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mercredi 4 mars 2026

LA DÉRIVE : PREMIÈRES REMARQUES SUR LE DISCOURS D'EMMANUEL MACRON À L'ÎLE LONGUE

REMARQUES STRATÉGIQUES

Le discours d'Emmanuel Macron, du 2 mars 2026, à l’Île Longue marque un tournant important dans la doctrine nucléaire française. Le ton change radicalement depuis son dernier discours, centré sur ce thème, qui datait de février 2020.
« Pour être libre, il faut être craint » : on passe d’un discours de stabilité à un discours assumé de puissance.
Soyons clairs, il ne s'agit plus d'une "modernisation" de l’arsenal nucléaire, mais d'un "réarmement" qualitatif et quantitatif. Macron a détaillé quatre grands types de nouveaux programmes nucléaires : la mise en chantier d'un nouveau sous-marin SNLE de 3e génération (« L’Invincible ») pour 2036, l'entrée en service du nouveau missile intercontinental M51.3, le lancement d'un programme de nouveaux missiles hypersoniques stratégiques, la consolidation du programme "tritium" pour la production d’un matériau fissile qui entre avec l'uranium enrichi dans la fabrication des bombes nucléaires.
Enfin, l’innovation majeure de son discours a été l'introduction du concept de « dissuasion avancée ».
Au travers de ce concept, Macron propose la participation d’États européens à des "exercices de la dissuasion, tout d'abord. Cela pourra impliquer également du signalement, y compris au-delà de nos frontières strictes ou la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires". 
Les formules sont ambiguës et vont susciter nombre d'interrogations d'autant que le président Macron a déclaré que "nos forces aériennes stratégiques pourront ainsi se disséminer dans la profondeur du continent européen". Cela signifie donc le déploiement possible des avions Rafale, porteurs de missiles nucléaires ASMP, sur le territoire de pays européens comme l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, au lieu d'être cantonnés sur la base aérienne de Saint-Dizier. Ils s'ajouteraient ainsi sur des aéroports européens à la présence déjà forte de bombardiers nucléaires US porteurs de 180 bombes nucléaires dans cinq pays européens : Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Italie et Turquie.
Certes, Emmanuel Macron réaffirme qu'il n'y aura pas de partage de la décision d'emploi, pas de garantie de sécurité automatique, pas de codécision nucléaire. Cela signifie que nous serions  apparemment dans une forme d’extension politique sans mutualisation matérielle ou décisionnelle.
Mais, il est clair que le discours de 2026 contredit clairement la philosophie de « stricte suffisance » mise en avant en 2020 et ce, pour plusieurs raisons.
On peut estimer par exemple, que le signal politique envoyé aux autres puissances est ambigu, que la France rejoint une dynamique de réarmement mondiale. De fait, le discours sur le désarmement devient secondaire, voire défensif.
Macron affirme que la "dissuasion avancée" est complémentaire de l’OTAN, mais, en pratique, des experts feront remarquer qu'elle introduit un second centre nucléaire européen, qu'elle peut compliquer l’architecture stratégique atlantique, qu'elle peut poser la question de la coordination du commandement en cas de crise, voire d'une forme de subordination...
Concrètement, ce nouveau concept de "dissuasion avancée" peut conduire à de nouvelles militarisations du continent. La « dissémination » des forces aériennes stratégiques dans la "profondeur européenne", pour reprendre l'expression d'Emmanuel Macron dans son discours, multiplie les cibles potentielles pour l'ennemi, étend la "géographie nucléaire", renforce la logique d’escalade préventive.
La trajectoire politique d'Emmanuel Macron, sur les questions de désarmement et d'armement nucléaire, a suivi plusieurs phases entre 2017 et 2026. Elle s'est traduite clairement par l'abandon progressif de l’ambition "désarmement" du début, la contribution annoncée à la remilitarisation nucléaire du continent, l'institutionnalisation d’un nouvel équilibre fondé sur la peur plutôt que sur la norme.
En conclusion, on peut dire que la position d’Emmanuel Macron a évolué d’une dissuasion « minimale, stable, responsable » (discours de 2020) vers une dissuasion « renforcée, élargie, européanisée et quantitativement accrue » (2026).
Il déclare ne pas rompre avec la doctrine française fondamentale (dissuasion strictement défensive, décision présidentielle unique), mais il en change la signification politique et stratégique. La question centrale est désormais la suivante : peut-on renforcer la dissuasion tout en prétendant préserver les conditions du désarmement ?

REMARQUES JURIDIQUES
En ce qui concerne les relations entre la « dissuasion avancée » et la non-prolifération, la grande nouveauté de 2026 est une coopération nucléaire effective avec plusieurs États européens.
Rappelons les articles I et II du Traité de non-prolifération (TNP) : "Un État doté ne peut transférer à quiconque des armes nucléaires ou le contrôle de celles-ci" (Article I) ; "Un État non doté ne peut recevoir ni contrôle ni transfert » (Article II).
Certes, concernant la "dissuasion avancée française", Macron précise qu'il n'y aura aucun partage de la décision ultime, aucun partage de la planification, aucun partage de la définition des intérêts vitaux du pays. Donc juridiquement, il n'y a pas de transfert de contrôle et pas de violation explicite de l’article I du TNP. Mais si des éléments stratégiques sont déployés sur le territoire d’États non dotés, la question devient sensible. Le point critique serait alors : la participation à des exercices, le signalement stratégique et l’intégration conventionnelle ne créent-ils pas un « contrôle indirect » ?
En ce qui concerne la nouvelle doctrine française de « dissuasion avancée » et le Droit international humanitaire, la doctrine française insiste sur le ciblage des centres de pouvoir, l'absence de riposte graduée tactique. Cela vise à limiter l’argument d’un usage « indiscriminé ». Cependant, une critique juridique persiste : la puissance destructrice d’un SNLE (décrite en 2026 comme équivalente à l’ensemble des bombes de la Seconde Guerre mondiale) pose un problème évident de proportionnalité.
En pratique, la dissuasion repose sur une menace dont l’exécution serait probablement incompatible avec le Droit international humanitaire. C’est le paradoxe juridique permanent de la dissuasion nucléaire, mis en avant dans le processus d'élaboration du TIAN. 
Concernant les rapports de la doctrine française de « dissuasion avancée » avec le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN), on sait que la France n’est pas partie au TIAN.  Mais l'entrée en vigueur du TIAN renforce la loi normative. Ainsi, l’augmentation annoncée par Macron du nombre de têtes nucléaires à partir de 2026 affaiblit la position morale française vis-à-vis des États non dotés.

REMARQUES SUR LES EXAGÉRATIONS DU DISCOURS D'EMMANUEL MACRON 

Comment peut-on analyser de manière critique les affirmations de Macron sur l'accroissement des stocks nucléaires des autres puissances nucléaires, de la Chine et des autres pays de l'Asie du sud-est, ainsi que de l'Iran ?
Selon les estimations de la Federation of American scientists (FAS), des 12 300 ogives nucléaires que possèdent les neufs pays dans le monde aujourd'hui, 90% appartiennent aux États-Unis ou à la Russie. Les estimations indiquent que 1 710 des armes russes seraient déployées, pour 1 670 déployés par les États-Unis.
La Chine est loin derrière mais augmente rapidement son arsenal, estimé autour de 600 ogives en 2025, en croissance d’environ ~100 par an. La croissance chinoise est réelle mais part d’un niveau beaucoup plus bas que les arsenaux américains et russes, et ces derniers restent les plus nombreux. 
La France possède environ 290 ogives et le Royaume-Uni 225. Les autres États nucléaires (Inde et Pakistan avec 170 têtes, Israël avec 90 têtes, la Corée du Nord avec 20-30 têtes) gèrent des arsenaux moins importants en volume.
La description des menaces nucléaires actuelles par Emmanuel Macron est un modèle de "flou artistique" et ne repose sur aucun chiffre précis mais simplement sur des affirmations alarmistes. Macron exagère implicitement la croissance d’arsenaux stratégiques importants pour justifier un renforcement français, alors que la tendance globale depuis la Guerre froide reste à la baisse (bien que moins rapide). 
La fin du traité de limitation russo-américain New START pourrait changer la dynamique, mais il n’est pas établi que Washington ou Moscou augmentent massivement leurs arsenaux aujourd’hui. L’argument de « course aux armements » des grandes puissances mérite d'être nuancé : c’est plus une modernisation et maintien qu’une croissance exponentielle.
Macron amplifie également la perception du « danger chinois » pour légitimer une réponse nucléaire nationale ou européenne, alors que l’augmentation s’inscrit d’abord dans un contexte stratégique propre à Pékin (perception de menaces régionales, Taiwan, etc.). Pareillement, Macron généralise des risques régionaux (Corée du Nord, tensions interétatiques) pour justifier des mesures de dissuasion accrues. En réalité, il n’y a pas de prolifération « massive » en Asie du Sud-Est.
Pour l'Iran, avant l'agression américano-israélienne, le stock d’uranium enrichi de Téhéran pouvait être potentiellement suffisant pour plusieurs bombes s’il avait été enrichi davantage, mais ce programme n’était pas encore dans une phase manifestement militarisée. Macron exagère l’imminence d’une arme nucléaire iranienne en l’associant à la tendance générale de prolifération mondiale, alors que les données démontrent que l’Iran n’a pas encore acquis d’arme. 
Globalement, il amplifie les perceptions de menace nucléaire externe dans le monde pour justifier une politique nucléaire plus agressive, alors que les dynamiques réelles sont plus longues, inégales et souvent plus complexes que ne le suggère une lecture alarmiste.
Au vu de ces réflexions, il est clair que les annonces d'augmentation forte du budget militaire français de 40 mds d'euros actuellement à 60 mds d'ici l'année prochaine puis à 100 mds d'euros en 2030 sont totalement injustifiées, tout comme l'augmentation annoncée du nombre des têtes nucléaires françaises.
L'annonce de l'abandon de la transparence dans les chiffres nucléaires militaires montre à quel point le Président français veut se soustraire à tout contrôle populaire, notamment de l'Assemblée nationale.
Les réactions de l'opinion publique en sont d'autant plus nécessaires.

