mardi 16 août 2011

ACTUALITÉ DE L'ÉTÉ (1) : le désarmement en demi-teintes..

L'été 2011 ne laissera pas un grand souvenir dans les mémoires des partisans du désarmement nucléaire.
Fin juin à Paris, les représentants des cinq puissances nucléaires "officielles", les "P5", ont tenu une première réunion sur le suivi de la Conférence d’examen du TNP de 2010 afin de se concerter sur les progrès de mise en œuvre de leurs engagements. Rien de nouveau dans les discours et proclamations, la main sur le coeur, de leur volonté d'oeuvrer au désarmement, de travailler sur les questions de transparence et de confiance mutuelle, y compris sur la doctrine et les capacités nucléaires, ainsi que sur les questions de vérification. Seul (?) élément positif, les membres du P5 se sont félicités des mesures prises par les États-Unis, la Russie et le Royaume-Uni en vue de la tenue en 2012 d’une conférence sur la création d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient.
La même frustration se dégage des deux jours de discussions fin juillet à l'Assemblée générale des Nations unies sur le suivi de la réunion qui avait eu lieu 24 septembre 2010, pour essayer de revitaliser les travaux de la Conférence du désarmement de Genève et faire avancer les négociations multilaterales sur le désarmement. Les délégués présents n'ont pu que constater la poursuite de l'enlisement de cette conférence à Genève et n'ont pu parvenir à un consensus sur les moyens d'y remédier. À noter que certains États ont demandé à l’Assemblée générale d’assumer ses responsabilités et de convoquer une quatrième session extraordinaire sur le désarmement nucléaire.
Les nouvelles les plus positives viennent de la société civile. Fin juin, alors qu'à Paris se réunissaient les "P5", à Londres, c'est "Global Zéro", un lobby pour l'abolition des armes nucléaires lancé à Paris en décembre 2008, qui organisait son troisième sommet mondial. Celui-ci est composé non de pacifistes mais d'anciens diplomates ou experts de haut niveau du nucléaire militaire qui estiment qu'aujourd'hui nous approchons d'un seuil critique. pour eux, le risque d'utilisation de l'arme nucléaire est triple : une attaque lancée par une puissance nucléaire : la menace n'est plus mondiale mais régionale, avec pour points de fixation le Cachemire, le Moyen-Orient et la péninsule coréenne ; la menace terroriste : face à un acteur non-étatique, la dissuasion perd tout son sens ; un accident : la probabilité d'une erreur dans la manipulation des têtes nucléaires est loin d'être négligeable. Pour ces experts, la seule solution est l'élimination complète. Tous les pays nucléaires avaient envoyé des observateurs. Du côté des États, si le Président Obama fait toujours du volontarisme politique, les observateurs notent que la France, elle, traîne les pieds.
Des experts de Global Zéro ont donné des chiffres sur le coût des armes nucléaires. Pour la France, l'argent dépensé chaque année pour UNE seule arme nucléaire permettrait de financer : 150 nouveaux instituteurs, 130 000 consultations chez un médecin généraliste, 70 nouvelles éoliennes, 50 nouvelles entreprises innovantes, 500 familles prises en charge par le RSA.
Toujours du côté de la société civile, l'été a été marqué par des déclarations très fermes du nouvel Observateur permanent du Saint-Siège (le Vatican) aux Nations unies, Mgr Francis Chullikatt, nonce apostolique. Pour lui, "la plus dangereuse de toutes les idées héritées de la Guerre froide est la conviction que la dissuasion nucléaire est essentielle à la sécurité d'une nation. Le maintien de la dissuasion nucléaire au 21ème siècle ne sera pas une aide mais un obstacle à la paix et au désarmement nucléaire authentique".
Encore du côté de la société civile, il faut noter que le réseau ICAN (Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires) organise pour la première fois une Rencontre internationale de trois jours à Genève, du 17 au 19 septembre, pour construire une nouvelle étape dans son déploiement mondial.
Autre nouvelle (peut-être) positive, selon le quotidien japonais Asahi Shimbun, le gouvernement américain envisage de retirer toutes les armes nucléaires tactiques et de courte portée déployées en Europe depuis la guerre froide. Des discussions approfondies devraient débuter dans les prochains mois avec l'OTAN et se conclure avant le sommet de l'Otan à Chicago en mai 2012, a précisé le quotidien, citant un haut responsable américain chargé du désarmement nucléaire. À suivre...
Sur le plan du désarmement conventionnel, le mois de juillet (11 au 15 à New-York) a été marqué par la tenue de la troisième session du comité préparatoire à la Conférence des Nations unies sur le traité sur le commerce des armes. Cette session visait à préparer les réunions de l'année 2012 qui sera marquée, sans doute en juin-juillet, par la tenue d'une Conférence sur un Traité relatif au commerce des armes (TCA). L’objet de la négociation est de proposer un cadre juridique international contraignant destiné à encadrer les échanges et transferts internationaux d’armes classiques (c'est-à-dire les armes qui ne sont pas biologiques, chimiques, et nucléaires).
À cette session, le Président de la session, l'argentin, R.G. Moritan a déposé un brouillon de texte, qui dépasse le simple relevé des diverses positions, mais les met en cohérence et représentera une sorte d'ossature des grandes lignes d'un futur Traité. Un certain nombre de pays, dont la France qui occupe la vice-présidence du Comité préparatoire, ont réservé un bon accueil à ce texte. D'autres pays, dont les États-Unis, se sont montrés très réticents voire hostiles. Les diplomates ont un an pour préparer la Conférence ainsi que les ONG qui vont déployer un lobbying intense.
À noter que le représentant du Saint-Siège, très actif décidément en juillet, s'est également exprimé sur la question et a fait part de l’urgence de la mise en place d’un « instrument légal fort, crédible, efficace et concret pour augmenter la transparence dans le commerce des armes ». Le principal objectif d’un Traité sur le commerce des armes – a-t-il conclu – « doit être celui de sauvegarder la vie humaine et de construire un monde plus respectueux de la dignité humaine, et pas seulement de réglementer le trafic illicite d’armes ». « Agir de manière responsable signifie promouvoir une vraie culture de paix et de vie ».
Le processus de négociation sur ce Traité délicat continue donc son cours, ce qui est un élément encourageant dans ce panorama estival du désarmement, en demi-teintes comme l'a été la météo !


