mercredi 30 mai 2018

Une réflexion sur la paix

Je vous annonce la parution de mon dernier livre : ""1914-1918, cent ans après, LA PAIX !".
Dans ce modeste essai, je livre mes réflexions sur l’'engagement pour la paix hier
et demain.
Je prends un parti-pris : celui de parler de l'évolution du monde en me plaçant du point de la vue de la paix au lieu de le faire  comme tout analyste, "politiquement correct", du point de vue de la guerre.
Au risque de passer pour un doux naïf, je m’efforce de montrer toutes les potentialités nouvelles dont disposent aujourd’'hui les humains pour construire un monde de paix durable.

Vous pouvez dès à présent le commander en ligne sur
https://www.edilivre.com/1914-1918-cent-ans-apres-la-paix-daniel-durand.html/

Il sera en vente en ligne sur Amazon, FNAC.com, Chapitre.com et en commande normale en librairie à partir de mi-juillet.

Vous pourrez suivre l'actualité autour de ce livre, des rencontres et
dédicaces que j'essaierai de tenir, sur cette page Facebook

https://www.facebook.com/Mon-livre-sur-la-paix-610024936041674/

lundi 14 mai 2018

Assez !

Ce lundi 14 mai, à 19 h, les agences de presse annoncent que plus de cinquante civils palestiniens ont été tués par l'armée israélienne, tirés comme des lapins par des soldats-snippers alors qu'ils manifestaient pacifiquement à l'intérieur des frontières de la Palestine, à  Gaza. Par ailleurs, 2 000 autres civils ont eu la "chance" d'être "seulement" blessés au genou ou au talon, tirés eux aussi comme à l'exercice par ces soldats.
Ces manifestants protestaient contre l'inauguration d'une ambassade illégale des États-Unis à Jérusalem. Illégale, car contrevenant à des résolutions comme celle du Conseil de sécurité des Nations unies du 20 août 1980, adoptée par 14 voix pour, aucune contre et une abstention (États-Unis). La résolution affirme que les lois prises par Israël au sujet du statut de la ville sont nulles et non avenues. Elle enjoint aux États membres ayant une représentation à Jérusalem de les retirer.
L'Assemblée générale des Nations Unies a adopté en décembre 2017 une résolution sur le statut de Jérusalem, dans laquelle elle rappelle que « Jérusalem est une question qui relève du statut final et qui doit être régĺée par la voie de la négociation, comme le prévoient les résolutions pertinentes des organes de l'Organisation des Nations Unies ». L'Assemblée générale considère comme « nulle et non avenue » toute décision ou action susceptible de modifier le «caractère, le statut ou la composition démographique » de Jérusalem.
Il est salutaire que le ministre français des Affaires étrangères ait rappelé que "la France désapprouve la décision américaine de transférer l’ambassade des États-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem". "Cette décision contrevient au droit international et en particulier aux résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies". Il a précisé que "Le droit international est sans ambiguïté sur le statut de Jérusalem. Il devra être déterminé dans le cadre de négociations, comme l’ensemble des paramètres internationalement agréés, afin de parvenir à une solution juste et durable, à savoir deux États, vivant côte à côte en paix et en sécurité, ayant l’un et l’autre Jérusalem comme capitale. C’est ce que dit le droit et c’est le sens de nos efforts en faveur de la paix au Proche-Orient".
Le bon sens, le respect du droit international, le coeur et la raison imposent que toutes ces déclarations se transforment en actions concrètes, avec le maximum d'autres pays, notamment l'Union européenne, auprès du Conseil de sécurité et des autres instances internationales pour faire cesser ces actes barbares de l'armée israélienne, pour forcer les États-Unis à revoir leur position. La reconnaissance officielle par la France de la Palestine, comme État souverain, serait un élément diplomatique de poids pour faire bouger les choses. Au Président Macron de montrer qu'il est capable de vrai courage politique et pas seulement médiatique !

