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jeudi 10 novembre 2011

Armes nucléaires : garder la tête froide.

Le dernier rapport de l'A.I.E.A sur les activité nucléaires de l'Iran donne lieu à des lectures et des déclarations toutes plus alarmistes les unes que les autres : Alain Juppé fait le matamore : «la France est prête avec ceux qui le voudront à aller beaucoup plus loin dans des sanctions qui doivent être renforcées pour faire plier l'Iran». Les États-Unis, plus prudents, envisagent d' «examiner les moyens d'imposer une pression supplémentaire à l'Iran» en promettant «toute une gamme de possibilités». Israël fait monter la pression en évoquant, notamment par la voix de Shimon Peres, une possible frappe préventive des installations nucléaires d'Iran. Russie et Chine sont, elles, très réticences, voire opposées, à une aggravation des sanctions contre l'Iran.
Que dit exactement ce rapport ? Celui-ci déclare que l'Iran a mené jusqu'en 2003 des travaux orientés sur la mise au point d'une arme nucléaire, et l'AIEA, sur la base de documents fournis par les services de renseignements occidentaux,  redoute que l'activité liée au développement d'une arme nucléaire ne se poursuive actuellement. Il y a donc deux questions : la reconnaissance d'activités illégales de l'Iran jusqu'en 2003 qui semble assez sûre et la poursuite ou non d'activités similaires ensuite, sur laquelle les preuves semblent manquer (voir les informations supplémentaires et l'excellente analyse faite par J-Marie Collin sur son blog http://alternatives-economiques.fr/blogs/collin/).
La situation iranienne inspire deux réflexions : venant après le battage médiatique sur la crise financière mondiale, les menaces sur l'éclatement de l'Europe, on assiste à une nouvelle présentation par les "leaders du monde", reprise par les grands médias, très noire et "catastrophiste" de la situation du monde. Elle aboutit à justifier les mesures de rigueur sociale extrêmes dans le premier cas, une intervention militaire aventuriste contre l'Iran dans le deuxième cas. Or, dans les deux cas, des alternatives politiques crédibles existent : aux militants d'un "autre monde" de ne pas tomber dans le piège de cette vision alarmiste de l'évolution du monde, s'ils veulent pouvoir faire progresser des idées transformatrices nouvelles !
La deuxième réflexion concernant l'Iran est qu'une solution politique est la seule possible : elle passe par deux éléments. Il faut renforcer la crédibilité des Traités existants pour exiger qu'ils soient respectés par tous : c'est le cas du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) et donc, les puissances nucléaires "dotées" doivent donner des preuves elles-aussi de leur respect de leurs obligations vis a vis de l'article VI, concernant le désarmement nucléaire. Elles ne le font pas suffisamment : cela conforte les pays "tricheurs" ou tout simplement, inquiets pour leur puissance régionale comme l'Iran, et qui sont tentés par le fameux "pouvoir égalisateur de l'atome".
C'est cet enjeu qu'a souligné le général Norlain, dans une tribune libre dans le journal Le Monde du 29 octobre : " dans un monde ouvert où l'apparition de nouveaux acteurs stratégiques rend les règles du jeu plus complexes et fugaces, l'arme nucléaire, après avoir joué un rôle de stabilité, devient une source d'instabilité destructrice pour la planète". C'est ce constat qui l'amène à dire "qu'il n'y a pas d'autre solution que d'éliminer ces armes. Toutes les négociations sur la diminution, sur le déploiement et la mise en alerte de ces armes sont nécessaires, mais elles ne seront effectives que dans la perspective d'un objectif d'élimination complète".
Faire respecter un traité existant comme le TNP (et discuter sérieusement avec l'Iran) sur ce sujet doit donc s'accompagner d'initiatives politiques fortes pour faire démarrer et aboutir des négociations sur un nouveau traité : une Convention d'abolition des armes nucléaires, dont un projet existe déjà et est soutenu par plus de 110 pays à l'Assemblée générale de l'ONU.
