dimanche 15 mars 2015

Nucléaire encore... toujours ? (2)

Nous avons abordé dans le premier article de cette série le retour dans l'actualité médiatique de l'arme nucléaire au travers des débats sur le nucléaire et l'Iran (discours de Netanyahou au Congrès US), sur les écrans français (autour de la contestation de MM Norlain et Quilès), dans le débat politique avec le discours de François Hollande à Istres le 19 février.
Ce dernier discours se veut être le "grand" discours sur la dissuasion nucléaire que chaque Président de la République française prononce une fois par mandat. Il fait écho au discours de Nicolas Sarkozy à Cherbourg le 21 mars 2008 et à celui de Jacques Chirac le 19 janvier 2006 à l'Île longue, près de Brest.
Il m'a semblé intéressant de comparer ces trois textes, d'en relever les similitudes (continuité ou sclérose ?) et les éventuelles nuances.  Je propose ci-dessus un tableau comparatif avec de brefs commentaires que je développerai dans un troisième article, la semaine prochaine.
J'ai choisi de faire cette comparaison autour de quelques thématiques, choisies certes arbitrairement, mais qui me paraissent importantes.
Les menaces et le contexte : "ne pas baisser la garde"...
FH : "Alors en tant que chef de l’État, j’ai le devoir impératif de prendre ces menaces en compte, car rien ne doit atteindre notre indépendance. Le contexte international n’autorise aucune faiblesse. Et c’est pourquoi, le temps de la dissuasion nucléaire n’est pas dépassé. Il ne saurait être question, y compris dans ce domaine, de baisser la garde."
NS : "Le devoir de tout responsable politique, c’est de se créer des marges de manœuvre pour exercer pleinement sa capacité de décision. J’ai choisi de construire l’avenir avec quelques repères simples : notre stratégie, nos ambitions, nos alliances, l’objectif européen. Et un principe, simple lui aussi : j’exclus absolument de baisser la garde."
JC : "Mais nous ne sommes à l'abri, ni d'un retournement imprévu du système international, ni d'une surprise stratégique. Toute notre histoire nous l'enseigne.(...) 10% de notre effort de défense, c'est le prix juste et suffisant pour doter notre pays d'une assurance de sécurité qui soit crédible et pérenne. Et je vous le dis, la mettre en cause serait parfaitement irresponsable".
COMMENTAIRE : on est dans le quasi copier-coller. "Ne pas baisser la garde" renvoie au combattant qui se protège d'un adversaire, mais dans ce cas, ne prend pas en compte le fait que cette "garde" est en même temps une affirmation de puissance et d'arrogance qui invite les spectateurs à eux-aussi prendre les armes et favorise donc la prolifération...
L'arme nucléaire, arme de non-emploi ?
FH : " J’ajoute que pour la France, l’arme nucléaire n’est pas destinée à remporter un avantage quelconque dans un conflit. En raison des effets dévastateurs de l’arme nucléaire, elle n’a pas sa place dans le cadre d’une stratégie offensive, elle n’est conçue que dans une stratégie défensive".
NS : "Elle est strictement défensive. L’emploi de l’arme nucléaire ne serait à l’évidence concevable que dans des circonstances extrêmes dé légitime défense, droit consacré par la Charte des Nations Unies."
JC : "Mais, notre concept d'emploi des armes nucléaires reste bien le même. Il ne saurait, en aucun cas, être question d'utiliser des moyens nucléaires à des fins militaires lors d'un conflit. C'est dans cet esprit que les forces nucléaires sont parfois qualifiées "d'armes de non emploi"."
COMMENTAIRE : nous avons là le cœur de la constitution de la notion dépassée de dissuasion. Nous y reviendrons la semaine prochaine.
La défense des intérêts vitaux, mais lesquels ?
FH: "La dissuasion nucléaire vise à protéger notre pays de toute agression d’origine étatique contre ses intérêts vitaux, d’où qu’elle vienne, et quelle qu’en soit la forme.(...) L’intégrité de notre territoire, la sauvegarde de notre population constituent le cœur de nos intérêts vitaux. (...) La définition de nos intérêts vitaux ne saurait être limitée à la seule échelle nationale, parce que la France ne conçoit pas sa stratégie de défense de manière isolée, même dans le domaine nucléaire".
NS : "Notre dissuasion nucléaire nous protège de toute agression d’origine étatique contre nos intérêts vitaux – d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. Ceux-ci comprennent bien sûr les éléments constitutifs de notre identité et de notre existence en tant qu’État-nation, ainsi que le libre exercice de notre souveraineté. Ma responsabilité, en tant que Chef de l’État, est d’en apprécier à tout moment la limite, car dans un monde qui change, celle-ci ne saurait être figée".
JC  : "Une telle politique de défense repose sur la certitude que, quoiqu'il arrive, nos intérêts vitaux seront garantis. C'est le rôle attribué à la dissuasion nucléaire qui s'inscrit dans la continuité directe de notre stratégie de prévention. (...) L'intégrité de notre territoire, la protection de notre population, le libre exercice de notre souveraineté constitueront toujours le cœur de nos intérêts vitaux. Mais ils ne s'y limitent pas. La perception de ces intérêts évolue au rythme du monde, un monde marqué par l'interdépendance croissante des pays européens et aussi par les effets de la mondialisation. Par exemple, la garantie de nos approvisionnements stratégiques ou la défense de pays alliés, sont, parmi d'autres, des intérêts qu'il convient de protéger".
COMMENTAIRE : après la dérive de Jacques Chirac en 2006, ramenant les intérêts vitaux de la France à la défense des voies d'approvisionnements, les deux derniers présidents s'en tiennent pour l'essentiel à la menace de nature étatique.
Un ultime avertissement ?
FH : " Néanmoins, je ne peux exclure qu’un adversaire se méprenne sur la délimitation de nos intérêts vitaux. C’est pourquoi je veux rappeler ici, que la France peut, en dernier ressort, marquer sa volonté à défendre nos intérêts vitaux par un avertissement de nature nucléaire ayant pour objectif le rétablissement de la dissuasion".