mercredi 9 mai 2018

Les limites de la vision du monde d'Emmanuel Macron

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a confié dans une interview au Journal du Dimanche du 6 mai, sa vision du monde et des relations internationales aujourd'hui.
Trois semaines après les bombardements aériens français controversés en Syrie, dix jours avec sa séance, à la limite du ridicule, de "brolove" avec Donald Trump, il s'est efforcé de démontrer qu'il maîtrisait le cours des événements, qu'il n'était pas à la remorque des États-Unis, que la sécurité de la France était sa priorité et le multilatéralisme toujours sa boussole internationale.
De fait, la plus grande partie de son interview est constituée par la narration de ses relations avec les grands dirigeants du monde, Trump, Poutine, voire Netanyahu, comme si le multilatéralisme consistait seulement à "parler en même temps avec tout le monde". Le Président Macron détaille, non sans une certaine ingénuité, les brillantes combinaisons stratégiques qu'il élabore avec chacun d'eux : ""remaçonner" la stratégie avec Donald Trump en se focalisant sur le politico-militaire et la lutte contre le terrorisme" car "Donald Trump, je le connais bien maintenant". Quant à Poutine, "Je lui dis donc que je sais, qu’il sait que je sais, qu’il n’y a pas de doutes sur l’issue et que je fais ce que le devoir m’impose". Les décisions de Donald Trump de "soulever le couvercle de la boite de Pandore iranienne" (voir mon article du 24 avril  dernier) malgré les recommandations d'Emmanuel Macron, son attitude insultante envers les victimes française du Bataclan, montrent le dédain du président US envers le partenaire français.
Sur la nécessité du multilatéralisme, Emmanuel Macron semble avoir oublié ce qu'il déclarait en septembre dernier à la tribune des Nations unies : « le multilatéralisme, c'est la règle du droit, c'est l'égalité entre les peuples, c'est l'égalité de chacune et de chacun d'entre nous, c'est ce qui permet de construire la paix et relever chacun de nos défis ». C'est une définition qui dépasse largement le tête-à-tête entre "Grands", cette vieille conception des relations internationales. Bien qu'il fasse une courte référence au Général de Gaulle au début de son interview, le Président Macron oublie justement cette originalité de la politique de De Gaulle : celle d'être capable de s'appuyer sur l'ensemble des peuples, notamment sur les pays non-alignés, pour desserrer l'étau du tête-à-tête entre puissances, comme il le fit lors de son discours de Pnom-Penh en 1966. C'est cette vision qui avait conduit Jacques Chirac et Dominique de Villepin à s'appuyer sur l'ensemble des nations et sur les opinions publiques en 2003, pour s'opposer aux décisions guerrières de George W. Bush en Irak.
Ce glissement progressif d'Emmanuel Macron vers une surévaluation de ses capacités personnelles, dans le seul relationnel direct avec les Grands, décrédibilise les "quatre priorités" qu'il énonce dans le JDD : "la sécurité, ensuite les valeurs, puis les biens communs à commencer par le climat et enfin la stabilité économique pour favoriser nos intérêts commerciaux". Le renforcement de la construction européenne n'y suffira pas à elle seule,comme il le propose.
Concernant la lutte pour les biens communs dont le climat, la Conférence de Paris, COP21, a montré la nécessité de s'appuyer sur la force des opinions publiques, pour surmonter les réticences et les égoïsmes des grandes puissances.
La recherche de la sécurité pose aujourd'hui, plus que jamais, la nécessité de la relance des efforts diplomatiques pour des objectifs de court terme. Il s'agit de reprendre, avec modestie et persévérance, les discussions avec les trois autres membres permanents du Conseil de sécurité, les Européens, les non-alignés, pour isoler Trump et ses soutiens, Netanyahu et les Saoudiens, afin de maintenir l'accord sur le nucléaire iranien, et de contrer les sanctions économiques futures des États-Unis.
Il faut retravailler sans a priori politique avec tous les acteurs régionaux intéressés, dont la Russie et l'Iran, avec au moins une partie de l'équipe gouvernementale syrienne actuelle, pour aboutir rapidement à une solution politique en Syrie, permettant de diminuer les tensions régionales, même si la France sera handicapée par la faute politique des bombardements illégaux d'avril.
À moyen terme, se pose la question de remettre au premier plan de l'agenda, en lien avec les Nations unies et son Secrétaire général, les différentes négociations pour la démilitarisation des relations internationales. Les chiffres des dépenses militaires publiés, il y a quelques jours, par l'institut suédois du SIPRI (1739 Mds de $ en 2017, avec la montée de l'Arabie saoudite et de l'Inde) sont très inquiétants.
Les dernières discussions à Genève dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire ont montré l'importance d'aboutir, au plus vite, à la tenue d'une Conférence sur la création d'une zone sans armes de destruction massive (ni nucléaires, ni chimiques, ni biologiques) au Moyen-Orient. Ces discussions ont montré également que les pays nucléaires devaient regarder d'un oeil différent et avec plus d'ouverture, le processus de ratification du Traité d'interdiction des armes nucléaires, faute de voir se creuser un fossé préjudiciable dans la communauté internationale.
Il s'agit là, tant dans le court terme que le moyen terme, d'objectifs sérieux, réalisables au prix d'efforts politiques intenses, loin des paillettes de la communication facile, des combinaisons intellectuelles présomptueuses dont les échecs répétés décrédibiliseraient la diplomatie française.

jeudi 26 avril 2018

Armes nucléaires : diviser ou unir ?

