qui vient de s'écouler sont une militarisation nette des économies européennes (en terme de budgets militaires, d'équipements et de transferts d'armement) et une présence beaucoup plus forte et dynamique de la diplomatie allemande (directement au niveau national avec le chancelier social-démocrate Scholz ou indirectement au niveau européen avec la Présidente de la commission, Mme Ursula von der Leyen).
On est obligé de constater, sans parti pris exagéré, l'étrange passivité ou suivisme du président Emmanuel Macron : il a accompagné la politique du "tout sanctions"; lui qui parlait de la "mort cérébrale" de l'OTAN il y a un an, il a applaudi à l'élargissement de l'alliance ; enfin, en annonçant la "réévaluation" des dépenses militaires françaises, il s'est inscrit dans une course aux armements ruineuse alors que des sommes énormes sont nécessaires pour la transition énergétique et la réduction des inégalités dans le monde.
L'agression de l'Ukraine par la Russie ne peut justifier à elle seule ces mauvais choix européens ou français. pourtant, l'expérience montre que toutes les crises internationales n'ont pu être surmontées que par la recherche de solutions politiques, de compromis visant à établir la paix tout en renforçant à long terme le droit international. Elle montre également que la sécurité commune ne peut se construire durablement uniquement par l'accumulation réciproque des armements : la détente en Europe n'a progressé qu'après la conclusion des accords d'Helsinki, suite à la réussite de la Conférence sur la paix et la sécurité en Europe en 1975.
Ce n'est pas la voie choisie par le président Macron lors de ses six mois de présidence européenne et face à la Russie. Les observateurs ont eu l'impression d'un président français qui avait du mal à exister par des initiatives diplomatiques fortes et originales, qui essayait vainement de faire le "buzz" avec la multiplication des échanges téléphoniques avec Poutine sans réelles demandes diplomatiques, sauf une fois, le 28 mai, lors d'un entretien téléphonique auquel participait aussi... le chancelier Scholtz, et au cours duquel avaient été abordées la crise alimentaire et la reprise des négociations avec V. Zélensky. Impression d'une "diplomatie du verbe" renforcée par les images et le.. son, par exemple, lors du G7 au cours de l'échange dans une cour, entre Emmanuel Macron et Jo Biden, au cours duquel le premier se vante d'avoir pu avoir des informations sur les livraisons de pétrole de la part des saoudiens.
C'est donc un tableau bien contrasté et une appréciation très critique que nous offre le résultat de cette tentative de dresser un bilan de la Présidence française de l'Union européenne en 2022 et des actions d'Emmanuel Macron, tableau critiquable et amendable bien sûr. Je le prolongerai dans un prochain article sur l'analyse et la critique de l'ensemble de la politique étrangère d'Emmanuel Macron pendant tout son quinquennat, y compris de son rapport aux Nations unies, sujet que je n'ai pas abordé dans cet article.   
Le 24 juillet 2022
**************************

*********************************

EMMANUEL MACRON'S EUROPEAN REPORT: a bad memory to forget?