UNE DÉRIVE FRANÇAISE ?

In fine, au delà des analyses purement militaires, les inflexions d'Emmanuel Macron en matière de posture nucléaire et de conception de la sécurité de la France ont des conséquences beaucoup plus graves. En s'inscrivant dans le courant militariste ambiant, la France ne donne-t-elle pas un mauvais signal ?
La relance de la course aux armements, y compris nucléaire, en cours est porteuse de dangers graves pour la paix mondiale. Les risques sont aggravés par les atteintes au droit international, par les agressions militaires internationales illégales menées par des grandes puissances comme les États-Unis, Israël et le Russie.
Dans ce contexte, la sagesse, tout comme le droit international, commandent de faire baisser les tensions au lieu de les exacerber dans une folle "course à l'échalote", de réduire le niveau des menaces à la paix, de renforcer les normes et les traités, de reconstruire des espaces et dispositifs de sécurité collective
Concrètement cela signifie de privilégier partout les négociations politiques et diplomatiques pour "geler » les conflits en cours, en Ukraine, au Moyen-Orient (Gaza, Liban et Iran), en Afrique. La paix ne se construit pas par la force mais par la diplomatie. 
Deuxièmement, cela signifie de remettre sur le métier les traités de limitation des armes nucléaires, de type START, en trouvant les formes pour y associer TOUTES les puissances nucléaires, avec des procédures adaptées pour tenir compte des différences de niveau des différents arsenaux nucléaires. Aujourd'hui, il n'y a plus de "petites" puissances nucléaires. Par son existence même, l'arme nucléaire est dangereuse. Dans la foulée, la France pourrait jouer un rôle d'entraînement en assistant comme observateur aux réunions diplomatiques du TIAN et servir d'intermédiaire avec les autres puissances nucléaires. L'enjeu n'est pas aujourd'hui d'augmenter le nombre d'ogives nucléaires, comme l'a annoncé de manière irresponsable le président français, mais de le réduire et de travailler à leur élimination complète.
Troisièmement, il est urgent de rebâtir des espaces géographiques de sécurité collective commune. C'est vrai en Europe, nous avons été capables de conclure les accords d'Helsinki, il y a cinquante ans. Nous pouvons et devons renouer aujourd'hui de nouvelles relations entre tous les états européens, donc avec la Russie, déboucher sur des mesures de confiance, y compris de désarmement, au lieu de proposer de manière folle de stationner des avions Rafales, porteurs de missiles nucléaires français, sur des aéroports européens. Il y a un même enjeu de construire une zone de sécurité collective commune entre tous les États du Moyen-Orient de l'Iran à Israël, s'appuyant sur une zone exempte d'armes nucléaires et chimiques.
Ce sont ces perspectives fortes et d'avenir que l'on aurait aimé entendre dans la bouche du Président de la République française ce lundi 2 mars, au lieu de cette formule usée "pour être libre, il faut être craint et, pour être craint, il faut être puissant" qui n'est que le plagiat d'une autre vieille formule usée, le "ci vis pacem, parabellum" (si tu veux la paix, prépare la guerre) !
Nous savons depuis longtemps et notamment, depuis la création des Nations unies sur les ruines de l'Europe en 1945 que, pour être puissants, il faut être collectifs et solidaires pour isoler et désarmer les ennemis de la paix, en utilisant nos outils, le droit international, la coopération économique et culturelle. On peut se demander si Emmanuel Macron n’a pas raté, une fois de plus, le rendez-vous de l'histoire...

Daniel Durand - 3 mars 2026
chercheur en relations internationales

vendredi 28 novembre 2025

Un service militaire volontaire : pourquoi ?

En annonçant la création d'un service militaire volontaire, Emmanuel Macron continue de dramatiser la situation du monde pour justifier le virage de plus en plus militarisé de sa politique intérieure.
Il s'inscrit maintenant pleinement dans l’affrontement entre puissances occidentales et Russie, commencé depuis le début des années 2000.
Celui-ci s'était traduit d'abord avant 2014 par la pression agressive de l'OTAN, s’étendant jusqu'aux frontières de la Russie, et, du côté de celle-ci, par l’invasion et l’occupation de la Crimée en 2014.
Cet affrontement et cette guerre souterraine se sont poursuivis avec, d'un côté le soutien multiforme des occidentaux à toutes les forces hostiles à la Russie comme en Géorgie, en Moldavie, en Ukraine (coup d’état du Maïdan) pour se terminer en 2022 par l’inqualifiable agression militaire de la Russie contre l'Ukraine, en défiant le droit international.
La France aurait dû travailler, comme sa qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, lui en fait obligation, selon l'article 1 de la Charte des Nations Unies, à une issue politique et diplomatique à la guerre, dans le cadre du droit international. Elle s'est inscrite, au contraire, dans la stratégie européenne de « paix par la force », animée notamment par Madame Van der Leyen.
Emmanuel Macron, après avoir hésité entre plusieurs postures, entre 2022 et 2024,  est devenu le principal animateur des surenchères visant à bloquer toute initiative de paix, notamment en soutenant l'idée de l'intégration de l'Ukraine dans l’OTAN. Or, chacun sait que la présence de troupes européennes aux frontières de la Russie est la principale hantise du Kremlin !
Nous avons maintenant deux camps qui se menacent de manière de plus en plus provocatrice. Le camp russe continue d’occuper illégalement une partie des territoires ukrainiens et multiplie les initiatives agressives : cyber-attaques et incidents de frontières. De l'autre, le camp occidental met au point des politiques de « réarmement » qui se traduisent par des augmentations irresponsables de dépenses militaires, multiplient les mesures de boycott économique (19 à ce jour) dont la légalité internationale est loin d’être établie et veut même s’emparer des avoirs bancaires russes, ce qui serait de la piraterie pure.
C'est dans ce contexte que se multiplient les déclarations incendiaires du nouveau Chef d'état-major des armées, brandissant une menace russe, comme si demain,  les blindés de Poutine allaient rouler sur les Champs-Élysées !
C'est cette mise en scène sinistre qui est censée justifier l'annonce de la création d'un service militaire volontaire de 10 mois, visant 40 000 recrues à terme en 2035. Ce service ne correspond à aucun besoin réel de l'armée : pas de spécialistes aussi bien en sécurité informatique qu’en conception et utilisation de drones de combat, en systèmes de protection anti-missiles par exemple ! Non, des jeunes sans qualification spéciale !Ceux-ci seront recrutés et leur se,ule formation précisée par le Président de la République, sera celle-ci : « ils se formeront au maniement des armes, à la marche au pas, au chant, à l'ensemble des rituels qui nourrissent la fraternité de nos armées » !
Dans ces conditions, la seule hypothèse crédible que l’on peut formuler est qu’ils pourraient être utilisés pour remplacer les militaires de métier dans les tâches « domestiques » comme l’opération Sentinelle et les patrouilles dans nos villes et nos lieux publics avec tous les risques que leur inexpérience fera courir aux populations,.
Ils remplaceraient ainsi éventuellement les troupes de métier envoyées en opérations extérieures, en Ukraine par exemple, dans le cadre des fumeuses « garanties de sécurité » promises par E. Macron.
Il est clair que la médiatisation anxiogène autour de cette annonce sert d’abord à justifier l'alimentation du budget militaire qui a doublé depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir en 2017 et qui risque de redoubler d’ici 2030 pour dépasser la somme faramineuse de 100 milliards d'euros par an !
Plusieurs dizaines de milliards d'euros vont ainsi être soustraits aux dépenses sociales, à celles d'éducation et de santé. Ils s'ajouteront aux coupes déjà programmées dans les budgets par le gouvernement actuel.
Je le répète, la justification de cette course aux dépenses d’armement par la « menace russe » laisse dubitatif beaucoup de spécialistes. Dans ses auditions au Sénat et à l’Assemblée nationale,  le général Mandon avait annoncé comme possible un conflit avec la Russie dans les trois ou quatre ans à venir. Il parlait de guerre hybride, de cyberattaque donc d’affrontements qui n’ont rien à voir avec des conflits de « haute intensité » qui, eux, sont générateurs de milliers de morts !
Au lendemain de son discours sur le service militaire, dans une rencontre avec les lecteurs du groupe de presse EBRA, Emmanuel Macron a dû opérer une marche arrière prudente. Après avoir  simplement évoqué le fait qu’« il y a une guerre informationnelle qui est menée par des puissances étrangères », il a concédé : « Je ne pense pas qu'on sera attaqué demain par la Russie, mais nous devons nous préparer ».
Oui, renforçons nos moyens dans la « guerre hybride » en cours, sur le plan de l’information, du cyber, éventuellement des drones et des systèmes anti-missiles, mais travaillons à écarter tout retour à la possibilité d’un conflit généralisé en Europe, qui serait fatal à la civilisation humaine. Nous connaissons le remède : faire baisser la tension, prendre des initiatives diplomatiques pour déboucher sur des négociations, des accords qui ne remettent pas en cause de manière définitive le droit international. Enfin, en tant qu’Européens, nous avons le devoir, non pas de développer une « défense européenne » débouchant sur une politique de blocs militaires, mais de re-construire une « sécurité commune européenne » entre tous les pays européens, de « l’Atlantique à l’Oural » pour reprendre une formule célèbre. Nous avions progressé sur ce chemin, il y a cinquante ans, avec les accords d’Helsinki. Pourquoi ne pas reprendre ce chantier pour le mener à son terme ? Rappelons que c’est l’impératif qui s’impose à tous les États, selon le droit international tel qu’il est exprimé dans la Charte des Nations unies et qui appelle « - à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales, -  à accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu'il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l'intérêt commun ».