Le débat général à la commission préparatoire (Prepcom) de la Conférence d'examen du TNP s'est achevé hier à Genève. Il a finalement été révélateur du fossé qui s'est en partie créé au fil des interventions entre les puissances nucléaires (les P5) et la grande majorité des autres pays. L'audition, hier matin, de quinze représentants de la société civile dont une victime japonaise (une "hibakusha") et les maires d'Hiroshima et Nagasaki, a montré les attentes existant dans le monde.
Après les interventions des États-Unis et de la France que nous avons évoquées dans un article précédent, celles du Royaume-Uni, de la Chine et de la Russie ont montré, à des degrés divers, combien la pression pour faire évoluer les tenants de l'arme nucléaire, devra être longue et multiforme. La Chine a maintenu ses réserves vis a vis du futur Traité d'interdiction des armes nucléaires, en estimant que " Sur la base de la réalité actuelle de la sécurité internationale, le désarmement nucléaire ne pourrait être poursuivi que progressivement, en suivant les principes du «maintien de la stabilité stratégique mondiale» et de la «sécurité non diminuée pour tous», des arguments déjà avancés par la représentante française. Le représentant chinois a quand même fait preuve de plus d'ouverture, en reconnaissant que "la volonté et le droit des États non dotés d'armes nucléaires d'être à l'abri de la menace des armes nucléaires et de la guerre nucléaire doivent être respectés". Il a admis que "Les États dotés d'armes nucléaires devraient faire preuve de volonté politique et prendre des mesures plus concrètes pour s'acquitter de leurs obligations au titre de l'article 6 du Traité".
L'intervention du représentant russe a été beaucoup plus "musclée". Il a été très critique envers les décisions militaires des États-Unis de poursuivre le déploiement de systèmes anti-missiles, de perfectionner "les armes offensives stratégiques" ou d'envisager "de placer des armes dans l'espace".
Il a critiqué très fortement le Traité d'interdiction des armes nucléaires en estimant que "Cette initiative n'apporte aucune contribution à l'avancement vers le noble but déclaré. Tout au contraire, il menace l'existence même et l'efficacité de notre Traité de non-prolifération fondamental".
Ce raidissement des puissances nucléaires est-il productif dans ce qui devrait être un but commun : la construction d'un monde sans armes nucléaires ? Le directeur de la Croix-Rouge internationale leur a rappelé qu'il est "temps qu'ils renoncent aux menaces d'utilisation de l'arme nucléaire et à la modernisation des armements pour se consacrer à la pleine mise en œuvre des engagements qu'ils ont pris par le passé, notamment en 2010, en faveur de la réduction des arsenaux nucléaires, de l'atténuation des risques et, plus globalement, du désarmement nucléaire".
Ainsi que je l'ai écrit, en début d'article, en s'arc-boutant sur le privilège d'avoir des armes nucléaires, les P5 élargissent un fossé, comme l'a fait remarquer dans la séance des ONG, la représentante du réseau ICAN, prix Nobel de la paix : "Ces politiques et pratiques sont une source de grande division et de disharmonie dans la communauté internationale, et nous les condamnons sans réserve. Nous les condamnons parce que les armes nucléaires sont indiscriminées, inhumaines et illégales".
Deux jeunes filles, représentantes des jeunes activistes d'Abolition 2000, ont conclu la séance des ONG  en lançant un appel que chacun devrait méditer : "Aujourd'hui, nous représentons la génération, déterminée à vivre dans un monde sans armes nucléaires, objectif que tout le monde dans cette salle a accepté. Nous ne voulons pas nous asseoir dans votre siège dans dix ans, en nous apercevant que rien n'a changé".
Après les trois jours de séance générale, les journées suivantes sont consacrées à l'examen détaillé des trois "piliers" du TNP : désarmement, énergie nucléaire civile, non-prolifération.
Dans la première de ces séances qui a débuté en fin d'après-midi, l'intervention française, sur laquelle nous reviendrons plus longuement, n'a pas vraiment semblé s'inscrire dans une perspective constructrice. Le rappel des mesures de diminution du nombre des armes nucléaires françaises qui datent des années 1996 (plus de vingt ans !) peuvent-ils convaincre ces jeunes, qui étaient à peine nés alors ! La représentante française s'est également livrée à une attaque en règle du Traité d'interdiction des armes nucléaires, en l'opposant au TNP et aux autres processus de désarmement, tant conventionnels, balistiques ou cyber en cours, alors que son caractère complémentaire, notamment pour permettre la réalisation de l'article VI du TNP semble évident, et en tout cas, l'objectif à atteindre !
Comme cette argumentation semble décalée de cette autre partie de l'appel des jeunes quelques heures plus tôt : "Nous avons besoin de vous, distingués diplomates, pour parler, non seulement des visions d'un monde sans armes nucléaires, mais pour le réaliser. Nous sommes impatients d'être vos partenaires dans notre mission commune de réaliser immédiatement un monde exempt d'armes nucléaires".