The six-month French Presidency of the Council of the European Union came to an end on 30 June. This presidency, commonly referred to as the "Presidency of the European Union", is a rotating presidency of the Council of the European Union, which is a kind of Council of Ministers of the EU countries. Held by Emmanuel Macron from January to June 2022, the Presidency of the Council is in fact held by the government of the Member State as a whole. The role of the Presidency is both political and administrative. On the administrative side, it is responsible for the various procedures and organisation of the Council during its term. The political aspect consists of a mediation and negotiation role, setting the agenda of the Council. The Presidency also has the role of representing the Council within the EU, and the EU in informal international meetings, for example at the United Nations.
This 'Presidency of the Council of the European Union' should not be confused with the 'Presidency of the European Council'. The President of the European Council, who is currently the Belgian Charles Michels, is the person who presides over and conducts the work of the European Council, the institution that brings together the Heads of State or Government of the twenty-seven Member States of the European Union. The President also has a role in representing the European Union in the world.
Finally, the third key position of the EU is the "Presidency of the European Commission" which is one of the main functions within the European Union. This presidency is held by the German Ursula von der Leyen. The Commission Presidency represents the Union abroad, although it shares this prerogative with the President of the European Council and the "High Representative of the Union for Foreign Policy".
It can be seen that the relationship and exercise of powers between these three structures is complex, especially on issues related to foreign policy and the representation of the Union abroad.
The French President and the media close to the Élysée Palace proclaimed the success of the French Presidency. "We have reacted quickly and strongly to the return of war to European soil and at the same time we have pursued our agenda," said a delighted Emmanuel Macron. "The main priorities have nevertheless been achieved and the French balance sheet is positive," said the media outlet "touteleurope". "At the time of the assessment, Emmanuel Macron can congratulate himself on some successes," says the news channel France24 more modestly.
What exactly are they? Let's try to identify the first elements of an assessment, according to the most detailed approach possible.
When the French presidency arrived on 1 January, it had three dossiers already well advanced in the European structures that needed to be finalised and signed during its term of office.
Firstly, with regard to digital issues, two major texts were adopted on 5 July 2022 by the European Parliament.
The first, called the Digital Markets Act (DMA), aims to better regulate the economic activities of the largest digital platforms.
The second, entitled the Digital Services Act (DSA), is intended to modernise a part of the 2000 directive on electronic commerce, which had remained unchanged until then, and tackles content (hate, child pornography, terrorism, etc.) and illicit products (counterfeit or dangerous) offered online.
In the social sector, Member States and MEPs reached agreement on 7 June on a directive on minimum wages, a subject that had been under debate since January 2020. The directive will not establish a single 'minimum wage' for the whole of the EU, but should encourage upward convergence of minimum wages in Europe. Their levels will remain determined by the Member States. The 21 states concerned "will have to assess whether their existing statutory minimum wage is sufficient to ensure a decent standard of living, taking into account their own socio-economic conditions, purchasing power" via a basket of goods and services at real prices, as well as "national levels of productivity and long-term development", says Parliament in a statement. Governments will also be able to apply benchmarks, such as "60% of gross median earnings" or "50% of gross average earnings", says the agreement, which also provides for an increase in controls and inspections. Although they do not establish mandatory standards, the explicit references cited in the directive represent progress and should provide points of support for workers' struggles in all European countries.
Concerning the environment, another major issue that has been under discussion for many months in the EU, it should be noted that the European Parliament voted on Wednesday 22 June to create a carbon tax at Europe's borders. "This tax will apply to imports of the most polluting products: steel, aluminium and cement. The aim is to protect European companies which today pay a much higher price for carbon, i.e. the price of their pollution, than in the rest of the world. On energy issues, the emphasis was placed on diversifying gas supplies, at the risk of substituting American or Qatari dependence for Russian dependence, whereas the priority is above all to massively accelerate the deployment of renewable energies and make significant energy savings.
The last dossier that had been in preparation for many months and should have been completed during this first half of the year is the EU's 'strategic compass'.
On 21 March 2022, the Ministers of Defence and Foreign Affairs gave the green light to the "fifth version" of a text presented for the first time in November 2021: the EU's "strategic compass". The approved text provides in particular for the "joint development and supply of weapons, as well as improved cooperation on security policy". It notes the creation, "by 2025″, of a joint rapid deployment military force composed of 5,000 men and women", says Le Figaro. In the longer term, "the EU-27 are committed to achieving military spending of 2% of their GDP", compared to 1.5% today, adds RFI. Through the text adopted, the Europeans also affirm "their now total 'complementarity' with NATO," explains Le Monde. For the compass "also mentions the extension of the mutual assistance clause of the Union to neutral European countries, non-members of the Atlantic Alliance, namely Austria, Cyprus, Finland, Ireland, Malta and Sweden. In the event of an attack, they would be assisted by the EU. We will come back to these issues later.
Other issues were also on the agenda during the six months of the French presidency but did not make much progress. For example, the revision of the long-term deficit (3% of GDP ceiling) and debt (60% of GDP ceiling) rules, which have been under debate since the end of last year, did not make much progress during these six months. The same applies to the European translation of the global tax on multinationals, which is still at a standstill, first blocked by Poland and now by Hungary.
Finally, Emmanuel Macron also had the ambition to reform the Schengen area with the aim of strengthening Europe's external borders and improving cooperation at internal borders in the face of migration pressure. The war in Ukraine has obviously changed the priorities.
At this stage of the analysis, I have not addressed the question of Russian aggression in Ukraine in February 2022 and its consequences for the Union's policy, as well as France's management of this event.