Daniel Durand
28 novembre 2025

 

lundi 16 septembre 2024

21 septembre : une journée essentielle dans « ce temps quotidien »i

Depuis 2001, la journée du 21 septembre est consacrée « journée internationale de la paix » par l’Assemblée générale des Nations unies. Celle-ci invite tous les pays et tous les peuples à respecter l'arrêt des hostilités durant cette Journée et à la commémorer avec des mesures éducatives et de sensibilisation du public aux questions liées à la paix.
Le thème de cette année 2024 est : « Faisons germer une culture de paix ». António Guterres, le Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que « dans un monde aux prises avec les conflits, les inégalités et la discrimination, nous devons plus que jamais nous efforcer de promouvoir le dialogue, l’empathie et les droits humains pour toutes les personnes ».
Saisir l'occasion de cette journée pour essayer de rassembler le plus largement possible les hommes, les femmes, jeunes, moins jeunes, est un défi. Il est vital de les appeler à réfléchir sur l'importance d’agir pour établir, consolider la paix sur tous les continents, pour eux, leur vie quotidienne, leur épanouissement.
La paix est l'oxygène de la vie des hommes et des femmes sur notre planète. La guerre, les violences armées sont l’oxyde de carbone mortifère qui tue des dizaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants chaque année dans le monde (1,7 millions de tués en Afrique depuis la fin de la Guerre froide, 650 000 au Moyen-Orient ii).
La nécessité d’agir avec force contre les guerres, les violences armées et pour la paix est vitale, en cette année 2024, face au drame humanitaire et au risque génocidaire à Gaza iii, à l’enlisement du co nflit en Ukraine où depuis deux ans, aucun effort sérieux n’a été fait par les grandes puissances pour construire une solution diplomatique, au Congo où les combats entre les forces de l'ordre et le groupe rebelle M23 soutenu par des forces rwandaises, dans le Nord-Kivu, ont fait en 2024, des centaines de victimes et des milliers de personnes déplacées
Ce sont des dizaines de pays où les populations ont besoin de l'oxygène de la paix. Oui, plus que jamais, partout dans le monde, donner de la force et de la visibilité à la Journée internationale de la paix est primordial !
En France, il faut s’en féliciter, existe un « Collectif français pour les marches pour la paix » qui réunit plus de 200 organisations (associations comme Le Mouvement de la paix, la LDH, le MRAP, grands syndicats comme la CGT, la FSU, partis politiques de gaucheiv). Celui-ci appelle, dans toutes les communes de France, à prendre des initiatives petites ou grandes, pour demander au Président de la République, qu’il agisse pour booster partout les démarches pour aboutir à des cessez-le-feu, contribuer à la mise sur pied de démarches politiques et diplomatiques pour construire la paix.
Cette journée du 21 septembre sera d’autant plus utile qu’elle permettra d’entraîner , de manière large et fraternelle, des citoyennes, des citoyens qui n'ont pas l'habitude de se mobiliser pour des questions internationales. Il y a là, c’est évident, une vraie gageure et une réelle nécessité. Réussir cette journée en France, aujourd’hui, est vital alors que les médias « main stream » banalisent les drames quotidiens à Gaza, présentent comme naturelle l’extension de l’OTAN, l’augmentation considérable des budgets militaires en Europe.
Mais, soyons lucides, cette journée du 21 septembre n’atteindra son but profond que, si elle ne s’arrête pas là et ne constitue pas un but en soi. Elle doit permettre de faire comprendre que c’est par une action obstinée de chaque jour, une vigilance permanente, que pourront vraiment se construire des rapports de force suffisants pour imposer des changements d’attitude réels dans la pratique politique des gouvernements qui reste marquée par le culte de la puissance. L’humanité civilisée n’a pas encore abattu le sinistre « Ci vis pacem parabellum » (« Si tu veux la paix, prépare la guerre ») et imposé le seul adage civilisé qui soit : « Ci vis pacem para pacem » (« Si tu veux la paix, prépare la paix ») !
Pourtant, les bases de ce renversement copernicien de la marche du monde ont été posées, il y a presque 80 ans, au sortir de la grande tourmente mondiale de la guerre dès 1944. Nous sommes tous liés par l’engagement pris, dans la Charte des Nations unies, dans son article 1 : « Réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ».
Oui, un pays agressé a le droit à la légitime défense mais ce droit est encadré par l’obligation faite, notamment aux pays membres du Conseil de sécurité, de mettre parallèlement en œuvre l’article 1 de la Charte.
C'est cela le droit international. En Ukraine, le soutien à la légitime défense de ce pays agressé par la Russie, sert de prétexte aux grandes puissances occidentales, pour mettre en œuvre des plans et des stratégies parallèles de domination, au lieu de consacrer tous leurs efforts à trouver une solution diplomatique à la situation.
À Gaza, le soutien des USA à Israël, dans l’exigence de la délivrance urgente et prioritaire des otages israéliens, détenus après l’attaque terroriste du Hamas, sert de prétexte à ne pas mettre en œuvre les recommandations de la Cour de justice internationale, du Tribunal pénal international et du Conseil de sécurité qui, toutes, exigent un cessez-le feu immédiat et demandent  la reconnaissance diplomatique de deux États souverains.
Au Soudan, des difficultés sur le terrain entre les différents intérêts, servent de prétexte à une inaction coupable et un manque de moyens flagrant pour les Casques bleus pour  avoir la capacité d'imposer la paix dans cette région, en laissant se perpétuer le pillage des ressources en lithium du Kivu.
Alors, oui, il faut se rassembler de manière massive pour la Journée internationale de la paix, le 21 septembre, mais il faudra poursuivre cet effort dans toutes les associations, organisations, partis pour en faire un tremplin pour trouver les formes afin de hisser l’action pour la paix dans le monde, la fin des conflits, en haut des agendas.
Nous devons particulièrement mettre au centre du débat la place centrale du droit international. Les 22 et 23 septembre se déroulera le « Sommet de l’avenir » organisé par les Nations Unies pour jeter les bases du monde demain. Le 24 septembre, s'engagera le débat annuel à l'Assemblée générale de l’ONU, avec la présence de nombreux chefs d'État. Ne faut-il pas exiger du président Macron qu'il y participe et qu’il y prenne des engagements clairs et nets en faveur de la paix à Gaza, en Ukraine, en faveur du rôle central des Nations unies pour la paix ?

Daniel Durand
Président de l’IDRP (Institut de Documentation et de Recherches sur la Paix)

Sources:

i -  21 septembre : une journée essentielle dans « ce temps quotidien »

ii - Nombre de morts dans des conflits armés par continent entre 1989 et 2022 – Statista - https://fr.statista.com/statistiques/1481259/nombre-de-morts-dans-des-conflits-armes-par-continent/

iii - La menace de génocide à Gaza est soulevée par la Cour internationale de justice dans ses ordonnances du 28 mars et du 24 mai 2024

iv - Voir le site du Collectif : https://www.collectifpaix.org/


 

 

mardi 27 février 2024

Ukraine : le droit international, pas les troupes

(English translation below)

« Il n’y a pas de consensus aujourd’hui pour envoyer de manière officielle, assumée et endossée, des troupes au sol. Mais en dynamique, rien ne doit être exclu. Nous ferons tout ce qu’il faut pour que la Russie ne puisse pas gagner cette guerre », a déclaré le 26 février dernier, le président Emmanuel Macron, lors d’une conférence de chefs d’États européens, réunis à Madrid.
Pour le quotidien espagnol, El Païs, “ce qui est significatif, c’est que Macron, en résumant les résultats du sommet, l’a considéré comme une hypothèse plausible”.
Le président français a « brisé un tabou » selon le journal « Courrier international ».
« Irresponsabilité, folie », les réactions politiques en France, à ces propos, sont très négatives. À l’étranger, on peut noter que le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a été plus prudent et a déclaré que l’Alliance militaire n’avait pas l’intention d’envoyer des troupes de combat en Ukraine. « Les alliés de l’OTAN apportent un soutien sans précédent à l’Ukraine. Nous le faisons depuis 2014 et nous avons intensifié nos efforts après l’invasion à grande échelle. Mais il n’est pas prévu que des troupes de combat de l’OTAN soient déployées sur le terrain en Ukraine».
Mélanges de « comm » et d’approximation diplomatique, nous connaissons toutes les déclarations, suivies de marches arrières, sur la Russie en 2022, sur l’engagement au Sahel, de ce président, qui ignore tout des « temps longs » de la diplomatie, au profit des « coups » de communication, au risque de « retours de bâton » brutaux, comme il vient d’en essuyer un avec les agriculteurs français.