mardi 24 avril 2018

Iran : peut-ouvrir sans dommage la boîte de Pandore ?

Il y a des télescopages de calendrier étranges. Ce lundi et ce mardi, à Genève, pendant la Prepcom du TNP, la quasi unanimité des intervenants ont insisté pour dire que l'accord réalisé sur le programme nucléaire iranien était un bon exemple de négociation politique. Le soutien à cet accord de Vienne sur le nucléaire iranien ou "plan d'action conjoint" a été réaffirmé, non seulement par la France, mais aussi par le représentant de l'Union européenne. La Chine a préparé avec la Russie un projet de déclaration commune visant à exprimer le soutien de la conférence à ce plan. Pour la Russie, l'accord conclu entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus l'Union européenne et l'Iran,  est "une combinaison unique de mesures développées dans le cadre du Conseil de sécurité de l'ONU et des mécanismes de l'AIEA, qui a fait ses preuves". Seul le représentant des États-Unis avait fait des réserves lundi. L'annonce, ce mardi à Washington, des présidents Trump et Macron de "travailler à un nouvel accord plus large avec l'Iran" qui viserait à bloquer toute activité nucléaire iranienne jusqu’en 2025, empêcher à plus long terme toute activité nucléaire, stopper les activités balistiques de l’Iran et créer les conditions d’une stabilité politique dans la région, risque d'être le point central des discussions dans les couloirs à Genève ce mercredi.
L'annonce unilatérale par deux chefs d'État de modifier un accord alors que celui-ci n'avait pu aboutir, qu'après de longues discussions avec toutes les parties intéressées, en prenant en compte toutes leurs préoccupations, pose un énorme problème diplomatique ! La France vient ainsi de se repositionner en "donneuse de leçons", aux côtés d'un homme dont les humeurs fantasques font tressaillir jusqu'à l'ancien chef du FBI ! Peu d'observateurs penseront que le Président français a fait changer d'avis Donald Trump, beaucoup estimeront que les concessions sont du côté de M. Macron.
Qu'espère celui-ci en échange ? Pense-t-il pouvoir jouer de la proximité affichée avec le président américain pour gagner en stature internationale, voire infléchir les positions US sur certains dossiers ?
On ne peut s'empêcher de penser à un autre jeune chef de gouvernement, brillant, à l'avenir prometteur, qui, en 2002 et 2003, avait choisi de s'aligner sur le président Bush, en devenir le "meilleur ami" pour infléchir sa politique, disait-il. Il n'a pu empêcher alors les États-Unis d'envahir l'Irak en 2003 et le brillant Tony Blair, puisque je parle de lui, est devenu, pour une partie de l'opinion publique britannique, le "caniche de Bush".
Je ne pense pas que se joue aujourd'hui un "2003 à l'envers", bien que le bombardement "occidental" sur la Syrie ait déjà suscité cette référence. Mais il est clair que Emmanuel Macron n'a pas envoyé un bon signal à la communauté internationale. L'accord de Vienne sur l'Iran était un bon accord, un exemple d'accord politique ; en le fragilisant sous prétexte "d'élargissement", on risque de fragiliser toutes les démarches et négociations politiques, et valoriser à l'inverse les attitudes unilatérales et interventionnistes ! Ce mardi, à Genève, on a senti dans l'intervention du représentant russe une colère, de moins en moins contenue, face au pressing des occidentaux sur tous les aspects de la politique russe. Cela risque d'empirer demain, les relations internationales n'y gagneront rien.

