dimanche 5 juin 2022

Guerre Russie Ukraine : bal des gagnants ou bal des perdants ?

(TRANSLATION BELOW)

100 jours de guerre en Ukraine. Le nombre de combattants tués s'élèverait peut-être à 15 000 à 20 000 tués de chaque côté. À cela s'ajoutent 4.200 civils qui ont été tués par des attaques armées et 4.000 autres blessés. De plus, 15,7 millions de personnes en Ukraine, soit l’équivalent d’un tiers de la population du pays, « ont un besoin urgent d’assistance et de protection », selon l'ONU et plus de 5 millions d’enfants ont vu leur éducation suspendue.
Lors de ce sinistre 100e jour anniversaire, le Kremlin estime avoir atteint « certains résultats » en 100 jours d'offensive. « La victoire sera nôtre », affirme le président Zelensky. Beaucoup plus réaliste est le coordonnateur de l'ONU pour l'Ukraine, Amin Awad, qui a déclaré ce jour-là : "Cette guerre n’aura pas de vainqueur" et il a ajouté avec raison : « Nous avons besoin de paix. La guerre doit cesser », a-t-il exhorté.

L'atmosphère dans les médias rappelle les déclarations cocardières dans les journaux français ou allemand en 1914-18 : elle est majoritairement en faveur de la poursuite de la guerre et des livraisons d'armes à l'Ukraine. Mais voyons les choses en face : la guerre s'enlise, la Russie n'occupe que 20 % du territoire ukrainien, et encore faut-il qu'elle soit capable de le tenir militairement et de faire fonctionner des structures de manière pérenne, ce qui semble douteux. L'armée ukrainienne est de plus en plus équipée de matériel militaire moderne américain, elle peut progressivement infliger des pertes plus importantes à l'armée, mais il lui faudra de long mois pour marquer des avantages décisifs, selon les spécialistes militaires. Combien y aura-t-il encore de militaires et civils ukrainiens tués ? Combien de cercueils de jeunes soldats russes renvoyés dans leur pays ?
Quelles que soient les déclarations martiales de dirigeants étrangers comme Jo Biden ou Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'OTAN , la réalité est, comme le dit l'ONU, que tout le monde sera perdant, y compris sur le plan militaire.
N'avons-nous pas le devoir d'appeler les opinions publiques à ouvrir les yeux pour voir que les plus grands perdants seront les peuples : ukrainiens d'abord bien sûr, mais aussi russe, et au-delà, les peuples européens et les peuples des pays en voie de développement ?
Ne faut-il pas faire comprendre que derrière la guerre militaire, alimentée par la machine de guerre russe mais aussi, aujourd'hui de plus en plus, par les livraisons d'armes des États-Unis, des pays européens dont la France, se cache une autre guerre : la guerre économique accompagnée d'une guerre commerciale ?

Le camp occidental (USA, G7, Union européenne) développe un embargo économique sur le gaz, le pétrole russes, les circuits financiers. Au départ, c'était dans le but déclaré de faire pression sur la Russie pour la contraindre à cesser les combats.
Aujourd'hui, l'absence de cadre juridique clair sur ces embargos, l'ampleur des mesures adoptées, les mesures économiques de réorientation à moyen et long terme, de certaines productions, laissent planer des doutes : le camp occidental, ainsi reformé, ne se sert-il pas de la guerre en Ukraine pour développer un affrontement économique de longue durée, au-delà d'un éventuel arrêt des combats, contre la Russie ?
Cette guerre économique pèse en premier, non sur les oligarques et proches du pouvoir poutinien, mais sur le peuple russe. Les conséquences se font sentir aussi sur les peuples européens, notamment avec le renchérissement du prix de l'énergie ; l'inflation renaissante en est une des conséquences.
Par ricochet, cette guerre économique entraîne une spirale d'affrontement sur ce terrain : les exportations russes sont bloquées et du coup, la Russie empêche les exportations ukrainiennes de céréales depuis les ports de la Mer noire, ce qui menace de provoquer de graves pénuries alimentaires notamment en Afrique.
La guerre économique produit donc d'abord des perdants parmi les peuples, sans réelle efficacité pour accélérer la fin des combats.
Y a-t-il des gagnants dans cette tragique comédie ? On peut affirmer que oui sans esprit particulier de complotisme.
Les gagnants les plus évidents sont les lobbies de l'armement, notamment états-uniens et bien sûr, dans une moindre mesure, français et autres européens. On peut y ajouter les lobbies de l'industrie fossile : gaz de schiste aux USA, charbonniers en Allemagne. Les autres gagnants sont les spéculateurs, les entreprises, qui, comme en Inde, bloquent les ventes de céréales et font des réserves.
Et pendant ce temps, les organismes de l'ONU ont du mal à financer les secours aux 15 millions d'Ukrainiens en précarité dans leur propre pays et la FAO se déclare inquiète sur la situation alimentaire à venir de nombreux pays pauvres !

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a été menée en violation flagrante de la Charte des Nations unies et donc du droit international. Il est clair que l'objectif central ultime est le rétablissement du droit international dans cette partie de l'Europe comme partout dans le monde (nous pensons au Yémen, à la Palestine notamment). Voyons bien que, aujourd'hui, la prolongation de la guerre provoque et prolonge la mise en cause des droits humains les plus élémentaires : en premier, le droit des citoyens ukrainiens à vivre en paix et en sécurité, de leurs enfants à étudier. Mais cette violation des droits s'étend aussi à la vie démocratique en générale et ce, pour toute la société ukrainienne, son régime parlementaire, sa presse qui subissent l'état de guerre. Voyons aussi que les violations aux droits et libertés de base touchent également fortement les citoyens russes, notamment par la mise en cause de la liberté d'information, de manifestation. Enfin, comment ne pas voir que dans tous les pays européens, impactés par le conflit, les moyens d'information rencontrent des difficultés non négligeables pour accéder à toutes les sources d'information indépendantes. Là encore, sur le plan des droits humains, il n'y a que des perdants.

Une constatation s'impose de plus en plus : il faut arrêter le "bal des perdants".
Continuer la guerre ou laisser se continuer la guerre, c'est aggraver le nombre et le sort des perdants, c'est augmenter les souffrances des peuples.
Comme le déclare le représentant de l'ONU, il y a urgence à trouver les moyens d'un arrêt des combats et d'une solution politique.
Il faut arrêter le faux "bal des gagnants" : l'heure n'est pas à la poursuite des livraison d'armes, aux discours belliqueux, à savoir qui va gagner la guerre mais à rassembler les bonnes volontés. L'heure est à poser les bonnes questions : quand va-t-on arrêter cette guerre ? Quand va-t-on construire la paix ?
Les efforts des gouvernements, des opinions publiques doivent se concentrer sur les moyens d'exercer une pression politique maximum sur les deux acteurs du conflit pour qu'ils s'assoient à la table des négociations.
C'est la responsabilité des États, notamment de ceux de l'Union européenne de donner les signaux politiques en faveur du dialogue, pour trouver des voix d'une solution qui épargne la prolongation indéfinie des souffrances à la population ukrainienne.
Pour trouver ce chemin du dialogue, il faut arrêter de proclamer que la solution viendra de la défaite ou de l'écrasement d'un des deux acteurs. Il est contre-productif pour ne pas dire scandaleux que, dès qu'une bonne volonté se manifeste au niveau international pour essayer de faire démarrer un processus de paix, un choeur de censeurs s'élève pour dire : "Oh ! Est-ce que cette personnalité est bien qualifiée pour des négociations ? A-t-elle suffisamment condamné les Russes ? Sera-t-elle assez intransigeante ?". Cela a été le cas contre le Pape dans le journal Le Monde le 12 mai dernier ("Les ambiguïtés du pape François sur la guerre en Ukraine"). Les tentatives d'Erdogan, le président turc, de jouer le rôle d'intermédiaire, ont été, elles aussi, fraîchement accueillies. Les jours à venir diront quel accueil recevront les pourparlers du Président du Sénégal, Macky Sall, pour débloquer la crise des céréales, ce qui suppose que des concessions soient faites pour débloquer les ports de la Mer noire pour les marchandises ukrainiennes et russes, et pour ces dernières de trouver des solutions bancaires pour le paiement des achats malgré le blocage du système Swift.
La voie des négociations sera longue et difficile : elle passera nécessairement par des compromis. Pour cela, il faut des intermédiaires capables de gagner la confiance des deux parties. Le 6 mai dernier, fait unique, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution par consensus dans laquelle il a "apporté son ferme soutien aux efforts déployés par le Secrétaire général afin de parvenir à une solution pacifique".
Pourquoi le conseil de sécurité ne mandaterait-il pas un panel de personnalités pour explorer les voies du dialogue qui pourraient comporter des personnalités morales ou religieuses comme le pape, un représentant orthodoxe, un représentant des pays en voie de développement comme le Président de l'Union africaine, Macky Sall, un représentant de l'Union européenne comme le président Macron ?
Des progrès en ce sens ne seront obtenus que si la voix de l'opinion publique en faveur de la paix se fait plus forte et plus pressante. Elle n'est pas assez puissante aujourd'hui. Il faut s'attacher à relever ce défi.
7 juin 2022

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RAPPEL - RAPPEL

Visioconférence “Guerre Russie-Ukraine : guerre redoutée ? Guerre acceptée ?” avec Daniel Durand

 7 juin à 19h00 

LIEN :  https://zoom.us/j/7585066971

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Russia-Ukraine War: Winners' Ball or Losers' Ball?

100 days of war in Ukraine. The number of combatants killed may be as high as 15,000 to 20,000 on each side. In addition, 4,200 civilians have been killed by armed attacks and another 4,000 injured. In addition, 15.7 million people in Ukraine, equivalent to a third of the country's population, are "in urgent need of assistance and protection", according to the UN, and more than 5 million children have had their education suspended.
On this grim 100th anniversary, the Kremlin says it has achieved "certain results" in 100 days of offensive. "Victory will be ours," says President Zelensky. Much more realistic is the UN coordinator for Ukraine, Amin Awad, who said that day: "This war will have no winner" and he added with reason: "We need peace. The war must end," he urged.

The atmosphere in the media is reminiscent of the cocky statements in French or German newspapers in 1914-18: it is mostly in favour of continuing the war and delivering arms to Ukraine. But let's face it: the war is getting bogged down, Russia only occupies 20% of Ukrainian territory, and it still has to be able to hold it militarily and operate structures in a sustainable manner, which seems doubtful. The Ukrainian army is increasingly equipped with modern American military equipment and can gradually inflict greater losses on the army, but it will take many months for it to score decisive advantages, according to military experts. How many more Ukrainian soldiers and civilians will be killed? How many more coffins of young Russian soldiers will be sent home?
Whatever the martial declarations of foreign leaders like Jo Biden or Jens Stoltenberg, the Secretary General of NATO, the reality is, as the UN says, that everyone will lose, including militarily.
Don't we have a duty to call on public opinion to open its eyes to see that the biggest losers will be the peoples: Ukrainians first of all, of course, but also Russians, and beyond that, the peoples of Europe and the peoples of developing countries?
Shouldn't we make it clear that behind the military war, fuelled by the Russian war machine but also, today more and more, by arms deliveries from the United States and European countries, including France, lies another war: the economic war accompanied by a trade war?

