Après les cérémonies commémoratives d’Hiroshima et Nagasaki, l’attention des partisans de élimination des armes nucléaires devrait se tourner sur Genève en août, où la Conférence du désarmement tiendra du 9 août au 24 septembre la dernière partie de ses travaux pour 2010 : six semaines qui risquent d’être celles de la dernière chance pour cet organisme incapable depuis près de quinze ans de se mettre d’accord, ne serait-ce que sur son programme de travail ! les observateurs ou militants regarderont avec plus d’attention New-York, où le 24 septembre a été annoncée par M. Ban Ki-moon, conformément à la résolution du TNP de mai dernier, une “réunion de haut niveau sur le désarmement”. “Cet évènement”, a-t-il précisé, “aura pour thème principal la revitalisation de la Conférence du désarmement et l’intensification des efforts en faveur d’un traité d’interdiction de production des matières fissiles à des fins militaires”.
Le Secrétaire général de l’ONU a annoncé cette réunion, à la fin de son voyage au Japon. M. Ban a expliqué que cette participation « historique » aux cérémonies d’Hiroshima et Nagasaki -la première du genre effectuée par un Secrétaire général de l’ONU- avait renforcé sa détermination à travailler avec tous les États Membres à l’édification d’un monde sans armes nucléaires.
Cette réunion de haut niveau, a-t-il dit, s’inscrira à la suite « du discours de Prague du Président Obama, de la réunion des chefs d’État et de gouvernement des membres du Conseil de sécurité de l’an dernier sur le désarmement nucléaire et du Sommet de Washington sur la sécurité nucléaire ».
Cette réunion aidera-t-elle la Conférence du désarmement à fixer pratiquement son programme de travail, et à se mettre au travail sur des projets concrets ? Pendant ce mois d’août, elle doit discuter d’un projet de programme de travail, proposé par la présidence brésilienne le 8 juillet dernier. Que propose ce projet, fourbi par la diplomatie brésilienne, très active depuis quelques mois, sur le plan du désarmement nucléaire ?
Ce projet de décision envisage la création de quatre groupes de travail chargés respectivement de la «cessation de la course aux armements nucléaires et désarmement nucléaire», de négocier un traité interdisant la production de matières fissiles à des fins militaires, de la «prévention d'une course aux armements dans l'espace» et de la question des «arrangements internationaux efficaces pour garantir les États non dotés d'armes nucléaires contre l'emploi ou la menace d'armes nucléaires». Le projet propose également de nommer trois coordonnateurs spéciaux sur les «nouveaux types et systèmes d'armes de destruction massive (armes radiologiques)», un «programme global de désarmement» et la «transparence dans le domaine des armements». Ces propositions ont-elles une chance d’aboutir ? On peut en douter car le Pakistan a rappelé qu’il jugeait inacceptable la négociation, envisagée dans ce texte, d'un traité d'interdiction de la production future de matières fissiles, qui “porterait atteinte aux intérêts du pays en matière de sécurité”.
Certains pays, comme les États-Unis, ont-ils la volonté politique de faire pression sur le Pakistan pour qu’il fasse preuve de plus de souplesse ? Sont-ils, de leur côté, capables d’une certaine souplesse, pour entendre les préoccupations des pays non-nucléaires en matière de garanties supplémentaires de sécurité ? On peut craindre que soit choisie la politique du pire qui consisterait à ne rien faire pour débloquer les discussions à Genève et d’attendre que la réunion annoncée de New-York lève par magie tous les obstacles... Ce serait sûrement un pari risqué et la Conférence du désarmement pourrait y perdre le peu de crédibilité qu’elle possède encore.
Un diplomate brésilien a déclaré le 8 juillet dernier que “les difficultés auxquelles se heurte la Conférence ne proviennent pas de sa nature, de sa structure, de sa composition ou de ses règlements. La situation est beaucoup plus grave; il s'agit d'un blocage des relations internationales dans leurs dimensions les plus vitales, à savoir le pouvoir et la sécurité.” Il a raison : ce sont des conceptions de fond qui sont en cause comme l’ont montré certains affrontements à la dernière Conférence du TNP : conception de la sécurité, pertinence ou obsolescence des notions de dissuasion nucléaire, renforcement ou non du multilatéralisme et du droit international....