NS: "Nous ne pouvons exclure qu’un adversaire se méprenne sur la délimitation de nos intérêts vitaux, ou sur notre détermination à les sauvegarder. Dans le cadre de l’exercice de la dissuasion, il serait alors possible de procéder à un avertissement nucléaire, qui marquerait notre détermination. Il serait destiné à rétablir la dissuasion".
JC  : "Par ailleurs, nous nous réservons toujours, cela va de soi, le droit d'utiliser un ultime avertissement pour marquer notre détermination à protéger nos intérêts vitaux.(...) Contre une puissance régionale, notre choix n'est pas entre l'inaction et l'anéantissement. La flexibilité et la réactivité de nos forces stratégiques nous permettraient d'exercer notre réponse directement sur ses centres de pouvoir, sur sa capacité à agir. Toutes nos forces nucléaires ont été configurées dans cet esprit. C'est dans ce but, par exemple, que le nombre des têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de nos sous-marins".
COMMENTAIRE : l'arme nucléaire peut-elle en rester à un simple avertissement ? Beaucoup d'experts en doutent, nous ne sommes plus en 1945 à l'époque d'Hiroshima, les conséquences aujourd'hui en serait probablement désastreuses : terrorisme biologique, chimique, notamment...
Dissuasion nucléaire et Europe :
FH : "Nous participons au projet européen, nous avons construit avec nos partenaires une communauté de destin, l’existence d’une dissuasion nucléaire française apporte une contribution forte et essentielle à l’Europe. La France a en plus, avec ses partenaires européens, une solidarité de fait et de cœur. Qui pourrait donc croire qu’une agression, qui mettrait en cause la survie de l’Europe, n’aurait aucune conséquence ? C’est pourquoi notre dissuasion va de pair avec le renforcement constant de l’Europe de la Défense".
NS : "S’agissant de l’Europe, c’est un fait, les forces nucléaires françaises, par leur seule existence, sont un élément clef de sa sécurité. Un agresseur qui songerait à mettre en cause l’Europe doit en être conscient. Tirons-en, ensemble, toutes les conséquences logiques : je propose d’engager avec ceux de nos partenaires européens qui le souhaiteraient, un dialogue ouvert sur le rôle de la dissuasion et sa contribution à notre sécurité commune".
JC : "En outre, le développement de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense, l'imbrication croissante des intérêts des pays de l'Union européenne, la solidarité qui existe désormais entre eux, font de la dissuasion nucléaire française, par sa seule existence, un élément incontournable de la sécurité du continent européen. En 1995, la France avait émis l'idée ambitieuse d'une dissuasion concertée afin d'initier une réflexion européenne sur le sujet. Ma conviction demeure que nous devrons, le moment venu, nous poser la question d'une Défense commune, qui tiendrait compte des forces de dissuasion existantes, dans la perspective d'une Europe forte, responsable de sa sécurité".
COMMENTAIRE : Nous sommes là en pleine ambiguïté, puisque d'un côté on affirme que la définition des intérêts vitaux reste nationale et autonome, mais que, en même temps, on pourrait dépendre de l'action extravagante d'un allié européen : voir les risques si l'Ukraine était membre de l'Union avec un gouvernement aussi aventurier.
Garder les deux composantes ?
FH : "Pour ce qui me concerne, je me détermine à partir du seul enjeu qui vaille : la sécurité ultime de la France. J’ai donc décidé de maintenir une composante océanique et une composante aéroportée. (...)  La composante aéroportée donne, en cas de crise majeure, une visibilité à notre détermination à nous défendre, évitant ainsi un engrenage vers des solutions extrêmes. Voilà l’intérêt des deux composantes, si je puis dire : une qui ne se voit pas et une autre qui se voit".
NS : "J’ai aussi la conviction qu’il est indispensable de maintenir deux composantes nucléaires, une océanique et une aéroportée. (...) En effet, leurs caractéristiques respectives, notamment en termes de portée et de précision, les rendent complémentaires. Pour faire face à toute surprise, le chef de l’État doit pouvoir compter sur elles en permanence".
JC : "Grâce à ces deux composantes, différentes et complémentaires, le chef de l’État dispose d'options multiples, couvrant toutes les menaces identifiées".
COMMENTAIRE : la notion de complémentarité avancée, voire même l'image de "celle qui se voit" est un artifice de communication mais ne répond aux problèmes soulevés par la pertinence ou non de la notion "d'ultime avertissement".
La modernisation continue :
FH : " Il convient  aussi de maintenir les capacités et la crédibilité de ces deux composantes. Ce qui suppose de traduire dans les faits, c’est-à-dire dans les armes, les évolutions technologiques dans le domaine de la défense aérienne, de la défense antimissiles, de la détection sous-marine. (...)  La loi de programmation militaire est justement celle qui nous permet de poursuivre l’adaptation des SNLE, nos sous-marins, aux M51, qui nous permet de mettre en service la tête nucléaire océanique à partir de 2016, de lancer les études de conception du SNLE de troisième génération et de remplacer, d’ici à 2018, les derniers Mirage 2000N par des Rafale emportant le missile ASMPA. Par ailleurs, la loi de programmation militaire a engagé le renouvellement de la flotte des avions ravitailleurs, 12 avions Phénix ont été commandés et les deux premiers seront livrés à partir de 2018. (...) Des études ont été également réalisées pour explorer ce que pourra être le successeur de l’ASMPA. (...)  J’ai parallèlement, donné instruction au Commissariat à l’énergie atomique de préparer, à l’échéance de leur fin de vie, l’évolution nécessaire des têtes nucléaires (...)".
NS : " Garantir la sécurité de la Nation a un coût important. Chaque année, la dissuasion nucléaire coûte aux Français la moitié du budget de la justice ou de celui des transports. Ce coût, il doit bien entendu être maîtrisé autant que possible, dans le contexte financier que j’ai évoqué précédemment. Mais je suis déterminé à assumer ce coût".