The Western camp (USA, G7, European Union) is developing an economic embargo on Russian gas, oil and financial circuits. Initially, the declared aim was to put pressure on Russia to stop fighting.
Today, the absence of a clear legal framework for these embargoes, the extent of the measures adopted, the economic measures for the medium and long term reorientation of certain products, raise doubts: isn't the Western camp, thus reformed, using the war in Ukraine to develop a long-term economic confrontation against Russia, beyond the eventual cessation of the fighting?
This economic war weighs primarily on the Russian people, not on the oligarchs and those close to the Putin government. The consequences are also being felt by the people of Europe, notably with the rise in energy prices; the resurgence of inflation is one of the consequences.
In turn, this economic war leads to a spiral of confrontation on this terrain: Russian exports are blocked and, as a result, Russia prevents Ukrainian grain exports from the Black Sea ports, which threatens to cause serious food shortages, particularly in Africa.
Economic warfare therefore produces losers among the people, without any real effectiveness in accelerating the end of the fighting.
Are there winners in this tragic comedy? We can say yes, without any particular spirit of conspiracy.
The most obvious winners are the arms lobbies, especially the US and, to a lesser extent, the French and other European ones. To this can be added the fossil fuel industry lobbies: shale gas in the US, coal miners in Germany. The other winners are the speculators, the companies, which, as in India, are blocking the sale of grain and stockpiling.
Meanwhile, UN agencies are struggling to fund relief for the 15 million Ukrainians in need in their own country and the FAO is worried about the future food situation in many poor countries!


Russia's invasion of Ukraine was carried out in flagrant violation of the UN Charter and thus of international law. It is clear that the ultimate central objective is the re-establishment of international law in this part of Europe as well as everywhere else in the world (we are thinking of Yemen, Palestine in particular). Let us see that, today, the prolongation of the war provokes and prolongs the questioning of the most elementary human rights: first of all, the right of Ukrainian citizens to live in peace and security, of their children to study. But this violation of rights also extends to democratic life in general, with the whole of Ukrainian society, its parliamentary system and its press being affected by the state of war. Let us also see that the violations of basic rights and freedoms also strongly affect Russian citizens, notably by questioning the freedom of information and demonstration. Finally, how can we fail to see that in all the European countries affected by the conflict, the media are encountering considerable difficulties in accessing all the independent sources of information. Here again, in terms of human rights, there are only losers.

It is becoming increasingly clear that the "losers' ball" must be stopped.
To continue the war or to allow it to continue is to increase the number and the fate of the losers and to increase the suffering of the people.
As the UN representative states, it is urgent to find ways to stop the fighting and find a political solution.
We must stop the false "winners' ball": this is not the time to continue delivering arms, to talk about war, to know who will win the war, but to bring together people of good will. It is time to ask the right questions: when will we stop this war? When will we build peace?
The efforts of governments and public opinion must focus on ways of exerting maximum political pressure on the two actors in the conflict so that they sit down at the negotiating table.
It is the responsibility of the states, especially those of the European Union, to give political signals in favour of dialogue, to find ways of finding a solution that will spare the Ukrainian population from indefinite suffering.
To find this path of dialogue, we must stop proclaiming that the solution will come from the defeat or crushing of one of the two actors. It is counterproductive, not to say scandalous, that as soon as goodwill is shown at the international level to try to get a peace process off the ground, a chorus of censors rises up to say: "Oh, is this personality well qualified for negotiations? Has he condemned the Russians enough? Will he be uncompromising enough? This was the case against the Pope in Le Monde on 12 May ("Les ambiguïtes du pape François sur la guerre en Ukraine"). The attempts of Erdogan, the Turkish president, to play the role of intermediary, were also freshly welcomed. The coming days will tell how Senegalese President Macky Sall's talks to unblock the grain crisis will be received, which presupposes that concessions will be made to unblock the Black Sea ports for Ukrainian and Russian goods, and for the latter to find banking solutions for the payment of purchases despite the blocking of the Swift system.
The road to negotiations will be long and difficult: it will necessarily involve compromises. For this, intermediaries capable of gaining the trust of both parties are needed. Uniquely, on 6 May, the UN Security Council adopted a resolution by consensus in which it "expressed its strong support for the Secretary-General's efforts to achieve a peaceful solution".
Why doesn't the Security Council mandate a panel of eminent persons to explore avenues of dialogue which could include moral or religious figures such as the Pope, an Orthodox representative, a representative of developing countries such as African Union President Macky Sall, a representative of the European Union such as President Macron?
Progress in this direction will only be achieved if the voice of public opinion in favour of peace becomes stronger and more urgent. It is not strong enough today. We must work to meet this challenge.
7 June 2022

jeudi 2 juin 2022

Non à la disparition du corps diplomatique français !

Pour avoir fréquenté pendant plusieurs années dans mon activité internationale militante au sein du Mouvement de la paix de nombreux français, en particulier les équipes diplomatiques en charge des questions du désarmement à *Genève ou à New-York, je sais combien il y a besoin d'un service diplomatique ayant le sens du service public et de l'État. C'est pourquoi je soutiens entièrement la protestation des personnels qui protestent contre les décisions de démantèlement du président Macron. 

Daniel Durand

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APPEL DE L’INTERSYNDICALE A LA GRÈVE LE 2 JUIN ET A UNE CONSULTATION DE TOUS LES AGENTS SUR L’AVENIR DES MÉTIERS DU MINISTÈRE des AFFAIRES ÉTRANGÈRES

CFTC – ASAM – USASCC – SOLIDAIRES – CGT– FSU et ASAO

Avec le soutien d’un collectif de 450 « jeunes » agents du ministère.

Contre la disparition des métiers de la diplomatie, du consulaire, de la coopération et de l’action culturelle. 

Les réformes s’accumulent au MAE sur fond d’inter-ministérialité aveugle où les agents seraient interchangeables arbitrairement. Des métiers, des corps disparaissent. Le Quai d’Orsay disparaît petit à petit.
- La réforme de la ministre de la Transformation publique, Amélie de Montchalin, a livré la quasi-totalité des postes de travail des agents A, B et C du ministère sur la vaste transparence interministérielle PEP (Place de l’Emploi Public) et mis en extinction les deux premiers corps, des conseillers et ministres plénipotentiaires, ce qui percute directement l’avenir déjà assombri des secrétaires des affaires étrangères et de chancellerie et celui des attachés et secrétaires des systèmes d’information et des adjoints techniques et administratifs de chancellerie, au prix de l’attractivité des carrières. Cette « réforme », alors que le ministère est déjà très majoritairement ouvert aux compétences venues d’ailleurs comme le démontre la composition des équipes dans les postes et en Centrale (55% d’externes, dont 30% dans l’encadrement, fonctionnaires titulaires du MAE minoritaires), ne se justifiait pas. Elle permettra nombre de nominations de complaisance au détriment de la compétence, de l’expertise, des missions,et des politiques publiques, et ne réglera pas la situation des nombreux agents contractuels du Département soumis à une précarité toujours plus grande et à une criante inégalité de traitement.
- La dématérialisation des démarches des citoyens si elle peut contribuer à améliorer le service rendu au public, se déroule à marche forcée et commence déjà à avoir une incidence directe sur les métiers consulaires, leurs effectifs, leurs conditions de travail. Elle contribue, telle qu’elle est menée, à la dégradation accélérée du service rendu à nos compatriotes, notamment les plus fragiles. Sous couvert de progrès techniques, les promoteurs de ces réformes entendent surtout réduire ETP et masse salariale, ciblant particulièrement les agents C, B et les agents de droit local.
- Les métiers de la coopération internationale et de l’action culturelle se voient toujours plus entamés par la montée en puissance continue d’opérateurs et d’agences sur lesquelles la tutelle du MAE est de plus en plus théorique. Cette évolution conduit à des effectifs et des moyens réduits et à une autorité du Ministère battue en brèche dans le pilotage des politiques publiques.
- En interne, la politique du tout prestataire a envahi des pans entiers des services du MAE, en particulier ceux du numérique, avant extension aux services de gestion, eux-mêmes déjà soumis à une forte pression, en vue de leur inter-ministérialisation.
- Les suppressions continues d’ETP, dans tous les secteurs et toutes les catégories du Quai d’Orsay (-30% en 10 ans, -50% en 30 ans), et le recours croissant à des stagiaires et vacataires pour remplacer des emplois pérennes, pèsent toujours davantage sur les épaules des agents, chez lesquels les manifestations d’épuisement et de harcèlement s’accumulent, tandis qu’à la suite de l’ouverture bienvenue du recours au télétravail, on commence à voir pointer des logiques immobilières qui auront des effets directs sur le lien social, la cohésion des équipes, le sentiment d’appartenance à un collectif de travail.
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Ces mesures démantelant notre outil diplomatique sont un non-sens au moment où la guerre vient de faire son retour en Europe, après une pandémie inédite dans l’Histoire et le rapatriement de plus de 300.000 compatriotes en 15 jours, sans équivalent dans le monde, alors que le fractionnement du monde et la recomposition brutale de la mondialisation se déroulent précisément sous nos yeux et appellent une réponse active et de long terme.
C’est bien dans ce contexte que notre pays doit plus que jamais pouvoir compter sur l’expertise et les compétences de son service diplomatique qui est déjà, contrairement aux préjugés, particulièrement ouvert à des profils et des savoirs différents et à des origines sociales variées. Or, la réforme d’Amélie de Montchalin le réduira à un profil unique prétendument élitiste d’administrateurs généralistes interchangeables, qui ne correspond pas à la diversité et à la richesse maine de nos métiers.
La France doit tout autant sanctuariser son service consulaire, toujours plus raboté alors qu’il fait pourtant régulièrement la preuve de son efficacité à protéger et aider nos compatriotes à l’étranger. Avec des effectifs sans commune mesure avec ceux des grandes villes de France (13.000 ETP pour le ministère contre 50.000 pour la Ville de Paris), le Quai d’Orsay arrive à déployer un large éventail de services dans le monde entier au bénéfice de plus de deux millions de nos compatriotes.
Il s’agit aussi de ne plus saborder nos emplois et outils d’influence, dans le champ notamment de la coopération et de l’action culturelle, alors même que de nouveaux acteurs émergent, concurrençant nos valeurs, nos intérêts, notre langue et notre politique de rayonnement culturelle, éducative et scientifique.
Depuis bien longtemps, des bilans partagés avec le corps social du MAE auraient dû être dressés sur l’empilement des plans d’économies (RGPP, MAP, et autres AP), le reformatage incessant du réseau (consulats d’influence, fusions SCAC/EAF, PPD, bureaux de France, SAF puis SGA, etc.), les effets de la mobilisation des agents à l’étranger et en Centrale face aux conflits et catastrophes de tous ordres, les conditions de travail, l’image du Ministère, et tant d’autres défis. Il n’en a rien été, malgré les attentes des agents relayées par les revendications et propositions des organisations syndicales et des associations. Depuis des années, le MAE donne en réalité le sentiment d’être livré, et les agents avec lui, aux vents de réformes brutales, désormais ouvertement agressives et méprisantes à leur encontre.
C’est fort de ce constat qu’un collectif spontané de collègues du ministère, en particulier de jeunes collègues, s’est formé et compte désormais plus de 400 membres. Il a convergé avec les organisations de l’intersyndicale formée l’an dernier contre la réforme du MAE, d’où ressort cet appel à l’action.
Réagissons :