It can therefore be said that, on the issues that had been under debate for many months in the European structures and for which the French Presidency team had the responsibility of facilitating the conclusion, the task was globally fulfilled on the digital issue, the minimum wage and the adoption of the 'strategic compass'. This is due to the work of French diplomats, civil servants posted in Brussels and technicians seconded during this presidency, and not really to the personal influence of Emmanuel Macron on these subjects, even if he accompanied this work. This shows the importance of training good negotiation specialists, good diplomats supported by good officials and technicians. This is why the abolition of the Republic's courses of excellence, such as the diplomatic corps, or the abolition of the ÉNA are not good measures.
At this stage of the assessment of the FPEU, one might object that I have not said a word about the destabilising element of the Russian invasion of Ukraine on 24 February 2022 and the measures that had to be taken in this new context.  
In the media "touteleurope" already quoted (https://www.touteleurope.eu/presidence-du-conseil-de-l-union-europeenne/pfue-quel-est-le-bilan-pour-la-presidence-francaise-du-conseil-de-l-ue/), the French assessment is summarised as follows: "Six sets of sanctions have been adopted, with the first measures adopted by the EU-27 on the evening of 24 February. The EU also innovated by financing arms deliveries to the Ukrainians, a possibility it had provided for in March 2021 with the European Peace Facility. The military aid thus reaches 2 billion euros, which is unprecedented.
This observation illustrates the fact that the first and main reaction of the EU and France to the Russian aggression was to take economic and punitive sanctions, which was understandable in the immediate aftermath of the action to mark the fact that the action of the Russian army was contrary to international law, even if it is remarkable to note that the EU and France did not seek to legitimise these sanctions at the level of the United Nations. The foreseeable Russian blockage in the Security Council would have weakened Russian diplomacy even more, and bringing the issue to the UN General Assembly would have given legitimacy to the condemnation of the aggression and perhaps prevented more than a third of the world's countries from joining in the condemnation of the aggression.
It is also remarkable to note that the strengthening of sanctions against Russia was, in fact, the only diplomatic step taken by the EU and the French presidency: no political step to unblock the situation and possibly open the way to political negotiations was concretely undertaken: neither the search for an extra-ordinary conference nor the help of third countries or personalities (the Indian, Israeli and Turkish initiatives were individual and discouraged by the major powers).
The situation was made all the more difficult by the fact that this political line was vigorously supported by Jo Biden and the United States, and that a US political leadership was quickly established that had not been seen since the Iraq war in 2003.
No EU peace initiative and US leadership are the first two characteristics of these first months of war.
There is obviously a third one that "toutleurope" highlights: for the first time in its 55-year history, the European Union has financed arms deliveries to a country at war. It can be said that the leadership for this politico-strategic revolution was given by German Commissioner Ursula von der Leyen on 27 February. It should be noted that this decision was approved by the French presidency and the majority of other European leaders, without there being any debate in the national parliaments on this extraordinary turn in the European Union's policy.
With hindsight, it can be said that this EU decision was a strong political signal, and that many countries followed this example and delivered increasingly sophisticated armaments to the Ukrainian army, such as France, which ended up delivering Caesar artillery equipment, which is the best in long-range artillery.
We know that these arms deliveries were accompanied by announcements of strong increases in national military budgets and, always with strong diplomatic pressure from the United States, by a strengthening of support for NATO and its enlargement with the arrival of Sweden and Lithuania.
These adjustments to military budgets, the increased effort to strengthen armies and their equipment has been particularly spectacular in Germany.
On 27 February 2022, German Chancellor Olaf Scholz announced a €100 billion fund to modernise the Bundeswehr, marking a break in Germany's political and military culture since the end of World War II. In addition, Germany delivered military equipment to the war-torn Ukraine, also a break with its previous policy.
Furthermore, Chancellor Olaf Scholz said on Tuesday 28 June, "Germany is building the largest European conventional army in NATO". He assured that Berlin will invest, on average, "about 70 to 80 billion euros per year" in its military capabilities "over the next few years" (instead of the current 50).
We can therefore note that the two other characteristics of the period that has just passed are a clear militarisation of European economies (in terms of military budgets, equipment and arms transfers) and a much stronger and more dynamic presence of German diplomacy (directly at the national level with the Social Democrat Chancellor Scholz or indirectly at the European level with the President of the Commission, Mrs Ursula von der Leyen).
One is obliged to note, without exaggerated bias, the strange passivity or followership of President Emmanuel Macron: he has gone along with the "all-sanctions" policy; he, who spoke of the "brain death" of NATO a year ago, has applauded the enlargement of the alliance; finally, by announcing the "re-evaluation" of French military spending, he has joined a ruinous arms race, while enormous sums are needed for the energy transition and the reduction of inequalities in the world.Yet experience shows that all international crises can only be overcome by seeking political solutions and compromises aimed at establishing peace while strengthening international law in the long term. It also shows that common security cannot be built in the long term solely through the mutual accumulation of armaments: détente in Europe only progressed after the conclusion of the Helsinki agreements, following the successful Conference on Peace and Security in Europe in 1975.
This was not the path chosen by President Macron during his six-month EU presidency and in dealing with Russia. Observers had the impression of a French president who found it difficult to exist through strong and original diplomatic initiatives, who tried in vain to create a "buzz" with the multiplication of telephone exchanges with Putin without any real diplomatic demands, except once, on 28 May, during a telephone conversation in which Chancellor Scholtz also took part and during which the food crisis and the resumption of negotiations with V. Zélensky were discussed. The impression of a 'diplomacy of words' was reinforced by the images and sound of the exchange between Emmanuel Macron and Jo Biden in a courtyard during the G7, during which the former boasted of having been able to obtain information on oil deliveries from the Saudis.
The result of this attempt to draw up an assessment of the French Presidency of the European Union in 2022 and of Emmanuel Macron's actions is therefore a very mixed picture, one that can of course be criticised and amended. I will extend it in a future article on the analysis and criticism of Emmanuel Macron's foreign policy as a whole throughout his five-year term, including his relationship with the United Nations, a subject I have not addressed in this article.   