Il faut opérer une véritable révolution copernicienne, montrer que "Aujourd’hui, l’existence même des armes nucléaires, couplée au risque de prolifération et de terrorisme nucléaire, constitue paradoxalement la plus grande menace à notre sécurité". Ce constat n'est pas fait par des pacifistes invétérés mais par des personnalités franco-britanniques (Hugh Beach,   général , ancien commandant en chef des forces terrestres, Royaume-Uni ; Margaret Beckett, ancienne secrétaire aux Affaires étrangères,  Royaume-Uni ; Bernard Norlain, général,  ancien commandant de la force aérienne de combat,  France ; Paul Quilès, ancien ministre de la Défense, France ; Michel Rocard,  ancien Premier Ministre, France ; David Ramsbotham,   général , Royaume-Uni) dans le journal La Croix de ce 9 novembre en s'adressant aux jeunes anti-nucléaires du forum Global Zero.
Ils pointent deux grands défis : "Faire évoluer les mentalités est un devoir stratégique et moral commun(...)" et construire "un monde dans lequel la promotion du désarmement nucléaire confère plus de pouvoir politique et de prestige que la possession d’arsenaux surdimensionnés, dangereux et coûteux".
Ces informations dans leur diversité et leurs contradictions ne montrent-elles pas que, si nous vivons dans un monde dangereux, nous vivons aussi dans un monde de possibles enthousiasmants ?

lundi 5 septembre 2011

ACTUALITÉ DE L'ÉTÉ (2) : une aube nouvelle à Tripoli...

Août 2011 restera dans l'histoire comme le mois de la chute du colonel Khadafi, après 42 années de pouvoir et de liaisons dangereuses, d'abord avec les Soviétiques, puis les Occidentaux, en passant par de multiples et obscurs réseaux terroristes. La chute de Khadafi s'inscrit dans le "printemps arabe", la protestation populaire a été réelle dans les premières semaines, y compris à Tripoli avant que la répression ne transforme la crise en guerre civile complexe avec des enjeux tribaux, régionaux à l'intérieur du pays.
Quelles leçons tirer et surtout quelles perspectives pour ce pays demain ?
La crise libyenne illustre à la fois les évolutions prometteuses du monde et du droit international et les forces qui s'y opposent.
Depuis le génocide du Rwanda, les grandes puissances ont du inclure en 2005 le principe de "la responsabilité de protéger" les populations civiles dans les buts du Conseil de sécurité. On a vu comment la France, le Royaume-Uni et les USA se sont efforcés et ont réussi à détourner la résolution de l'ONU au bénéfice d'une opération militaire de l'OTAN, visant prioritairement le renversement du régime de Khadafi et une redistribution des cartes politiques, au lieu de l'imposition d'un simple cessez-le-feu pour empêcher le massacre de la population.
Les critiques sur l'ONU "discréditée parce que manipulée" cachent en fait largement l'impuissance du mouvement démocratique à empêcher les manoeuvres des Sarkozy, Cameron et cie, tout en promouvant une vision dynamique des Nations unies et du droit international.
En juillet dernier, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon a répondu aux pays qui exprimaient leur crainte d'un risque de manipulation du principe de "responsabilité de protéger", et notamment la question de savoir qui décide qui doit être protégé et comment. « Personne n'a le monopole de la vertu, du recul ou du jugement », a reconnu le Secrétaire général Ban Ki-moon, appelant à continuer de répondre aux préoccupations légitimes de nombreux pays face aux risques de mauvaise interprétation du concept qui irait au-delà de ce qui a été convenu en 2005. Mais « on ne peut attendre que la théorie soit perfectionnée pour commencer à répondre aux situations urgentes dans le monde », a fait valoir son Conseiller spécial, Edward Luck.
L'attitude des dirigeants de l'OTAN, leur refus de prendre en compte correctement les initiatives régionales de la Ligue arabe et de l'Union africaine ont ébranlé la future mise en oeuvre de ce nouveau concept. Cela a pesé pour que des sanctions politiques ou économiques soit adoptés à l'ONU face à la répression bestiale du régime syrien.