- d’abord par une grève le jeudi 2 juin, qui permettra aux agents de montrer qu’ils ne se résignent pas à voir leurs métiers et perspectives de carrière disparaître, et avec eux un pan complet de l’armature de notre Etat qui a fait ses preuves au cours de notre Histoire, et d’exprimer, à cette occasion, toutes leurs attentes sur les conditions d’organisation de leur recrutement et de reconnaissance de leurs compétences, notamment à travers leurs affectations et déroulement de carrière ;
- ensuite, par l’ouverture d’une consultation la plus large possible, sous la forme d’« assises du MAE», permettant l’évaluation et les propositions, avec les agents eux-mêmes, de leurs conditions de travail, de l’avenir de leurs missions, de leurs métiers et du Ministère au service de la France et des Français, en particulier de nos compatriotes expatriés.

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L’appel de 500 agents du ministère des affaires étrangères : « Nous faisons face à un risque de disparition de notre diplomatie professionnelle »


Dans une tribune au « Monde », un collectif de quelque 500 agents du ministère des affaires étrangères exprime sa colère face à la « suppression brutale du corps diplomatique », qui motive un appel à la grève le 2 juin. Publié le 25 mai 2022

A l’heure de la guerre en Ukraine, au lendemain d’une crise pandémique exceptionnelle, les agents du Quai d’Orsay ont décidé de faire grève le 2 juin à l’appel de l’intersyndicale regroupant la majorité des organisations syndicales et d’un collectif de quelque 500 agents dont de nombreux jeunes diplomates. Cette décision n’aura pas été facile à prendre tant elle n’est pas dans la culture maison.
Elle est l’expression d’une colère face à la suppression brutale du corps diplomatique, qui frappe non seulement les corps de conseillers des affaires étrangères et de ministres plénipotentiaires mais aura aussi des répercussions profondes sur l’avenir de tous les personnels, qu’ils soient secrétaires des affaires étrangères et de chancellerie, attachés et secrétaires des systèmes d’information et adjoints techniques et administratifs de chancellerie, qu’ils soient titulaires ou contractuels.
De très nombreuses personnalités ont alerté sur les risques d’une telle décision qui permettra des nominations de complaisance au détriment de la compétence et aura pour conséquence la déstructuration des carrières, une perte de l’expertise et une crise des vocations. Nous faisons face à un risque de disparition de notre diplomatie professionnelle. Les métiers du Quai d’Orsay s’apprennent en effet sur le temps long, par la multiplication d’expériences, notamment à l’étranger et dans des postes difficiles, et la transmission des savoirs et des expériences entre les agents.

Une remise en question du ministère

Surtout, s’engager au Quai d’Orsay est une vocation et un choix de vie, passionnant et riche d’opportunités bien sûr mais comportant également son lot de contraintes personnelles et familiales souvent sous-estimées. Les agents s’insurgent également face au soupçon, qui sous-tend cette réforme, d’un ministère replié sur lui-même. Et pour cause, car le ministère des affaires étrangères, par nature tourné vers la coordination interministérielle de l’action extérieure de l’Etat, est déjà très ouvert aux autres administrations : dans les ambassades et dans les services se côtoient des diplomates, des militaires, des policiers, des agents de Bercy, des membres des ministères de la culture, de l’éducation nationale, de l’agriculture, de l’écologie, etc.
Le ministère accueille aussi, dans des conditions souvent précaires, des contractuels talentueux qui viennent d’horizons très divers : secteur privé, ONG, organisations internationales. Au-delà, c’est la question des moyens humains donnés à notre outil diplomatique que cette grève veut poser. Déjà, en 2010, les anciens ministres Hubert Védrine et Alain Juppé alertaient : « Cessez d’affaiblir le Quai d’Orsay ! »
Aujourd’hui, les agents – de toutes les catégories et de tous les métiers, diplomatiques, consulaires, culturels et de gestion – ont la conviction que c’est l’existence même du ministère qui est désormais remise en question. En effet, cette décision s’ajoute à des décennies de marginalisation du rôle du ministère au sein de l’État, de démembrement et d’affaiblissement au profit d’opérateurs externes et de réduction vertigineuse des moyens : effectifs en baisse de 30 % en dix ans et de 50 % en trente ans ; budget atteignant à peine 0,7 % du budget de l’État.

Un sentiment d’injustice
Aujourd’hui, la réalité de notre outil diplomatique, c’est la multiplication de « postes de présence diplomatique », où une poignée d’agents assurent dans des conditions difficiles la représentation de la France, la défense de ses intérêts et le service public à la communauté française.
Le sentiment d’injustice est d’autant plus fort que les agents du Quai d’Orsay ont su se montrer à la hauteur, comme l’ont d’ailleurs relevé les plus hautes autorités de l’Etat, pour faire face aux crises qui secouent le monde et défendre les intérêts de la France : rapatriement des Français durant la pandémie, évacuation en Afghanistan, gestion de la guerre en Ukraine, pour ne parler que des exemples les plus récents.
Ils ne comprennent donc pas comment la position de la France sera mieux défendue par cette politique d’affaiblissement systématique du Quai d’Orsay. Dans un monde de plus en plus interdépendant, complexe et dangereux, être capable de lire et comprendre ses évolutions, d’y faire valoir nos principes et nos intérêts ne s’improvise pas.

Pour l’avenir de notre diplomatie
Au contraire, cela nécessite un ministère conforté et renforcé. C’est d’ailleurs le choix de tous nos autres grands partenaires internationaux : la France serait la seule puissance à se priver d’une diplomatie professionnelle.
C’est pourquoi, alors que ce malaise latent a été longtemps ignoré malgré l’action des organisations syndicales, malgré les rapports parlementaires, malgré le soutien d’éminentes personnalités, les agents ont souhaité exprimer leur colère tout en se disant prêts à renforcer le ministère via des réformes profondes, dont certaines avaient été esquissées dans le rapport de l’ambassadeur Jérôme Bonnafont.
A cette fin, ils proposent l’ouverture d’une grande consultation, en lien étroit avec les organisations syndicales, sous la forme d’Assises du Quai d’Orsay, pour écouter tous les agents et mettre sur la table l’ensemble des questions : nos missions, nos moyens et nos statuts. Il en va de l’avenir de notre diplomatie.
Le Collectif est le rassemblement spontané d’agents du ministère, en particulier de jeunes collègues, qui compte désormais quelque 500 membres. Il a convergé avec l’intersyndicale regroupant la majorité des organisations syndicales afin de déposer un préavis de grève pour le 2 juin.


Visioconférence “Guerre Russie-Ukraine : guerre redoutée ? Guerre acceptée ?” avec Daniel Durand

 

Visioconférence “Guerre Russie-Ukraine : guerre redoutée ? Guerre acceptée ?” avec Daniel Durand

Date(s) : 07/06/2022
Heure(s) : 19 h 00

Daniel Durand est chercheur en relations internationales et Directeur de l’IDRP, l’Institut de Documentation et Recherches sur la paix et éditeur d’un blog consacré aux relations internationales.

Il a été Secrétaire national du Mouvement de la paix de 1987 à 2002. Il a publié plusieurs livres sur le désarmement, l’ONU, la guerre d’Irak.
Son dernier ouvrage est : “1914-1918, cent ans après, LA PAIX !“, éditions Édilivre.
 
La conférence de Daniel Durand analysera la situation créée par la guerre menée par la Russie en Ukraine sur le plan des nouveaux débats en Europe sur la sécurité, sur les réactions des opinions publiques, les risques de dérapage vers une guerre généralisée, les défis posés à l’action pour la paix, les perspectives et enjeux qui en découlent sur le plan du multilatéralisme et de la place de l’ONU.
 
Pour assister à cette conférence qui aura lieu avec Zoom, il suffit de cliquer sur ce lien le 7 juin à 19h00 : https://zoom.us/j/7585066971

Vous pourrez rejoindre la conférence avec un ordinateur, ou avec une tablette ou un smartphone. Si vous souhaitez intervenir, votre appareil doit être muni d’un micro et d’une webcam.
Il suffira de cliquer sur le lien plus haut et suivre les indications. C’est gratuit.
 
Si vous n’avez ni ordinateur, tablette ou smartphone, vous pourrez rejoindre la conférence par téléphone au 01 86 99 58 31 (prix d’un appel normal) en indiquant le n° de réunion 7585066971.

La guerre en Ukraine et la situation internationale qui en découle appellent au-delà des actions, à des réflexions approfondies. Le Mouvement de la Paix a sollicité la contribution d’acteurs (militants, scientifiques, universitaires…) fortement impliqués dans les questions de guerre et paix et plus largement dans les relations internationales.



mardi 3 mai 2022

Ukraine : livraisons d'armes, dépenses militaires, escalade verbale.. Le scénario catastrophe ?

(English translation below)


Le début du 3e mois de guerre en Ukraine est marqué par trois processus inquiétants.
Le premier d'entre eux est constitué par les annonces d'augmentation des budgets ou dépenses militaires très rapides dans de nombreux pays après l'attaque de l'Ukraine. La majorité des pays européens s'est engagée à atteindre les 2% du PIB pour leur budget militaire, voire plus de 3 % pour la Pologne, ce qui va se traduire par des augmentations considérables : enveloppe de 100 Mds pour l'Allemagne, plus 40 % pour la Finlande. Aux USA, le gouvernement Biden a annoncé une proposition de budget pour 2023 de 813  milliards de dollars, contre 782  milliards en 2022.
Ces augmentations s'ajoutent à des hausses intervenues déjà entre 2019 et 2021, puisque les dépenses militaires du Royaume-Uni sont passées de 59,4 Mds de $ à 61,5 puis 71,6 – celles de la France 52,1 à 54,9 puis 59,3 – celles de l’Allemagne de 48,4 à 52,1 puis 56,1 Mds de €.
Le dérapage des budgets militaires en Europe est très préoccupant sur le fond, car il annonce une militarisation croissante des économies européennes.
Il renforce la tendance générale à la militarisation mondiale. L'institut suédois, SIPRI, vient d'annoncer que le total des dépenses militaires mondiales s'est élevé à 2100 mds de $ en 2021 : un record absolu ! Ce sont des chiffres obscènes par rapport à la pauvreté mondiale, aux sommes à dégager pour les Objectifs mondiaux de développement durable, la santé, l'éducation et pour répondre aux besoins pour la survie de la planète, rappelés par le dernier rapport du GIEC.