jeudi 30 juin 2022

Visionnez l'enregistrement de la visio Table-ronde sur l'Ukraine

Visionnez l'enregistrement de la visio Table-ronde de l'IDRP sur l'Ukraine du 28 juin dernier en cliquant sur ce lien :

 

https://youtu.be/Q7efnJswQKw













L'IDRP, avec le soutien de l'Espaces-Marx Bordeaux-Gironde et de Dominique Belougne, son animateur, lance une série de visio-conférences. Cette première a été consacrée a un sujet d'actualité: la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
 
Des analystes déclarent "le monde est revenu au XIXe siècle. L’acteur politique principal est, plus que jamais, la nation, et la relation politique principale est, plus que jamais, affaire de rapports de forces entre projets nationaux et projets impériaux".
D'autres font remarquer que "c’est la première fois depuis 1945 qu’un conflit sur le sol européen implique directement l’un des membres du Conseil de sécurité de l’ONU" (et doté de l'arme nucléaire).
Peut-on avancer l'idée que nous entrons dans une "Seconde guerre froide" ? ou, faut-il considérer comme le fait Antonio Gutterès que "Une guerre au 21e siècle est une absurdité" ?
 
Les réponses à ces questions ont un lien direct avec les politiques à décider ou à soutenir pour construire un 21e siècle de paix comme souhaite y contribuer l'IDRP.

La table-ronde n'a pas déçu les attentes : la qualité des intervenants a aidé à construire la réflexion des auditeurs.

Une expérience à renouveler certainement.




mardi 28 juin 2022

OTAN - G7 : NOUVELLE "SAINTE ALLIANCE" ?

Le sommet des pays du G7 s'est tenu ce dimanche 27 juin en Bavière tandis que le sommet de l'OTAN démarre lui ce 29 juin à Madrid.
Non prévu au départ, ce télescopage des dates prend un sens nouveau dans la situation internationale comme l'a mis en évidence le président des États-Unis, Jo Biden. Le G7 et l'Otan doivent «rester ensemble» contre l'agression russe de l'Ukraine, a-t-il déclaré avant un entretien avec le chancelier allemand Olaf Scholz.
Rappelons brièvement les caractéristiques des deux organisations internationales.
Le Groupe des sept (G7) est un groupe de discussion et de partenariat économique de sept pays qui étaient en 1975 les plus grandes puissances avancées du monde et qui détiennent environ aujourd'hui 45 % de la richesse nette mondiale : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni. Manquent trois puissances qui figurent dans les dix économies les plus puissantes : la Chine, l'Inde et la Corée du sud. Beaucoup d'associations altermondialistes, de gouvernements de pays en voie de développement contestent la légitimité de ce G7 créé en dehors du système multilatéral onusien, et accusent le groupe de vouloir « diriger le monde » et de contourner l'ONU.
L'OTAN, créée le 4 avril 1949, est une alliance militaire intégrée, qui englobe l'alliance politique conclue par les pays signataires du Traité de l'Atlantique nord, et l'organisation civile et militaire mise en place pour en réaliser les objectifs.
À la suite de l'agression de la Russie contre l'Ukraine, les pays membres de l'OTAN ont soutenu l'Ukraine en fournissant des armements lourds, une assistance technique, des formations militaires parce que l'OTAN estime que "la sécurité euro-atlantique se trouve menacée comme elle ne l’avait plus été depuis des décennies". Elle justifie ainsi qu'elle agit indirectement hors du sol de ses pays membres, contrairement aux buts initiaux de sa fondation en 1949.
Dans le cadre de cet engagement, elle devrait être rejointe par deux pays supplémentaires : la Suède et la Lituanie, ce qui va incontestablement renforcer un certain "encerclement" géo-stratégique de la Russie. Outil militaire, l'OTAN n'est évidemment pas en charge de la recherche de solutions politiques pour sortir du conflit, mais elle pèse quand même dans le débat lorsque son secrétaire général, Jens Stoltenberg déclare que la guerre pourrait durer "des années".
On ne peut pas examiner l'engagement actuel de l'OTAN sans prendre en compte sa volonté d'élargir depuis trente ans ses missions "hors zone", ce qui l'a amenée à être présente militairement notamment au Kosovo, en Afghanistan, en Libye.
Ses différents "concepts stratégiques" adoptés (1991 - 1999 - 2010) ont produit une "définition plus large de la sécurité de la zone euro-atlantique, la prise en compte des nouveaux risques apparus depuis la fin de la guerre froide". Le concept défini à Madrid va insister, selon le secrétaire général délégué de l’OTAN, M. Geoană, sur l'idée que le monde sera le "reflet d'une ère de compétition entre grandes puissances" et affirmera que la Russie représente désormais « l'une des menaces les plus importantes pour la sécurité en Europe et au-delà ». M.  Geoană a ajouté que "le rôle de la Chine en tant qu'acteur de transformation dans les affaires du monde serait également reconnu".
C'est compte tenu de ces évolutions que les déclarations du président Biden affirmant que OTAN et G7 devaient «rester ensemble»  amènent des réflexions nouvelles.
Cela signifie-t-il que l'OTAN deviendrait de plus en plus, non pas seulement une alliance de pays européens, mais aurait une dimension de plus en plus mondialiste ? La référence au G7, perçu comme "club des riches" n'est pas neutre. De plus, le Sommet de Madrid de l'OTAN va accueillir pour la première fois de son histoire le Premier ministre japonais KISHIDA et le président sud-coréen Yoon Seok-yeol.
Ces deux "premières" historiques risquent de renforcer, à juste titre, l'idée que l'OTAN devient la référence et même le bras armé, non pas forcément des "démocraties" ou des "états de droit" mais aussi celui des puissants de cette planète, des "saigneurs" de la terre comme le dénonçaient les militants altermondialistes dans les années 1990.
Cela ne ferait que consolider la défiance et la méfiance des pays dans de larges zones de la planète qui verraient se constituer ce nouveau bloc occidentalo-libéral comme un outil de domination des grandes puissances.
Est-il crédible de penser trouver une issue à la guerre en Ukraine uniquement par des moyens militaires, sans ouvrir parallèlement des créneaux politiques de négociations ? Porter, comme c'est annoncé, la force d'intervention rapide de l'OTAN à 300 000 hommes au lieu de 50 000, les dépenses militaires non plus à un "objectif" de 2 % du PIB mais à un "plancher" de 2 %, sont-elles les bonnes décisions ? Toutes les guerres ont eu une issue politique, à moins de décider, et ce sera un choix délibéré, pas seulement des Russes mais aussi des Occidentaux, de faire durer la guerre "pendant des années". Cela aurait pour conséquences, au-delà des indignations d'aujourd'hui, de faire supporter en fait pendant des années les souffrances au peuple ukrainien pour des objectifs qui les dépassent de plus en plus et deviennent des enjeux géo-stratégiques globaux et planétaires ?
Ne faut-il pas inverser les logiques actuelles ? La mondialisation irréversible des échanges internationaux, les mutations technologiques, l'évolution des nouvelles technologies de communication appellent des réponses de plus en plus globales et surtout appellent plus de coopérations, de collaborations. La sécurité commune et globale ne peut plus reposer aujourd'hui sur les rapports de forces militaires mais sur des relations multilatérales. Les organisations basées sur les dominations économiques ou militaires comme le G7 ou l'OTAN vont à l'inverse des besoins de l'humanité. Il faut trouver le chemin de leur dépassement, de leur disparition au profit de nouvelles structures qui correspondent vraiment à l'esprit coopératif de la Charte des Nations unies : "Nous, peuples des nations unies...".
Il existe des prises de conscience, mais encore bien minoritaires.
Ainsi, ce dimanche 26 août, les deux lieux de rendez-vous de l'OTAN et du G7, Madrid et Vienne, ont vu se rassembler des foules importantes (20 à 30 000 à Vienne, plus de 10 000 à Madrid) pour dénoncer le caractère guerrier de l'OTAN et l'incapacité des pays du G7 à s'attaquer à la pauvreté dans le monde et au réchauffement climatique. Mais, c'est bien insuffisant !
Surtout, cela ne devrait-il pas inciter partout progressistes, militants pour la paix, pour un monde plus juste et plus durable, à relancer le débat de manière large et populaire sur la raison d'être de ces institutions (OTAN, G7 mais aussi OMC), symboles de puissance dépassés, et de remettre en chantier le débat sur la démocratisation des institutions onusiennes. Cette réforme est indispensable à la construction d'un monde vraiment multilatéral mais le système onusien a besoin de réformes profondes pour se démocratiser, s'ouvrir aux changements du monde (sociétés civiles, collectivités locales) et gagner en efficacité. Cela implique aussi une pression de l'opinion plus forte pour faire appliquer les derniers traités irriguant le  droit international : cour pénale internationale, traité d'interdiction des armes nucléaires, contrôle du commerce des armes. Le chantier est vaste et ardu mais est indispensable si nous ne voulons pas voir se multiplier demain les crises et guerres comme celle d'Ukraine actuellement.
Le 29 juin 2022