Aujourd'hui, la situation en Libye reste fragile : le Comité national de Transition a demandé le soutien de la communauté internationale pour la promotion d`un dialogue national, la rédaction d`une constitution, la restauration des services publics ainsi que la consolidation de l'État, le lancement d`un processus électoral, la protection des droits de l`homme, le soutien à la justice transitionnelle et le développement économique.
Qui va être au centre de ce soutien international, avec quels objectifs ? Va-t-on laisser les animateurs de la coalition de l'OTAN essayer de récupérer le "gâteau" des richesses libyennes et mettre sous protectorat le nouveau régime avec les troupes de l'OTAN ? Les déclarations arrogantes de M. Juppé, jugeant "logique" la semaine dernière que les pays ayant soutenu les rebelles soient privilégiés dans l'attribution des contrats pétroliers ne sont que des rodomontades : le patron du groupe allemand Wintershall, l'un des principaux producteurs de pétrole en Libye, M. Seele, dans un entretien publié par le journal Handelsblatt, met en garde contre une mainmise des groupes pétroliers des pays ayant participé à l'opération militaire sur les ressources libyennes. "La dernière chose dont les gens en Libye ont besoin, ce sont des entreprises qui n'ont qu'un intérêt : épuiser les ressources du pays", a-t-il dit.
Il est clair que la seule manière d'aider le peuple libyen à devenir maître de son destin est d'agir pour que les Nations unies reprennent une place centrale dans la gestion post-crise en Libye.
Le dirigeant du CNT, M. Abdel-Jalil-ci a fait part, il y a quinze jours, de sa gratitude envers les Nations Unies pour le travail effectué en Libye, et en particulier, le rôle de l'Envoyé spécial du Secrétaire général, Abdel-Elah al Khatib.
Les Nations Unies comptent jouer un rôle essentiel de coordination dans l'avenir du pays, a déclaré le 26 août, le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui souhaite déployer rapidement une mission de l'ONU sur le terrain. Pour celui-ci, « Trois principes vont gouverner notre travail. Premièrement, l`appropriation nationale. Le futur de la Libye doit résolument rester entre les mains du peuple libyen », « Deuxièmement, la rapidité de la réponse. Il est essentiel que la communauté réponde quand cela est nécessaire et non pas des semaines ou des mois après », a-t-il ajouté, « Le troisième principe est une coordination efficace.», a dit Ban Ki-moon.
Jusqu'où peut aller ce rôle de l'ONU ? Ne faut-il pas exiger l'arrêt immédiat des opérations de l'OTAN, le retrait des "forces spéciales" et autres barbouzes du terrain, et, si les libyens le souhaitent et l'estiment nécessaire, une aide pour garantir la sécurité intérieure dans le droit, avec une force multinationale de Casques bleus, établie en coordination avec les organisations régionales (Ligue arabe et U.A) ?
On ne peut en rester à une simple critique
(oh combien justifiée) de la diplomatie française et à une position d'attente critique envers les nouvelles structures politiques qui auront beaucoup de mal à se mettre en place dans ce pays, à la société destructurée par la politique autoritaire de Khadafi et la période de guerre en train de s'achever.
Ne pas travailler concrètement à la valorisation du rôle à jouer par les Nations unies dans cette situation post-conflit est se condamner à l'impuissance politique et aux simples déclamations idéologiques, pire, c'est laisser le terrain libre aux grandes puissances pour freiner l'évolution du droit international et continuer d'essayer de le détourner à leur profit.