Un 2e phénomène est lui aussi très inquiétant dans l'immédiat : c'est celui de l'accroissement de plus en plus rapide des fournitures d'armes à l'Ukraine et l'engagement des pays européens de manière de plus en plus directe dans le conflit.
Un conflit c'est comme un feu de forêt : ou on essaie dès le départ et le plus tôt possible de le stopper, de le geler puis de trouver une solution pérenne : c'est la diplomatie, la solution politique même temporaire, la moins injuste possible. Ou on laisse le feu se développer, on y jette même des éléments incendiaires, on souffle dans une direction en espérant que si un versant de la vallée est brulé, l'autre sera peut-être épargné ; calcul illusoire car chaque versant a besoin de l'autre pour vivre et un changement de vent et un retour de flamme sont toujours à craindre.
Concrètement, en Ukraine aujourd'hui, il semble de plus en plus clair que certains pays occidentaux, emmenés par les USA, ne cherchent pas prioritairement l'arrêt des combats et une solution politique mais veulent l'amplification de la guerre en promettant une hypothétique victoire de l'Ukraine, sans souci des souffrances de la population et des risques d'extension du conflit.
« Si elle a les bons équipements, l’Ukraine peut gagner la guerre », a déclaré dimanche l'américain Lloyd Austin, espérant également que « la Russie soit suffisamment affaiblie » pour « ne plus mener d’invasion » à l’avenir comme celle du 24 février dernier.
Les États-Unis, mais aussi tous les pays européens, s'engagent dans la fourniture d'armes offensives lourdes : obusiers, lance-missiles, chars d'assaut et aviation.
L'Allemagne a brisé tous les tabous de son histoire récente et se lance dans une politique militaire de plus en plus plus inquiétante. En plus des 100 Mds d'euros de crédits exceptionnels supplémentaires pour moderniser son armée (le double de son budget militaire annuel), elle liquide au profit de l'Ukraine tous les vieux stocks d'armes de l'ex-RDA et va livrer aussi des chars d'assaut Léopard 1. Mieux ! Elle monterait un jeu à trois bandes, selon l’agence de presse DPA : la Slovénie livrerait très rapidement plusieurs dizaines de chars T-72 à l’Ukraine et recevrait ensuite, en compensation, de l’Allemagne des blindés plus modernes de type Marder. 

Les États-Unis après avoir décidé de livrer pour environ 5 Mds de $ d'armements depuis le début du conflit, envisageraient de débloquer 20 Mds de $ supplémentaires d'armements, presque la moitié du budget militaire français annuel. Nous sommes face à une escalade telle que personne ne peut dire sérieusement aujourd'hui qu'elle vise à faire aboutir à la paix en Europe.
Toutes ces fournitures d'armes à un pays en guerre placent les pays fournisseurs en position de pays co-belligérants, de facto, au conflit. Il est d'autant plus surprenant d'apprendre que la France a livré en secret des lance-missiles Milan et va livrer des super-canons Caesar, une décision prise par un Président de la République en pleine campagne électorale, sans réunion d'un Conseil de défense et sans consulter le Parlement. La semaine dernière, dans un entretien téléphonique avec le président Zélensky, Emmanuel Macron aurait même promis de renforcer l'aide militaire à l'Ukraine. Avec quel mandat ? Cela pose au minimum des questions de transparence et d'autorisation de la représentation nationale.
Ces engagements de plus en plus directs des pays européens, dont la France, dans le soutien militaire direct à l'Ukraine sont porteurs de risque d'extension du conflit, d'escalade militaire. L'armée russe a commencé de bombarder des dépôts de matériel militaire livré en Pologne ou en Bulgarie par les pays extérieurs, puis des voies ferrées dans l'Ouest de l'Ukraine, mais pourquoi pas demain des entrepôts ou un terrain d'aviation juste de l'autre côté de la frontière  ?

Le 3e élément inquiétant est le fait que cette posture d'entrée en belligérance par le biais des fournitures d'armes de plus en plus visible par les pays de l'OTAN s'accompagne de déclarations elles-aussi très guerrières, comme celle déjà citée de Lloyd Austin, ou les épithètes de Biden qualifiant Poutine de "boucher", de "criminel", auteur de "génocide". Ces déclarations menaçantes font monter la tension diplomatique, conduisent à une escalade verbale inquiétante, ainsi du côté russe, on a entendu le ministre Lavrov parler de "risque de 3e guerre mondiale" et Vladimir Poutine évoquer une "riposte foudroyante".
Militarisation, fournitures d'armes et escalade verbale créent un cocktail explosif où le seuil des "lignes rouges", des "intérêts vitaux" se trouvent abaissés. or, ce sont ces appréciations subjectives qui sont au coeur des décisions d'emploi des armes nucléaires.

Tous les acteurs du conflit, qu'ils soient directs comme la Russie et l'Ukraine, indirects comme les pays de l'OTAN ont la responsabilité de faire retomber la tension, de favoriser toutes les tentatives de médiation, d'ouverture ou ré-ouverture de pourparlers pour aboutir à un cessez-le-feu et faire démarrer des discussions sur un accord politique. C'est bien sûr aussi et d'abord la responsabilité des Nations unies, tant des membres du Conseil de sécurité que de son Secrétaire général. Celui-ci a rencontré (on est tenté de dire : "enfin" !) MM Poutine et Zélensky. Il faut poursuivre ces efforts ! C'est aujourd'hui une urgence cruciale si on ne veut pas voir la situation déraper, déboucher sur une extension de la guerre aux pays voisins de l'Ukraine, voire dégénérer en un conflit aux conséquences imprévisibles, jusqu'au spectre, pas si irréel que cela, d'une 3e guerre mondiale avec le cauchemar de la guerre nucléaire.
Cela ne semble pas être l'orientation actuelle des politiques étrangères, y compris dans notre pays. N'y-a-t-il pas vraiment urgence qu'il y ait une pression des opinions publiques considérablement plus forte qu'aujourd'hui en faveur de la paix ?

Daniel Durand - 3 mai 2022
Directeur de l'IDRP (Institut de documentation et de recherche pour la paix)
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 Ukraine: arms deliveries, military spending, verbal escalation The disaster scenario?

The beginning of the third month of war in Ukraine is marked by three worrying processes.
The first of these is the announcement of very rapid increases in military budgets or spending in many countries after the attack on Ukraine. The majority of European countries have committed themselves to reaching 2% of GDP for their military budget, even more than 3% for Poland, which will result in considerable increases: an envelope of 100 billion for Germany, plus 40% for Finland. In the US, the Biden administration has announced a proposed budget for 2023 of $813 billion, up from $782 billion in 2022.
These increases come on top of increases that have already taken place between 2019 and 2021, with the UK's military spending rising from $59.4bn to $61.5bn to $71.6bn - France's from $52.1bn to $54.9bn to $59.3bn - Germany's from €48.4bn to €52.1bn to €56.1bn.
The slippage of military budgets in Europe is very worrying because it heralds an increasing militarisation of European economies.
It reinforces the general trend towards global militarisation. The Swedish institute, SIPRI, has just announced that total world military spending will reach $2,100 billion in 2021: an absolute record! These are obscene figures compared to world poverty, to the sums to be released for the Global Sustainable Development Goals, health, education and to meet the needs for the survival of the planet, as recalled by the latest IPCC report.

A second phenomenon is also very worrying in the immediate future: the increasingly rapid increase in arms supplies to Ukraine and the involvement of European countries in an increasingly direct way in the conflict.
A conflict is like a forest fire: either we try from the start and as soon as possible to stop it, to freeze it and then to find a permanent solution: this is diplomacy, the political solution, even if it is temporary, the least unjust possible. Or we let the fire develop, we even throw incendiary elements into it, we blow in one direction hoping that if one side of the valley is burnt, the other will perhaps be spared; an illusory calculation because each side needs the other to live and a change of wind and a return of flame are always to be feared.
In concrete terms, in Ukraine today, it seems increasingly clear that certain Western countries, led by the USA, are not primarily seeking an end to the fighting and a political solution, but want to amplify the war by promising a hypothetical victory for Ukraine, without concern for the suffering of the population and the risks of the conflict spreading.
"If it has the right equipment, Ukraine can win the war", said the American Lloyd Austin on Sunday, also hoping that "Russia is sufficiently weakened" to "not carry out any more invasions" in the future like the one on 24 February.
The US, but also all European countries, are committed to providing heavy offensive weapons: howitzers, missile launchers, tanks and aircraft.
Germany has broken all the taboos of its recent history and is embarking on an increasingly worrying military policy. In addition to the 100 billion euros of exceptional additional credits to modernise its army (double its annual military budget), it is liquidating all the old stocks of weapons of the former GDR for the benefit of Ukraine and is also going to deliver Leopard 1 tanks. Better still! According to the DPA press agency, Slovenia is planning a three-tiered game: it will very quickly deliver several dozen T-72 tanks to Ukraine and will then receive more modern Marder tanks from Germany as compensation. The United States, after having decided to deliver about $5 billion worth of arms since the beginning of the conflict, is considering releasing an additional $20 billion worth of arms, almost half of the annual French military budget. This is such an escalation that no one can seriously say today that it is aimed at achieving peace in Europe.
All these arms supplies to a country at war place the supplier countries in the position of de facto co-belligerents in the conflict. It is all the more surprising to learn that France has secretly delivered Milan missile launchers and will deliver Caesar super guns, a decision taken by a President of the Republic in the middle of an election campaign, without a Defence Council meeting and without consulting Parliament. Last week, in a telephone conversation with President Zelensky, Emmanuel Macron even promised to strengthen military aid to Ukraine. With what mandate? This raises at least questions of transparency and authorisation from the European Parliament.
These increasingly direct commitments of European countries, including France, in direct military support to Ukraine carry the risk of extending the conflict, of military escalation. The Russian army has started bombing depots of military equipment delivered to Poland or Bulgaria by external countries, then railways in the West of Ukraine, but why not tomorrow warehouses or an airfield just on the other side of the border?