Au delà de l’irresponsabilité du président Macron qui envisage l’envoi de troupes en Ukraine, c’est-à-dire en fait, décide une entrée en guerre avec la Russie, sans consultation du Parlement français, notons-le, je voudrais insister sur un autre aspect.
Par cette déclaration de « bravache », il confirme en fait, qu’il ferme la porte à toute issue diplomatique et pacifique à la guerre russo-ukrainienne. « Empêcher la Russie de gagner » devient de fait, une simple clause de style. Emmanuel Macron estime, au travers de ces déclarations, que l’option militaire est la seule qui reste sur la table et donc que cette crise doit se terminer par une victoire totale du camp occidental sur la Russie, en l’occurrence.
Quelle illusion ! Premièrement, de nombreux spécialistes militaires disent que le conflit va durer plusieurs années, ce qui signifie que, pendant ce temps, les populations civiles ukrainiennes vont continuer de payer le lourd prix des morts et des destructions.
Deuxièmement, l’expérience des conflits des deux premières décennies de ce siècle montre que, partout, où ce sont des solutions militaires qui ont été priorisées, elles ont été en échec. Qu’on pense à la victoire des talibans en Afghanistan, au chaos en Irak, à l’effondrement de l’État en Libye, aux coups d’états militaires, et au renvoi peu glorieux des troupes françaises au Sahel.
Veux-t-on, là aussi, créer puis laisser subsister une crise, un abcès purulent, en Europe comme le sont devenus la Libye pour l’Afrique ou l’Afghanistan pour l’Asie du Sud-Est ?
Troisièmement, le point, peut-être le plus important pour moi, est que le président Macron, en écartant de fait toute perspective de solution diplomatique, démontre que les grandes puissances ne respectent pas le droit international et l’article Un de la Charte des Nations Unies. Celui-ci dit :
« Maintenir la paix et la sécurité internationale et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l’ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ».
Cette obligation du droit international de régler les conflits par la diplomatie s’impose à tous, à toutes les parties et à toutes les grandes puissances en particulier.
Malgré les campagnes d’intoxication médiatique les plus extravagantes, dans lesquelles, on nous ressort, par exemple, la menace des chars russes sur les Champs-Élysées. il faut garder la tête froide.
Ce qu’écrivait déjà, en septembre dernier, le journaliste suisse, spécialiste de la Russie, Éric Hoesli, dans le journal Le Temps, est toujours vrai : « La guerre ne va pas venir jusqu’à nous, la Russie ne va pas, comme certains le prédisaient dans les semaines suivant l’invasion, conquérir la Pologne ou les pays baltes. Il n’y a plus grand monde même pour penser que l’ensemble de l’Ukraine soit menacé. Dans les esprits, l’enjeu s’est circonscrit et comme rétréci au Donbass et à la Crimée. Même en Russie, il n’y a plus que quelques ultras échauffés pour rêver d’une conquête de Kiev, de Dnipro ou de Kharkiv ».
La situation concrète est celle-ci : à l’est de l’Europe, un pays, la Russie, a contrevenu gravement au droit international et à la Charte des Nations unies. Il faut donc défendre fermement la souveraineté et l’intégrité de l’Ukraine. Cette défense doit se faire en déployant tous les moyens politiques et diplomatiques que le droit international nous propose.
Selon une étude menée par Datapaxis et YouGov pour le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), seuls 10 % des Européens croient en une victoire ukrainienne, alors qu’ils sont 20 % à penser que la Russie va l’emporter. Mais pour quasiment un Européen sur quatre, ce ne sont pas les armes qui mettront fin à la guerre. Ainsi, 37 % estiment qu’elle se soldera par un accord entre les deux pays. 41 % des Européens considèrent même que l’Union européenne devrait pousser l’Ukraine à négocier un accord de paix.
Comment y arriver en créant un rapport de forces à l’échelle internationale ? Je crois qu’il y a besoin d’un sursaut politique et éthique au niveau des états aux Nations unies, en s’appuyant en particulier sur les états du sud (« the Global South ») et les états émergents (comme les BRICS), les opinions publiques et les réseaux d’ONG pour créer une « coalition des bonnes volontés » (« coalition of the will »), promouvant l’exigence de solutions politiques au cœur de tous les efforts internationaux. Cela signifie de tourner le dos aux scénarios récents de réunions internationales, visant le renforcement des dépenses et équipements militaires, le renforcement des alliances militaires, la fuite en avant au seul bénéfice des lobbies militaro-industriels.
C’est cette démarche de bonne volonté qui honorerait le Président français, espérons que nombreux seront les parlementaires à l’exiger, si se tient, comme cela vient d’être annoncé ce lundi 27 février, une session de l’Assemblée nationale pour discuter d’une déclaration du gouvernement, « relative à l’accord bilatéral de sécurité conclu avec l’Ukraine » le 16 février, qui sera suivie d’un débat et d’un vote.
Daniel Durand

Président de l’IDRP – 27 février 2024

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Ukraine: international law, not the troops

 There is no consensus today to send ground troops in an official, accepted and endorsed manner. But in dynamics, nothing should be excluded. We will do everything necessary to ensure that Russia cannot win this war  ,” declared President Emmanuel Macron on February 26, during a conference of European heads of state, meeting in Madrid.
For the Spanish daily, El Païs, “ what is significant is that Macron, in summarizing the results of the summit, considered it as a plausible hypothesis ”.
The French president has “  broken a taboo  ” according to the newspaper “  Courrier international  ”.
“  Irresponsibility, madness  ”, the political reactions in France to these remarks are very negative. Abroad, it can be noted that NATO Secretary General Jens Stoltenberg was more cautious and said that the military alliance did not intend to send combat troops to Ukraine. “  NATO allies are providing unprecedented support to Ukraine. We have been doing this since 2014 and we intensified our efforts after the large-scale invasion. But there are no plans for NATO combat troops to be deployed on the ground in Ukraine .”
Mixtures of “  comm  ” and diplomatic approximation, we know all the declarations, followed by backtracking, on Russia in 2022, on the commitment to the Sahel, of this president, who knows nothing of the “  long times  ” of diplomacy , for the benefit   of communication  “ blows ”, at the risk of brutal “ backlashes  ”, as he has just experienced one with French farmers.

Beyond the irresponsibility of President Macron who is considering sending troops to Ukraine, that is to say in fact, deciding to enter into war with Russia, without consulting the French Parliament, let us note, I would like emphasize another aspect.
By this declaration of “  bravado  ”, he in fact confirms that he is closing the door to any diplomatic and peaceful outcome to the Russo-Ukrainian war. “  Prevent Russia from winning” becomes in fact a simple clause of style. Emmanuel Macron believes, through these declarations, that the military option is the only one left on the table and therefore that this crisis must end with a total victory of the Western camp over Russia, in this case.
What an illusion! First, many military experts say the conflict will last for several years, meaning that during that time Ukraine's civilian populations will continue to pay a heavy price in death and destruction.
Secondly, the experience of the conflicts of the first two decades of this century shows that wherever military solutions were prioritized, they failed. Let us think of the victory of the Taliban in Afghanistan, the chaos in Iraq, the collapse of the state in Libya, the military coups, and the inglorious dismissal of French troops to the Sahel.
Here too, do we want to create and then allow a crisis, a purulent abscess, to persist in Europe, as Libya has become for Africa or Afghanistan for South-East Asia?
Thirdly, the point, perhaps the most important for me, is that President Macron, by effectively ruling out any prospect of a diplomatic solution, demonstrates that the great powers do not respect international law and Article One of the Charter of United Nations. It says:
To maintain international peace and security and to this end: take effective collective measures with a view to preventing and removing threats to peace, and to achieve, by peaceful means, in accordance with the principles of justice and international law, the adjustment or settlement of disputes or situations of an international character likely to lead to a breach of the peace  .
This obligation of international law to resolve conflicts through diplomacy is binding on everyone, on all parties and on all great powers in particular.
Despite the most extravagant media intoxication campaigns, in which we are reminded, for example, of the threat of Russian tanks on the Champs-Élysées. you have to keep a cool head.
What the Swiss journalist and Russia specialist Éric Hoesli already wrote last September in the newspaper Le Temps is still true: “  The war is not going to come to us, Russia is not going to, as some predicted in the weeks following the invasion, conquer Poland or the Baltics. There are not many people left who even think that the whole of Ukraine is threatened. In people's minds, the issue has become circumscribed and narrowed to Donbass and Crimea. Even in Russia, there are only a few heated ultras left to dream of a conquest of Kiev, Dnipro or Kharkiv  .”
The concrete situation is this: in the east of Europe, a country, Russia, has seriously contravened international law and the Charter of the United Nations. We must therefore firmly defend Ukraine's sovereignty and integrity. This defense must be done by deploying all the political and diplomatic means that international law offers us.
According to a study carried out by Datapaxis and YouGov for the European Council on International Relations (ECFR), only 10% of Europeans believe in a Ukrainian victory, while 20% think that Russia will win. But for almost one in four Europeans, it is not weapons that will end the war. Thus, 37% believe that it will result in an agreement between the two countries. 41% of Europeans even consider that the European Union should push Ukraine to negotiate a peace agreement.
How can we achieve this by creating a balance of power on an international scale? I believe that there is a need for a political and ethical surge at the state level at the United Nations, drawing in particular on the southern states (“  the Global South  ”) and emerging states (like the BRICS) , public opinion and NGO networks to create a “  coalition of  the will  ”  , promoting the demand for political solutions at the heart of all international efforts. This means turning our back on recent scenarios of international meetings, aimed at strengthening military spending and equipment, strengthening military alliances, and rushing forward for the sole benefit of military-industrial lobbies. It is this approach of good will which would honor the French President, let us hope that many parliamentarians will demand it, if a session of the National Assembly is held, as has just been announced this Monday, February 27, to discuss a government statement, “  relating to the bilateral security agreement concluded with Ukraine  ” on February 16, which will be followed by a debate and a vote. 