JC : "La modernisation et l'adaptation de ces capacités sont donc tout à fait nécessaires. Notre dissuasion doit conserver son indispensable crédibilité dans un environnement géographique qui évolue".
COMMENTAIRE : concilier la notion de respect des traités de désarmement avec une politique de modernisation et perfectionnement est fortement critiqué par les ONG et par la grande majorité des pays non-nucléaires qui y voient une forme élevée de duplicité !
La France et le désarmement :
FH : "Mais en même temps qu’elle est prête à se défendre, elle ne veut pas pour autant renoncer à l’objectif même du désarmement, y compris du désarmement nucléaire. (...) Je partage donc l’objectif, à terme, de l’élimination totale des armes nucléaires, mais j’ajoute : quand le contexte stratégique le permettra. La France continuera d’agir sans relâche dans cette direction. (...) La France a été exemplaire, en application du principe de stricte suffisance. Elle a donc réduit, ces dernières années, de moitié le nombre total de ses armes. De moitié ! Elle a diminué d’un tiers la composante nucléaire aéroportée. Elle a renoncé au missile sol-sol. Nous n’avons pas parlé du désarmement ; nous l’avons fait jusqu’au point nécessaire".
NS : "Plutôt que de faire des discours et des promesses, sans les traduire en actes, la France, elle, agit. Elle respecte ses engagements internationaux et notamment le Traité de Non Prolifération Nucléaire. Elle a aujourd’hui un bilan exemplaire, et unique au monde, en matière de désarmement nucléaire. (...) La France, premier État, avec le Royaume-Uni, à avoir signé et ratifié le traité d’interdiction complète des essais nucléaires ; la France, premier État à avoir décidé la fermeture et le démantèlement de ses installations de production de matières fissiles à des fins explosives ; la France, seul État à avoir démantelé, de manière transparente, son site d’essais nucléaires situé dans le Pacifique ; la France, seul État à avoir démantelé ses missiles nucléaires sol-sol ; la France, seul État à avoir réduit volontairement d’un tiers le nombre de ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. La France n’a jamais participé à la course aux armements".
JC : "Dans le même temps, nous continuons à soutenir les efforts internationaux en faveur du désarmement général et complet, et, en particulier, la négociation d'un traité d'interdiction de la production de matières fissiles à usage nucléaire. Mais nous ne pourrons évidemment avancer sur la voie du désarmement que si les conditions de notre sécurité globale sont maintenues et si la volonté de progresser est unanimement partagée".
COMMENTAIRE : le thème de la France "exemplaire" en matière de désarmement s'appuie uniquement sur les décisions de Jacques Chirac en 1996 après la calamiteuse reprise des essais nucléaires (fermeture du site de missiles sol-sol d'Albion, du site d'essais de Mururoa, de la production de matières fissiles) : ils ne s'agissait pas alors de décisions de désarmement nucléaire mais d'un "mix" politique de recul face à l'opinion publique internationale et de la croyance illusoire que l'heure était venue de la priorité "aux forces de projection" et à un retour dans l'OTAN. Les dirigeants et les militaires français ont toujours regretté ensuite ces choix.
Vous avez dit transparence ?
FH : "La France a été exemplaire quant au volume de son stock d’armes, c'est-à-dire 300. Pourquoi 300 ? Parce que cela correspond à l’évaluation que nous faisons du contexte stratégique. (...)  Je veux encore aller plus loin dans la transparence, que ce soit sur notre doctrine, c’est ce que je fais aujourd’hui, devant vous, donc devant le monde entier ; transparence aussi sur nos arsenaux et sur nos efforts concrets de désarmement. C’est la raison pour laquelle je ne crains pas d’informer que la France dispose de trois lots de 16 missiles portés par sous-marins, et de 54 vecteurs ASMPA. Et je souhaite que tous les États disposant de l’arme nucléaire fasse le même effort de vérité, celui que je fais devant vous, pour toutes les catégories d’armes de leur arsenal nucléaire. Dans ce même esprit de transparence, de vérité, la France proposera très prochainement la visite des nouveaux sites qui n’accueillent plus d’armes nucléaires ; le plateau d’Albion, où les silos qui abritaient la composante sol-sol sont complètement démantelés, la base de Luxeuil dont les dépôts de stockage d’armes sont maintenant vides, et là aussi je souhaite que ce geste inspire l’attitude d’autres puissances nucléaires, avec des visites auxquelles nos experts pourront également se rendre".
NS : "J’ai également décidé que la France pouvait et devait être transparente sur son arsenal nucléaire, comme personne au monde ne l’a encore fait. Après cette réduction, notre arsenal comprendra moins de 300 têtes nucléaires. (...)  Enfin, j’ai décidé d’inviter des experts internationaux à venir constater le démantèlement de nos installations de production de matières fissiles militaires de Pierrelatte et de Marcoule".
JC : " C'est dans ce but, par exemple, que le nombre des têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de nos sous-marins".
COMMENTAIRE : la "transparence" s'est limitée à chaque fois à énoncer publiquement ce que tous les spécialistes, les acteurs impliqués connaissaient depuis longtemps. À noter que, ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande, n'ont redonné des précisions, comme Jacques Chirac l'avait amorcé, sur le nombre exact de têtes nucléaires sur chaque missile des sous-marins nucléaires alors que le Royaume-Uni l'a fait. Cela a alimenté longtemps la spéculation sur le fait qu'un missile M51, en étant muni seulement d'une seule tête nucléaire au lieu de six, pouvait être utilisé seul pour une frappe "d'avertissement", donc en fait pour une frappe d'emploi contre un "état-voyou"...
Dans un troisième article, nous reviendrons sur les questions de fond liées à la promotion persistante par la France de la pertinence de la dissuasion nucléaire et de la posture : "parlons d'abord de la non-Prolifération, on discutera du désarmement après"...