lundi 8 août 2011

Europe (4 et fin) - L'Union européenne, bras droit de l'ONU ?

Cet article clôt (pour l'été...) la série consacré à la sécurité européenne (voir les articles précédents : "Europe (1) : Les impasses militaires et politiques de la France, l'Union européenne, l'OTAN" et "Europe (2) : La place de l'Europe questionnée..." ; "Europe (3) : Une autre vision du monde – une politique de sécurité alternative".
Si l'on estime que la construction d'une véritable sécurité globale passe par le soutien et le renforcement du multilatéralisme aujourd'hui dans les relations internationales, il est clair que la priorité de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) passe en priorité par le soutien et le renfort au "rôle central" des Nations Unies et à leur action concrète.
L'Union Européenne en a-t-elle les moyens ? Le poids politique potentiel de l'Union européenne aux Nations unies ne doit pas être sous- estimé. Avec ses 25 États membres, l'Union européenne représente 13% des membres de l'ONU et 30% de l'économie mondiale, 36% du budget ordinaire de l'ONU et environ la moitié des contributions volontaires à ses Fonds et programmes. Sa contribution aux opérations militaires autorisées par l'ONU s'élève à 50 000 soldats. A l'heure de développement de la mondialisation, l'Europe est bien une clé de l'avenir de l'ONU et du multilatéralisme.