The third worrying element is the fact that this posture of belligerence through the increasingly visible supply of arms by NATO countries is accompanied by statements that are also very warlike, such as the one already quoted by Lloyd Austin, or the epithets of Biden describing Putin as a "butcher", a "criminal", the author of "genocide". These threatening declarations have raised diplomatic tension and led to a worrying verbal escalation. On the Russian side, Minister Lavrov spoke of the "risk of a third world war" and Vladimir Putin spoke of a "lightning response".
Militarisation, arms supplies and verbal escalation create an explosive cocktail where the threshold of "red lines" and "vital interests" are lowered.

All the actors in the conflict, whether direct, such as Russia and Ukraine, or indirect, such as the NATO countries, have a responsibility to ease the tension, to encourage all attempts at mediation, the opening or reopening of talks to bring about a ceasefire and to start discussions on a political agreement. This is now a crucial emergency if we do not want to see the situation get out of hand, leading to an extension of the war to Ukraine's neighbours, or even degenerating into a conflict with unpredictable consequences, up to the not-so-unreal spectre of a third world war with the nightmare of nuclear war.
This does not seem to be the current direction of foreign policy, including in our country. Isn't it really urgent that there be considerably more public pressure for peace than there is today?

Daniel Durand - 3 May 2022
Director of the IDRP (Institute of Documentation and Research for Peace)


Translated with www.DeepL.com/Translator (free version)


lundi 11 avril 2022

Guerre(s) Russie - Ukraine : quels défis pour les mouvements de paix ? (IV et fin)

(English translation below)

 Pour écrire cet article, j'ai consulté plusieurs sites pacifistes que vous trouverez en fin d'article.
Depuis la fin de la Guerre froide, la mobilisation pour la paix pour chaque grand conflit a eu sa singularité. La première guerre d'Irak en 1991, lancée par une coalition internationale, pour punir l'Irak de son invasion du Koweit, bien qu'approuvée par une résolution de l'ONU, a vu une réaction forte des opinions publiques occidentales, qui ont condamné le retour de la guerre dans les relations internationales comme moyen de régler les conflits. "Quelle connerie la guerre !" était au coeur des rassemblements fin de l'année 1990, très importants jusqu'au déclenchement des bombardements alliés en janvier 1991 mais qui se sont essoufflés dans la quinzaine suivante.
Le conflit dans les pays de l'ex-Yougoslavie s'est étalé sur plusieurs années et a permis des interventions des Mouvements de paix dès le début du conflit (Caravane européenne de la paix en septembre 1992 qui se rend à Ljubljana, Zagreb, Belgrade, Sarajevo et organise dans cette dernière ville une chaîne de la paix de 7000 personnes entre les cinq édifices religieux de la ville). Ce n'est que lorsque le conflit s'enlise dans la guerre civile et que des bombardements de l'OTAN interviennent sur la Serbie, que l'intervention du Mouvement de la paix devient plus difficile même si des manifestations ont lieu à Paris, à Strasbourg jusqu'en 1999 sous le slogan "Ni bombardements, ni épuration ethnique".
La guerre d'Irak, début 2003, est marquée par plusieurs semaines de débats, qui permettent une mobilisation de l'opinion publique. Celle-ci culmine le 15 février 2003 avec des manifestations sur l'ensemble de la planète (plusieurs millions de manifestants recensés). Ces mobilisations faiblissent progressivement après l'entrée en guerre mais, malgré tout, le mouvement anti-guerre en Irak reste présent dans les esprits. Des manifestations ressurgissent aux États-Unis en septembre 2005 ou mars 2007.
Par contre, les conflits en Libye, en Syrie, au Yemen ont eu du mal à venir dans l'agenda des initiatives publiques pour la paix, en Europe, mais aussi en France bien que notre pays soit impliqué soit par sa participation (Libye), soit par des ventes d'armes (Yemen).
Comment s'est déroulé le débat autour de la guerre d'Ukraine ?

L'invasion russe en Ukraine se produit le 24 février 2022 sans que des mouvements d'opinion se soient manifestés réellement auparavant, même si des articles d'alerte sont publiés par plusieurs mouvements en janvier et février. Les trois premiers week-ends du 28 février, du 2 mars et du 9 mars voient des réactions anti-guerre, de solidarité au peuple ukrainien se produire en Europe, Amérique du nord, Japon : les foules peuvent être importantes comme en Allemagne, à Cologne et Berlin. Dès le 9 mars, on voit les mobilisations faiblir et peu à peu, sinon s'éteindre, avoir beaucoup de mal à être organisées et à rassembler plus que quelques dizaines de militants et militantes (voir la journée du 2 avril en France et au Royaume Uni sur les sites).
Un autre signe de la complexité des mobilisations réside dans l’absence de véritable coordination internationale ou même de mot d'ordre de journée internationale véritablement lancé et repris en mars et avril.
Plusieurs explications "basiques" peuvent être à ce stade apportées et qui ne sont pas originales et spécifiques à cette guerre d'Ukraine. Comme pour tous les conflits, il y a une réaction spontanée des opinions qui se révoltent à l'annonce d'une guerre et des menaces qu'elle peut entraîner sur leur futur. Dans les semaines suivantes, en fonction de l'évolution du conflit, si les menaces d'extension semblent maîtrisées, il y a une "accoutumance" qui s'installe et les protestations se rétrécissent au niveau militant.
Pour la guerre d'Ukraine, compte-tenu de la proximité géographique, de la saturation médiatique sur les destructions, les déplacés, le sentiment de solidarité humanitaire s'est développé vite et de manière forte. Il prime sur les initiatives politiques qui semblent loin de nos possibilités d'intervention individuelles.
D'une manière plus générale, on peut s'interroger pour essayer de comprendre quels autres facteurs ont pu intervenir pour gêner les mouvements de paix dans leur appréhension de la thématique de la guerre en Ukraine. Je vois deux catégories de raisons.
Premièrement, depuis une dizaine d'années, la priorité d'action de beaucoup de mouvements s'est déplacée sur des actions "sectorielles" : le désarmement nucléaire a repris de la vigueur autour de la campagne menée sur le traité d'interdiction de celles-ci jusqu’à l'extraordinaire percée de l'adoption du TIAN en septembre 2019. Pour d'autres groupes, l'action contre le commerce des armes a concentré des efforts là encore avec succès puisque le TCA a été signé en 2019. par contre, l'intervention sur les conflits locaux a été plus difficile. Des signaux avertisseurs auraient dû alerter avec la difficulté de mobiliser sur les questions de la Syrie et de la Libye.
Concernant plus spécifiquement l'Ukraine, la crise de 2014 qui s'était traduite par l'annexion de la Crimée et la neutralisation du Donbass n'avait pas vraiment suscité de réactions.
Deuxième catégorie de difficultés : on peut estimer que tant en 2014 qu'en 2022, la difficulté principale a d'abord été une difficulté d'ordre politique. Comment agir contre l'agresseur, comment resituer l'action pour la paix dans un cadre où l'agresseur principal et immédiat n'est apparemment pas l'impérialisme américain et son complice habituel, l'OTAN ? Certains mouvements radicaux (comme le CMP, No to NATO, les radicaux américains) ont réussi quand même, au prix d'une acrobatie théorique, à rendre l'OTAN et les USA responsables de la crise ukrainienne mais la majorité des mouvements de paix "sérieux" a condamné sans hésiter l'agression russe mais ensuite, pour autant, n'a pas réussi à développer des actions contre la Russie tout en critiquant aussi les "pousse aux crimes" de l'OTAN (pas de délégations dans les ambassades russes, par ex).
On avait connu ce type de difficultés politiques en 1999 avec la Serbie et l'OTAN. En France, le Mouvement de la paix avait réussi à tenir un équilibre avec le slogan "Ni bombardements, ni épuration ethnique" mais cela n'avait pas été sans débats internes vifs. Les anti-OTAN continuent de présenter cette époque sans nuances en condamnant les bombardements de l'OTAN et en oubliant les crimes de Milosevic (voir par ex le site du WPC). De même aujourd'hui, des organisations arrivent, en privilégiant les pressions de l'OTAN depuis 20 ans, en survalorisant le rôle des milices d'extrême-droite en Ukraine, à faire oublier qu'il y a une invasion russe (voir toujours WPC, US Peace Council, United National Antiwar Coalition ou No to NATO).
La difficulté à mobiliser contre la guerre et surtout pour une solution politique négociée a donc des causes multiples, auxquelles il faut rajouter les difficultés de la "bataille informationnelle" et de la pression médiatique que j'ai évoquées dans le IIIe volet de mes articles.

Au delà de ces considérations sur les stratégies à court terme, je pense qu'il faut aussi élargir encore la réflexion sur le fond : la lutte pour la paix ne doit-elle pas évoluer aussi en fonction des nouvelles stratégies guerrières, qu'elles soient appelées "boussole stratégique" ou "concept stratégique" ? En développant les réflexions qui suivent, j'ai conscience d'être aux limites du chercheur en relations internationales et de celles du militant, longtemps impliqué dans l'action pour la paix. Je souhaite ne pas apparaître en simple "yaqua" ou "ifoque", mais en simple lanceur d'idées pour stimuler un débat qui semble nécessaire.

Je reprendrai l'exemple français car il me semble significatif des débats existant aux États-Unis, au sein de l'OTAN et de l'UE. Je rappelle les citations du chef d'état-major français que j'ai évoquées dans mon dernier article.
En parlant du nouveau "concept stratégique français", il a déclaré qu'il fallait aujourd'hui : "gagner la guerre avant la guerre" !
« Avant, les conflits s’inscrivaient dans un schéma paix / crise / guerre”. Désormais, c’est plutôt un triptyque compétition / contestation / affrontement. […] La compétition est devenue l’état normal, que ce soit dans le champ économique, militaire, culturel ou politique, et les conflits dits périphériques appartiennent à cette compétition. On a vécu vingt ans durant lesquels la logique était l’engagement sur le terrain, mais aujourd’hui’ ce n’est plus l’unique solution », a ainsi développé le général Burkhard devant la presse.
L'enjeu pour les pacifistes est considérable : comment anticiper aujourd'hui l'action contre la guerre et pour la paix si la paix est remplacée par la "compétition permanente" ? L'action pour la paix doit-elle être permanente ? Sur le principe, c'est notre vision générale de l'action pacifiste mais concrètement, le mettons-nous en œuvre ? Quels dispositifs de veille active, d'interventions concrète de terrain en direction de l'opinion (et pas seulement, en se contentant d'une simple déclaration ou communiqué de presse) ?
Face à une compétition "multi-champs" (économique, militaire, culturel ou politique, précise le général Burkhard), que peut signifier une ACTION pour la paix (là encore, je précise bien action et non posture déclarative) multi-terrain : la "paix" par le désarmement (amplifier initiatives sur ventes d'armes françaises voir Salon du Bourget mais pas seulement), la baisse des dépenses militaires (comment reprendre des initiatives illustrant le contraste dépenses militaires et besoins de santé, d'éducation devant les écoles, les hôpitaux), le renforcement de la place de l'ONU et multilatéralisme (comment reprendre critique forte des G7, des Davos, etc), la pertinence des traités (quelles actions pédagogiques d'explication, quelle utilisation du siège des Nations unies à Genève).
Quelle "paix économique" : comment mieux voir le lien conflits et guerre et réalisation des ODD ; comment lier paix et pillages commerciaux des richesses des pays en voie de développement ; enfin, comment continuer et renforcer l'action menée pour lier paix et action pour une planète durable (l’embargo contre le gaz durable aboutit à favoriser l'exploitation du gaz de schiste US et la réouverture de mines de charbon !)?
Quelle "paix de l'information" pacifiée par la promotion du contrôle des faits (voir article précédent) ; quels soutiens à des médias indépendants orientés vers la défense de la paix ? Quelle implication dans les réseaux sociaux par les comités de paix (il y un retard  considérable, en France notamment sur l'utilisation de Facebook,Twitter, Instagram et besoin de formations massives des militants), la promotion de l'information collaborative, le soutien aux logiciels libres.
Quelle "paix citoyenne", quel soutien à l'engagement citoyen par l'éducation à la paix qui existe déjà, notamment en France, mais pour en faire une exigence de masse. Quel renforcement des coopérations pacifiques . Pour celles-ci, ne faudrait-il pas promouvoir l'idée de sommets mondiaux pour la paix réguliers, qui dépasseraient les structures actuellement sclérosées du CMP ou du BIP ?