vendredi 10 juin 2022

Ukraine : une table-ronde de l'IDRP exceptionnelle le 28 juin

 

L'IDRP vous propose une table-ronde exceptionnelle le 28 juin en visio-conférence. Retenez la date.
 
Pour rejoindre, cliquez sur le lien https://us02web.zoom.us/j/87533432394












L'IDRP, avec le soutien de l'Espaces-Marx Bordeaux-Gironde et de Dominique Belougne, son animateur, lance une série de visio-conférences. Cette première est consacrée a un sujet d'actualité: la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
 
Des analystes déclarent "le monde est revenu au XIXe siècle. L’acteur politique principal est, plus que jamais, la nation, et la relation politique principale est, plus que jamais, affaire de rapports de forces entre projets nationaux et projets impériaux".
D'autres font remarquer que "c’est la première fois depuis 1945 qu’un conflit sur le sol européen implique directement l’un des membres du Conseil de sécurité de l’ONU" (et doté de l'arme nucléaire).
Peut-on avancer l'idée que nous entrons dans une "Seconde guerre froide" ? ou, faut-il considérer comme le fait Antonio Gutterès que "Une guerre au 21e siècle est une absurdité" ?
 
Les réponses à ces questions ont un lien direct avec les politiques à décider ou à soutenir pour construire un 21e siècle de paix comme souhaite y contribuer l'IDRP.

 La qualité des intervenants devrait aider à construire la réflexion des auditeurs de la table-ronde de ce mardi 28 juin. Nous vous y souhaitons nombreux.



jeudi 9 juin 2022

Vidéo de la Conférence de Daniel Durand sur l'Ukraine le 7 juin 2022

 

Si vous n'avez pas pu assister à la visioconférence de ce mardi 7 juin sur l'Ukraine avec Daniel Durand, elle est maintenant disponible sur le site du Mouvement de la paix en rubrique Vidéos, et dans la page sur l'Europe.

Voilà le lien direct, sur notre chaîne Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=XJyKODeGtRk

Le Mouvement de la paix


dimanche 5 juin 2022

Guerre Russie Ukraine : bal des gagnants ou bal des perdants ?