L'axe d'une politique novatrice de sécurité et de défense européenne réside dans le soutien, non seulement à la structure onusienne, mais surtout à ses valeurs - les valeurs fondamentales de la Charte de 1945 -, dont nous avons célébré en 2005 le 60e anniversaire, c’est-à-dire la paix, la mise hors la loi de la guerre comme moyen de la politique, le refus de la force pour régler les conflits au profit du règlement politique de ceux-ci et de la coopération entre les États, le désarmement et l’utilisation des ressources humaines au service de la vie et non de sa destruction. Cela inclut également les valeurs onusiennes nouvelles, construites dans l’évolution historique des soixante dernières années, au travers des divers traités et conventions : les notions de vérification, de contrôle et de transparence et confiance mutuelles, de développement des droits humains (femmes, enfants, droit au développement, à l’environnement) et de nouveaux concepts (développement humain, sécurité humaine). Cet engagement sans équivoque devrait figurer de manière plus forte dans tout futur acte ou traité de l'Union et, à plus forte raison, dans un futur «Concept de sécurité européen».
Dans ce cadre, l’UE pourrait développer un rôle pilote en termes d’éducation à la paix, à la tolérance, aux droits humains et au refus de la violence, en profitant mieux de la chance d’avoir le siège de l’UNESCO sur le sol européen. L'UE jouerait un rôle historique en promouvant de nouvelles valeurs universelles basées sur une Culture de la paix. Cet effort, pour réussir, devrait s’appuyer sur l’engagement des collectivités locales et des organisations d’éducateurs européens pour faire reculer toutes les violences, du local au mondial. Une telle politique d’éducation à la paix, à la tolérance et aux droits de l’homme, doit viser tant l’action interne, dans tous les pays membres, avec des modifications des programmes officiels d’éducation, que l’action externe au travers de la coopération décentralisée qui engage déjà des centaines de collectivités locales en France, en Italie dans les pays européens.
A côté de ce rôle essentiel sur les valeurs, l'UE a les moyens et une expérience certaine pour développer aussi des dimensions civiles de prévention des conflits, de gestion des crises et de reconstruction post-conflits. Elle a une expérience acquise sur le terrain en Bosnie et Kosovo, en Afrique pour la Belgique et la France. Surtout, l'UE a la chance de pouvoir être un partenaire privilégié de l'OSCE dont le bilan en matière de prévention civile des conflits est positif comme je l'ai écrit auparavant. Cette expérience pourrait être davantage mise au service de la communauté internationale sur d'autres continents au travers, par exemple, d'un service civil européen pour la coopération et le développement.
Enfin, sur le plan militaire, l'Europe pourrait fournir des matériels et moyens humains «d'intelligence» (satellite, avions de surveillance, drones), avions transports de troupe, porte- avions commun, expertise d'observateurs et de contrôleurs (scénario de l'Irak), médiateurs (situation du Kosovo). Ce choix clair d'une politique de participation commune à la sécurité mondiale, tournée vers le partenariat renforcé avec les Nations-Unies pour le maintien de la paix, donnerait un sens nouveau à la coopération européenne en matière d'armements. Les programmes de l'Agence Européenne d'Armements seraient inscrits dans cette finalité si celle- ci devenait une sorte de «pôle public européen» de l'armement, permettant de répondre à ceux qui s'inquiètent et refusent toute "marchandisation" des armements. Ils pourraient contribuer à créer une norme de matériels et de procédures militaires «Nations-Unies» réellement universelle, alors qu'il n'existe qu'une norme «OTAN». La définition de ces coopérations nouvelles au service de la paix permettrait de rendre effective la réduction du niveau global des dépenses militaires européennes et des forces armées, au lieu, comme aujourd'hui, de prêcher pour leur augmentation. Fondamentalement, l'Europe permettrait ainsi aux Nations-Unies de gagner une véritable "autonomie" de choix et d'action par rapport aux moyens de l'actuelle hyper-puissance américaine. Pourquoi l'UE ne jouerait-elle pas un rôle actif dans la réactivation du Comité d'État- major, prévu par la Charte de l'ONU et actuellement en sommeil ? Un comité de coordination militaire européen trouverait alors sa justification et éviterait les problèmes rencontrés aujourd'hui avec les britanniques sur cette question.
Cette évolution permettrait aussi de contourner l'épineuse question de  la relation avec l'OTAN. Elle pourrait rendre progressivement obsolète, dans les faits mêmes, le recours à cette organisation militaire, voire son existence, si l'essentiel des opérations militaires internationales de maintien de la paix se traitait exclusivement dans le cadre des Nations unies et avec la participation forte de l'Union européenne... La lutte pour le «dépassement» de l'OTAN dont on parle sans dégager d'axe concret pourrait y trouver un nouveau souffle, ceci sans créer de «vide» stratégique ou de «rupture» du lien transatlantique. Cela permettrait aussi d'inverser les termes de la question de la compatibilité «appartenance OTAN/appartenance UE».
Le rayonnement de l'Europe gagnerait donc considérablement à refuser la logique de développement de puissances antagonistes et sur-militarisées, à s'inscrire à la fois comme "pôle positif ou vertueux de puissance" et "pôle de puissance positive ou vertueuse" dans le monde.

Faire aboutir de telles orientations suppose l'apparition d'une volonté politique forte et innovante qui s'oppose à des idées qui semblent au premier abord de bon sens comme : «le monde est dangereux, il ne faut pas baisser la garde...». Ces idées ont abouti dans des impasses qui s'appellent extension de la prolifération, pourrissement de conflits locaux, diffusion des extrémismes et du terrorisme. N'est-il pas temps aujourd'hui, comme pour les problèmes de l'environnement, de prendre des voies plus originales et plus courageuses pour construire un monde «durable» aussi en terme de paix, de sécurité et de droit international. La vision d'une «Europe puissance vertueuse» pour la paix, le désarmement et le soutien aux Nations-Unies n'est sans doute pas majoritaire encore au sein des gouvernements européens mais elle pourrait le devenir dans les opinions publiques si des volontés politiques se dégageaient au sein des principales forces de la société civile et du Parlement européen. Une Europe « puissance vertueuse » ne serait pas une Europe impuissante, elle disposerait d'alliés nombreux dans le monde parmi toutes les puissances émergentes qui ont intérêt à un nouvel ordre international différent des dominations du passé. Elle s'appuierait sur une société civile en développement dans un nombre croissant de pays, et à laquelle les nouveaux moyens d'information comme les « réseaux sociaux » donnent une force nouvelle. Partenaire privilégié des Nations unies dans tous les domaines, du civilo-militaire au renforcement du droit international et d'une nouvelle culture de paix, l'Europe serait une puissance d'un type nouveau mais une puissance respectée.
Cette vision suppose une très forte intervention citoyenne, l'ouverture d'un large débat sur les stratégies et visions de l'Europe. Cette mobilisation n'est pas une réalité aujourd'hui. Qu'en sera-t-il demain ? Après avoir avoir assisté à l'épanouissement inattendu du « printemps arabe », l'heure n'est pas au pessimisme.
8 août 2011