lundi 23 avril 2018

Prepcom 2018 : la France fait du vent

La première séance de la Prepcom du TNP à Genève s'est ouverte ce matin. Mme Izumi Nakamitsu,au nom du Secrétaire général des Nations unies, a rappelé que "La menace de l'utilisation - intentionnelle ou non - d'armes nucléaires est croissante. Cette menace, qui concerne toute l'humanité, restera aussi longtemps que les armes nucléaires continueront d'exister dans les arsenaux nationaux".
Elle a rappelé que "Les États dotés d'armes nucléaires ont la responsabilité de leadership en matière de désarmement nucléaire". Malheureusement, les premiers discours des représentants des puissances nucléaires n'ont pas montré une volonté réelle de relancer une dynamique autour de l'application de l'article VI du TNP, par lequel les États "dotés" s'engagent à négocier de "bonne foi" le désarmement nucléaire. Le représentant des États-Unis s'est contenté d'un discours a minima, dans lequel il y a quelques "gentils" (les USA, par ex) et beaucoup de "méchants"(et il met dans le même panier ou presque, Iran, Irak, Syrie, Russie, Chine, etc.). Heureusement, il a quand même rappelé que le TNP avait eu le mérite de contenir la prolifération nucléaire ! Nous ne sommes pas complètement revenus en 2003 - 2005, lorsque le représentant étatsunien, Bolton, tirait à la mitrailleuse sur tous les traités de désarmement.
L'intervention de la représentante de la France, Mme Guitton, a été un exercice de style remarquable : comment masquer l'immobilisme nucléaire français sous des formules creuses, comment justifier le refus français d'impulser le désarmement nucléaire ? La représentante française n'a pu pour justifier que "conformément à une approche progressive et réaliste du désarmement nucléaire, la France a continué à mettre en oeuvre ses engagements au titre de l'article VI du TNP" que mettre en avant de vagues participations à des comités techniques, mais rien sur le plan politique concret de l'arrêt des mesures de "modernisation nucléaire" décidées dans les lois de programmation militaire actuelles.
Comme la diplomatie française se sent en difficulté par rapport aux initiatives de désarmement nucléaire, liées au TIAN, et popularisées en France par les 46 associations d'ICAN-France, la représentante française a annoncé péremptoirement qu'elle entendait "à present se tourner vers l'échéance de 2020". Tout le monde attendait des propositions politiques hardies et novatrices. Las ! Les propositions ne sont que des objectifs sans moyens d'action et donc peu atteignables : "adopter une réponse ferme et unie à toutes les crises de prolifération" (!), "renouer un dialogue multilatéral constructif et inclusif" ("cause toujours !"), deux "serpents de mer" avec la négociation d'un traité sur les matières fissiles, "l'entrée en vigueur rapide" du traité d'interdiction des essais nucléaires en panne depuis vingt ans, enfin la diminution des stocks d' armes nucléaires, mais chez les autres, les États-Unis et la Russie ! Ah, si, il y a eu un engagement concret, le "développement responsable et durable du nucléaire civil", c'est-à-dire le renforcement de la vente de centrales nucléaires ! La diplomatie française est malheureusement aujourd'hui de plus en plus réduite en matière nucléaire à essayer de "vendre du vent", pour pallier aux carences des politiques présidentielles françaises en matière de sécurité internationale innovante !
Par rapport à tous ces discours creux, l'intervention du représentant du Saint-Siège, a été un moment de fraîcheur intellectuelle et éthique. Celui-ci a rappelé que "Les armes de destruction massive, en particulier les armes nucléaires, créent un faux sentiment de sécurité. L'illusion tragique d'une "paix" basée sur la peur est au mieux superficielle". Il a affirmé avec fermeté que "tant ce traité [le Traité d'interdiction des armes nucléaires] que le TNP sont inspirés et conduits par les mêmes impératifs moraux et les mêmes objectifs. À cet égard, ils se renforcent et se complètent mutuellement". Enfin, il a ajouté que "Le désarmement nucléaire et la non-prolifération sont liés au désarmement intégral et cela est lié au développement humain intégral, que le pape Paul VI a défini comme un autre nom pour la paix".
En bref, cette première journée a planté le décor des enjeux d'un monde plus sûr et pacifié demain. Soit la poursuite d'une situation inégalitaire, dangereuse et instable, où certaines puissances considèrent que les armes nucléaires sont bonnes pour leur sécurité mais pas pour celle des autres pays.
Soit un sursaut politique et éthique pour dire : oui, il faut s'engager résolument dans la voie du désarmement nucléaire contrôlé et maîtrisé pour construire une nouvelle sécurité commune, et il faut prendre en compte tous les apports en ce sens, dont le nouveau Traité d'interdiction, en cours de ratification.
Daniel Durand

dimanche 22 avril 2018

Genève 1998 - Genève 2018 : vingt ans de surplace ?