N.B : les incendies de l’été en Russie ont fait une victime supplémentaire : le mythe de la sûreté des installations nucléaires militaires (ou non d’ailleurs). Le mythe des gouvernements “sages” ou “stables” des pays possédant l’arme nucléaire, s’était effondré dans les années 90 en même temps que l’Union soviétique. Aujourd’hui, les incendies autour des centres nucléaires de Snejinsk dans l’Oural, qui élabore des armes nucléaires, et de Sarov, dans la région de Nijni Novgorod, où est situé un important centre de recherche nucléaire, fabriquant des armes atomiques russes, ont montré la vulnérabilité des installations face à des conditions météorologiques exceptionnelles.
Daniel Durand - 13 août 2010
Ce blog est dédié aux problématiques de la paix et du désarmement, des institutions internationales (ONU, OTAN), à la promotion d'une culture de la paix. Textes sous license Creative Commons by-nc-sa
jeudi 12 août 2010
mardi 10 août 2010
Vers le contrôle du commerce des armes ?
La période estivale semble propice cette année à des avancées dans les processus de désarmement. Les cérémonies commémoratives d’Hiroshima et Nagasaki ont été plus médiatisées, notamment à cause de la présence pour la première fois de l’ambassadeur des États-Unis ainsi que celle du Secrétaire général des Nations unies, dont les paroles fortes sur la nécessité d’aboutir à une Convention d’abolition des armes nucléaires ont été soulignées.
La semaine avant, l’entrée en vigueur du traité d’interdiction des sous-munitions, le 1er août, a constitué également une nouvelle très importante. Mais un autre événement, encore une semaine avant, le 23 juillet, a été moins médiatisé, malgré son importance : l’issue positive des travaux du premier Comité préparatoire de la Conférence sur le Traité sur le commerce des armes (TCA), qui se réunira en 2012. De quoi s’agit-il ?
Depuis 2003, se déroule une campagne mondiale d’opinion : “Contrôlez les armes” (Control Arms), à l’initiative notamment d’ONG, comme Oxfam et Amnesty international et du réseau IANSA (International Action Network on Small Arms), contre le commerce « irresponsable » des armes et ses conséquences dévastatrices (estimées par les ONG à plus de 700 000 victimes par an). La revendication principale de cette campagne internationale est la conclusion d’un traité international sur le commerce des armes (TCA). Depuis 2003, début de la mobilisation internationale, plusieurs succès ont été obtenus.
Le principal a été d’obtenir l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies, le 6 décembre 2006, de la résolution A/Res/61/89 relative à un futur « instrument global et juridiquement contraignant établissant les normes internationales communes pour l’importation, l’exportation et le transfert d’armes classiques » (TCA). La France avait assuré le coparrainage ainsi que la promotion de cette résolution. 153 pays ont voté en faveur de la résolution 61/89 prévoyant la nomination d'un groupe d'experts gouvernementaux (GGE) chargé d'examiner la faisabilité, le champ d'application et les grandes lignes d'un Traité international sur le commerce des armes classiques.
Le processus visant à réguler le commerce des armes a été lancé et l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une nouvelle résolution le 3 décembre 2009 sur « le Traité sur le commerce des armes ». Le texte, qui a reçu le soutien de 151 États membres (une voix contre, 20 abstentions), vise à définir les étapes en vue de la négociation de ce traité et prévoit l’organisation à New York en 2012 d’une conférence des Nations unies sur le Traité sur le commerce des armes d’une durée de quatre semaines. Cette conférence sera précédée de cinq sessions d’un comité préparatoire, échelonnées en 2010 et 2011.