lundi 1 août 2011

Europe (3) : Une autre vision du monde – une politique de sécurité alternative

Dans deux précédents articles, "Europe (1) : Les impasses militaires et politiques de la France, l'Union européenne, l'OTAN" et "Europe (2) : La place de l'Europe questionnée...", nous avons fait un état des lieux du contexte dans lequel se posent les enjeux de la sécurité et de la défense européenne. Examinons maintenant les alternatives politiques possibles.
Quelles pourraient être les lignes de force d'une politique européenne de sécurité qui innoverait à la fois dans ses rapports avec l'OTAN et avec les Nations unies ? Quel rôle d'impulsion pourrait y jouer la diplomatie française ?
Tout progrès dans le maintien de la paix tant sur le plan juridique que militaire ne peut se comprendre durablement que dans deux cadres : le premier est celui du progrès de la démilitarisation des relations internationales (progrès des traités de désarmement, diminution des dépenses militaires). Le second est celui d'une démocratisation progressive des différents niveaux d'élaboration et décision des structures internationales.
Cette démocratisation doit concerner le système des Nations unies (élargissement du Conseil de sécurité, poids de l'Assemblée générale, place de la société civile, encadrement des agences économiques comme FMI, BM et OMC) et une meilleure participation des citoyens/citoyennes du niveau local et national, soit par l'intermédiaire des ONG soit par celui des collectivités locales dans les diverses institutions internationales. Les événements populaires qui se sont déroulés en Tunisie et en Égypte, et ailleurs, montrent que des évolutions profondes traversent les opinions dans un nombre croissant de pays : ne soyons pas timides devant l'extension de la démocratie et de la participation des peuples !
Qui peut porter les défis du siècle et construire une nouvelle manière de vivre en paix, une nouvelle sécurité, forcément GLOBALE dans son approche des problèmes et HUMAINE dans les priorités qu'elle se donne, sinon les forces démocratiques chez tous les peuples de la terre ? C’est la leçon générale à tirer des événements actuels. C'est la leçon que nous, Européens, devons en tirer.
Dans un monde plus globalisé dans lequel émergent de nouvelles puissances comme les BRICS, les dispositifs de sécurité doivent-ils contribuer à opposer en créant ou transformant des blocs de pays en « pôles de sécurité » ou doivent-ils contribuer à rapprocher et faire collaborer l'ensemble des puissances (et les autres) de la planète, dans une conception plus mondialisée ?
Monde multipolaire ou apolaire, sécurité exclusive ou inclusive, défensive ou coopérative ? Le débat est d'importance. Si une vision de "l'Europe puissance", au sens classique du terme, se développait, basée essentiellement sur une dimension militaire, l'intégration des armes nucléaires britannique et française dans la «palette» de sécurité européenne se poserait inéluctablement un jour, dans la mesure où le nucléaire est encore inséparable de la conception de la puissance dans les relations internationales. Or, je suis persuadé qu'une Europe nucléarisée ne serait pas un facteur de paix mais un facteur d'aggravation d'une multipolarité internationale dangereuse.
À l'inverse, des initiatives fortes de relance du désarmement recueilleraient un écho très favorable dans l'U.E et dans les pays non-alignés aujourd'hui. Le 8 février 2009, le ministre allemand des affaires étrangères, M. Steinmeier, avait rappelé à la Conférence de Munich sur la sécurité, que «Désarmement et contrôle des armes par conséquent appartiennent de droit au sommet du nouvel agenda transatlantique, à côté des sujets majeurs du futur du changement climatique et de la sécurité énergétique» et qu'aucun «réel progrès ne sera fait sur la non- prolifération nucléaire sans que les États dotés de l'armement nucléaire prennent l'initiative».
L'action de l'Union européenne doit viser à relancer les mécanismes internationaux de maîtrise des armements et les négociations de désarmement, le contrôle des productions et transferts d'armements, l'interdiction et l'éradication complète de certains d'entre eux. Cela suppose de re-développer des campagnes politiques fortes pour l'application et l'approfondissement des Traités existants et l'amélioration de leurs dispositifs de vérification, la négociation et l'application de nouveaux accords.
Parmi ces objectifs, rappelons-le à la veille du 66e anniversaire des bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, c'est la négociation et la signature d'une Convention d'abolition ou d'interdiction des armes nucléaires qui est essentielle pour progresser dans la démilitarisation des relations internationales. Cette convention déposée comme document officiel de l'ONU est soutenue aujourd'hui par plus 127 pays, (mais pas par la France, malheureusement). Dans les quatre années qui nous séparent de la prochaine Conférence d'examen du TNP, on peut espérer que la pression émanant de l'opinion grandira pour demander l'ouverture de discussions spécifiques sur cette Convention, tant au sein des réunions préparatoires (les « Prepcom ») que de la Conférence du désarmement à Genève, puisque que « tous les États doivent faire un effort particulier pour établir le cadre nécessaire à l'instauration et à la préservation d'un monde sans armes nucléaires » (document adopté en mai 2010). Le mouvement global pour éliminer les armes nucléaires saura-t-il conduire des mobilisations, notamment en Europe, encore plus amples d'ici cette date ?
Une résolution du Parlement européen du 26 avril 2009 souhaite une telle convention, en vue d'une élimination totale des armes nucléaires en 2020, comme le demande le maire d'Hiroshima. Berlin, en avril dernier, a été le siège d'une réunion des pays « amis du désarmement nucléaire ». Lors de cette réunion, à l’invitation de Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères, les participants ont discuté de l’interdiction de la production des matières destinées à la fabrication des bombes nucléaires ainsi que de l’arrêt immédiat des essais nucléaires et de la transparence sur les arsenaux atomiques. Les ministres, japonais, australien, canadien, et polonais des Affaires étrangères figuraient parmi les participants.. Le renforcement des processus de désarmement n'est donc pas un illusion naïve... et l'Europe a tout à y gagner à s'y inscrire... (à suivre...)
1/08/2011



lundi 25 juillet 2011

Europe (2) : La place de l'Europe questionnée...