(Post In French only - you can translate it and share on your social medias, if you do it, please let me know)

Il y a vingt ans , en 1998, se tenait la 1ère Prepcom à Genève du processus d'examen continu du Traité de non prolifération nucléaire. Celui-ci venait, trois ans auparavant, d'être prorogé indéfiniment avec la promesse de conclure un Traité d'interdiction des essais nucléaires, de créer une zone sans armes nucléaires au Moyen-Orient et d'avancer sur le chemin de l'élimination "de bonne foi" des armes nucléaires en application de l'article VI du Traité. Sur ces trois engagements, seul le premier a été en partie réalisé: le TICEN a été signé en 1996 mais non entré encore en vigueur. J'étais présent à cette Prepcom de 1998, alors comme responsable national du Mouvement de la paix. Nous étions très lucides sur l'énorme effort de pression politique qu'il faudrait mener,notamment auprès des États "dotés" de l'arme nucléaire. Dans une lettre à tous les ambassadeurs de la Conférence, nous écrivions le 21 avril 1998 : "Le mouvement de la paix [demande] :
- l'accélération des mesures quantitatives de désarmement nucléaire par les cinq puissances, dans un meilleur respect de l'article VI du TNP,
- la discussion concrète pour démarrer la négociation vers un Traité d'abolition ou d'interdiciton complète des armes nucléaires, complétant le TNP, ce qui constituerait la seule parade réelle aux risques de prolifération
".

Pour montrer la volonté de l'opinion publique, nous avions appelé nos concitoyens français de la région Rhône-Alpes, à venir en délégations à l'ouverture de la Prepcom, le lundi 27 avril 1998. Près de 80 Rhône-alpins avaient répondu à cet appel. Une délégation des mouvements français, membres d'Abolition 2000, avaient été reçue par Mme Joëlle Bourgois, alors représentante de la France à la Conférence du désarmement, pour marquer cette volonté.

Que s'est-il passé depuis vingt ans ? À chaque étape de l'examen du TNP, à toutes les séances plénières, à toutes les Prepcoms, nous, ONG, avons argumenté pour montrer que la seule lutte efficace contre la prolifération était, non seulement d'améliorer les garanties de surveillance des tentatives de prolifération, mais d'abord et surtout, d'avancer concrètement sur la mise en oeuvre du désarmement nucléaire.
En 20 ans, les cinq puissances n'ont rien, ou si peu, fait en ce sens ! Cette stagnation explique l'impuissance de la communauté internationale à empêcher la Corée du nord, après l'Inde, le Pakistan et Israël de rejoindre le groupe des "dotés clandestins" ! On sait que d'autres pays comme l'Arabie Saoudite commencent à être impatients et prêts à franchir le pas. Vingt ans d'impuissance, c'est assez !

Heureusement, malgré cette impuissance et cette mauvaise volonté, nous avons réussi à faire se lever un vent frais d'espoir : les deux tiers des pays de la planète ont adopté en juillet 2017, le principe d'un Traité d'interdiction des armes nucléaires, un tiers l'a déjà signé en bonne et due forme en septembre, les processus de ratification ont commencé. Les puissances nucléaires, les pays qui les suivent servilement au sein de l'OTAN, doivent se ressaisir. le processus de soutien au Traité d'interdiction des armes nucléaires offre à tous les pays, et notamment aux pays nucléaires "dotés", le moyen de reprendre la mise en oeuvre concrète de l'article VI du TNP. Il est un instrument complémentaire et non un élément de division. Demain, avec un Traité d'interdiction généralisé, le processus de contrôle et de vérification du TNP pourra se déployer d'une manière renforcée.

Depuis 20 ans, que nous agissons et expliquons, nous n'avons pas perdu notre détermination, mes amis pacifistes et moi, à penser que le sens de l'histoire, l'avenir de paix pour l'humanité passe par une planète débarrassée, au plus tôt, des armes nucléaires !

Daniel Durand
1998 - 2018