C’est donc la première session du Comité préparatoire (Prepcom) de la Conférence des Nations Unies pour un traité sur le commerce des armes qui s’est tenue à New York du 12 au 23 juillet 2010. La deuxième session se tiendra en février 2011 à New-York. Au terme de ces deux semaines de pourparlers, un document de base, muni d’un calendrier de travail, est désormais sur la table. Certes, les discussions techniques (types d’armes concernés, critères à respecter, etc.) ne font que commencer, mais les appréciations des ONG, des responsables onusiens et des diplomatiques se veulent optimistes.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes a estimé, le 26 juillet 2010, qu’un “Un élan décisif vient d’être donné à New-York pour l’adoption du TCA. L’objectif du TCA est de réguler le commerce international des armes classiques. Les principes de respect des droits de l’Homme, du droit international humanitaire et du développement économique et social devraient en constituer le cadre.
Le traité devrait amener les pays signataires à mettre en place :
— des dispositifs nationaux de contrôle des transferts d’armes, après examen de l’opportunité de ces derniers suivant des critères communs ;
— des procédures d’incrimination contre les trafiquants ;
— des procédures de coopération technique et d’entraide judiciaire internationale.
Lors du Comité préparatoire, l’ensemble des États, y compris les plus réticents, ont participé de façon constructive aux travaux. De nombreux points restent à expliciter et à clarifier, mais les discussions ont permis de bien avancer sur l’architecture du Traité et sur un certain nombre de chapitres de celui-ci.”
Beaucoup d’observateurs, de militants pacifistes seront surpris de cet optimisme, surpris de voir que sur un sujet aussi sensible, le commerce des armes, des négociations puissent aboutir à un “contrôle” (on ne parle pas d’interdiction), compte-tenu des sommes énormes en jeu.
Notons d’abord que, à l’initiative des États-Unis, la procédure d’adoption du traité en 2012 se fera au consensus, ce qui accorde de fait, un droit de veto à chaque État participant, ce qui n’est pas sans susciter des interrogations sur l’aboutissement des négociations.
Pour l’instant, les grandes puissances se sont engagées en faveur de ces négociations. La France, par ailleurs troisième vendeur d’armes mondial, a même co-parrainé la résolution déposée aux Nations unies en 2006. Selon le site officiel du ministère, elle “estime en effet que l’établissement de règles ou de principes communs dans ce domaine s’impose aujourd’hui comme un enjeu prioritaire de sécurité pour tous les États”.
Pour apprécier cet engagement, il faut bien voir que ce Traité vise les armes classiques, permettra de mieux contrôler, ce qui n’est pas négligeable, les ventes d’armes dites “légères” (les plus meurtrières dans les conflits infra-étatiques, d’ailleurs), qui sont plus le fait de réseaux mafieux que d’États. L’essentiel des ventes de la France porte sur de grands équipements, avions de M. Dassault, chars, sous-marins, systèmes d’artillerie, tous matériels et opération de vente dont les conditions apparentes de vente, pourront sans doute satisfaire à un Traité, qui comportera forcément des compromis. L’engagement de la France sur ce type de contrôle, comme pour les sous-munitions ou les armes antipersonnel, peut s’expliquer, au-dela des grandes déclarations officielles de principe, pour effectivement une raison de sécurité. Les engagements de l’armée française se déroulent aujourd’hui, quasi exclusivement, dans le cadre d’opérations onusiennes de maintien ou de rétablissement de la paix, dans des conflits le plus souvent infra-étatiques (ex-Yougoslavie, R.D du Congo, Afghanistan). Ces conflits internes sont tous alimentés par des ventes d’armes illicites, les régions concernées sont infestées de mines : l’armée française a donc un intérêt premier a voir des accords internationaux réglementer ou interdire certaines de ces pratiques, dont sont victimes les soldats français.
Dans ce cadre, l’engagement français dans le “désarmement humanitaire”, (catégorie dans laquelle on classe les accords visés dans cet article), relève de préoccupations “réalistes” et, en même temps, permet au Ministère des Affaires étrangères, une politique de communication et d’image en direction des pays en voie de développement et des ONGs, qui essaie de rectifier la mauvaise image, bien réelle de la diplomatique française, tant sur le plan du désarmement nucléaire que sur la survivance de certaines pratiques jugées encore néo-colonialistes en Afrique...