5 septembre 2011



jeudi 14 avril 2011

L'après Libye - Côte d'Ivoire : les débat de demain

Les situations en Côte d'Ivoire et même en Libye prennent un nouveau cours. L'arrestation de Laurent Bagbo rétablit une situation juridique normale dans le pays. Mais le président A. Ouattara, malgré sa légitimité, doit maintenant mettre en chantier la réconciliation dans la population, permettre le jugement impartial de tous les crimes de guerre ou atrocités commis par tous les camps, travailler au redémarrage de la vie économique et sociale. Il a annoncé la création d'une commission "vérité et réconciliation", l'ONU a créé une commission d'enquête avec trois personnalités : leurs résultats seront essentiels. L'ONUCI s'est engagée à aider au retour à l'ordre républicain et à la sécurité intérieure. Il est clair que la France devrait, pour clarifier ses rapports avec le pouvoir, annoncer le retrait de la force Licorne tandis que l'ONUCI devrait être renforcée temporairement pour garantir la transition politique en faisant appel à des forces africaines supplémentaires.
En Libye, les propositions de l'Union africaine pour un cessez-le-feu et une période de transition doivent être soutenues. Les pays dits de "la coalition" (dont la France) doivent faire pression pour que les opposants à Khadafi acceptent un processus négocié. M. Juppé fait une interprétation déformée de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité : celle-ci n'implique pas un départ de M. Khadafi mais un arrêt réel de toutes les opérations militaires de celui-ci (et de ses opposants). La zone d'exclusion aérienne a été créée, le volet militaire doit donc aujourd'hui faire place au volet diplomatique et au renforcement des pressions politique, notamment sur l'entourage du dirigeant libyen.
Même si la situation reste préoccupante dans ces deux pays (sans négliger ce qui se passe ailleurs notamment en Syrie, au Bahrein et à Gaza), il n'est peut-être pas trop tôt pour commencer d'ouvrir la réflexion sur la période que nous venons de vivre.
Un des éléments centraux des événements en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Côte d'Ivoire et dans d'autres pays africains est l'aspiration grandissante à la vie démocratique et à l'ouverture des sociétés. L'élargissement des moyens d'information n'y est pas pour rien. Cette aspiration, dans plusieurs pays (pas tous certes), s'est exprimée au travers de mouvements populaires trouvant des formes d'action nouvelles au delà des structures organisationnelles anciennes, à l'aide des "réseaux sociaux" (Facebook, mails) en particulier.
Les Nations unies, au travers de résolutions au contenu nouveau centré sur la nouvelle notion de "responabilité de protéger", se sont trouvées au centre du règlement de ces problèmes. Elles n'ont pas été "instrumentalisées", non déplaise à certaines analyses "anti-impérialistes", ossifiées sur des schémas hérités de la Guerre froide. Par contre, comme il ne faut pas être naïf, il faut constater que chaque élaboration de résolution, chaque interprétation, chaque mise en oeuvre ont été l'objet d'une bataille politique et diplomatique féroces de certaines grandes puissances du Conseil de sécurité (USA, France et Grande-Bretagne) pour les détourner au profit de leurs intéêts stratégiques, politiques, économiques. D'autres comme Chine et Russie ne sont pas opposées à ces avancées de la sécurité humaine, mais n'ont pas essayé de mieux cadrer les manoeuvres des puissances occidentales (N.B : un changement semble heureusement s'amorcer avec la résolution des pays du B.R.I.C -Brésil, Russie, Inde, Chine- aujourd'hui à Pékin). Dans toutes ces crises, les organisations régionales, Union africaine et CEDEAO, Ligue arabe ont joué un rôle de plus en plus important malgré encore beaucoup de confusions dans leurs rangs.
Les opinions publiques et ONG ont peu pesé dans les débats car elles ont eu du mal à sortir de leur fonction protestaire ("Non à la guerre") pour peser et dire "Oui à la protection des civils, Oui au respect strict du droit international dans l'utilisation de la contrainte, Oui au contrôle exclusif par l'ONU"
Si on veut continuer de faire avancer le droit international ET limiter, voire empêcher les manipulations et manoeuvres des grandes puissances, il est nécessaire d'ouvrir le débat sur un certain nombre de problèmes.