(TRANSLATION BELOW)

100 jours de guerre en Ukraine. Le nombre de combattants tués s'élèverait peut-être à 15 000 à 20 000 tués de chaque côté. À cela s'ajoutent 4.200 civils qui ont été tués par des attaques armées et 4.000 autres blessés. De plus, 15,7 millions de personnes en Ukraine, soit l’équivalent d’un tiers de la population du pays, « ont un besoin urgent d’assistance et de protection », selon l'ONU et plus de 5 millions d’enfants ont vu leur éducation suspendue.
Lors de ce sinistre 100e jour anniversaire, le Kremlin estime avoir atteint « certains résultats » en 100 jours d'offensive. « La victoire sera nôtre », affirme le président Zelensky. Beaucoup plus réaliste est le coordonnateur de l'ONU pour l'Ukraine, Amin Awad, qui a déclaré ce jour-là : "Cette guerre n’aura pas de vainqueur" et il a ajouté avec raison : « Nous avons besoin de paix. La guerre doit cesser », a-t-il exhorté.

L'atmosphère dans les médias rappelle les déclarations cocardières dans les journaux français ou allemand en 1914-18 : elle est majoritairement en faveur de la poursuite de la guerre et des livraisons d'armes à l'Ukraine. Mais voyons les choses en face : la guerre s'enlise, la Russie n'occupe que 20 % du territoire ukrainien, et encore faut-il qu'elle soit capable de le tenir militairement et de faire fonctionner des structures de manière pérenne, ce qui semble douteux. L'armée ukrainienne est de plus en plus équipée de matériel militaire moderne américain, elle peut progressivement infliger des pertes plus importantes à l'armée, mais il lui faudra de long mois pour marquer des avantages décisifs, selon les spécialistes militaires. Combien y aura-t-il encore de militaires et civils ukrainiens tués ? Combien de cercueils de jeunes soldats russes renvoyés dans leur pays ?
Quelles que soient les déclarations martiales de dirigeants étrangers comme Jo Biden ou Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'OTAN , la réalité est, comme le dit l'ONU, que tout le monde sera perdant, y compris sur le plan militaire.
N'avons-nous pas le devoir d'appeler les opinions publiques à ouvrir les yeux pour voir que les plus grands perdants seront les peuples : ukrainiens d'abord bien sûr, mais aussi russe, et au-delà, les peuples européens et les peuples des pays en voie de développement ?
Ne faut-il pas faire comprendre que derrière la guerre militaire, alimentée par la machine de guerre russe mais aussi, aujourd'hui de plus en plus, par les livraisons d'armes des États-Unis, des pays européens dont la France, se cache une autre guerre : la guerre économique accompagnée d'une guerre commerciale ?

Le camp occidental (USA, G7, Union européenne) développe un embargo économique sur le gaz, le pétrole russes, les circuits financiers. Au départ, c'était dans le but déclaré de faire pression sur la Russie pour la contraindre à cesser les combats.
Aujourd'hui, l'absence de cadre juridique clair sur ces embargos, l'ampleur des mesures adoptées, les mesures économiques de réorientation à moyen et long terme, de certaines productions, laissent planer des doutes : le camp occidental, ainsi reformé, ne se sert-il pas de la guerre en Ukraine pour développer un affrontement économique de longue durée, au-delà d'un éventuel arrêt des combats, contre la Russie ?
Cette guerre économique pèse en premier, non sur les oligarques et proches du pouvoir poutinien, mais sur le peuple russe. Les conséquences se font sentir aussi sur les peuples européens, notamment avec le renchérissement du prix de l'énergie ; l'inflation renaissante en est une des conséquences.
Par ricochet, cette guerre économique entraîne une spirale d'affrontement sur ce terrain : les exportations russes sont bloquées et du coup, la Russie empêche les exportations ukrainiennes de céréales depuis les ports de la Mer noire, ce qui menace de provoquer de graves pénuries alimentaires notamment en Afrique.
La guerre économique produit donc d'abord des perdants parmi les peuples, sans réelle efficacité pour accélérer la fin des combats.
Y a-t-il des gagnants dans cette tragique comédie ? On peut affirmer que oui sans esprit particulier de complotisme.
Les gagnants les plus évidents sont les lobbies de l'armement, notamment états-uniens et bien sûr, dans une moindre mesure, français et autres européens. On peut y ajouter les lobbies de l'industrie fossile : gaz de schiste aux USA, charbonniers en Allemagne. Les autres gagnants sont les spéculateurs, les entreprises, qui, comme en Inde, bloquent les ventes de céréales et font des réserves.
Et pendant ce temps, les organismes de l'ONU ont du mal à financer les secours aux 15 millions d'Ukrainiens en précarité dans leur propre pays et la FAO se déclare inquiète sur la situation alimentaire à venir de nombreux pays pauvres !

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a été menée en violation flagrante de la Charte des Nations unies et donc du droit international. Il est clair que l'objectif central ultime est le rétablissement du droit international dans cette partie de l'Europe comme partout dans le monde (nous pensons au Yémen, à la Palestine notamment). Voyons bien que, aujourd'hui, la prolongation de la guerre provoque et prolonge la mise en cause des droits humains les plus élémentaires : en premier, le droit des citoyens ukrainiens à vivre en paix et en sécurité, de leurs enfants à étudier. Mais cette violation des droits s'étend aussi à la vie démocratique en générale et ce, pour toute la société ukrainienne, son régime parlementaire, sa presse qui subissent l'état de guerre. Voyons aussi que les violations aux droits et libertés de base touchent également fortement les citoyens russes, notamment par la mise en cause de la liberté d'information, de manifestation. Enfin, comment ne pas voir que dans tous les pays européens, impactés par le conflit, les moyens d'information rencontrent des difficultés non négligeables pour accéder à toutes les sources d'information indépendantes. Là encore, sur le plan des droits humains, il n'y a que des perdants.