En même temps, ce positionnement illustre les contradictions qui traversent les politiques des États aujourd’hui dans le monde, tant sur le plan militaire que sur le plan des relations avec une opinion publique de plus en plus présente et ... pressante ! La posture ambiguë du Président Obama sur les armes nucléaires est une autre illustration de cette situation nouvelle... Peut-être assistons-nous à une modification forcée du “réalisme” cynique des États et de leurs politiques de puissance. À tous ceux qui souhaitent un monde plus sûr et plus juste parce que pacifié et démilitarisé d’y réfléchir....
Daniel Durand - 10 août 2010
La semaine avant, l’entrée en vigueur du traité d’interdiction des sous-munitions, le 1er août, a constitué également une nouvelle très importante. Mais un autre événement, encore une semaine avant, le 23 juillet, a été moins médiatisé, malgré son importance : l’issue positive des travaux du premier Comité préparatoire de la Conférence sur le Traité sur le commerce des armes (TCA), qui se réunira en 2012. De quoi s’agit-il ?
Depuis 2003, se déroule une campagne mondiale d’opinion : “Contrôlez les armes” (Control Arms), à l’initiative notamment d’ONG, comme Oxfam et Amnesty international et du réseau IANSA (International Action Network on Small Arms), contre le commerce « irresponsable » des armes et ses conséquences dévastatrices (estimées par les ONG à plus de 700 000 victimes par an). La revendication principale de cette campagne internationale est la conclusion d’un traité international sur le commerce des armes (TCA). Depuis 2003, début de la mobilisation internationale, plusieurs succès ont été obtenus.
Le principal a été d’obtenir l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies, le 6 décembre 2006, de la résolution A/Res/61/89 relative à un futur « instrument global et juridiquement contraignant établissant les normes internationales communes pour l’importation, l’exportation et le transfert d’armes classiques » (TCA). La France avait assuré le coparrainage ainsi que la promotion de cette résolution. 153 pays ont voté en faveur de la résolution 61/89 prévoyant la nomination d'un groupe d'experts gouvernementaux (GGE) chargé d'examiner la faisabilité, le champ d'application et les grandes lignes d'un Traité international sur le commerce des armes classiques.
Le processus visant à réguler le commerce des armes a été lancé et l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une nouvelle résolution le 3 décembre 2009 sur « le Traité sur le commerce des armes ». Le texte, qui a reçu le soutien de 151 États membres (une voix contre, 20 abstentions), vise à définir les étapes en vue de la négociation de ce traité et prévoit l’organisation à New York en 2012 d’une conférence des Nations unies sur le Traité sur le commerce des armes d’une durée de quatre semaines. Cette conférence sera précédée de cinq sessions d’un comité préparatoire, échelonnées en 2010 et 2011.
C’est donc la première session du Comité préparatoire (Prepcom) de la Conférence des Nations Unies pour un traité sur le commerce des armes qui s’est tenue à New York du 12 au 23 juillet 2010. La deuxième session se tiendra en février 2011 à New-York. Au terme de ces deux semaines de pourparlers, un document de base, muni d’un calendrier de travail, est désormais sur la table. Certes, les discussions techniques (types d’armes concernés, critères à respecter, etc.) ne font que commencer, mais les appréciations des ONG, des responsables onusiens et des diplomatiques se veulent optimistes.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes a estimé, le 26 juillet 2010, qu’un “Un élan décisif vient d’être donné à New-York pour l’adoption du TCA. L’objectif du TCA est de réguler le commerce international des armes classiques. Les principes de respect des droits de l’Homme, du droit international humanitaire et du développement économique et social devraient en constituer le cadre.
Le traité devrait amener les pays signataires à mettre en place :
— des dispositifs nationaux de contrôle des transferts d’armes, après examen de l’opportunité de ces derniers suivant des critères communs ;
— des procédures d’incrimination contre les trafiquants ;
— des procédures de coopération technique et d’entraide judiciaire internationale.
Lors du Comité préparatoire, l’ensemble des États, y compris les plus réticents, ont participé de façon constructive aux travaux. De nombreux points restent à expliciter et à clarifier, mais les discussions ont permis de bien avancer sur l’architecture du Traité et sur un certain nombre de chapitres de celui-ci.”