Après cette énumération, on va me rétorquer : il n'y a rien de très nouveau dans tout cela, ce n'est que la répétition des Objectifs de la culture de paix.
Tout à fait d'accord, mais peut-être faut-il justement reprendre les objectifs de la culture à la lumière des nouveautés du monde, des nouveautés des stratégies des militaires et monter, nous aussi, de véritables stratégies.
Exemple : on voit bien que nous avons des difficultés à aborder la "guerre économique" d'un point de vue pacifiste, à aborder l'augmentation des dépenses d'armement de manière non formelle et routinière, dans leur globalité en lien avec les besoins sociaux, les injustices et inégalités mondiales (ODD), l'avenir de la planète sans se mettre à la remorque des organisations ou coalitions existantes mais en faisant de la paix le moteur des mouvements. Comment reprendre la question du respect et de la promotion du "droit international" de manière simple et politique et pas seulement technique. Nous rencontrons les mêmes difficultés pour développer des mouvements d'opinion, la "guerre sociétale" : créer des centrales d'action, de réseaux sociaux avec des activistes spécialisés, la création des éléments de langage".
Idem pour l'information, comment combattre la guerre de l'information, avec quelles ressources ? Comment fait-on pour être des producteurs d’informations, pour alimenter les réseaux sociaux. Nos smartphones sont devenus des producteurs de vidéos : ne réalisons pas un événement, pas un rassemblement, pas une réunion, pas une manifestation sans deux ou trois vidéos de une à deux minutes, sur Twitter, Facebook, Instagram, Diaspora. Il existe des réseaux alternatifs libres hors GAFAM, pourquoi ne pas les investir avec nos contenus, en faire des points de références ?

En fait, aujourd'hui, je pense que le mouvement pacifiste, sous toutes ses formes et dans toutes ses composantes, est confronté à de nouveaux enjeux, face aux changements dans le monde. le défi posé est comment concrètement "mondialiser la paix", pour reprendre un de nos slogans ? N'est-il pas urgent de travailler  à créer un grand mouvement mondial pour la paix, qui reprendrait les chantiers du "Forum du Millénaire" de l'an 2000 (voir http://www.onecountry.fr/index.php?page=article&article=82), pour démilitariser les relations internationales et démilitariser les esprits des humains ?
Pourquoi le Mouvement de la paix n'y travaillerait-il pas en menant un grand forum national de débats et de remise à plat des enjeux d'aujourd'hui s'étalant sur toute l'année 2023 ?
Peut-être, pourrions ainsi, en parodiant la formule des militaires "gagner la paix avant la paix" ?

Daniel Durand - 11 avril 2022

NB : Sites consultés :Mouvement de la paix en France (https://mvtpaix.org) de Peace Action aux USA (https://www.peaceaction.org/), de La Fondation pour la paix de Barcelone (http://fundipau.org/), de Stop the war coalition au Royaume-Uni (https://www.stopwar.org.uk/), de la Campaign for Peace, Disarmament and Common Security aux USA (https://www.cpdcs.org/), de United National Antiwar Coalition aux USA (https://www.unacpeace.org/)de la Société allemande pour la paix et des résistants à la guerre, DFG-VK (https://dfg-vk.de/), du réseau No to War, no to NATO (https://www.no-to-nato.org/), du Bureau International de la paix (https://www.ipb.org/), du Conseil mondial de la paix (https://www.wpc-in.org/).
 

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War(s) Russia - Ukraine: what challenges for the peace movements? (IV and end)

To write this article, I consulted several peace websites that you will find at the end of the article.
Since the end of the Cold War, the mobilisation for peace for each major conflict has had its own singularity. The first Iraq war in 1991, launched by an international coalition to punish Iraq for its invasion of Kuwait, although approved by a UN resolution, saw a strong reaction from Western public opinion, which condemned the return of war to international relations as a means of settling conflicts. "What bullshit is war!" was at the heart of the rallies at the end of 1990, which were very important until the start of the allied bombing in January 1991 but which lost momentum in the following fortnight.
The conflict in the countries of ex-Yugoslavia lasted for several years and allowed the Peace Movements to intervene from the beginning of the conflict (European Peace Caravan in September 1992, which went to Ljubljana, Zagreb, Belgrade and Sarajevo and organised a peace chain of 7,000 people between the five religious buildings in the city). It is only when the conflict gets bogged down in civil war and NATO bombings intervene on Serbia, that the intervention of the Peace Movement becomes more difficult even if demonstrations take place in Paris and Strasbourg until 1999 under the slogan "No bombing, no ethnic cleansing".
The Iraq war, at the beginning of 2003, was marked by several weeks of debates, which allowed a mobilisation of public opinion. This culminated on 15 February 2003 with demonstrations all over the world (several million demonstrators were counted). These mobilisations progressively weakened after the start of the war but, despite everything, the anti-war movement in Iraq remained present in people's minds. Demonstrations resurfaced in the United States in September 2005 and March 2007.
On the other hand, the conflicts in Libya, Syria and Yemen have had difficulty in getting onto the agenda of public initiatives for peace in Europe, but also in France, even though our country is involved either through its participation (Libya) or through arms sales (Yemen).
How did the debate on the war in Ukraine unfold?
The Russian invasion of Ukraine occurred on 24 February 2022 without any real movement of opinion beforehand, although warning articles were published by several movements in January and February. The first three weekends of 28 February, 2 March and 9 March saw anti-war reactions and solidarity with the Ukrainian people in Europe, North America and Japan: the crowds could be large, as in Germany, in Cologne and Berlin. From 9 March onwards, we see mobilisations weakening and gradually, if not dying out, having great difficulty in being organised and gathering more than a few dozen activists (see the 2 April in France and the UK on the sites).
Another sign of the complexity of the mobilisations is the absence of any real international coordination or even of an international day of action that was really launched and taken up in March and April.
Several "basic" explanations can be given at this stage, which are not original and specific to this war in Ukraine. As with all conflicts, there is a spontaneous reaction of opinions that revolt at the announcement of a war and the threats that it may entail on their future. In the following weeks, depending on the evolution of the conflict, if the threats of extension seem to be under control, there is a "habituation" that settles in and the protests shrink to the militant level.
In the case of the war in Ukraine, given the geographical proximity and the media saturation of the destruction and the displaced, the feeling of humanitarian solidarity developed quickly and strongly. It takes precedence over political initiatives that seem far from our individual possibilities of intervention.
In a more general way, we can try to understand what other factors may have hindered the peace movements in their understanding of the war in Ukraine. I see two categories of reasons.
Firstly, over the last ten years or so, the priority of action for many movements has shifted to "sectoral" actions: nuclear disarmament has gained momentum around the campaign on the nuclear ban treaty until the extraordinary breakthrough of the adoption of the TIAN in September 2019. . For other groups, action against the arms trade has focused efforts, again with success as the ATT was signed in 2019. Warning signs should have been given with the difficulty of mobilising on the issues of Syria and Libya.
With regard to Ukraine more specifically, the 2014 crisis which resulted in the annexation of Crimea and the neutralisation of the Donbass did not really provoke any reaction.
Second category of difficulties: it can be said that both in 2014 and in 2022, the main difficulty was first of all a political one. How to act against the aggressor, how to resituate the action for peace in a framework where the main and immediate aggressor is apparently not US imperialism and its usual accomplice, NATO? Some radical movements (like the CMP, No to NATO, the American radicals) have managed, at the price of a theoretical acrobatics, to make NATO and the USA responsible for the Ukrainian crisis, but the majority of "serious" peace movements have condemned the Russian aggression without hesitation, but then, for all that, have not succeeded in developing actions against Russia, while also criticising the "pushes for crimes" of NATO (no delegations in the Russian embassies, for example)
This type of political difficulty was experienced in 1999 with Serbia and NATO. In France, the Mouvement de la paix had managed to maintain a balance with the slogan "Neither bombing nor ethnic cleansing" but this had not been without heated internal debate. The anti-NATO movement continues to present this era without nuance by condemning the NATO bombings and forgetting the crimes of Milosevic (see for example the WPC website). In the same way today, some organisations manage, by privileging the pressures of NATO for 20 years, by overvaluing the role of the extreme right militias in Ukraine, to make people forget that there is a Russian invasion (see always WPC, US Peace Council, United National Antiwar Coalition or No to NATO).
The difficulty of mobilising against the war and especially for a negotiated political solution has multiple causes, to which we must add the difficulties of the "informational battle" and the media pressure that I mentioned in the third part of my articles.

Beyond these considerations on short-term strategies, I think that we must also broaden our thinking on the substance: should the struggle for peace not also evolve according to new war strategies, whether they are called "defence policies" or "deterrence"? In developing the following reflections, I am aware of being at the limits of the researcher in international relations and of those of the activist, long involved in action for peace. I do not wish to appear as a simple "yaqua" or "ifoque", but as a simple thrower of ideas to stimulate a debate that seems necessary.