Une constatation s'impose de plus en plus : il faut arrêter le "bal des perdants".
Continuer la guerre ou laisser se continuer la guerre, c'est aggraver le nombre et le sort des perdants, c'est augmenter les souffrances des peuples.
Comme le déclare le représentant de l'ONU, il y a urgence à trouver les moyens d'un arrêt des combats et d'une solution politique.
Il faut arrêter le faux "bal des gagnants" : l'heure n'est pas à la poursuite des livraison d'armes, aux discours belliqueux, à savoir qui va gagner la guerre mais à rassembler les bonnes volontés. L'heure est à poser les bonnes questions : quand va-t-on arrêter cette guerre ? Quand va-t-on construire la paix ?
Les efforts des gouvernements, des opinions publiques doivent se concentrer sur les moyens d'exercer une pression politique maximum sur les deux acteurs du conflit pour qu'ils s'assoient à la table des négociations.
C'est la responsabilité des États, notamment de ceux de l'Union européenne de donner les signaux politiques en faveur du dialogue, pour trouver des voix d'une solution qui épargne la prolongation indéfinie des souffrances à la population ukrainienne.
Pour trouver ce chemin du dialogue, il faut arrêter de proclamer que la solution viendra de la défaite ou de l'écrasement d'un des deux acteurs. Il est contre-productif pour ne pas dire scandaleux que, dès qu'une bonne volonté se manifeste au niveau international pour essayer de faire démarrer un processus de paix, un choeur de censeurs s'élève pour dire : "Oh ! Est-ce que cette personnalité est bien qualifiée pour des négociations ? A-t-elle suffisamment condamné les Russes ? Sera-t-elle assez intransigeante ?". Cela a été le cas contre le Pape dans le journal Le Monde le 12 mai dernier ("Les ambiguïtés du pape François sur la guerre en Ukraine"). Les tentatives d'Erdogan, le président turc, de jouer le rôle d'intermédiaire, ont été, elles aussi, fraîchement accueillies. Les jours à venir diront quel accueil recevront les pourparlers du Président du Sénégal, Macky Sall, pour débloquer la crise des céréales, ce qui suppose que des concessions soient faites pour débloquer les ports de la Mer noire pour les marchandises ukrainiennes et russes, et pour ces dernières de trouver des solutions bancaires pour le paiement des achats malgré le blocage du système Swift.
La voie des négociations sera longue et difficile : elle passera nécessairement par des compromis. Pour cela, il faut des intermédiaires capables de gagner la confiance des deux parties. Le 6 mai dernier, fait unique, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution par consensus dans laquelle il a "apporté son ferme soutien aux efforts déployés par le Secrétaire général afin de parvenir à une solution pacifique".
Pourquoi le conseil de sécurité ne mandaterait-il pas un panel de personnalités pour explorer les voies du dialogue qui pourraient comporter des personnalités morales ou religieuses comme le pape, un représentant orthodoxe, un représentant des pays en voie de développement comme le Président de l'Union africaine, Macky Sall, un représentant de l'Union européenne comme le président Macron ?
Des progrès en ce sens ne seront obtenus que si la voix de l'opinion publique en faveur de la paix se fait plus forte et plus pressante. Elle n'est pas assez puissante aujourd'hui. Il faut s'attacher à relever ce défi.
7 juin 2022

*******************

RAPPEL - RAPPEL

Visioconférence “Guerre Russie-Ukraine : guerre redoutée ? Guerre acceptée ?” avec Daniel Durand

 7 juin à 19h00 

LIEN :  https://zoom.us/j/7585066971

 **************************

Russia-Ukraine War: Winners' Ball or Losers' Ball?

100 days of war in Ukraine. The number of combatants killed may be as high as 15,000 to 20,000 on each side. In addition, 4,200 civilians have been killed by armed attacks and another 4,000 injured. In addition, 15.7 million people in Ukraine, equivalent to a third of the country's population, are "in urgent need of assistance and protection", according to the UN, and more than 5 million children have had their education suspended.
On this grim 100th anniversary, the Kremlin says it has achieved "certain results" in 100 days of offensive. "Victory will be ours," says President Zelensky. Much more realistic is the UN coordinator for Ukraine, Amin Awad, who said that day: "This war will have no winner" and he added with reason: "We need peace. The war must end," he urged.

The atmosphere in the media is reminiscent of the cocky statements in French or German newspapers in 1914-18: it is mostly in favour of continuing the war and delivering arms to Ukraine. But let's face it: the war is getting bogged down, Russia only occupies 20% of Ukrainian territory, and it still has to be able to hold it militarily and operate structures in a sustainable manner, which seems doubtful. The Ukrainian army is increasingly equipped with modern American military equipment and can gradually inflict greater losses on the army, but it will take many months for it to score decisive advantages, according to military experts. How many more Ukrainian soldiers and civilians will be killed? How many more coffins of young Russian soldiers will be sent home?
Whatever the martial declarations of foreign leaders like Jo Biden or Jens Stoltenberg, the Secretary General of NATO, the reality is, as the UN says, that everyone will lose, including militarily.
Don't we have a duty to call on public opinion to open its eyes to see that the biggest losers will be the peoples: Ukrainians first of all, of course, but also Russians, and beyond that, the peoples of Europe and the peoples of developing countries?
Shouldn't we make it clear that behind the military war, fuelled by the Russian war machine but also, today more and more, by arms deliveries from the United States and European countries, including France, lies another war: the economic war accompanied by a trade war?