Beaucoup d’observateurs, de militants pacifistes seront surpris de cet optimisme, surpris de voir que sur un sujet aussi sensible, le commerce des armes, des négociations puissent aboutir à un “contrôle” (on ne parle pas d’interdiction), compte-tenu des sommes énormes en jeu.
Notons d’abord que, à l’initiative des États-Unis, la procédure d’adoption du traité en 2012 se fera au consensus, ce qui accorde de fait, un droit de veto à chaque État participant, ce qui n’est pas sans susciter des interrogations sur l’aboutissement des négociations.
Pour l’instant, les grandes puissances se sont engagées en faveur de ces négociations. La France, par ailleurs troisième vendeur d’armes mondial, a même co-parrainé la résolution déposée aux Nations unies en 2006. Selon le site officiel du ministère, elle “estime en effet que l’établissement de règles ou de principes communs dans ce domaine s’impose aujourd’hui comme un enjeu prioritaire de sécurité pour tous les États”.
Pour apprécier cet engagement, il faut bien voir que ce Traité vise les armes classiques, permettra de mieux contrôler, ce qui n’est pas négligeable, les ventes d’armes dites “légères” (les plus meurtrières dans les conflits infra-étatiques, d’ailleurs), qui sont plus le fait de réseaux mafieux que d’États. L’essentiel des ventes de la France porte sur de grands équipements, avions de M. Dassault, chars, sous-marins, systèmes d’artillerie, tous matériels et opération de vente dont les conditions apparentes de vente, pourront sans doute satisfaire à un Traité, qui comportera forcément des compromis. L’engagement de la France sur ce type de contrôle, comme pour les sous-munitions ou les armes antipersonnel, peut s’expliquer, au-dela des grandes déclarations officielles de principe, pour effectivement une raison de sécurité. Les engagements de l’armée française se déroulent aujourd’hui, quasi exclusivement, dans le cadre d’opérations onusiennes de maintien ou de rétablissement de la paix, dans des conflits le plus souvent infra-étatiques (ex-Yougoslavie, R.D du Congo, Afghanistan). Ces conflits internes sont tous alimentés par des ventes d’armes illicites, les régions concernées sont infestées de mines : l’armée française a donc un intérêt premier a voir des accords internationaux réglementer ou interdire certaines de ces pratiques, dont sont victimes les soldats français.
Dans ce cadre, l’engagement français dans le “désarmement humanitaire”, (catégorie dans laquelle on classe les accords visés dans cet article), relève de préoccupations “réalistes” et, en même temps, permet au Ministère des Affaires étrangères, une politique de communication et d’image en direction des pays en voie de développement et des ONGs, qui essaie de rectifier la mauvaise image, bien réelle de la diplomatique française, tant sur le plan du désarmement nucléaire que sur la survivance de certaines pratiques jugées encore néo-colonialistes en Afrique...
En même temps, ce positionnement illustre les contradictions qui traversent les politiques des États aujourd’hui dans le monde, tant sur le plan militaire que sur le plan des relations avec une opinion publique de plus en plus présente et ... pressante ! La posture ambiguë du Président Obama sur les armes nucléaires est une autre illustration de cette situation nouvelle... Peut-être assistons-nous à une modification forcée du “réalisme” cynique des États et de leurs politiques de puissance. À tous ceux qui souhaitent un monde plus sûr et plus juste parce que pacifié et démilitarisé d’y réfléchir....
Daniel Durand - 10 août 2010
samedi 7 août 2010
Après Hiroshima, le débat sur une Convention d'abolition sur la place publique...
55.000 personnes ont assisté, ce 6 août 2010, à la cérémonie de commémoration des bombardements d'Hiroshima en 1945 par l'aviation US. "Nous devons transmettre partout sur la planète le désir ardent dessurvivants pour l'abolition des armes nucléaires", leur a déclaré Tadatoshi Akiba, le maire d'Hiroshima, créateur du réseau international "Mayors for Peace" qui compte plus de 4 000 collectivités locales associées dans le monde.
Les représentants officiels de 74 pays étaient présents ainsi que de nombreuses ONGs, comme pour la France, le Mouvement de la paix.