I will take the French example because it seems to me significant of the debates existing in the United States, within NATO and the EU. I recall the quotes from the French Chief of Staff that I mentioned in my last article.
Speaking about the new "French strategic concept", he said that today it was necessary to "win the war before the war"!
"Before, conflicts were part of a peace / crisis / war pattern. From now on, it is more like a triptych of competition / contestation / confrontation. [Competition has become the normal state of affairs, whether in the economic, military, cultural or political field, and the so-called peripheral conflicts belong to this competition. We lived through twenty years during which the logic was engagement on the ground, but today' this is no longer the only solution", General Burkhard thus developed before the press.
The challenge for pacifists is considerable: how can we anticipate action against war and for peace today if peace is replaced by "permanent competition"? Action for peace must be permanent? In principle, this is our general vision of peace action, but in practice, do we implement it? What are the mechanisms for active monitoring, for concrete interventions in the field aimed at public opinion (and not just by being satisfied with a simple declaration or press release)?
Faced with a "multi-field" competition (economic, military, cultural or political, as General Burkhard points out), what can an ACTION for peace mean (here again, I specify action and not declarative posture) on a multi-field basis: "peace" through disarmament (amplify initiatives on French arms sales, see the Paris Air Show, but not only that), the reduction of military expenditure (how to take up initiatives illustrating the contrast between military expenditure and health and education needs in front of schools and hospitals),  Strengthening the role of the UN and multilateralism (how to take up strong criticism of the G7, Davos, etc.), the relevance of the treaties (what educational explanatory actions, what use should be made of the United Nations headquarters in Geneva).
What "economic peace": how to better see the link between conflicts and war and the achievement of the MDGs; how to link peace and commercial plundering of the wealth of developing countries; finally, how to continue and strengthen the action taken to link peace and action for a sustainable planet (the embargo against sustainable gas leads to the exploitation of US shale gas and the reopening of coal mines!)?
What "peace of information" pacified by the promotion of fact-checking (see previous article); what support for independent media oriented towards the defence of peace? What involvement in social networks by peace committees (there is a considerable delay, in France in particular, in the use of Facebook, Twitter, Instagram and the need for massive training of activists), the promotion of collaborative information, support for free software.
What kind of "citizen peace", what kind of support for citizen commitment through peace education, which already exists, particularly in France, but to make it a mass requirement. How to strengthen peaceful cooperation. For these, should we not promote the idea of regular world peace summits, which would go beyond the currently sclerotic structures of the WPC or the BIP?

After this list, I will be told that there is nothing very new in all this, it is only the repetition of the Objectives of the Culture of Peace.
I agree, but perhaps we should take up the objectives of culture in the light of what's new in the world, what's new in the strategies of the military, and develop real strategies ourselves.
For example, it is clear that we have difficulty in tackling "economic warfare" from a pacifist point of view, in tackling the increase in arms spending in a non-formal and routine way, in their globality in relation to social needs, injustices and global inequalities (ODD), the future of the planet, without following the lead of existing organisations or coalitions, but making peace the driving force of movements. How to take up the issue of respect and promotion of "international law" in a simple and political way and not just a technical one. We encounter the same difficulties in developing opinion movements, the "societal war": creating centres of action, social networks with specialised activists, creating the elements of language.
The same goes for information, how to fight the information war, with what resources? How can we be producers of information, to feed social networks. Our smartphones have become video producers: we can't hold an event, a rally, a meeting or a demonstration without two or three one- or two-minute videos on Twitter, Facebook, Instagram or Diaspora. There are free alternative networks outside GAFAM, why not invest them with our content, make them points of reference?

In fact, today, I think that the peace movement, in all its forms and in all its components, is confronted with new challenges, in the face of changes in the world. The challenge is how to concretely "globalise peace", to use one of our slogans? Is it not urgent to work to create a great world movement for peace, which would take up the work of the "Millennium Forum" of the year 2000 (see http://www.onecountry.fr/index.php?page=article&article=82), to demilitarise international relations and demilitarise the minds of human beings?
Why wouldn't the Peace Movement work on this by conducting a major national forum for debate and rethinking today's issues throughout the year 2023?
Perhaps, parodying the military formula, we could "win the peace before the peace"?

Daniel Durand - 11 April 2022

NB: Websites consulted: Mouvement de la paix in France (https://mvtpaix.org), Peace Action in the USA (https://www.peaceaction.org/), Barcelona Peace Foundation (http://fundipau.org/), Stop the war coalition in the UK (https://www.stopwar.org.uk/), Campaign for Peace, Disarmament and Common Security in the USA (https://www.cpdcs. org/), the United National Antiwar Coalition in the USA (https://www.unacpeace.org/), the German Society for Peace and War Resisters, DFG-VK (https://dfg-vk.de/), the No to War, no to NATO network (https://www.no-to-nato.org/), the International Peace Bureau (https://www.ipb.org/), the World Peace Council (https://www.wpc-in.org/).


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jeudi 7 avril 2022

Guerre(s) Russie - Ukraine : la "guerre informationnelle" (III)

(English translation below)

Dans mon premier article sur la Guerre d'Ukraine, je parlais de "trois guerres en une" pour qualifier la superposition à une guerre classique, employant la force brutale, celle de l'armée russe en l'occurrence, d'une deuxième guerre qui ne veut pas dire son nom mais en est une véritable, la "guerre économique", juxtaposée à une nouvelle forme d'engagement des sociétés civiles, d'une autre guerre qui serait "sociétale". Pour être complet, il faut aussi enrober cela d'une bataille ancienne, celle qu'on appelait autrefois la "guerre de propagande" mais qui prend de tels degrés de diversités et de sophistication aujourd'hui qu'elle devient nouvelle, c'est la "guerre de l'information", la "guerre informationnelle" ou encore la guerre de la "communication", la "stratcom", la "guerre d'influence" des militaires.

La propagande de guerre est bien connue : les historiens de la guerre de 14-18 l'ont étudiée. La période de la 2e Guerre mondiale a vu exploser cette propagande : les affiches caricatures du juif, de la "5e colonne" sont dans les mémoires. On se souvient de Radio-Londres répondant à Radio-Paris "Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand".

La propagande repose sur la construction d'un "récit" servant d'appui, de justification aux actes. Ce récit repose toujours sur une vision binaire, "les gentils/les méchants", En France, trente ans après la fin de la guerre froide, les Russes sont toujours "les méchants" dans une majorité de l'opinion, tout comme ces mystérieux chinois.
Dans le cas de l'Ukraine, le pouvoir de Vladimir Poutine n'a pas lésiné sur les exagérations et les manipulations : la menace de "génocide" des populations russophones du Donbass, la nécessaire "dénazification" du pouvoir de Kiev, etc..

A-t-il été crédible ? j'en doute. La diffusion d'informations mensongères parfois grossières est efficace surtout sur les populations "captives" de l'information d'un pouvoir : en Russie, les plus sensibles sont les personnes âgées, les populations des villes moyennes et des zones rurales. Ce sont des populations où les sources d'information restent traditionnelles : journaux, télévision, radio. En Russie comme toujours dans l'histoire des guerres, cela passe par le contrôle des médias, voire l'interdiction des indociles et la censure. Les populations urbaines ou plus jeunes utilisent d'autres moyens d'information avec les réseaux sociaux. C'est pourquoi le pouvoir russe a fermé Facebook, mais d'autres réseaux cryptés comme Telegram permettent d'échapper pour une part à cette censure absolue. Nous avons hélas connu cela en France pendant la guerre d'Algérie : là aussi, le gouvernement français ne menait pas une "guerre" mais une "opération de pacification" et les journaux d'opposition comme l'Humanité, Combat étaient souvent interdits de parution ou paraissaient avec des grandes zones blanches à la place des articles censurés.
Cette propagande classique est utilisée par les deux pouvoirs, russes comme nous l'avons vu, comme ukrainien qui a, lui aussi, diffusé de fausses nouvelles (le pilote de chasse "fantôme", les 13 marins héroïques, etc...).
Cette guerre de propagande a pris dans ce conflit des formes nouvelles, marquant une évolution commencée depuis les années 90.
Les sources d'information et les canaux de diffusion se sont aujourd'hui diversifiés et pour une part, individualisés. Les sources d'infos peuvent êtres des messages, des "posts" sur Facebook, assortis de vidéos sur Twitter ou Instagram. Ces messages relaient des images truquées, prises hors contexte (images de guerre construites à partir de jeux vidéos par ex).  Les grands médias reconnaissent que les vidéos d'amateurs, prises par les smartphones, et qui circulent sur les réseaux sociaux, deviennent des sources qui vont alimenter ensuite médias classiques, télés et journaux papier.
Ces images, ces vidéos peuvent provenir de citoyens, qui peuvent être des témoins précieux, mais qui peuvent être aussi des militants d'une cause et qui vont essayer, en trichant, de peser sur l'interprétation de la réalité. De plus en plus, une partie importante de ces messages sont fournis par des salariés, véritables "soldats informationnels", chargés de peser sur la perception des événements par l'opinion publique au travers des réseaux sociaux, et cela tant du côté russe qu'ukrainien.
La question de la vérification des informations véhiculées par les réseaux sociaux (le fact-check, "examen des faits") devient donc une question centrale.
Il faut reconnaître que cette question a traversé beaucoup de rédactions de presse et interrogé beaucoup de journalistes :ces uns pour des exigences déontologiques, les autres par souci de garder une crédibilité nécessaire pour conserver la confiance des lecteurs.
Ces réflexions ont abouti à la construction d'une plateforme sur internet qui réunit des fact-checks de médias français de référence – l'AFP, 20 Minutes, Libération, Les Surligneurs, Franceinfo – ainsi que des tutoriels, des analyses et des outils pour aider enseignants, chercheurs et grand public à décrypter les fake news.
La plateforme française, membre du collectif international EDMO, s'appelle DE FACTO. Elle est portée par Sciences Po, l'AFP, le CLEMI – Centre pour l’éducation aux médias et à l’information, et XWiki SAS : https://defacto-observatoire.fr/Main/#
De nombreux journaux ont aussi leur page spéciale de checknews. en voici une liste non-exhaustive :
https://c.leprogres.fr/societe/desinfox
https://www.liberation.fr/checknews/
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/03/04/guerre-en-ukraine-notre-guide-pour-detecter-les-infox-et-les-fausses-images_6116197_4355770.html
https://factuel.afp.com/
https://factuel.afp.com/fact-checking-search-results?keywords=ukraine
L'association Acrimed a monté également un site de critique des médias : https://www.acrimed.org/

Dans les mois précédant le conflit, beaucoup d'articles circulaient sur la capacité des Russes à manipuler ainsi l'opinion. Il faut pourtant constater un relatif échec de la propagande russe, qui fait penser que, tout comme sur le plan militaire, la Russie est peut-être plus un "tigre de papier" que la menace épouvantable dont on a tant agité l'épouvantail.