mardi 10 mars 2015

Nucléaire encore... toujours ? (1)

Depuis le début de l'année 2015, trois grands sujets internationaux ont occupé la scène médiatique : les exactions terroristes de Daesh et de ses suppôts, les affrontements en Ukraine et... les débats sur les armes nucléaires.
Ce dernier sujet a été abordé sous l'angle habituel des risques de prolifération autour des supposées menaces d'acquisition par l'Iran et la prestation comico-tragique de Benyamin Netanyahou devant le Congrès des États-Unis. Il s'est développé aussi sur le fond, sur la pertinence des armes nucléaires aujourd'hui, au travers de multiples interviews en France du général Norlain ou de l'ancien ministre Paul Quilès et, bien sûr, après le discours sur la dissuasion tenu à Istres par François Hollande, le 19 février dernier.
Qu'en retenir comme éventuels éléments nouveaux ?
Concernant le nucléaire iranien, le jeu de ping-pong diplomatique continu avec l'Iran qui cherche à poursuivre son programme civil avec le moins de contraintes possibles, pour laisser subsister une ambiguïté stratégique sur ses intentions et possibilités face à un Israël qui possède déjà un nombre de têtes nucléaires appréciable (une centaine ?), non autorisées par le régime du TNP et donc, par le droit international. L'Iran n'entend pas non plus, à aucun prix, sembler perdre la face et son statut de première puissance régionale. Il semble que du côté des puissances nucléaires officielles, notamment des États-Unis et de la France, l'hypothèse d'un règlement politique comme seule solution réaliste soit majoritaire et qu'un accord puisse aboutir, en espérant qu'il soit signé avant le départ de Barack Obama...
L'attitude de M. Netanyahou qui n'hésite pas à jouer avec le feu diplomatique pour de vulgaires préoccupations électorales intérieures est d'autant plus critiquable.
Dans la même période, on a assisté aussi à des déclarations, considérées jusqu'à présent comme des rodomontades des dirigeants nord-coréens sur leur capacité de fabrication de bombes atomiques. Début février, Pyongyang avait semblé exclure toute reprise du dialogue avec les États-Unis, menaçant de répondre à toute «guerre d’agression» américaine par des frappes nucléaires et des actes de piratage informatique. La Corée du Nord menace souvent les États-Unis de frappes nucléaires mais le pays n’a pas démontré sa capacité à lancer des missiles balistiques capables d’atteindre le territoire américain. Mais selon un scenario établi par des spécialistes américains, Pyongyang posséderait, dans cinq ans, 20 armes nucléaires, certaines étant assez miniaturisées pour être portées par des missiles balistiques capables d’atteindre le Japon, voisin de la péninsule coréenne.
La situation de la Corée du nord qui s'est retirée du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire ), le non-contrôle des arsenaux possédés par Israêl, l'Inde et le Pakistan montrent bien les limites de l'application de ce traité dont une Conférence d'examen (elle se déroule tous les cinq ans) aura lieu à New-York en avril prochain. On peut craindre une nouvelle impasse si les puissances nucléaires ne font pas preuve de plus d'esprit d'ouverture et d'initiative. L'attitude diplomatique de la France telle que le président Hollande l'a confirmée à Istres en février est révélatrice. Les deux priorités diplomatiques françaises seront : "l’entrée en vigueur au plus tôt du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Je le dis d’autant plus aisément que la France a fait la démonstration que la renonciation complète, irréversible aux essais nucléaires était compatible avec le maintien d’une dissuasion crédible" et la "seconde priorité, c’est l’arrêt définitif de production de matières fissiles pour les armes.(...) la France proposera dans les semaines à venir un projet de traité ambitieux, réaliste et vérifiable, sur ces questions".
Les deux objectifs sont louables et méritent d'être soutenus mais... s'ils ne sont pas accompagnés d'initiatives politiques sur une troisième question fondamentale, qui est celle des engagements concrets, planifiés et véritables des puissances nucléaires officielles d'aller dans un délai rapproché vers un désarmement nucléaire total, les deux priorités énoncées ne seront que des effets de manche diplomatiques sans espoir de réussite et les dirigeants français le savent bien ! Le "double standard" créé dans le TNP entre les états "dotés" (possédant au départ l'arme nucléaire) et les états "non-dotés" (s'engageant à ne jamais chercher à acquérir l'arme nucléaire) devait se résoudre par l'application de l'article VI du traité dont lequel les états nucléaires s'engageaient à aller à ce désarmement nucléaire. 45 ans après, le "double standard" devient de plus en plus insupportable. Il est clair que seul des modifications profondes des rapports de force politique peuvent faire bouger les lignes.
Plusieurs signes encourageants se sont manifestés depuis ce début d'année, comme je l'ai écrit précédemment. Les déclarations de certains experts français comme Norlain et Quilès ont été beaucoup plus largement reprises dans les médias audio ou télévisés. C'est nouveau. Ce n'est pas un hasard si le ministre Le Drian a essayé de réfuter les arguments de ces spécialistes, tout comme le président de la République à Istres, sur le thème très défensif : "ce n'est pas le moment de baisser la garde"...
Les choses bougent également du côté de la société civile : le Mouvement de la paix français annonce l'envoi d'une délégation de cent Français à New-York pendant les discussions du TNP. Enfin, la campagne pour exiger des discussions sur l'établissement d'un traité international d'interdiction des armes nucléaires sur la base du refus des conséquences humanitaires inacceptables d'un conflit nucléaire, semble marquer des points. Le réseau d'ONG, la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), a reçu le renfort de pays comme l'Autriche, le Mexique, la Suède qui popularisent un "engagement" diplomatique officiel comme base de ralliement et de futures négociations diplomatiques.
Nous reviendrons dans un prochain article sur le récent discours à Istres du président Hollande pour justifier la dissuasion nucléaire française.

dimanche 1 février 2015

L'AGENDA DE LA QUINZAINE (26/01/2015 - 07/02/2015 -)

LES ÉVÉNEMENTS DE LA SEMAINE ÉCOULÉE...

Jeudi 29 janvier
La Conférence du désarmement n'est pas parvenue à dégager un consensus sur le projet de programme de travail que lui soumettait le président de cette instance, l'Ambassadeur Jorge Lomónaco du Mexique. Celui-ci n'est pas parvenue à un consensus sur ce texte et a tenu à faire indiquer dans le compte-rendu de séance qu'une délégation (le Pakistan) s'est opposée au consensus.
Le projet de programme de travail pour la session de 2015 prévoyait pour la Conférence de négocier, un traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d'armes nucléaires. Ce document prévoyait également de négocier, pour aboutir à des accords portant respectivement sur des mesures efficaces ayant trait au désarmement nucléaire; sur des dispositifs juridiques propres à prévenir le déploiement d'armes dans l'espace et la menace ou l'emploi de la force contre des objets spatiaux; sur des arrangements internationaux efficaces pour garantir les États non dotés d'armes nucléaires contre l'emploi ou la menace de ces armes; sur les mesures propres à prévenir la mise au point, la fabrication, le stockage et l'emploi d'armes radiologiques; sur les éléments d'un programme de désarmement général et complet sous un contrôle international strict; sur les éléments de dispositifs multilatéraux sur la transparence dans le domaine des armements.
En fait, si seul le Pakistan s'est opposé officiellement au projet de programme de travail, le statu quo arrange beaucoup d'autres pays qui ne souhaitent pas voir la Conférence du désarmement avancer concrètement sur des sujets disputés : le traité d'interdiction des matières fissiles pour les uns, le désarmement nucléaire pour d'autres, la démilitarisation de l'espace pour quelques uns. Cette paralysie de la CD pousse des gouvernements à prendre des initiatives en dehors de cette enceinte. Ainsi, le gouvernement autrichien a invité tous les États à se joindre à son engagement de poursuivre les efforts pour l'interdiction et l'élimination des armes nucléaires. Ils peuvent le faire en approuvant officiellement "l'Engagement pris" (The "Pledge") par l'envoi d'une "note verbale" à l'Autriche. L'organisation ICAN (Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires) lance une action pour que les ONG fassent pression sur leurs gouvernements pour cela.