Deux événements feront sans doute date. Pour la première fois de l'histoire, les États-Unis étaient représentés officiellement. L’ambassadeur John Roos a déclaré dans la lignée des discours de Barack Obama : "Dans l'intérêt des générations futures, nous devons continuer à travailler ensemble pour parvenir à un monde sans armes nucléaires". Du fait de cette présence US, la France et le Royaume-Uni avaient également envoyé un représentant, mais de rang modeste (un chargé d'affaires). La Chine, qui avait envoyé un dignitaire en 2008, n'était pas représentée cette année. Pékin n'a pas donné de raison officielle à cette absence.
Le deuxième événement est constitué par la présence également pour la première fois de l'histoire d'un Secrétaire général des Nations unies. Celui-ci a accompli un geste symbolique, mais a, surtout, tenu des propos très volontaristes et engagés en faveur du désarmement nucléaire. « Ma visite ici renforce ma conviction que ces armes doivent être déclarées illégales, soit par une convention sur les armes nucléaires, soit par la mis en place d'un cadre de travail de différents instruments séparés qui se renforceraient mutuellement », a-t-il précisé.
« J'exhorte tous les pays à soutenir mon plan d'action pour le désarmement nucléaire et à se mettre d'accord pour négocier une convention sur les armes nucléaire le plus tôt possible », a-t-il insisté.
La notion de Convention d'abolition des armes nucléaires figurait déjà comme constatation dans le document final de la Conférence d'examen du TNP le 28 mai dernier. Aujourd'hui, elle est clairement lancée dans le débat public, par le Secrétaire général des Nations unies. Ce 6 août 2010 marque clairement l'entrée dans une nouvelle étape du débat sur l'élimination des armes nucléaires.
Peut-être allons-nous pouvoir revenir de nouveau à ce choix de société simple et fondamental, auquel nous invitait Albert Camus, dans son éditorial du journal "Combat" le 8 mai 1945 : "la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques".
Les représentants officiels de 74 pays étaient présents ainsi que de nombreuses ONGs, comme pour la France, le Mouvement de la paix.
Deux événements feront sans doute date. Pour la première fois de l'histoire, les États-Unis étaient représentés officiellement. L’ambassadeur John Roos a déclaré dans la lignée des discours de Barack Obama : "Dans l'intérêt des générations futures, nous devons continuer à travailler ensemble pour parvenir à un monde sans armes nucléaires". Du fait de cette présence US, la France et le Royaume-Uni avaient également envoyé un représentant, mais de rang modeste (un chargé d'affaires). La Chine, qui avait envoyé un dignitaire en 2008, n'était pas représentée cette année. Pékin n'a pas donné de raison officielle à cette absence.
Le deuxième événement est constitué par la présence également pour la première fois de l'histoire d'un Secrétaire général des Nations unies. Celui-ci a accompli un geste symbolique, mais a, surtout, tenu des propos très volontaristes et engagés en faveur du désarmement nucléaire. « Ma visite ici renforce ma conviction que ces armes doivent être déclarées illégales, soit par une convention sur les armes nucléaires, soit par la mis en place d'un cadre de travail de différents instruments séparés qui se renforceraient mutuellement », a-t-il précisé.
« J'exhorte tous les pays à soutenir mon plan d'action pour le désarmement nucléaire et à se mettre d'accord pour négocier une convention sur les armes nucléaire le plus tôt possible », a-t-il insisté.
La notion de Convention d'abolition des armes nucléaires figurait déjà comme constatation dans le document final de la Conférence d'examen du TNP le 28 mai dernier. Aujourd'hui, elle est clairement lancée dans le débat public, par le Secrétaire général des Nations unies. Ce 6 août 2010 marque clairement l'entrée dans une nouvelle étape du débat sur l'élimination des armes nucléaires.
Peut-être allons-nous pouvoir revenir de nouveau à ce choix de société simple et fondamental, auquel nous invitait Albert Camus, dans son éditorial du journal "Combat" le 8 mai 1945 : "la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques".
mercredi 4 août 2010
Hiroshima : la tragédie enfin reconnue ?