Dans un article du mai dernier : "Europe (1) : Les impasses militaires et politiques de la France, l'Union européenne, l'OTAN", je m'interrogeais sur la nécessité de l'ouverture de nouveaux débats et réflexions sur les conditions d'une sécurité mondiale et d'une sécurité européenne nouvelles et sur leurs conséquences sur le développement de la défense européenne.
Quelle doit être la place de l'Europe dans la mondialisation ?
Les USA s'intéressent de moins en moins à l'Europe et à son environnement immédiat ; leur déception envers l'OTAN augmente ce détachement stratégique (on l'a constaté dans la crise tunisienne). Aussi, à l'avenir, l'Europe sera de plus en plus questionnée sur son implication lors de futures crises se produisant dans son environnement immédiat : Méditerranée, Afrique, Moyen et Extrême Orient. Comment apprécier l'évolution du monde et de la mondialisation vers plus d'interdépendance, de coopérations « obligées », construites dans le maillage du système onusien, de ses cinquante agences, de la multiplication des traités touchant tous les domaines économiques, commerciaux, dans la construction d'ensembles régionaux sur les continents européen et américain mais aussi africain et asiatique, dans celle d'organismes de concertation informelle (G20, G8).
Les réflexions sur la sécurité européenne doivent certes prendre en compte l'état encore préoccupant du monde en terme de prolifération des armes nucléaires ainsi que la persistance de conflits régionaux non-réglés, toujours susceptibles de provoquer une escalade non- contrôlée (Inde-Pakistan, Israël-Palestine-Iran) mais en en délimitant les risques sécuritaires. La prolifération nucléaire n'a pas de véritable solution en dehors d'un véritable processus d'interdiction et d'élimination complète de ces armes, condition ultime de l'universalité complète du TNP (traité de non-prolifération nucléaire). Le règlement des conflits pendants relève de processus politiques propres à chacun d'eux mais qui, à l'évidence, ne passent pas prioritairement par des solutions militaires. Dans ces deux cas de figures, la sécurité européenne ne dépend pas de ses capacités militaires à répondre à des « menaces » mais de sa capacité politique à résoudre à des "défis" : celui du désarmement nucléaire dans un cas, celui de la résolution diplomatique complexe de certains conflits d'autre part. Il n'y a pas de « solution miracle » dans une relance des dépenses militaires et de la mise au point de nouveaux armements, tant au niveau national qu'européen.
N. Sarkozy, D. Cameron dressent un rideau de fumée dans leurs discours pour expliquer que des « menaces » nouvelles et mystérieuses se développent (terrorisme, cybercriminalité, menaces sur nos approvisionnements énergétiques), auxquelles, il faudrait continuer d'opposer les mêmes vieilles ripostes : OTAN partout et pour tout, lois de contrôle renforcé des citoyens aux limites juridiques floues.
Or, tous ces domaines relèvent d'abord du renforcement de la coopération policière, judiciaire plus que du relèvement des moyens militaires nucléaires et conventionnels avec l'OTAN. Soyons clairs, le premier enjeu d'une politique européenne de sécurité pour les décennies à venir est d'identifier non des MENACES mais des DÉFIS, non des RIPOSTES mais des RÉPONSES élaborées.
Construire une sécurité commune dans ce monde mondialisé demande une approche de plus en plus complexe, globale avec des dimensions militaires certaines mais, de plus en plus, avec une dimension humaine première : protection des populations contre les massacres et risques de nouveaux génocides, éradication de la famine, de l'extrême pauvreté et des pandémies.
Objectivement, la place des Nations unies, tant au niveau de la prévention des conflits, du maintien voire du rétablissement de la paix, en est appelée à grandir dans les prochaines décennies.
L'Union européenne doit jouer un rôle actif dans la démocratisation des relations et des institutions internationales, ne pas « chicaner » dans les efforts pour, d'un même mouvement, SOUTENIR et aider à RÉFORMER en profondeur l'Organisation des Nations unies. Le renforcement du G8 et du G20 serait, à l'inverse, le renforcement des logiques inégalitaires entre puissances, donc le maintien des causes de l'instabilité mondiale.
Dans ce cadre complexe, l'Europe peut jouer un rôle de premier plan puisqu'elle est plutôt reconnue jusqu'à présent comme élément moteur en matière de normes, de droit international, comme embryon de « puissance douce ». Cela constituerait pour elle un véritable atout dans la mondialisation alors que, par exemple, les États-Unis sont de plus en plus handicapés par leurs approches quasi exclusivement militaires des crises. Les politiciens classiques estiment que ce serait faire preuve d'angélisme dans un monde où les conflits régionaux et les considérations géopolitiques classiques vont revenir, selon eux, de plus en plus. Cette critique serait recevable si cette dimension normative européenne aboutissait à une simple posture de « témoignage », sans action concrète en matière de participation à la sécurité commune. Mais, si cette approche s'accompagnait d'un soutien et d'une participation plus affirmés au multilatéralisme mondial et au droit international, dans toutes ses dimensions y compris sur le plan militaire, il y aurait, et politique nouvelle, et réalisme de notre temps.
Encore faut-il vraiment comprendre que la sécurité européenne est aujourd'hui inséparable de la sécurité globale de la planète, et non plus, comme pendant la Guerre froide, de la sécurité du seul bloc euro-atlantique qu'essaie de perpétuer l'OTAN. Et que, dans cette situation, la notion étroite de « défense européenne » est à revisiter dans une vision plus large de la défense de la stabilité et de la paix mondiale. (à suivre...)
24 juillet 2011