Depuis le début de la guerre, on constate que la partie ukrainienne a reçu le renfort de nombreuses sociétés ou groupes anglo-saxons qui font que, de plus en plus, c'est le "récit" ukrainien qui domine sur tous les canaux d'information. Participe de cette "guerre informationnelle" l'engagement médiatique sans précédent des dirigeants politiques occidentaux, notamment du trio, Jo Biden, Boris Johnson, Emmanuel Macron, dont l'empressement à trouver des formules choc pour faire le "buzz", a pu conduire à des déclarations hasardeuses, "limites" sur le plan diplomatique par Jo Biden ("le boucher", "remplacer Poutine").
Il s'agit bien, en fait, d'une véritable guerre qui a aussi des côtés matériels avec la cyberguerre, l'utilisation d'informaticiens, de "hackers", pour lancer des attaques virales contre des institutions, des systèmes de gestion bancaires, des installations industrielles ou étatiques ; une guerre qui suppose de disposer des outils pour répercuter ces "informations". C'est ainsi que le soutien du milliardaire Elon Musk et de son réseau de satellites a été décisif pour Zélensky, pour conserver le contrôle de ses communications.
Il y a ainsi un déplacement du champ de bataille, celui-ci n'est plus seulement sur terre avec les chars et lance-missiles, ni dans le ciel avec les chasseurs-bombardiers, il est dans les esprits et donc, dans les opinions publiques.
Seuls les spécialistes ont prêté attention aux interventions du général Thierry Burkhard, nouveau chef d'État-major français à l'automne dernier, qui, en parlant du nouveau "concept stratégique français", a déclaré qu'il fallait aujourd'hui : "gagner la guerre avant la guerre" !
« Avant, les conflits s’inscrivaient dans un schéma paix / crise / guerre”. Désormais, c’est plutôt un triptyque compétition / contestation / affrontement. […] La compétition est devenue l’état normal, que ce soit dans le champ économique, militaire, culturel ou politique, et les conflits dits périphériques appartiennent à cette compétition. On a vécu vingt ans durant lesquels la logique était l’engagement sur le terrain, mais aujourd’hui ce n’est plus l’unique solution », a ainsi développé le général Burkhard devant la presse.
Voyons donc que, dans cette logique, l'état de paix n'existe plus mais est remplacé par une compétition "pacifico-guerrière" permanente ! Il y a là un nouveau sujet de réflexion pour les militants pour la paix et les organisations internationales! Que deviennent des notions comme le "maintien de la paix", le "rétablissement de la paix", etc.. ?
Quelles premières conclusions en tirer ?
Nous vivons actuellement, même dans notre pays, un régime "d'information de guerre", même s'il est différent de celui des pays impliqués à fond dans le conflit. Cela appelle beaucoup de vigilance, de la lucidité nécessaire. Par exemple, malgré les efforts de recherches d'informations objectives, les médias français ont une tendance quasi naturelle à privilégier les informations venant du côté des victimes, ici le côté  ukrainien. Certaines informations sont ainsi reprises telles quelles pendant plusieurs heures avant que les vérifications soient effectuées, et les rectificatifs, alors que certains sont nécessaires passent beaucoup plus inaperçus.
Il faut donc un effort permanent pour aller vérifier toutes les informations importantes publiées, par exemple sur les sites de checknews.
Une boussole permanente doit nous guider, juger toutes les décisions politiques et actions internationales à l'aune du droit international. J'avais ainsi fait part de mes réserves dans un précédent article sur la multiplication de sanctions internationales unilatérales hors de toutes normes claires de droit. Les évolutions récentes de celles-ci, s'appuyant sur les images révoltantes du massacre de Bourcha, aggravent ces distorsions. Cela m'amène à penser qu'on ne combat pas le comportement de voyou de Poutine par d'autres méthodes de voyou. Cela risque de d'avoir des conséquences dommageables pour la vie internationale de demain. Ce n'est pas ainsi qu'on renforcera la justice internationale.
Je reviendrai dans un IVe et dernier article sur les problèmes nouveaux posés par ce conflit aux partisans de la paix et d'un monde multilatéral.
Daniel Durand
7 avril 2022

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In my first article on the War in Ukraine, I spoke of "three wars in one" to qualify the superimposition on a classical war, employing brutal force, that of the Russian army in this case, of a second war which does not want to say its name but is a real one, the "economic war", juxtaposed to a new form of engagement of civil societies, another war which would be "societal". To be complete, we must also include an old battle, the one that used to be called the "propaganda war" but which is taking on such degrees of diversity and sophistication today that it is becoming new, it is the "information war", the "informational war" or even the war of "communication", the "stratcom", the "war of influence" of the military.

War propaganda is well known: historians of the 14-18 war have studied it. The period of the Second World War saw an explosion of this propaganda: the posters caricaturing the Jew, the "5th column" are remembered. We remember Radio-London answering Radio-Paris "Radio-Paris lies, Radio-Paris is German".

Propaganda is based on the construction of a "narrative" that serves as a support and justification for actions. In France, thirty years after the end of the Cold War, the Russians are still "the bad guys" in a majority of the opinion, just like these mysterious Chinese.
In the case of Ukraine, the power of Vladimir Putin has not skimped on exaggerations and manipulations: the threat of "genocide" of the Russian-speaking populations of Donbass, the necessary "denazification" of the power in Kiev, etc..

Was he credible? I doubt it. The dissemination of misleading information, which is sometimes crude, is especially effective on populations that are "captive" to the information of a power: in Russia, the most sensitive are the elderly, the populations of medium-sized cities and rural areas. These are populations where the sources of information remain traditional: newspapers, television, radio. In Russia, as always in the history of wars, this is done by controlling the media, even banning the indociles and censorship. The urban and younger populations use other means of information with social networks. This is why the Russian government has closed Facebook, but other encrypted networks such as Telegram allow to escape this absolute censorship. Unfortunately, we experienced this in France during the Algerian war: there too, the French government was not waging a "war" but a "pacification operation" and opposition newspapers such as L'Humanité and Combat were often banned from publication or appeared with large white areas in place of the censored articles.
This classic propaganda is used by both powers, Russian as we have seen, as well as Ukrainian, which also disseminated false news (the "phantom" fighter pilot, the 13 heroic sailors, etc...).
This propaganda war has taken on new forms in this conflict, marking an evolution that began in the 1990s.
The sources of information and the channels of diffusion have now diversified and, in part, individualized. The sources of information can be messages, "posts" on Facebook, accompanied by videos on Twitter or Instagram. These messages relay fake images, taken out of context (e.g. war images constructed from video games).  The mainstream media recognize that amateur videos taken by smartphones and circulating on social networks are becoming sources that will then feed the traditional media, TV and newspapers.
These images, these videos can come from citizens, who can be precious witnesses, but who can also be militants of a cause and who will try, by cheating, to influence the interpretation of reality. More and more, an important part of these messages are provided by employees, real "informational soldiers", in charge of influencing the perception of the events by the public opinion through social networks, and this both on the Russian and Ukrainian sides.
The question of the verification of the information conveyed by social networks (the fast-check) thus becomes a central issue.
It is necessary to recognize that this question has crossed many editors and questioned many journalists: some for deontological requirements, the others by concern to keep a credibility necessary to keep the readers' trust.
These reflections have led to the construction of an internet platform that brings together fact-checks from leading French media - AFP, 20 Minutes, Libération, Les Surligneurs, Franceinfo - as well as tutorials, analyses and tools to help teachers, researchers and the general public to decipher fake news.
The French platform, a member of the international EDMO collective, is called DE FACTO. It is supported by Sciences Po, AFP, CLEMI - Centre pour l'éducation aux médias et à l'information, and XWiki SAS: https://defacto-observatoire.fr/Main/#
Many newspapers also have their own checknews page. Here is a non-exhaustive list:ttps://c.leprogres.fr/societe/desinfox
https://www.liberation.fr/checknews/
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/03/04/guerre-en-ukraine-notre-guide-pour-detecter-les-infox-et-les-fausses-images_6116197_4355770.html
https://factuel.afp.com/
https://factuel.afp.com/fact-checking-search-results?keywords=ukraine
The association Acrimed has also set up a media criticism site: https://www.acrimed.org/

In the months preceding the conflict, many articles were circulating about the ability of the Russians to manipulate opinion in this way. However, it is necessary to note a relative failure of Russian propaganda, which makes us think that, just as on the military level, Russia is perhaps more of a "paper tiger" than the terrible threat that has been so much agitated.

Since the beginning of the war, we note that the Ukrainian side has received the reinforcement of many Anglo-Saxon companies or groups which make that, more and more, it is the Ukrainian "story" which dominates on all the information channels. Part of this "informational war" is the unprecedented media involvement of Western political leaders, especially the trio Jo Biden, Boris Johnson and Emmanuel Macron, whose eagerness to find shocking formulas to create a "buzz" has led to hazardous statements, "borderline" in diplomatic terms by Jo Biden ("the butcher", "replacing Putin").
In fact, this is a real war that also has material sides with cyberwarfare, the use of computer scientists, of "hackers", to launch viral attacks against institutions, banking management systems, industrial or state installations; a war that supposes having the tools to pass on this "information". This is how the support of billionaire Elon Musk and his network of satellites was decisive for Zélensky, in order to keep control of his communications.
There is thus a shift in the battlefield, which is no longer only on the ground with tanks and missile launchers, nor in the sky with fighter-bombers, it is in the minds and therefore, in public opinion.
Only specialists have paid attention to the interventions of General Thierry Burkhard, the new French Chief of Staff last autumn, who, speaking of the new "French strategic concept", declared that today it was necessary to "win the war before the war"!
"Before, conflicts were part of a peace/crisis/war pattern. From now on, it is rather a triptych of competition / contestation / confrontation. [Competition has become the normal state of affairs, whether in the economic, military, cultural or political fields, and the so-called peripheral conflicts belong to this competition. We have lived through twenty years during which the logic was engagement on the ground, but today this is no longer the only solution," General Burkhard thus developed before the press.
So let us see that, in this logic, the state of peace no longer exists but is replaced by a permanent "peace-warrior" competition! This is a new subject for reflection for peace activists and international organizations! What is happening to concepts like "peacekeeping", "peacemaking", etc.?
What are the first conclusions to be drawn?
We are currently living, even in our country, in a regime of "war information", even if it is different from that of the countries fully involved in the conflict. This calls for a great deal of vigilance and the necessary lucidity. For example, despite the efforts to seek objective information, the French media have an almost natural tendency to favor information from the side of the victims, here the Ukrainian side. Some information is thus repeated as it is for several hours before verifications are made, and corrections, although some are necessary, go much more unnoticed.
It is therefore necessary to make a permanent effort to check all the important information published, for example on the checknews sites.
A permanent compass must guide us, judging all political decisions and international actions by the yardstick of international law. In a previous article, I expressed my reservations about the multiplication of unilateral international sanctions outside of any clear legal norms. The recent evolution of these sanctions, based on the revolting images of the Bourcha, aggravate these distortions. This leads me to believe that we do not fight Putin's rogue behavior with other rogue methods. This could have damaging consequences for the international life of tomorrow. This is not the way to strengthen international justice.
I will return in a fourth and final article to the new problems posed by this conflict to the supporters of peace and a multilateral world.
Daniel Durand
April 7, 2022


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