Vendredi 30 janvier
La Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires, Valérie Amos, a encouragé vendredi le Conseil de sécurité à prendre des mesures pour lutter contre l'impunité afin de protéger les civils pris dans des conflits.
Selon elle, malgré les développements positifs récents au sein du système onusien, la protection des civils dans les conflits armés est devenue de plus en plus lourde avec les années, alors que l'ampleur et le degré de brutalité et de violences commises contre les civils dans les conflits armés ont continué d'augmenter. Elle a cité les conflits en Syrie, en Iraq, au Yémen, en Libye, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo, au Nigéria, au Soudan du Sud, au Soudan, et en Ukraine.
« Nous devons aussi construire nos capacités collectives, trouver des solutions politiques aux conflits à un stade précoce, au lieu de nous débattre pour faire face aux conséquences », a encore dit la chef de l'humanitaire des Nations Unies.

Vendredi 30 janvier
Pour tenter de prendre la mesure de l'impact des médias sociaux sur la scène internationale, les Nations Unies ont organisé vendredi 30 janvier une Journée des médias sociaux de l’ONU au siège de l'Organisation à New York.
Selon Isabelle Poeschl, Officière de presse de la Section des Médias sociaux du Département de l’information de l’ONU, l'un des effets majeurs des médias sociaux est la modification des sources d'information : « Les gens visitent de moins en moins les sites Internet et se rendent de plus en plus sur les réseaux sociaux », a-t-elle déclaré. S'agissant spécifiquement de l'ONU, a affirmé Mme Poeschl, les médias sociaux sont en train de changer la façon dont les ambassadeurs, et notamment les Représentants permanents des Etats membres auprès des Nations Unies, communiquent entre eux. « Il y a quelques années, la plupart des ambassadeurs ne parlaient pas de leurs activités comme aujourd'hui, où ils échangent leurs points de vue et parlent des objectifs de leurs pays au sein des Nations Unies » au travers des médias sociaux, a déclaré l'Officière de presse de l'ONU.

Samedi 31 janvier
Le journal Le Télégramme de Brest publie la mise en garde du Mouvement de la Paix qui pointe du doigt la vulnérabilité du site de sous-marins nucléaires de Crozon.
"Les drones à Crozon montrent que les armes nucléaires constituent un danger et non une sécurité. La récente information sur le fait que des drones ont survolé la base de sous-marins nucléaires de l’ile longue près de Brest appelle réflexion" estime le collectif Bretagne du Mouvement de la Paix.

Samedi 31 janvier
Selon Radio Chine Internationale, l'Inde a réussi samedi un tir d'essai de son missile nucléaire balistique de longue portée Agni-5 au large de la côte est de l'Etat d'Odisha, selon des sources.
Le missile, d'une portée de 5 000 km, a été tiré depuis un lanceur mobile et le tir d'essai a été réussi, ont affirmé les sources. Le missile à trois étages, qui peut voler plus rapidement qu'une balle et transporter 1 000 kg d'armes nucléaires, ne peut être tiré que sur ordre du Premier ministre indien Narendra Modi. Il s'agit du troisième tir d'essai du missile après les tirs de 2012 et 2013, bien que le développement ait été entamé il y a cinq ans.

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CEUX DE LA SEMAINE À VENIR...


lundi 26 janvier 2015

Vœux, valeurs, réalisme, des inconciliables ?