dimanche 17 juillet 2011

14 juillet : ouvrir un débat national sérieux.

Peut-on toucher au défilé militaire du 14 juillet ? Évitons les polémiques politiciennes et revenons sur les faits.
Le 14 juillet marque la date de la prise de la prison de la Bastille, l'aspiration à la liberté du peuple de Paris, le début de la révolution française, l'élaboration de la Déclaration des Droits de l'homme, des valeurs républicaines de liberté, égalité et fraternité.
Sa première commémoration, le 14 juillet 1790, est marquée partout par des fêtes civiles et citoyennes, les "Fêtes de la Fédération" qui marquent l'unité nationale autour de la Révolution française;.
Ce n'est qu'en 1880 que la IIIe République institue le 14 juillet comme Fête nationale avec un défilé militaire, dix ans après la perte de l'Alsace et la Lorraine. Jusqu'à la Guerre de 1914-18, ces défilés porteront un contenu nationaliste : "nous reprendrons l'Alsace et la Lorraine".
Le 14 Juillet ne prendra une dimension d'union nationale qu'en 1936, après le Front populaire et après la Libération, où les combattants de la Résistance vont se fondre largement dans la nouvelle armée française.
Les années de guerres coloniales contre l'Indochine et l'Algérie n'ont pas contribué à rapprocher le peuple français et son armée. Sous la Ve République, De Gaulle et ses successeurs font du défilé du 14 juillet un moment de démonstration de la force nucléaire française, assimilée à une nouvelle indépendance nationale, une fierté nationale sans doute partagée par une majorité de l'opinion.
Aujourd'hui, les années 2000 sont marquées par deux changements : la fin de la Guerre froide dans le monde et la fin du service militaire en France.
La place grandissante du droit international conduit à ce que la présence militaire française s'inscrive de plus en plus exclusivement dans le cadre des résolutions des Nations unies (même si souvent leur interprétation est pervertie et outrepassée comme aujourd'hui en Afghanistan et en Libye). La mission des forces militaires françaises évolue de plus plus de la défense d'un territoire national (dont les limites se transforment et s'européanisent) à des missions de "police internationale" au service des lois d'une société en phase de mondialisation lente.
Dans le même temps, le service militaire national, la conscription, a été supprimé et remplacé par une professionnalisation des armées. Ce sont donc des professionnels, des sortes de "gendarmes internationaux" qui remplissent les missions confiées par le gouvernement français sur des théâtres d'opérations extérieures (OPEX), théoriquement au service du droit international, en recevant à juste titre des salaires majorés (le plus souvent triplés) à la mesure du sacrifice éventuel de leur vie, qui leur est demandé. Cette condition mérite évidemment le respect et la reconnaissance de tous. Ce n'est pas sans évoquer d'ailleurs le cas d'autres serviteurs de la collectivité comme les pompiers par exemple.
Ces grands changements du monde et de notre société imposent de réfléchir à la manière dont notre société, les citoyens/citoyennes peuvent marquer l'attachement, le soutien aux valeurs traditionnelles de liberté, justice, égalité de la République française, à de nouvelles valeurs à promouvoir comme la défense de la paix dans le monde, et plus encore, la promotion d'une nouvelle culture de paix, de "vivre ensemble".
Comment le faire ? Peut-on le réduire à un défilé de troupes militaires, une démonstration de matériel militaire (dont le coût d'ailleurs est de plus en plus largement critiqué) ? Est-ce ainsi que nous conduirons les jeunes françaises et français à aimer les valeurs de la République (voir le débat sur la Marseillaise) ?
La tradition portée par le 14 juillet et la prise de la Bastille est d'abord citoyenne. La "tradition" du défilé militaire français a été tardive et marquée par une époque donnée. Beaucoup de grands pays démocratiques n'organisent pas de parades militaires (États-Unis, Royaume-Uni) et ne sont pas moins attachés à leurs valeurs nationales et à leur armée, lorsque cela est nécessaire.
Peu importe l'opinion que chacune peut avoir sur l'intervention de Mme Joly, sur sa forme ou son opportunité. Elle pose une question réelle qui mérite mieux que les propos affligeants de M. Fillon, bien loin des valeurs républicaines qu'il prétend défendre, ou des réponses convenues, manquant singulièrement de hauteur de vue, de plusieurs leaders de l'opposition.
Les dirigeants politiques français se grandiraient, hors de toute surenchère électorale, en ouvrant un débat national sérieux, en créant une commission pour l'animer pour examiner, à la lumière des transformations du monde, des évolutions de notre société, les moyens de réaffirmer, lors de chaque 14 juillet, les valeurs républicaines de liberté, d'égalité et fraternité, les aspirations à une nouvelle culture de paix, de "vivre ensemble" de notre quartier à la planète. C'est cette démarche citoyenne qui permettrait d'irriguer encore plus largement la société française de ces valeurs, qui permettrait à la jeunesse de construire ses repères, de soutenir tous les moyens de les promouvoir et de les défendre si besoin était.
17 juillet 2011