The Western camp (USA, G7, European Union) is developing an economic embargo on Russian gas, oil and financial circuits. Initially, the declared aim was to put pressure on Russia to stop fighting.
Today, the absence of a clear legal framework for these embargoes, the extent of the measures adopted, the economic measures for the medium and long term reorientation of certain products, raise doubts: isn't the Western camp, thus reformed, using the war in Ukraine to develop a long-term economic confrontation against Russia, beyond the eventual cessation of the fighting?
This economic war weighs primarily on the Russian people, not on the oligarchs and those close to the Putin government. The consequences are also being felt by the people of Europe, notably with the rise in energy prices; the resurgence of inflation is one of the consequences.
In turn, this economic war leads to a spiral of confrontation on this terrain: Russian exports are blocked and, as a result, Russia prevents Ukrainian grain exports from the Black Sea ports, which threatens to cause serious food shortages, particularly in Africa.
Economic warfare therefore produces losers among the people, without any real effectiveness in accelerating the end of the fighting.
Are there winners in this tragic comedy? We can say yes, without any particular spirit of conspiracy.
The most obvious winners are the arms lobbies, especially the US and, to a lesser extent, the French and other European ones. To this can be added the fossil fuel industry lobbies: shale gas in the US, coal miners in Germany. The other winners are the speculators, the companies, which, as in India, are blocking the sale of grain and stockpiling.
Meanwhile, UN agencies are struggling to fund relief for the 15 million Ukrainians in need in their own country and the FAO is worried about the future food situation in many poor countries!


Russia's invasion of Ukraine was carried out in flagrant violation of the UN Charter and thus of international law. It is clear that the ultimate central objective is the re-establishment of international law in this part of Europe as well as everywhere else in the world (we are thinking of Yemen, Palestine in particular). Let us see that, today, the prolongation of the war provokes and prolongs the questioning of the most elementary human rights: first of all, the right of Ukrainian citizens to live in peace and security, of their children to study. But this violation of rights also extends to democratic life in general, with the whole of Ukrainian society, its parliamentary system and its press being affected by the state of war. Let us also see that the violations of basic rights and freedoms also strongly affect Russian citizens, notably by questioning the freedom of information and demonstration. Finally, how can we fail to see that in all the European countries affected by the conflict, the media are encountering considerable difficulties in accessing all the independent sources of information. Here again, in terms of human rights, there are only losers.

It is becoming increasingly clear that the "losers' ball" must be stopped.
To continue the war or to allow it to continue is to increase the number and the fate of the losers and to increase the suffering of the people.
As the UN representative states, it is urgent to find ways to stop the fighting and find a political solution.
We must stop the false "winners' ball": this is not the time to continue delivering arms, to talk about war, to know who will win the war, but to bring together people of good will. It is time to ask the right questions: when will we stop this war? When will we build peace?
The efforts of governments and public opinion must focus on ways of exerting maximum political pressure on the two actors in the conflict so that they sit down at the negotiating table.
It is the responsibility of the states, especially those of the European Union, to give political signals in favour of dialogue, to find ways of finding a solution that will spare the Ukrainian population from indefinite suffering.
To find this path of dialogue, we must stop proclaiming that the solution will come from the defeat or crushing of one of the two actors. It is counterproductive, not to say scandalous, that as soon as goodwill is shown at the international level to try to get a peace process off the ground, a chorus of censors rises up to say: "Oh, is this personality well qualified for negotiations? Has he condemned the Russians enough? Will he be uncompromising enough? This was the case against the Pope in Le Monde on 12 May ("Les ambiguïtes du pape François sur la guerre en Ukraine"). The attempts of Erdogan, the Turkish president, to play the role of intermediary, were also freshly welcomed. The coming days will tell how Senegalese President Macky Sall's talks to unblock the grain crisis will be received, which presupposes that concessions will be made to unblock the Black Sea ports for Ukrainian and Russian goods, and for the latter to find banking solutions for the payment of purchases despite the blocking of the Swift system.
The road to negotiations will be long and difficult: it will necessarily involve compromises. For this, intermediaries capable of gaining the trust of both parties are needed. Uniquely, on 6 May, the UN Security Council adopted a resolution by consensus in which it "expressed its strong support for the Secretary-General's efforts to achieve a peaceful solution".
Why doesn't the Security Council mandate a panel of eminent persons to explore avenues of dialogue which could include moral or religious figures such as the Pope, an Orthodox representative, a representative of developing countries such as African Union President Macky Sall, a representative of the European Union such as President Macron?
Progress in this direction will only be achieved if the voice of public opinion in favour of peace becomes stronger and more urgent. It is not strong enough today. We must work to meet this challenge.
7 June 2022