Comment limiter l'ambiguïté de certaines résolutions au Conseil de sécurité cermettant l'usage de la force comme dans la résolution 1973 ("prendre toutes mesures nécessaires" pour...). Dans les années 2000, une proposition avait été avancée qui devrait être remise aujourd'hui dans le débat : imposer un code de bonne conduite pour l'application par les membres du Conseil de sécurité du Chapitre VII de la Charte des Nations unies (celui autorisant l'usage de la force), délimitant plus précisément les conditions et cadres de sa mise en oeuvre, imposant plus systématiquement un volet civil et politique prioritaire.. C'est un champ d'action important à investir par la société civile.
Lorsque la force militaire semble nécessaire, comment éviter que par "obligation d'efficacité", l'ONU et les membres du Conseil de sécurité ne fassent appel à l'OTAN ? Il y a deux volets à une réponse possible : multiplier les alternatives à l'OTAN au niveau des "vraies" organisations régionales pour tout ou partie des demandes. Au lieu de discours sur une défense européenne qui reproduirait les mêmes schémas de militarisations qu'aujourd'hui, comment réfléchir à des moyens européens ou forces spécialement développées pour le soutien aux opérations de l'ONU (maintien de la paix, catastrophes naturelles majeures, catastrophes humanitaires) ? Ce pourrait être le développement de moyens de transport militaires communs (avion gros porteur, poste-avions franco-britannique), de moyens d'observation (satellites et système européen), de forces de police (gendarmerie européenne). Pour des organisations régionales comme l'Union africaine, cela supposerait une aide spécifique sur certains équipements adaptés de proximité (hélicoptères, etc...).
La question la plus délicate en apparence est celle du commandement et de la coordination d'une opération à dimension militaire (ex de la zone d'exclusion aérienne) : le choix de l'OTAN comme coordinateur a été présenté comme inéluctable mais d'autres solutions peuvent être trouvées. L'Union européenne a déjà monté une opération de maintien de la paix, l'intervention Artémis de juin 2003, en Iturie (RDC), dans le cadre de la PESD, de manière autonome, en mobilisant des moyens exclusivement européens, sans recourir aux capacités de l’OTAN.
Ne faut-il pas poser la question de la réactivation sous une forme nouvelle du Comité d'État-major de l'ONU, prévu dans la Charte ? En effet, l’ONU se retrouve de fait, aujourd’hui, comme la seule organisation internationale dont l’organe directeur, le Conseil de sécurité, ne s’appuie pas sur un organe de conseil militaire (comme cela se fait à l’OTAN et à l’Union européenne). La discussion sur une possible réactivation du Comité d’état-major a été à nouveau relancée le 23 janvier 2009, au Conseil de sécurité, afin d’améliorer la planification, la conduite et le suivi des opérations de maintien de la paix.
Selon Alexandra Novosseloff chercheure au Centre Thucydide, la première étape d’une réactivation du Comité d’état-major serait sa saisine par le Conseil de sécurité. Les prochaines étapes pourraient permettre d'inviter à ses réunions, de manière systématique mais informelle, les autres membres du Conseil et les principaux contributeurs de troupes concernés pour développer l'information et les coordinations. Ce débat ne doit-il pas être élargi et la société civile s'emparer ?
Reste la question la plus soulevée : quid de forces onusiennes permanentes pour le maintien de la paix. On touche à un problème à la fois financier énorme en coûts de personnel, de logistique et d'armement mais surtout à un problème politique de souveraineté, de transparence.
L'avancement du droit et des critères d'application peut permettre de lever des obstacles. Du chemin a été fait avec la publication du rapport de Lakhdar Brahimi et du « Groupe d’étude sur les opérations de paix de l’ONU » a été créé en mars 2000 par le Secrétaire général afin de faire des recommandations pour améliorer la pratique de l’ONU dans le domaine du maintien de la paix.
Il reste encore largement à appliquer même si aujourd'hui le dispositif onusien a cru considérablement puisqu'au 31 janvier 2010, 84.835 militaires onusiens étaient déployés dans le monde, 12.794 policiers, ainsi que 2314 observateurs militaires, soit un total de 99.943 personnes, contre 12.400 en 1996.