  Daniel Durand President of the IDRP – February 27, 2024


 

vendredi 8 septembre 2023

Soyons audacieux et créatifs pour la paix en Ukraine et dans le monde. Le temps presse.

 La guerre en Ukraine s'enlise dans une situation insupportable. L'agression de la Russie a entraîné des dizaines de milliers de morts et de blessés, des destructions considérables, l'exode de millions d’ukrainiens-nes. Cette situation désastreuse fait parfois oublier aux médias et aux responsables politiques les situations tout aussi catastrophiques en Afrique, au Soudan notamment, ou au Moyen-Orient, dans la péninsule yéménite.

Il faut être clair : toutes les postures politiques, des deux côtés, qui prétendent que la solution est de "gagner la guerre", sont non seulement fausses de l'avis de la majorité des experts militaires, mais ne peuvent que mener à un enlisement du conflit, la déstabilisation profonde et durable de toute une région du monde. "La diplomatie, la discussion, l'échange restent les seuls moyens de trouver une solution acceptable", comme l'a déclaré un ancien Président de la République françaisei.

La nécessité d'une solution politique diplomatique négociée commence à émerger, timidement encore dans le débat politique françaisii, de manière plus diversifiée au niveau international. La Chine et l'Afrique du Sud ont proposé un plan de paix pour l'Ukraine au sommet des Bricsiii.

Quarante pays dont les États-Unis, la Chine et l'Inde étaient réunis à Djeddah pour des échanges organisés par l'Arabie Saoudite pour trouver une solution pacifique à la guerre Russie - Ukraine. Les discussions ont abouti à un accord sur la poursuite de ces pourparlers pour atteindre la paixiv.

Le président turc Erdogan mène une négociation pour obtenir le redémarrage sur l'exportation des céréales de l'Ukraine et des produits agricoles russes sur la Mer noirev.

L'absence de la France dans ces efforts de paix est navrante : Emmanuel Macron se cramponne à l'idée stérile de « gagner la guerre contre la Russie » et à la défense de son entrée rapide dans l'OTANvi, alors que États-Unis et Allemagne restent beaucoup plus prudents et que des cadres de l'OTAN proposent même des négociations territoriales avec la Russie pour arrêter le conflit !vii

En ce début du mois de septembre s'ouvre à New-York la nouvelle session de l'Assemblée générale des Nations Unies. Il est nécessaire que cette période de rencontres diplomatiques intenses permette de trouver de nouvelles initiatives de paix. Il y a besoin de "changer de braquet", de faire preuve d'audace diplomatique ! Le pape François a eu raison de déplorer "le manque de courageux itinéraires de paix en Europe"viii.

Il est nécessaire de bâtir une solution politique et diplomatique qui préserve les droits du peuple et de l'État ukrainien, qui permette d'arrêter les combats, de trouver des modalités de cessez-le-feu provisoires permettant le retrait des troupes russes et l'élaboration d'un cadre de sécurité commune.

Dans les débats actuel, vient l'idée de trouver un statut particulier pour l'Ukraine, un statut qui écarte son entrée dans l'Union européenne et l'OTAN et lui donne un statut de "neutralité" ou de "non-alignement" avec des garanties de sécurité. Ces idées sont positives car elles visent à tenir compte des rivalités de puissances actuelles entre les États-Uns et la Russie, mais elles méritent un débat approfondi.

Les notions de neutralité et de non-alignement sont nées au temps de la Guerre froide et de l'existence des deux blocs : le bloc américano-occidental et le bloc communiste ou soviétique. L'Autrice et la Finlande ont joué avec ce statut un rôle diplomatique d'intermédiaire actif. Les pays du tiers-monde puis les pays décolonisés ont joué et jouent encore un rôle de contre-poids avec la création du groupe des pays non-alignés en 1956, groupe reconnu à l'Assemblée générale de l'ONU. Faut-il revitaliser ces notions et par là-même redonner vie à la séparation du monde en blocs concurrents et rivaux ?

Depuis deux ans, on a vu de fait se reconstituer un bloc occidental. Parallèlement le groupe des Bricsix s'est renforcé avec l'arrivée de nouveaux pays. On parle également de plus en plus à l'échelle planétaire de "Sud global" comme d'un bloc encore informel, mais dont on a vu une manifestation lors des abstentions nombreuses de pays à l'Assemblée générale des Nations unies contre les sanctions contre la Russie.

Ces évolutions mettent en cause les domination des grandes puissances et des grands groupes économiques qui leur sont liés, c’est évidemment très positif, mais est-ce la voie d'avenir pour la planète ? Ne risque-t-on pas de recréer demain des risques d'affrontement comme on l'a connu avant la guerre de 1914-1918 entre les blocs européens ?

Or aujourd'hui nous sommes dans une situation nouvelle : nous sommes face à des problèmes globaux planétaires appelant des solutions et des coopérations globales : pensons aux enjeux du réchauffement climatique, de la fragilité de la couche d'ozone, des déplacement massifs de population, des risques de destruction planétaire par les armes nucléaires ?

Ne faut-il pas réfléchir, se ré-approprier pour les retravailler, des concepts des années 1990, de l'après Guerre froide comme l'idée de "maison commune", lancée alors par Gorbatchev ? Oui, notre planète est notre maison commune et nous possédons même, déjà, le « règlement de copropriété » de cette maison avec la Charte des Nations unies !

C'est dans le cadre général de cette réflexion qu'il faut innover, envisager un statut spécial pour l'Ukraine. Pourquoi pas un statut de "pays protégé", par exemple ?

En 2005, le Secrétaire des Nations unies, Kofi Annan avait fait adopter par l'Assemblée générale des Nations unies le concept de la "responsabilité de protéger", qui pointait la responsabilité du Conseil de sécurité pour protéger les individus, contre les génocides, les crimes contre l'humanité.

Certes, la protection des États existe de fait puisqu'elle est au cœur de la Charte des Nations Unies, mais, peut-être, faut-il renforcer cette préoccupation en créant un statut particulier de « pays protégé », pour faire face à un certain nombre de situations régionales, où des États sont menacés dans leur existence même. Le Conseil de sécurité pourrait prendre cette décision après la conclusion ou en garantie d’un accord de paix. S’il était incapable de prendre cette décision en raison d’un blocage d’un de ses membres, rappelons que, dans ce cas, l'Assemblée générale des Nations unies peut le faire en vertu de la résolution Acheson - Uniting for peace - du 3 novembre 1952 !x Cette décision obligerait les pays membres du Conseil de sécurité à assumer la responsabilité de protéger un pays, à garantir son intégrité sans pouvoir exercer un droit de veto, comme cela est en train de s'établir pour les cas de génocide.

Oui, le temps presse en Ukraine et dans d'autre parties du monde, pour construire la paix. Le Pape a raison, il y a besoin de "voies créatives" pour cela.

Daniel Durand

Président de l’IDRP (institut de documentation et de recherches sur la paix)

Dernier livre : « La paix, c’est mon droit ! » - éditions BoD - https://www.bod.fr/librairie/la-paix-cest-mon-droit-daniel-durand-9782322487745

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Notes

ix« Les pays du BRICS veulent un nouvel ordre mondial. Sera-t-il multipolaire ou sino-américain ? » - https://theconversation.com/les-pays-du-brics-veulent-un-nouvel-ordre-mondial-sera-t-il-multipolaire-ou-sino-americain-202802

samedi 18 février 2023

Paix en Ukraine : les leçons de l'intelligence artificielle !

Paix en Ukraine ?  Depuis quelques temps, je me posais la question de savoir comment l'IA (Intelligence artificielle) répondrait à cette question tant controversée... Je me suis décidé à lancer le fameux logiciel d'IA, Chatgpt, sur ma tablette, et je lui ai posé la question : "How to make peace in Ukrainian war ?". Sa réponse est instructive, la voici ci-dessous (traduite par Deepl) :

" COMMENT CONSTRUIRE LA PAIX EN UKRAINE ?

Le conflit en Ukraine est un problème complexe et permanent qui trouve ses racines dans des différences historiques, culturelles et politiques. Bien qu'il n'existe pas de solution simple pour mettre fin au conflit, voici quelques mesures qui pourraient être prises pour contribuer à la paix :

    Dialogue et négociations : Toutes les parties impliquées dans le conflit doivent s'engager dans un dialogue et des négociations sérieuses dans le but de trouver une solution pacifique et durable au conflit. Cela peut nécessiter la participation d'une tierce partie neutre pour servir de médiateur dans les négociations.

    Cessez-le-feu : Un cessez-le-feu complet et durable est nécessaire pour créer les conditions d'une résolution pacifique du conflit. Il faudrait pour cela que toutes les parties acceptent de cesser les hostilités et de travailler à la désescalade.

    S'attaquer aux causes profondes : Les problèmes sous-jacents qui ont conduit au conflit, tels que les inégalités politiques et économiques, les différences culturelles et les griefs historiques, doivent être traités. Cela peut nécessiter des réformes constitutionnelles, des investissements économiques et des efforts pour promouvoir la compréhension culturelle et la réconciliation.

    Soutien international : Les acteurs internationaux, y compris les pays voisins et les organisations mondiales, peuvent soutenir les efforts de paix en fournissant une aide financière, un soutien politique et des efforts diplomatiques.