L'actualité sanglante de janvier a fait passer à l'arrière-plan un certain nombre d'événements d'actualité. Parmi ceux-ci, la traditionnelle cérémonie des vœux du Président de la République aux ambassadeurs aurait mérité peut-être plus d'attention. François Hollande y a énuméré ses priorités diplomatiques pour 2015 : poursuivre la consolidation de l’Europe, agir pour la paix et pour la sécurité dans le monde, permettre à notre monde de rester viable, en ayant un développement qui puisse être compatible avec l’évolution de l’espèce humaine, travailler à un développement économique et social harmonieux. Ce sont autant de nobles objectifs qu'on ne peut que soutenir : la préoccupation est, bien sûr, de savoir quelles actions concrètes seront mises en œuvre pour y parvenir. Celles évoquées par François Hollande nous laissent sur notre faim. Pour l'Europe, il a rappelé qu'il avait trois priorités : "la première, la plus urgente, la croissance, toujours la croissance", "adopter un cadre financier européen pour 2014-2020" et parvenir à "l’union bancaire".  La France fera-t-elle preuve de plus d'énergie politique demain pour faire pression sur Mme Merkel pour qu'elle cesse de freiner les dispositifs de relance économique, quelles coopérations positives le gouvernement français nouera-t-il avec le futur gouvernement grec, si celui-ci est animé par Syriza ? Ce sont des actions fortes qui sont attendues.
Concernant les conflits en cours, là encore, les intentions peuvent paraître bonnes : faciliter "la transition politique en Syrie", ne ménager "aucun effort dans la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens"... Mais quelles initiatives concrètes pour aboutir en tenant compte du rôle positif que peuvent jouer la Russie et l'Iran, est-ce compatible avec les positions politiques françaises crispées prises dans la crise ukrainienne et dans les discussions de non-prolifération nucléaire ?
Concernant le développement, F. Hollande a annoncé que "la France va réunir des assises du développement. Une large concertation mobilisera de très nombreux acteurs en France mais aussi à l’étranger, pour aboutir en mars prochain à une feuille de route qui donnera les orientations de la politique française en matière de développement et qui l’inscrira dans la loi". Donc acte, certainement que les acteurs du développement, les associations, sauront se saisir de l'occasion pour créer un rapport de forces favorable à des mesures audacieuses.
Concernant les échanges financiers mondiaux, le président de la République a rappelé que "la France a toujours milité pour une réforme du système monétaire international" et souhaité "qu’au-delà du G 20, il puisse y avoir une instance qui puisse, justement permettre de discuter de tous ces grands sujets avec une représentation de l’ensemble du monde" (..) "pourquoi ne pas imaginer un Conseil de sécurité économique et social aussi pour réguler l’économie mondiale". On est tentés de dire "chiche" !
Mais, là encore, la question est posée de savoir comment sortir de l'effet de "posture", qui a été celui de la diplomatie française des dernières années, pour prendre des initiatives concrètes. L'année 2015 est celle du 70e anniversaire de la Charte des Nations unis, texte fondamental qui a permis la création de l'organisation mondiale et dont le contenu règle une bonne part de ce qu'on peut appeler une "gouvernance" mondiale. Comment le gouvernement français, sa diplomatie peuvent-il contribuer à un nouvel élan dans la communauté internationale pour que les Nations unies, ses organes soient plus représentatifs du monde qui bouge, de l'émergence de nouvelles puissances en Asie, en Afrique, en Amérique du sud ? Contribuer à des décisions plus fortes pour la réduction des inégalités mondiales au travers de la réalisation des objectifs de réduction de la pauvreté, d'élimination de la faim dans le monde, du développement généralisé de l'éducation pour les garçons et les filles ? En France, ne faut-il pas s'appuyer sur les potentialités humaines qui se sont traduites dans "Je suis Charlie" ?
Récemment, dans un colloque consacré la diplomatie français sur le thème "où est la boussole ?" (fondation Gabriel Péri), un intervenant s'interrogeait sur la difficulté existant en matière de politique étrangère entre les valeurs portées quand on est dans l'opposition et les contraintes indépassables rencontrées lorsqu'on arrive au pouvoir. Personne, évidemment, ne peut nier que la réalité a ses contraintes, qu'une politique étrangère se développe dans un environnement que l'on ne peut modifier que très lentement, que des enjeux de temporalité sont posés à l'action. Mais les problématiques que j'ai évoquées au travers des questions  soulevées dans les vœux de François Hollande montrent que, même dans les contraintes, ce sont les initiatives et volontés politiques qui sont déterminantes pour peser dans le concret sur la réalité. L'expérience de Syriza en Grèce dans les prochains mois sera à cet égard très enrichissant.

dimanche 25 janvier 2015

L'AGENDA DE LA QUINZAINE (19/01/2015 - 05/02/2015 -)

LES ÉVÉNEMENTS DE LA SEMAINE ÉCOULÉE...

Mercredi 21 janvier :
Le journaliste Patrick Coquidé  de BFM BUSINESS est revenu mercredi dernier sur une problématique, abordée plusieurs fois ici dans mes articles : comment dégager des moyens militaires supplémentaires sinon en taillant dans la dissuasion nucléaire ? Il rappelle que Hervé Morin, l'ancien ministre centriste de la Défense (...) suggère de ne conserver que les sous-marins nucléaires, les plus efficaces et les moins vulnérables selon les experts. "Supprimer désormais la composante aérienne permettrait de réaliser des économies suffisantes pour abonder les moyens des forces conventionnelles susceptibles d'être engagées à l'extérieur. (..)
En 2010, Nicolas Sarkozy avait bien fait un premier pas en décidant de réduire de trois à deux le nombre d'escadrons d'avions pouvant emporter des charges nucléaires. En 2013, la question avait à nouveau été posée à l'occasion de la préparation de la loi de programmation militaire 2014-2019. François Hollande avait tranché pour le maintien des deux composantes. Cette posture sera-t-elle longtemps tenable
"?
Un débat qui mérite d'être ré-ouvert largement.

Jeudi 22 janvier :
Les États-Unis abandonnent leur base militaire de Lajes, située sur l'île de Terceira aux Açores, en territoire portugais, et qui appartient aux États-Unis depuis 1943.
Utilisée par l'US Air Force depuis 1943, elle était, jusqu'à encore récemment, l'un des points stratégiques majeurs de l'Otan dans l'Atlantique Nord. Dans un contexte de coupes budgétaires au sein de ses installations stratégiques datant de la guerre froide, le gouvernement américain a annoncé le 8 janvier dernier la suppression de 500 postes de militaires et civils américains à Lajes, ainsi que le licenciement de 500 citoyens portugais travaillant sur la base. Quant à la fermeture définitive, elle devrait intervenir en 2021.

Jeudi 22 janvier :

L'horloge de l'Apocalypse, un concept évaluant le risque, notamment nucléaire, pesant sur l'humanité, vient d'être avancée de deux minutes. Le changement climatique pèse lourd dans la balance. Il est désormais minuit moins trois à l’horloge de la fin du monde. Évoquant les «menaces extraordinaires et incontestables» posées par «le changement climatique incontrôlé, la modernisation des armements nucléaires mondiaux et les arsenaux nucléaires démesurés», le Bulletin of Atomic Scientists a décidé d’avancer de deux minutes l’aiguille marquant l’écart nous séparant de la fin du monde. (Gregory SCHWARTZ dans Libération du 21 janvier 2015).

Vendredi 23 janvier 2015 :
La vice-ministre russe de la Défense Tatiana Chevtsova a annoncé vendredi à Saint-Pétersbourg, selon Ria Novosti, que cette année les dépenses du ministère de la Défense atteindront 4,6% du PIB et 23% des recettes du budget (contre 3,7% du PIB et 19,2% des recettes budgétaires en 2014).
"La part du programme d'armement dans le budget du ministère de la Défense ne cesse de croître tous les ans: de 37% en 2013 à 59% en 2017" et près de 70% d'ici 2020, a ajouté Mme Chevtsova.
D'après la vice-ministre, les dépenses militaires sont "un instrument sérieux de soutien de l'industrie nationale, surtout du secteur des hautes technologies".
Selon l'ex-ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, les dépenses sociales représentant un tiers du budget global de l'Etat et les dépenses militaires 35%, la Russie risque d'épuiser ses deux fonds de réserves dans les 18 mois si les cours du pétrole restent au niveau actuel d'environ 50 dollars le baril (Reuters).