mardi 24 mai 2011

Europe (1) : Les impasses militaires et politiques de la France, l'Union européenne, l'OTAN.

L'intervention de la France, de la Grande-Bretagne et de quelques autres pays européens (Belgique, Danemark, Italie) pour faire respecter la résolution 1973 du conseil de sécurité de l'ONU visant à protéger la population civile d'un risque de massacre par Khadafi et à imposer un cessez-le-feu est un échec politique et militaire. Certes, la population a été sauvée des bombardements de l'aviation libyenne, mais l'opération de « police internationale » qui était prévue dans la résolution de l'ONU s'est transformée en guerre en perdant l'adhésion de départ de l'Union africaine et de la Ligue arabe. Deux raisons principales président à cet échec : le mandat initial de l'ONU n'a pas été respecté, les bombardements auraient dûs se limiter strictement aux cibles de l'aviation libyenne et s'accompagner d'une initiative diplomatique forte avec les pays africains et arabes pour obtenir un cessez-le-feu immédiat, or les bombardements des résidences de Khadafi ont vite montré que la coalition poursuivait d'autres buts. Cette perversion de la mission a été accentuée par la remise du commandement et de la coalition à l'OTAN qui a démontré, une fois de plus, son incapacité à sortir des visions du « tout-militaire », déjà évidente après son enlisement en Afghanistan.
À côté de l'échec militaire et politique de l'OTAN, la crise libyenne révèle un échec militaire et politique de l'Union européenne et de sa PESDC (Politique européenne de sécurité et de défense commune). L'Union européenne n'a pas voulu utiliser ses capacités d'assurer la coordination autonome de son intervention, comme elle l'avait fait en juin 2003 en Ituri (RDC), et elle n'a pu entraîner qu'un nombre réduit de pays (cinq sur vingt-sept) du fait des ambiguïtés de la mise en œuvre du mandat de l'ONU. C'est aussi un échec politique pour l'Europe qui apparaissait jusqu'alors comme un bon défenseur du droit international. En acceptant le détournement de fait de la résolution 1973 de l'ONU, elle a affaibli le concept de « la responsabilité de protéger » qui va devenir plus complexe à appliquer de nouveau. Le peuple syrien en a été la première victime, puisque tous les membres du Conseil de sécurité se sont trouvés embarrassés pour prendre des mesures claires et nettes à l'encontre du régime sanglant d'Achar Ben Assad. Il n'y a pas eu de sanctions politiques et économiques coordonnées par les Nations unies, pas de consensus trouvé dans la Ligue arabe pour des initaitves politiques pour faire cesser la répression.
Il y aura besoin demain, de nouveaux rapports de force pour que, si une situation à la libyene se représentait, les résolutions du Conseil de sécurité soient sans ambiguÎtés, clairement circonscrites et conduites sous le leadership onusien.
Le troisième échec politique, révélé par les dernières crises, est celui de Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait décidé de privilégier l'OTAN en revenant dans le commandement intégré de cette structure en 2009 en espérant jouer un rôle plus grand auprès des pays européens dans l'ombre des États-Unis : les divisions européennes sur l'intervention en Libye montrent son erreur. Du coup, sur le plan militaire, il a mis encore plus en lumière la fragilité militaire française dans ce type d'opération avec une aviation menacée de paralysie par manque de munitions après quelques semaines d'opération. l'armée française a payé l'enlisement en Afghanistan.
Ces impasses militaires et surtout politiques de la France, de l'Union européenne et de l'OTAN doivent être l'occasion de l'ouverture de nouveaux débats et réflexions sur les conditions d'une sécurité mondiale et d'une sécurité européenne nouvelles et sur leurs conséquences sur le développement de la défense européenne. Nous l'aborderons dans un prochain article.



mercredi 4 mai 2011

Lueurs de paix en Palestine et Israël ?