    Réconciliation et justice transitionnelle : Pour assurer une paix durable, des efforts doivent être faits pour promouvoir la réconciliation et la justice transitionnelle. Il peut s'agir de commissions de vérité et de réconciliation, de réparations pour les victimes et d'efforts pour s'attaquer aux causes du conflit afin de prévenir toute violence future.

Il est important de noter que la fin du conflit en Ukraine nécessitera des efforts soutenus de la part de toutes les parties concernées, tant à l'intérieur du pays qu'au-delà de ses frontières".

Certes, me direz-vous, Chatgpt donne une réponse bien générale mais elle a le mérite de rappeler des principes fondamentaux : négociations - cessez-le-feu - réformes - soutien international au processus de paix, réconciliation et justice.

On ne peut pas remplacer tous les chefs d'État par une I.A (encore que, dans ce  cas...). 

Mais, peut-être, peut-on faire plus pression pour qu'ils se posent réellement la question : COMMENT CONSTRUIRE LA PAIX EN UKRAINE ? et non, COMMENT POURSUIVRE LA GUERRE pendant plusieurs années, comme vient de le prédire le Secrétaire général de l'OTAN.

mardi 13 décembre 2022

Ukraine : quelle paix ? Quelle solidarité ? Soyons clairs !

Tout commentaire sur la guerre livrée actuellement par la Russie à l’Ukraine est superficiel s’il ne prend pas d’abord en compte l’état humanitaire catastrophique de l’Ukraine, les morts et blessés qui surviennent chaque jour, les conditions de vie quotidienne de la population qui s’aggravent avec l’installation d’un hiver très froid. La guerre est meurtrière puisqu’une estimation américaine parle de 200 000 morts ou blessés militaires, répartis moitié-moitié entre les deux camps et de 40 000 victimes civiles ukrainiennes1.
Du côté de la population russe, la situation n’est absolument pas comparable bien sûr, mais il faut prendre en compte aussi  l’aggravation de la misère pour les couches les plus pauvres dues aux sanctions et surtout l’accentuation de la répression contre tous les opposants à la guerre, les adversaires de la mobilisation des réservistes. Ils sont des dizaines de milliers à avoir été arrêtés et détenus dans de mauvaises conditions. La guerre a des conséquences des deux côtés, près de 25 000 opposants ukrainiens ont été arrêtés depuis le début du conflit, douze partis d’opposition de gauche ont été interdits dont le parti communiste ukrainien (ses biens ont d’ailleurs été saisis)2. Même s’il est évident qu’il y a un agresseur, la Russie, et un agressé, l’Ukraine, il est totalement simpliste de parler de lutte du totalitarisme contre la démocratie et les enjeux de cette guerre sont ailleurs.
L’urgence est de sortir de cette impasse humanitaire : c’est une exigence éthique et morale. C’est celle qu’ont exprimée plusieurs personnalités notamment le pape François. « Les démocraties visent la paix, qui est beaucoup plus qu’une victoire car elle implique de guérir les causes mêmes qui ont conduit au conflit afin qu’il ne se reproduise pas », a écrit récemment dans le journal La Croix3, Mario Giro, un des responsables de la communauté San Egidio.
Agir pour la paix et l’arrêt des combats est d’autant plus nécessaire que la situation actuelle peut durer de longs mois : les forces sur le terrain se neutralisent. Les Ukrainiens n’avancent plus vraiment malgré le matériel moderne envoyé par les Américains et les Européens, Les Russes qui se sont installés dans une guerre d’usure commencent à faire venir du matériel plus moderne sur le terrain : ce serait le cas de leurs derniers chars d’assaut, les T-14 Armata4 qui démodent largement les chars Leclerc envoyés par la France.
De nombreux experts militaires estiment que si la guerre ne peut être gagnée militairement par une des parties, il faut trouver une issue négociée, une issue politique et diplomatique.
Cette constatation est partagée aujourd’hui, par exemple, par le chef d’état-major américain, le général Mac Kinley 5, le dernier en date à s’exprimer, étant le général de Villers6, ancien chef d’état-major français.
Il semble d’ailleurs que de petites évolutions aient lieu sur le plan diplomatique.
Le Président Biden se montre aujourd’hui plus modéré dans ses déclarations comme on a pu le constater lors de l’affaire du missile, finalement ukrainien, retombé sur le sol polonais. Le président Macron a reconnu à Rome qu'une paix était "possible" en Ukraine quand les Ukrainiens "le décideront" et de rappeler que "La paix se bâtira avec l'autre, qui est l'ennemi d'aujourd'hui, autour d'une table"7. Il faudra « au final trouver un accord » pour mettre fin au conflit en Ukraine, a dit Vladimir Poutine, ce vendredi 9 décembre.
 
Une évidence progresse : celle que tout conflit a une issue politique, et se termine par un accord diplomatique qui est toujours un compromis : l’enjeu étant qu’il soit le plus évolutif possible, sans entériner définitivement des situations injustes sur le plan du droit international.
Mais il faut parler clair et distinguer deux processus à la démarche et au rythme distinct. Le premier vise à l’arrêt des combats, des accords parfois partiels et temporaires autour de celui-ci (cessez-le-feu temporaires ou définitifs, couloirs humanitaires, échanges de prisonniers, mesures d’aides à la population civile en terme de nourriture, d’accès aux soins, au chauffage, etc.), c’est-à-dire la « paix du moment ». C’est le moment de paix indispensable pour arrêter les souffrances civiles et répondre aux urgences et nécessités humanitaires. C’est en énumérant ces tâches que l’on voit mieux la nécessité de redonner à l’ONU et à ses diplomates la place de premier plan qui leur revient, car ce sont eux, les experts, capables de fournir une approche humanitaire globale et impartiale8.
Ces canaux de discussion ouverts (certains semblent commencer de l’être aujourd’hui, notamment semble-t-il au niveau des Nations unies et par la diplomatie du Vatican)) facilitent le développement d’un processus de discussion pour des accords politiques de fond, qui seront la base d’accords diplomatiques de plus longue durée, préparant une paix plus solide, voire même aider à un processus de réconciliation.
Ceux qui déclarent que tout cessez-le-feu serait « déposer les armes », « entériner l’occupation » du territoire ukrainien, soient font fi des souffrances quotidiennes de la population lorsqu’il s’agit de “conseilleurs” extérieurs au pays, soient s’enferment dans une position nihiliste sans issue.
Une situation diplomatique n’est jamais figée définitivement, son évolution dépend des volontés politiques mises en œuvre. Travailler à des formules de cessez-le-feu global ou partiel ou temporaire n’est pas remettre en cause la souveraineté de l’Ukraine.
Premier exemple : l’application des accords de Minsk en 2014 par les deux parties auraient dû déboucher sur un maintien de l’intégrité territoriale de l’Ukraine avec l’acceptation d’une certaine autonomie du Donbass. On sait que la dégradation de la situation a résulté des violations des accords menées par les deux parties sans que la communauté internationale intervienne (en fait il y a eu une aide occidentale très documentée de soutien aux attaques de l’armée ukrainienne en 2019).
Deuxième exemple : il est fourni à contrario par l’interview que Lionel Jospin vient d’accorder au JDD ce dimanche 10 décembre dans laquelle il « pousse au crime » en réclamant la défaite militaire de la Russie comme seule solution au conflit d’aujourd’hui. Les observateurs sérieux de la situation internationale ne seront pas dupes de cette manœuvre pour allumer un contre-feu visant à faire oublier les erreurs politiques de son gouvernement envers les garanties de sécurité à apporter à la Russie autour des années 2000.
L’Union européenne aura donc demain la responsabilité d’avoir une approche politique équilibrée entre Russie et Ukraine pour éviter les errements du passé tant à la fin des années 90 qu’après 2014 et la guerre de Crimée. C’est à cette condition que nous réussirons à construire une « nouvelle architecture de sécurité », notion qui revient dans le débat, bien tardivement malheureusement, et qui mérite que des initiatives politiques soient prises, en prenant en compte les intérêts de toutes les parties. C’est ce qu’avait reconnu dans un premier temps, début décembre, le président Macron en estimant qu’il fallait donner des «garanties» à la Russie pour trouver un bon équilibre. Dommage qu’il soit revenu sur ses déclarations sous la pression de certains gouvernements d’Europe de l’Est9. Relancer l’idée d’une Conférence pan-européenne de sécurité est certainement une des meilleures voies à suivre.