Il existe maintenant un Secrétaire-général adjoint de l'ONU au maintien de la paix, une structure logistique onusienne a été crée à ses côtés, une base logistique a été créée en Italie.
En même temps, il est difficile d'imaginer que des forces onusiennes puissent être utilisées dans des opérations rapides de protection de population. L'ONU risque d'être obligée pendant longtemps à faire appel à des contributions de pays avec toutes les questions d'encadrement juridique et militaires exposées auparavant.
Il est évident par ailleurs que tout progrès dans le maintien de la paix tant sur le plan juridique que militaire ne peut se comprendre durablement que dans deux cadres : celui du progrès de la démilitarisation des relations internationales (progrès des traités de désarmement, diminution des dépenses militaires) et celui d'une démocratisation progressive des différents niveaux d'élaboration et décision du sytèmes des Nations unies (élargissement du Conseil de sécurité, poids de l'Assemblée générale, place de la société civile, encadrement des agences économiques comme FMI, BM et OMC).
Au dela des conséquences dans leurs propres pays, les luttes des populations du continent africain n'auront pas été inutiles si elles font aussi avancer le débat sur le renforcement du droit international, la construction d'une sécurité globale, coopérative et humaine.
Jeudi 14 avril 2011




lundi 14 mars 2011

Europe politique : les errements de M. Sarkozy (1)

Notre précédent article s'intitulait : "Alain Juppé ou la nécessité de mettre en concordance les paroles et l'action politique". À peine, était-il écrit qu'il prenait toute son actualité. Dès le 1er mars, M. Juppé déclarait lors des questions d'actualité sur la Libyie, à l'Assemblée nationale :" "Différentes options peuvent être étudiées, notamment celle d'une zone d'exclusion aérienne, mais je le dis ici très clairement : aucune intervention ne se fera sans un mandat clair du Conseil de sécurité des Nations unies".
Las, dix jours plus tard, à Bruxelles, M. Sarkozy jetait le trouble en envisageant une intervention militaire française sans forcément un mandat du Conseil de sécurité : "Un mandat des Nations unies est nécessaire, c'est préférable. Nous le souhaitons", a-t-il dit. "S'il n'y a pas de mandat et qu'il y a une demande régionale et libyenne, nous verrons à ce moment-là", a-t-il, dans le même temps, ajouté.
Les téléspectateurs français avaient pu voir sur leur écran, la surprise et le malaise du Ministre des Affaires étrangères qui avait appris, apparemment en même temps que les auditeurs, la nouvelle position française. M. Juppé avalera-t-il cette nouvelle couleuvre ? Probablement, mais nous y verrons plus clair dans les semaines à venir.
La position de N. Sarkozy a de quoi surprendre : tous les gens un peu instruits savent qu'aujourd'hui, un pays ne peut utiliser la force contre un autre pays (en dehors du cas express et temporaire de la légitime défense) que dans le cadre d'un mandat clair du Conseil de sécurité de l'ONU, délivré en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies, si un conflit menace la paix mondiale et la sécurité internationale, sauf à faire comme M. Bush en Irak, en 2003, avec les conséquences désastreuses que l'on connaît. Que cherche le Président de la République française en prenant le risque de jouer "Bush, le retour" ?
Cette diplomatie de communication tapageuse a-t-elle pour but de faire oublier le resserrement des liens avec le régime Khadafi depuis 2007 ? Le journal Le Point rappelle que "Paris a profité de la libération des infirmières bulgares en 2007 pour vendre à la Libye des missiles antichars Milan (168 millions d'euros) et un réseau de communication sécurisé Tetra pour sa police (128 millions d'euros). Pour le reste, plus de deux milliards d'euros de contrats étaient en discussion ces derniers mois entre la France et la Libye". L'homme-pivot de la relation avec Khadafi est, selon l'ex-juge Eva Joly, le ministre des Relations avec le Parlement, Patrick Ollier (le compagnon de Michèle Alliot-Marie), qu'elle dénonce avec vigueur : "Il préside l'amitié franco-libyenne au parlement en France" et "a effectué une vingtaine de voyages d'amitié avec le président Kadhafi et ces voyages ont été suivis de ventes d'armes".