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CEUX DE LA SEMAINE À VENIR...

Mardi 27 janvier :
Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité :
"La France a retenu la date du 27 janvier, anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, pour cette journée de la mémoire.
[...] Cette journée de la mémoire devra faire prendre conscience que le mal absolu existe et que le relativisme n’est pas compatible avec les valeurs de la République. En même temps, il faut montrer que l’horreur s’inscrit dans une histoire qu’il convient d’approcher avec méthode, sans dérive ni erreur. Ainsi appartient-il à notre institution de faire réfléchir les élèves à l’Europe du XXe siècle, avec ses guerres et ses tragédies, mais aussi à ses tentatives de synthèse autour des valeurs des droits de l’homme et à sa marche vers l’unité. Il est nécessaire de montrer aux jeunes que ces valeurs ne sont pas de simples mots. Leur respect dans tous les pays du monde est fondamental et nécessite de la part de chacun d’être attentif à ce qui menace ces valeurs et actif pour les défendre
."
B.O. n°46 du 11 décembre 2003 : www.education.gouv.fr

dimanche 18 janvier 2015

CHARLIE et culture de paix

Huit jours après l'attentat contre le journal Charlie Hebdo mercredi 7 janvier et trois journées d’action terroristes qui ont fait 17 morts en France, l'émotion est toujours vive, mais l'espace de débats s'est entrouvert : sur les médias, dans la vie quotidienne, dans les repas de famille ou d'amis.
Pas de nombrilisme ! La violence, l'intolérance et la haine ne touchent pas seulement notre pays. Nous sommes aussi profondément émus par l'attentat suicide épouvantable commis, volontairement ou de manière forcée, par une jeune fille âgée de dix ans à peine, tuant plusieurs personnes sur un marché à Maiduguri, au Nigéria, mais également par les centaines voire plusieurs milliers de morts dans l'attaque meurtrière de l'organisation terroriste Boko Haram dans la ville et la région de Baga, toujours au Nigéria.
La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a eu raison de déclarer lors d'une journée de réflexion cette semaine qu'il faut aussi renforcer « drastiquement les moyens de l'éducation, du dialogue et de la compréhension entre les cultures et les religions ».
Comme la violence sectaire se propage par des discours de haine, par le mensonge et l’instrumentalisation des religions, il faut, de manière fondamentale, pouvoir y répondre et forger des outils qui permettent aux jeunes de résister à ces manipulations. Cela nous ramène au principe fondateur de l’UNESCO : « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes et des femmes, c’est dans l’esprit des hommes et des femmes que doivent s’élever les défenses de la paix". 
En gardant cette boussole bien présente dans notre réflexion, nous pouvons commencer à faire plusieurs réflexions après le drame que nous avons vécu.
La première est que chacun, simple individu ou responsable politique, homme ou femme de média, doit réfléchir et agir en gardant raison, lucidité et créativité. L'émotion légitime doit être transcendée par la raison et le bon sens.
Oui, il y a besoin d'améliorer la sécurité de nos concitoyens mais il n'existe pas de solutions miracle ! Beaucoup d'experts, de responsables le disent : la panoplie législative est suffisante mais il faut améliorer l'efficacité des mesures de surveillance, de coopérations entre services nationaux, de coopérations entre pays européens, de coopérations à l'échelle internationale. Certaines mesures nécessitent le déploiement despressions politiques et économiques nécessaires sur certains pays : Turquie, monarchies du Golfe.
Certaines mesures de "justice" exceptionnelles (déchéance de nationalité, blocage du retour des djihadistes en France) relèvent plus de la gesticulation et des arrière-pensées politiciennes et démagogiques que de propositions efficaces.
Deuxième réflexion : dans cette période tendue et prompte à toutes les peurs et tous les fantasmes, il convient de passer au crible de la raison certaines fausses évidences.
Est-il raisonnable de vouloir généraliser l'armement des polices municipales ? Indiscutablement, ces fonctionnaires territoriaux ont droit à une protection efficace (gilet pare-balles, armes non-léthales) mais le port d'armes de 4e catégorie, c'est-à-dire le droit de tuer, doit continuer à mon avis à être encadré nationalement et relever de la police nationale et de la gendarmerie.
Est-il raisonnable d'envisager de ré-augmenter les dépenses militaires sous prétexte qu'il devient impossible d'avoir en même temps dix mille hommes sur le terrain dans le cadre du plan Vigie pirate renforcé et dix mille hommes à l'étranger dans les diverses OPEX ou opérations de police internationale ?
Ne faut-il pas questionner l'ampleur de cette présence militaire dans nos gares et autres lieux publics pour lutter contre des menaces terroristes ? Ne relève-t-elle pas d'abord d'une posture (rassurer l'opinion, éviter les critiques politiques de laxisme) plus que d'une réelle efficacité ? Les responsables des attentats ont été neutralisés par des équipes de police ou de gendarmerie spécialisées. La surveillance des lieux publics relève d'une mission de police et de sécurité intérieure : le mélange de plus en plus souvent fait entre sécurité nationale et sécurité intérieure est lourd de dérive.
Troisième réflexion : toute période troublée est propice aux excès de langage et aux postures.
Je m'interroge sur la banalisation de l'emploi et du glissement de sens dans l'utilisation à tout propos du mot "guerre" : guerre contre le terrorisme, mener une guerre acharnée, etc..
Nous luttons énergiquement contre l'intolérance, contre les fanatismes, contre les réseaux terroristes. La guerre est fondamentalement l'affrontement armé entre des états : même contre l'EI ou Daesh, nous menons une opération de police, car mener la guerre contre lui serait lui reconnaître indirectement une qualité d'état que nous refusons..
Ce n'est pas une querelle sémantique d'intellectuel désoeuvré. Nous nous plaignons de vivre actuellement das une société où beaucoup de repères sont flous et manquent, notamment aux adolescents et enfants. Attention à ne pas banaliser la guerre cent ans après la boucherie de 1914-1918 ! Même si beaucoup de jeunes sont assez lucides pour différencier réalité et virtuel, trop d'esprits fragiles sont perdus dans les irréalités virtuelles des jeux vidéos où des monstres tuent allègrement.
Alors, oui, "c’est dans l’esprit des hommes et des femmes que doivent s’élever les défenses de la paix"...
Si nous voulons prolonger l'esprit des rassemblements "Je suis Charlie", ne faut-il pas changer de braquet sur le plan éducatif ?
Comment, en France, mieux soutenir et encourager les programmes officiels d'éducation à la citoyenneté, à la tolérance, à l'antiracisme, développer la formation des éducateurs, dynamiser les foyers d'élèves, les clubs UNESCO et autres ?
Quand le ministère de l'Éducation nationale va-t-il créer une semaine de l'éducation à la culture de la paix et de la non-violence comme le recommande les résolutions des Nations unies sur la culture de paix ?
À l'échelle internationale, ne faut-il pas que les États, et au premier plan la France dont le sol abrite le siège, renforcent les crédits pour les programmes de l'UNESCO, sur la tolérance, la culture de paix, le dialogue des civilisations ?
Cet effort énorme à faire sur le plan des esprits ne s'oppose pas comme je l'ai écrit la semaine dernière aux efforts pour modifier le terrain sur lequel se développent les frustrations et plus tard, les haines.
Il est plus que jamais nécessaire de ré-hausser le niveau des efforts financiers pour atteindre et dépasser les Objectifs du Millénaire pour l'éradication de la pauvreté dans le monde et pour le développement.
Il est urgent de trouver une voie de sortie pour la crise syrienne ( la plus grave crise humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale selon l'ONU), par exemple par la tenue d'une  conférence internationale intégrant une forme de représentation du régime syrien actuel et permettant à l'Iran de jouer un rôle diplomatique.
Il est urgent de relancer le processus de paix entre israéliens et palestiniens : Netanyahu et Abbas ont défilé à Paris ensemble. Israël doit accepter l'évacuation des territoires occupés d'ici deux ans et Paris reconnaître unilatéralement la République de Palestine.
Oui, il ne faut pas laisser retomber "l'esprit Charlie" : les divergences d'opinion subsistent mais il faut en surmonter un certain nombre pour répondre aux défis posés aujourd'hui, à moins de vouloir se tirer une balle dans le pied !