Un débat s’ouvre aujourd’hui dans l’opinion française sur les conditions de la solidarité politique avec le peuple ukrainien et sur la voie à suivre pour promouvoir la paix dans ce conflit.
Rappelons que la solidarité humaine et fraternelle avec la population civile ukrainienne est nécessaire, elle s’exerce largement avec tout l’élan de générosité dont les Français sont capables. Elle se manifeste au travers des collectes de dons divers, au travers de l’accueil et de l’accompagnement des réfugiés dans nos communes.
Concernant la nature de la solidarité politique, une partie de la gauche française à l’initiative d’universitaires et intellectuels proches de la gauche radicale (NPA, militants alternatifs rouge-verts) ont constitué notamment le réseau RESU en France (Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine) qui s’appuie sur une analyse que j’estime erronée du gouvernement Zélenski (« Élu par une jeunesse qui rêve de paix et d’ouverture, Volodymyr Zelensky n’est ni dans la surenchère ni dans la provocation à l’égard de la Russie. » ainsi parle de lui un responsable du secteur international de la CGT, le 12 mars dernier dans la revue Options). Ils s’appuient sur la position d’« union sacrée » d’une partie des forces syndicales et militantes ukrainiennes pour parler de « résistance populaire » et appeler au soutien de cette résistance populaire « armée et non-armée » et donc soutenir l’envoi d’armes au gouvernement ukrainien par les pays de l’OTAN. C’est une impasse politique.
Aujourd’hui devant l’évolution de la situation et la montée de l’idée d’accélérer le processus de paix, les mêmes militants ont dans un premier temps appelé à une manifestation le 10 décembre à Paris sur le mot d’ordre « Troupes de Poutine hors de l’Ukraine »10. Ils ont modifié cet appel et l’ont transformé pour cette manifestation en « Appel pour une paix juste et durable en Ukraine »11. Ils reconnaissent que « Toute guerre se termine un jour et toute négociation qui permettrait d’y mettre un terme sera bienvenue », mais énoncent un catalogue de conditions préalables à tout accord de paix, sous l’appellation de « paix juste et durable », reprenant une appellation utilisée dans un autre contexte dans le conflit israélo-palestinien.
Quel est le sens de cette démarche ? Il faut clarifier les choses.
Cela signifie-t-il que tant que ces conditions ne sont pas remplies, il faut continuer la guerre et même au nom de la solidarité avec l’Ukraine continuer d’envoyer des armes ? Si c’était cela, cette démarche aboutirait à affaiblir la pression de l’opinion pour exiger de la France, des membres du Conseil de sécurité qu’ils agissent en priorité pour faire aboutir des négociations de paix.
Au contraire, il est urgent de travailler dans la clarté, de soutenir les initiatives pour la paix qui tendent à se multiplier en Europe, notamment autour du 14 décembre12, visant à préparer un terrain favorable à l’idée de paix.
À ce sujet, je pense qu’un projet de résolution parlementaire alternatif, marquant clairement notre solidarité au peuple ukrainien et la condamnation du gouvernement de Poutine, mais centré autour des efforts à mener pour faire déboucher un processus de paix aurait dû être déposé à l’Assemblée française par les partis de gauche face au texte de résolution de droite, légitimant l’extension de l’OTAN, les envois d’armes sans contrôles et des sanctions économiques aux buts incertains. L’action pour la paix en serait sortie renforcée, au lieu d’avoir un brouillard politique préjudiciable, avec élus socialistes, écologistes et communistes votant la résolution de droite et députés LFI s’abstenant avec le RN.  
Les initiatives lancées par les mouvements pacifistes européens reprennent la proposition portée par de nombreuses organisations internationales comme le BIP (Bureau international de la paix) ainsi que le pape pour pousser les belligérants à conclure une « trêve de Noël »13 entre les deux Noëls, le catholique le 25 décembre et le Noël orthodoxe le 7 janvier. Cette idée qui rappelle les « fraternisations de Noël » sur le front en décembre 1914 peut renforcer un climat favorable aux négociations et non aux affrontements.
Une journée mondiale pour la paix en Ukraine en février prochain est également en préparation. C’est de la multiplication de ces initiatives de la société civile, des pressions qu’elles peuvent exercer sur les décideurs politiques dans les deux camps, au-delà des réalités militaires dont on voit clairement aujourd’hui les impasses et les risques de dérapages, que des solutions, non décidées à l’avance par des “penseurs” ou des dirigeants politiques, pourront progressivement voir le jour. Ce sont ces options claires dont nous avons besoin aujourd’hui.

Daniel Durand – 13 décembre 2022

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1 - “Le nombre de soldats russes et ukrainiens tués ou blessés depuis l’invasion du 24 février a probablement atteint les 200 000 unités, selon le militaire. Bien plus de 100 000 soldats russes ont été tués ou blessés dans cette guerre, et l’Ukraine a probablement souffert d’un nombre de victimes similaires.” dans Courrier international https://www.courrierinternational.com/article/conflit-selon-les-etats-unis-la-guerre-en-ukraine-a-fait-200-000-victimes-chez-les-soldats

2 - https://www.pcf.fr/pour_le_respect_de_l_tat_de_droit_en_ukraine_la_guerre_ne_justifie_pas_l_arbitraire

3 - Lu dans https://www.la-croix.com/Debats/Il-nexiste-aucun-argument-convaincant-prolongation-conflit-Ukraine-2022-11-30-1201244462

4 - Lu dans https://www.armyrecognition.com/ukraine_-_russia_conflict_war_2022/possible_sign_of_deployment_of_russian_t-14_armata_tanks_in_ukraine.html

5 - «La probabilité d'une victoire militaire ukrainienne, expulsant les Russes de tout l'Ukraine y compris (...) la Crimée, la probabilité que cela se passe de sitôt n'est pas très élevée militairement», a déclaré le général rk Milley lors d'une conférence de presse.

6 - «Quand un dictateur est dans un tunnel, il ne recule pas. L'enjeu de mon point de vue, c'est d'arrêter l'escalade. Depuis le 24 février, nous sommes dans une escalade permanente. [...] Il est temps de trouver une solution qui ne soit pas déshonorante pour les Ukrainiens qui se battent courageusement et qui ont été attaqués. Car il y a bien un attaquant et un attaqué», a-t-il abondé sur BFMTV. In https://www.lefigaro.fr/international/la-guerre-en-ukraine-n-est-pas-dans-l-interet-des-pays-europeens-estime-le-general-pierre-de-villiers-20221110

7 - https://www.europe1.fr/international/ukraine-une-paix-est-possible-quand-les-ukrainiens-le-decideront-dit-emmanuel-macron-4142700

8 - Voir les réussites des opérations de maintien de la paix de l’ONU au travers de douze cas : https://news.un.org/fr/story/2022/12/1130427

9 - https://www.lefigaro.fr/flash-actu/les-propos-de-macron-sur-les-garanties-de-securite-a-la-russie-sortis-de-leur-contexte-selon-l-elysee-2022 1209

10 - http://www.gds-ds.org/troupes-de-poutine-hors-de-toute-lukraine/

11 - https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/091222/une-paix-juste-et-durable-pour-l-ukraine

12 -  https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/091222/une-paix-juste-et-durable-pour-l-ukraine

13 -  https://www.ipb.org/ipb-christmas-peace-appeal/


vendredi 11 novembre 2022

11 novembre : se souvenir et réfléchir

Il y a 104 ans, le 11 novembre 1918, un armistice mettait fin à ce qui fut appelé la 1ère Guerre mondiale, et qui pour beaucoup fut alors souhaité être la "der des der".
Nous connaissons aujourd'hui son effroyable bilan réel : près de 20 millions de morts, par moitié civils et militaires.
Le Traité de Versailles (1) signé huit mois plus tard, le 28 juin 1919, marqua la consolidation de la paix. Il fut inspiré par un fort esprit de revanche chez les vainqueurs, explicable pour une part par les dommages terribles subis pendant quatre ans, explicable aussi par un déferlement médiatique chauvin de la presse de l'époque. "l'Allemagne paiera" ! C'est au nom de ce slogan simpliste que de lourds dommages de guerre furent infligés au peuple allemand, que la Ruhr fut occupée, etc... La crise économique avec une inflation inimaginable aujourd'hui, l'humiliation ressentie par les vaincus, préparèrent les ferments de la haine et favorisèrent l'arrivée au pouvoir du sinistre Adolf Hitler. Une architecture de sécurité mondiale, comme nous disons aujourd'hui, la Société des nations (SDN) (2)fut mise en place, dans le cadre du Traité de Versailles, sous la pression des États-Unis du Président Woodrow Wilson, dont l'engagement massif à partir de 1917, la fourniture d'armes et de matériel militaire fut décisif pour la coalition franco-britannique. Cette SDN ne put jouer pleinement son rôle, puisque ses instigateurs, les États-Unis de Wilson, n'y adhérèrent pas et que les vaincus, Allemagne et Japon, la quittèrent en 1933. In fine, la SDN fut incapable d'empêcher le déclenchement de la 2e Guerre mondiale en 1939.
Pourquoi rappeler l'histoire ? Parce qu'il ne faut pas oublier que, dans la dernière décennie de notre 21e siècle, la guerre a tué près d’un million de personnes, en a blessé plusieurs millions et provoqué des exodes de plusieurs dizaines de millions de personnes.
Depuis six mois, la guerre enclenchée par la Russie contre l'Ukraine sème la mort et la désolation dans ce pays, provoque morts, ruines, déplacements de population, conditions de vie très dures. Cette guerre est menée sans raisons valables, contre les règles du droit international, de la Charte des Nations unies, comme je l'ai déjà écrit.
Cette situation, lourde de menaces pour la paix du monde, pèse sur les consciences :  un peu partout, le "ci vis pacem, parabellum" ("Si tu veux la paix, prépare la guerre") semble gagner du terrain.
Une information schématique, digne des propagandes de guerre de 1914-18 ou 1939-45 est majoritaire dans nos médias. La seule issue présentée est de "punir le méchant" sans expliquer que toute guerre est complexe, dévastatrice pour les peuples, qu'elle doit avoir forcément une fin politique et que celle-ci est toujours une solution politique négociée.
Les efforts des gouvernements, des opinions publiques doivent donc se concentrer sur les moyens d'exercer une pression politique maximum sur les deux acteurs du conflit pour qu'ils s'assoient à la table des négociations. On a su le faire pour les livraisons de blé, pour l’inspection de la centrale de Zaporojie. On peut le faire pour la paix.
Des voix de plus en nombreuses commencent à s'élever en ce sens : celle du pape François, du Secrétaire général des Nations unies Antonio Gutteres, de l'opinion publique (ainsi 100 000 personnes se sont réunies à Rome ce samedi 5 novembre pour demander un cessez-le-feu, l'arrêt des combats et l'ouverture de négociations).
Pour trouver ce chemin du dialogue, il faut 0arrêter de proclamer que la solution viendra de la défaite ou de l'écrasement d'un des deux acteurs. Refusons de nous laisser entraîner dans ce qui semble devenir de plus en plus un processus de 3e Guerre mondiale "par procuration" entre les États-Unis et la Chine (3). La voie des négociations sera longue et difficile : elle passera nécessairement par des compromis.
Aux négociateurs de faire que ces compromis ne figent pas la situation et n’entérinent pas les solutions de force, contraires au droit international. Mais souvenons-nous des leçons de l’après 1918, du facile « l’Allemagne paiera ! », du calamiteux Traité de Versailles qui a conduit l’Allemagne dans les bras de Hitler, du suivisme aveugle vis a vis de nos puissants alliés des États-Unis. Ne prenons pas le risque de se voir imposer une solution pour l’après-guerre de leur choix, sans qu’ils en assument toujours toutes les responsabilités.
Renouvelons d’efforts pour expliquer et mobiliser l’opinion publique pour lui démontrer que le seul slogan valable est « Si tu veux la paix, prépare la paix » ! C’est cela, me semble-t-il, ce que nous devons à la mémoire des hommes dont les noms figurent par centaines de milliers sur les monuments aux morts de nos villages !