L'institut suédois, le SIPRI, rappelle, par ailleurs, qu'en 2007, la Libye avait signé un contrat de 100 millions de dollars pour la modernisation de 12 de ses Mirages F-1. Cette mise à niveau aurait été réalisée en 2009.
Ont-ils été utilisés dans les dernières opérations aériennes de l'armée libyenne ?
Diplomatie en forme de rideau de fumée ? En tout cas, une diplomatie élyséenne inefficace : si l'on voulait réellement aider les démocrates libyens, la priorité n'était pas aux déclarations fracassantes, mais choquantes pour nombre de pays attachés au droit international, mais au resserrement des contacts avec la Ligue arabe, l'Union africaine et le conseil de transition libyen pour coordonner les efforts afin d'accélérer le vote d'une résolution au Conseil de sécurité. Seule cette démarche multilatérale, sans effets de manche, était capable de lever les réticences de la Chine et de la Russie, sourcilleuses sur les points de souveraineté nationale.
Au lieu de cela, l'initiative de N. Sarkozy a renforcé les suspicions, y compris en Europe, de la part de nombreux partenaires, dont l'Allemagne. Un mauvais signal a été donné : cela confirme que, seule la mise en avant du droit international, le renforcement des structures multilatérales (ONU au premier plan, diplomatie européenne dans la foulée) sont susceptibles de rassembler et d'unir l'ensemble des États européens et de faire jouer un rôle positif et efficace à l'Union européenne.
Comment faire de l'Europe une "puissance positive" ? Lors de ces derniers mois, le débat sur l'Europe de la défense, la diplomatie européenne, l'action politique de l'Union, semble rebondir après le sommet de Lisbonne de l'OTAN et la mise en oeuvre du Traité européen aussi de Lisbonne. Subordination, autonomie européennes ? Pourquoi faire ?  Cela demande de pousser ce débat le plus loin possible. Nous y reviendrons dans nos prochains articles.
14 mars 2011


lundi 7 mars 2011

Alain Juppé ou la nécessité de mettre en concordance les paroles et l'action politique

La France a donc un nouveau Ministre des Affaires étrangères avec Alain Juppé, après l'éphémère passage de Michèle Alliot-Marie. Celui-ci a la lourde charge de restaurer la confiance envers la diplomatie française, tant de la part de l'opinion publique française que de celle de beaucoup de peuples de notre planète et même de la part des diplomates français eux-mêmes.
Le mois dernier, un mystérieux "groupe Marly", regroupant d'anciens et d'actuels acteurs du Quai d'Orsay, a ainsi ouvertement critiqué, dans une tribune au Monde, la gestion amateur et  impulsive de la politique étrangère française. Il est vrai que le Quai d'Orsay a frôlé l'incompétence avec M. Douste-Blazy, supporté l'action brouillonne à la limite de l'amateurisme de M. Kouchner, et enfin été "achevé" par la désinvolture de Mme Alliot-Marie.
"Nous devons retrouver une politique étrangère fondée sur la cohérence, l'efficacité et la discrétion.", ont exigé les signataires du groupe Marly. Alain Juppé avait formulé la même requête en juillet 2010 dans un communiqué, rédigé avec un autre ancien ministre des Affaires étrangères, le socialiste Hubert Védrine. Le ministre nouvellement nommé demandera-t-il que les budgets de plus en plus restreints du Quai d'Orsay soient revus à la hausse et que le gouvernement et surtout la Présidence de la République développent plus de concertation et de dialogue avec le corps diplomatique ?
En 2008, il avait été chargé par Bernard Kouchner d'animer une commission et de remettre un rapport sur "la politique étrangère et européenne de la France 2008-2020". Le texte remis visait à "clarifier les axes majeurs de la diplomatie française, tout en préconisant une meilleure efficacité des services extérieurs de l'Etat". Les résultats n'ont pas été convaincants pour le moins.