Les perspectives politiques en Palestine et Israël semblent se réouvrir timidement, à la fois par "le haut" et par le "bas".
Par "le bas", la société civile israélienne commence à se re-mobiliser plus largement. Début avril, une quarantaine de personnalités, dont beaucoup d’anciens officiers de haut rang, lançaient une "initiative de paix israélienne" en réponse à l’initiative de paix arabe de 2002. Fin avril, 21 lauréats du prix d’Israël publiaient une pétition en faveur de la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël. Parmi ces pétitionnaires, figurent les professeurs Yéhoudah Bauer et Ze’ev Sternhell, le graphiste David Tartakover, l’ex-président de l’Académie des sciences Menachem Yaari, la fondatrice du Meretz Shoulamit Aloni, l’actuelle conseillère municipale de Tel-Aviv et fille de l’ex-général Moshé Dayan Yaël Dayan, le peintre et sculpteur Danny Karavan, ainsi que le dramaturge Yéhoshua Sobol. Ils affirment que « Israël est le lieu où naquit le peuple juif et où se forgea son caractère national. La Palestine est le lieu où naquit le peuple palestinien et où se forgea son caractère national" et appellent " tout individu en quête de paix et de liberté pour les deux peuples à soutenir la déclaration d’indépendance de l’État palestinien, et à agir dans un sens qui encourage les citoyens des deux peuples à nouer de bonnes relations sur la base des frontières de 1967. La fin de l’occupation est une condition sine qua non de la libération des deux peuples. » Du côté palestinien, les choix de solution politique non-violente se sont renforcés grâce à l'action du gouvernement de Mahmoud Abbas, aux ONGs palestiniennes en Cisjordanie, mais même, ce qui était moins évident, à Gaza. Il est significatif que le chef d'orchestre israélien Daniel Barenboïm ait pu dirigé ce mardi à Gaza un "concert de la paix" avec l'Orchestre pour Gaza, composé de musiciens exerçant dans des orchestres européens de premier plan. Cet événement culturel, au cours duquel des œuvres de Mozart ont été jouées, était co-organisé par des organisations non gouvernementales palestiniennes. L'audience comprenait « un large éventail de la société civile et des étudiants de Gaza », a précisé le porte-parole du Secrétaire général des Nations unies dans une déclaration.
Si les choses bougent "en bas", elles bougent aussi "en haut" : l'idée de la reconnaissance sans attendre d'un État palestinien a progressé fortement.
Le 12 avril 2011, le Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Robert Serry, a publié un rapport affirmant que "L'Autorité palestinienne est prête à gouverner un potentiel Etat de Palestine (...) Dans les six zones où les Nations Unies sont le plus engagées, les institutions gouvernementales sont désormais suffisantes pour le bon fonctionnement du gouvernement d'un État ». Dans ce rapport, Robert Serry regrettait la division des Palestiniens à Gaza notant que ce territoire « reste en dehors du contrôle de l'Autorité Palestinienne mais reste essentiel à la construction d'un État palestinien ».
Or, le 27 avril dernier, le Fatah, mouvement du président palestinien Mahmoud Abbas, et le mouvement rival Hamas ont conclu un accord de réconciliation qui prévoit la formation d'un gouvernement intérimaire et la tenue d'élections dans le courant de l'année. Pour un grand nombre d'observateurs, la réunification était essentielle pour parvenir à une solution à deux États dans le cadre de négociations entre Israéliens et Palestiniens. L'enjeu est que la réconciliation se déroule d'une manière qui promeuve la cause de la paix. La politique sanglante d'attentats visant des civils et d'envoi de roquettes, lancées à l'aveuglette par le Hamas, était et reste injustifiable, tout comme la politique d'occupation et de répression aveugle du gouvernement israélien, mais les réalités du terrain et des rapports de force politiques, peuvent faire bouger les situations.  Dans une récente interview  sur la chaîne britannique Channel Two, Mahmoud Abbas a affirmé que le Hamas accepte un État palestinien dans les frontières du 4 juin 1967 et qu’il croit possible de le persuader d’accepter la paix.
C'est à la communauté internationale de veiller aux engagements de tous, envers tout processus de paix, encore faut-il que tout soit fait pour surmonter l'hostilité d'une grande partie du gouvernement israélien actuel et d'aboutir à la création rapide de l'État palestinien. Cette question doit être posée devant l'Assemblée générale de l'ONU en septembre prochain. Selon l’ambassadeur français à l’ONU, la France et l’Union européenne « réfléchissent à l’option de reconnaître un État palestinien dans l’optique de créer un horizon politique à même de relancer le processus de paix ». Le temps presse maintenant, car la création d'un tel État doit être soutenue, tant par l'Assemblée générale que par le Conseil de sécurité. Ce serait un réel appui si la France, l'Union européenne reconnaissaient dès maintenant officiellement l'État de Palestine, dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-est comme capitale, même si les obstacles juridiques sont encore nombreux. L'action des citoyens en direction des autorités françaises est importante. Une appel-pétition, "L'Etat palestinien, c'est maintenant !"a été publié par Le Monde dans son édition datée du 29 avril 2011 et est en ligne sur http://www.petitions24.net/letat_palestinien_cest_maintenant . Malgré quelques insuffisances, notamment sa totale discrétion sur l'action du Hamas, c'est actuellement le meilleur outil disponible pour tous ceux qui souhaitent faire avancer l'indépendance de la Palestine, il mérite donc d'être diffusé largement. Cette pression en direction des autorités françaises et européennes n'exclut pas le soutien renforcé plus que jamais nécessaire aux forces qui, dans les sociétés civiles israéliennes et palestiniennes, agissent pour des solutions politiques et non-violentes.
3 mai 2011