Daniel Durand - Président de l'IDRP ((Institut de Documentation et de Recherches sur la Paix - https://idrp-institut.org)

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1 - Pour une première approche, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Versailles 
2 - Idem, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_des_Nations
3 - Lire cette déclaration d’un amiral US Charles Richards dans « La guerre en Ukraine n'est qu'un échauffement avant un grand conflit », avertit un amiral américain - Les Échos 8/11 Pierre Demoux - https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/la-guerre-en-ukraine-nest-quun-echauffement-avant-un-grand-conflit-avertit-un-amiral-americain-1876883

mardi 28 juin 2022

OTAN - G7 : NOUVELLE "SAINTE ALLIANCE" ?

Le sommet des pays du G7 s'est tenu ce dimanche 27 juin en Bavière tandis que le sommet de l'OTAN démarre lui ce 29 juin à Madrid.
Non prévu au départ, ce télescopage des dates prend un sens nouveau dans la situation internationale comme l'a mis en évidence le président des États-Unis, Jo Biden. Le G7 et l'Otan doivent «rester ensemble» contre l'agression russe de l'Ukraine, a-t-il déclaré avant un entretien avec le chancelier allemand Olaf Scholz.
Rappelons brièvement les caractéristiques des deux organisations internationales.
Le Groupe des sept (G7) est un groupe de discussion et de partenariat économique de sept pays qui étaient en 1975 les plus grandes puissances avancées du monde et qui détiennent environ aujourd'hui 45 % de la richesse nette mondiale : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni. Manquent trois puissances qui figurent dans les dix économies les plus puissantes : la Chine, l'Inde et la Corée du sud. Beaucoup d'associations altermondialistes, de gouvernements de pays en voie de développement contestent la légitimité de ce G7 créé en dehors du système multilatéral onusien, et accusent le groupe de vouloir « diriger le monde » et de contourner l'ONU.
L'OTAN, créée le 4 avril 1949, est une alliance militaire intégrée, qui englobe l'alliance politique conclue par les pays signataires du Traité de l'Atlantique nord, et l'organisation civile et militaire mise en place pour en réaliser les objectifs.
À la suite de l'agression de la Russie contre l'Ukraine, les pays membres de l'OTAN ont soutenu l'Ukraine en fournissant des armements lourds, une assistance technique, des formations militaires parce que l'OTAN estime que "la sécurité euro-atlantique se trouve menacée comme elle ne l’avait plus été depuis des décennies". Elle justifie ainsi qu'elle agit indirectement hors du sol de ses pays membres, contrairement aux buts initiaux de sa fondation en 1949.
Dans le cadre de cet engagement, elle devrait être rejointe par deux pays supplémentaires : la Suède et la Lituanie, ce qui va incontestablement renforcer un certain "encerclement" géo-stratégique de la Russie. Outil militaire, l'OTAN n'est évidemment pas en charge de la recherche de solutions politiques pour sortir du conflit, mais elle pèse quand même dans le débat lorsque son secrétaire général, Jens Stoltenberg déclare que la guerre pourrait durer "des années".
On ne peut pas examiner l'engagement actuel de l'OTAN sans prendre en compte sa volonté d'élargir depuis trente ans ses missions "hors zone", ce qui l'a amenée à être présente militairement notamment au Kosovo, en Afghanistan, en Libye.
Ses différents "concepts stratégiques" adoptés (1991 - 1999 - 2010) ont produit une "définition plus large de la sécurité de la zone euro-atlantique, la prise en compte des nouveaux risques apparus depuis la fin de la guerre froide". Le concept défini à Madrid va insister, selon le secrétaire général délégué de l’OTAN, M. Geoană, sur l'idée que le monde sera le "reflet d'une ère de compétition entre grandes puissances" et affirmera que la Russie représente désormais « l'une des menaces les plus importantes pour la sécurité en Europe et au-delà ». M.  Geoană a ajouté que "le rôle de la Chine en tant qu'acteur de transformation dans les affaires du monde serait également reconnu".
C'est compte tenu de ces évolutions que les déclarations du président Biden affirmant que OTAN et G7 devaient «rester ensemble»  amènent des réflexions nouvelles.
Cela signifie-t-il que l'OTAN deviendrait de plus en plus, non pas seulement une alliance de pays européens, mais aurait une dimension de plus en plus mondialiste ? La référence au G7, perçu comme "club des riches" n'est pas neutre. De plus, le Sommet de Madrid de l'OTAN va accueillir pour la première fois de son histoire le Premier ministre japonais KISHIDA et le président sud-coréen Yoon Seok-yeol.
Ces deux "premières" historiques risquent de renforcer, à juste titre, l'idée que l'OTAN devient la référence et même le bras armé, non pas forcément des "démocraties" ou des "états de droit" mais aussi celui des puissants de cette planète, des "saigneurs" de la terre comme le dénonçaient les militants altermondialistes dans les années 1990.
Cela ne ferait que consolider la défiance et la méfiance des pays dans de larges zones de la planète qui verraient se constituer ce nouveau bloc occidentalo-libéral comme un outil de domination des grandes puissances.
Est-il crédible de penser trouver une issue à la guerre en Ukraine uniquement par des moyens militaires, sans ouvrir parallèlement des créneaux politiques de négociations ? Porter, comme c'est annoncé, la force d'intervention rapide de l'OTAN à 300 000 hommes au lieu de 50 000, les dépenses militaires non plus à un "objectif" de 2 % du PIB mais à un "plancher" de 2 %, sont-elles les bonnes décisions ? Toutes les guerres ont eu une issue politique, à moins de décider, et ce sera un choix délibéré, pas seulement des Russes mais aussi des Occidentaux, de faire durer la guerre "pendant des années". Cela aurait pour conséquences, au-delà des indignations d'aujourd'hui, de faire supporter en fait pendant des années les souffrances au peuple ukrainien pour des objectifs qui les dépassent de plus en plus et deviennent des enjeux géo-stratégiques globaux et planétaires ?
Ne faut-il pas inverser les logiques actuelles ? La mondialisation irréversible des échanges internationaux, les mutations technologiques, l'évolution des nouvelles technologies de communication appellent des réponses de plus en plus globales et surtout appellent plus de coopérations, de collaborations. La sécurité commune et globale ne peut plus reposer aujourd'hui sur les rapports de forces militaires mais sur des relations multilatérales. Les organisations basées sur les dominations économiques ou militaires comme le G7 ou l'OTAN vont à l'inverse des besoins de l'humanité. Il faut trouver le chemin de leur dépassement, de leur disparition au profit de nouvelles structures qui correspondent vraiment à l'esprit coopératif de la Charte des Nations unies : "Nous, peuples des nations unies...".
Il existe des prises de conscience, mais encore bien minoritaires.
Ainsi, ce dimanche 26 août, les deux lieux de rendez-vous de l'OTAN et du G7, Madrid et Vienne, ont vu se rassembler des foules importantes (20 à 30 000 à Vienne, plus de 10 000 à Madrid) pour dénoncer le caractère guerrier de l'OTAN et l'incapacité des pays du G7 à s'attaquer à la pauvreté dans le monde et au réchauffement climatique. Mais, c'est bien insuffisant !
Surtout, cela ne devrait-il pas inciter partout progressistes, militants pour la paix, pour un monde plus juste et plus durable, à relancer le débat de manière large et populaire sur la raison d'être de ces institutions (OTAN, G7 mais aussi OMC), symboles de puissance dépassés, et de remettre en chantier le débat sur la démocratisation des institutions onusiennes. Cette réforme est indispensable à la construction d'un monde vraiment multilatéral mais le système onusien a besoin de réformes profondes pour se démocratiser, s'ouvrir aux changements du monde (sociétés civiles, collectivités locales) et gagner en efficacité. Cela implique aussi une pression de l'opinion plus forte pour faire appliquer les derniers traités irriguant le  droit international : cour pénale internationale, traité d'interdiction des armes nucléaires, contrôle du commerce des armes. Le chantier est vaste et ardu mais est indispensable si nous ne voulons pas voir se multiplier demain les crises et guerres comme celle d'Ukraine actuellement.
Le 29 juin 2022