Dans son discours d'installation du 1er mars, Alain Juppé n'a pas développé de "vision" enthousiasmante pour la diplomatie française. Les priorités tracées sont maigres et conjoncturelles : "refonder l’Union pour la Méditerranée" et "anticiper l’essor de l’Afrique au XXIème siècle", développer l’intégration, non seulement économique et financière, mais aussi dans le domaine de la politique de défense et de sécurité de l’Union européenne, "resserrer les partenariats stratégiques que nous avons développés avec les nouvelles puissances émergentes sur la planète". C'était un discours "a minima" écrit dans la hâte d'un remaniement ministériel.
Est-ce cette précipitation qui explique qu'aucune vision multilatérale forte n'a été développée, que les perspectives proposées soient uniquement d'ordre bilatéral, vers l'Afrique ou les pays émergents, qu'on n'y trouve rien sur le renforcement du multilatéralisme et de l'ONU, rien sur le renforcement des processus de désarmement ?
Dans ces dernières années de retour vers le pouvoir, M. Juppé a multiplié les déclarations si possibles "bipartisanes" (au sens donné à ce type de position aux États-Unis), avec par exemple, le socialiste Michel Rocard,  le général Norlain sur le désarmement nucléaire, avec Hubert Védrine sur la diplomatie pour apparaître compétent et ouvert. Était-ce pour développer une vraie "vision" d'homme d'État à la manière de M. de Villepin ou développer une simple posture de carrière ? Les mois prochains apporteront peut-être une réponse.
M. Juppé est, en effet, face à un certain nombre de défis à venir. Quelles initiatives va-t-il prendre en direction de l'ONU et de l'Union africaine pour éviter un massacre en Lybie par M. Khadafi et  aussi en Côte d'Ivoire par M. Gbagbo, dont les médias ne se soucient guère actuellement ? Son action en 1994 au Rwanda, sous MM Balladur et Mitterrand, est aujourd'hui largement controversée, comme l'a rappelé dernièrement le Collectif des victimes du génocide.
Quelles actions va-t-il entreprendre pour la mise en oeuvre de toutes les décisions de la dernière Conférence d'examen du TNP de mai 2010 pour renforcer le désarmement nucléaire, créer une zone dénucléarisée au Proche-Orient ?
En octobre 2009, il s'était prononcé avec MM Norlain, Richard et Rocard pour "des initiatives urgentes et beaucoup plus radicales des cinq puissances nucléaires reconnues par le traité de 1968. Elles doivent engager un processus conduisant de manière planifiée au désarmement complet, y associer pleinement les trois puissances nucléaires de fait, écarter tout projet de développement d'arme nouvelle, prendre plus d'initiatives et de risques politiques pour surmonter les crises régionales majeures." Ces personnalités émettaient "le voeu que la France affirme résolument son engagement pour le succès de ce processus de désarmement et sa résolution d'en tirer les conséquences le moment venu quant à ses propres capacités"...
Il aura une première occasion de montrer sa fidélité à ses principes lors de la réunion des cinq puissances nucléaires que la France doit organiser à Paris en juin ou septembre pour justement examiner l'application des décisions du TNP...
Enfin, M. Juppé sera très attendu sur son engagements dans la mise en oeuvre des grandes décisions de l'ONU : pour la paix au Proche-Orient et la reconnaissance d'un État palestinien (M. Juppé n'avait-il pas participé au processus des accords d'Oslo en 1993 ?) et pour la réussite des Objectifs du Millénaire des Nations-unies pour l'éradication de la pauvreté, qui est une des conditions-clés de toute politique de soutien au développement du continent africain. M. Sarkozy semble vouloir utiliser, en 2011, la présidence française du G20 et du G8 pour développer un "contournement" de l'ONU et du Conseil de sécurité. M. Juppé s'engouffrera-t-il dans cette voie négative ou saura-t-il temporiser et freiner M. Sarkozy ?
Rarement, la nécessité de mettre en concordance les paroles et l'action politique n'aura été aussi évidente...
7 mars 2011