L'AGENDA DE LA QUINZAINE (12/01/2015 - 25/01/2015 -)

LES ÉVÉNEMENTS DE LA SEMAINE ÉCOULÉE...

Lundi 12 janvier 2015 :
Alors qu'il se trouvait en visite en Inde, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a encouragé lundi ce pays, qui est doté de l'arme atomique, à jouer un rôle moteur en matière de désarmement nucléaire. Le chef de l'ONU s'est dit «troublé par l'absence de désarmement au niveau mondial». « Des États nucléaires ont annoncé des restrictions et des réductions, mais dans certaines régions, dont celle-ci, les arsenaux deviennent plus diversifiés et plus sophistiqués », a-t-il noté.
« Des États nucléaires ont annoncé l'arrêt de leur production de matériaux nucléaires à des fins militaires, mais dans certaines régions, dont celle-ci, les stocks augmentent », a-t-il ajouté. « Des États nucléaires ont proclamé des moratoires sur les essais nucléaires, mais d'autres Etats nucléaires, notamment en Asie du Sud, n'ont pas signé le Traité sur l'interdiction complète des essais nucléaires ».
Ban Ki-moon a appelé l'Inde « à jouer de nouveau un rôle moteur en matière de désarmement nucléaire ». « Aujourd'hui, l'Inde a une responsabilité solennelle d'aider l'Asie du Sud à cesser le développement des arsenaux nucléaires », a-t-il ajouté.

Mercredi 14 janvier 2015 :
A la suite des attaques terroristes à Paris la semaine dernière contre le journal Charlie Hebdo et une épicerie casher, l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) a organisé mercredi une journée de réflexion et de débat sur la violence croissante à l'encontre des journalistes et la nécessité de renforcer le respect de la diversité et de la liberté d'expression.

Jeudi 15 janvier 2015 :
Alors que le conflit en Syrie est désormais dans sa quatrième année, l'Envoyé de l'ONU pour ce pays, Staffan de Mistura, a appelé jeudi les parties concernées à trouver une solution à cette tragédie. Il a rappelé quelques chiffres sur le conflit : 12 millions de personnes dans le besoin, 7,6 millions de déplacés, 3,3 millions de réfugiés, 220.000 personnes tuées, 1 million de personnes blessées. « La Syrie est maintenant revenue 40 ans en arrière », a souligné l'Envoyé de l'ONU, rappelant que le conflit syrien est la plus grave crise humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale. « C'est une véritable tragédie »

Vendredi 16 janvier :
Le 2 janvier 2015, la Palestine a déposé son instrument d'adhésion au Statut de Rome c'est-à-dire à la Cour pénale internationale auprès du Secrétaire général de l'ONU. Le Secrétaire général, agissant en tant que dépositaire, a accepté l'adhésion de la Palestine au Statut de Rome, qui est ainsi devenue le 123e État partie à la CPI.
Le procureur de la CPI a ouvert ce Vendredi un examen préliminaire de la situation en Palestine. Le Bureau du Procureur de la CPI estime que, dans la mesure où le statut d'État observateur à l'ONU a été octroyé à la Palestine par l'Assemblée générale, il convient de considérer la Palestine comme un « État » aux fins de son adhésion au Statut de Rome. Par contre, le Statut de Rome n'impose aucun délai pour rendre une décision relative à un examen préliminaire. 
Le Bureau du Procureur de la CPI avait déjà conduit un examen préliminaire de la situation en Palestine lorsqu'il avait reçu, le 22 janvier 2009, une déclaration déposée par l'Autorité nationale palestinienne. Il avait conclu alors, en avril 2012, que le statut de la Palestine à l'ONU en tant qu'« entité observatrice » l'empêchait de déposer une requête.

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CEUX DE LA SEMAINE À VENIR...