Cette fin de semaine auront lieu les cérémonies commémoratives des bombardements atomiques d’Hirsohima et Nagasaki. Les Etats-Unis ont lâché la première bombe atomique sur Hiroshima le 6 août 1945 et une seconde sur Nagasaki le 9 août. La première bombe a fait 140.000 morts et la seconde 80.000, directement et des suites des radiations. Le Japon a capitulé le 15 août 1945, alors que l'Allemagne avait déjà capitulé le 8 mai. Depuis les années 60, à l’occasion de ces cérémonies, des milliers de Japonais se rassemblent autour des survivants, les Hibakushas. Des militants pour l’élimination des armes nucléaires se joignent à eux, pour réclamer l’abolition de ces armes de mort.
Pour la première fois depuis soixante-cinq ans, les États-Unis seront représentés le 6 août aux commémorations. La France et la Grande-Bretagne, alliés des Américains pendant le deuxième conflit mondial, et détenteurs également d'engins atomiques, s'associeront à cette démarche.
Ban Ki-moon, secrétaire-général de l'ONU sera aussi présent pour la première fois à Hiroshima pour souligner "la nécessité urgente d'accomplir un désarmement nucléaire mondial".
Comme il l’avait fait avant la Conférence d’examen du TNP (Traité de non-prolifération) en mai 2010 à New-York, Ban Ki-moon a eu une attitude très volontariste. Le 27 juillet dernier, à l'occasion de la Conférence sur l'abolition totale des armes nucléaires qui s'est déroulé à l’initiative des “Maires pour la paix” (Mayors for Peace), au Japon, il a exhorté, dans un message, les États à réaliser l'objectif d'un monde exempt d'armes nucléaires d'ici à 2020.
« J'appelle tous les dirigeants, spécialement ceux des États disposant de l'arme nucléaire, à visiter Hiroshima et Nagasaki, pour constater la dure réalité de la guerre nucléaire. Je vais moi-même m'y rendre dans 10 jours cette année pour assister à la cérémonie commémorative pour la paix au cours de laquelle je lancerai un appel pour progresser d'urgence vers le désarmement », a-t-il souligné. « Le désarmement nucléaire est souvent considéré comme un rêve », a ajouté Ban Ki-moon dans un message adressé aux participants à la Conférence. «Soyons clair : la seule garantie pour la sécurité, et la seule protection contre l'utilisation de telles armes, est leur élimination ».
Il a salué, à cette occasion, l'engagement des “Maires pour la paix” qui réunit aujourd'hui près de 4.000 villes de 143 pays différents.
La décision du président Obama d’envoyer un représentant officiel aux cérémonies s’inscrit dans le prolongement des déclarations de celui-ci en 2009 en faveur du désarmement nucléaire. L’attitude des États-Unis a joué aussi un rôle sur l’adoption d’un texte final, jugé plutôt positif par de nombreux observateurs, à l’issue de la Conférence du TNP de mai dernier. La France et la Grande-Bretagne n’ont pu qu’emboîter le pas pour décider elles-aussi d’être présentes le 6 août à Hiroshima. La France, contrairement aux États-Unis, ne sera pas représentée aux cérémonies par son ambassadeur mais par son Chargé d'affaires.
Les diplomates français sont très réticents envers un processus de désarmement nucléaire et ont “ferraillé” dur pendant cette Conférence du TNP pour limiter la portée de tous les engagements portant sur le désarmement nucléaire,en le liant en permanence, au préalable d’une amélioration générale de la sécurité mondiale, notion imprécise, pouvant justifier toutes les dérobades.
Même s’il s’agit avant tout de la part de ces trois puissances nucléaires d’un geste de communication, leur présence à ces cérémonies commémoratives est une reconnaissance tardive mais réelle de la tragédie que fut la première utilisation de la bombe atomique. La Conférence du TNP, en mai dernier, s’est déclarée, "vivement préoccupée par les conséquences catastrophiques sur le plan humanitaire qu'aurait l'emploi d'armes nucléaires". Cela renforce, s’il en était besoin, la dimension éthique et humanitaire, de l’exigence d’élimination des armes nucléaires et de l’urgence de la négociation et de la signature d’une Convention ou Traité d’abolition.
Daniel Durand - 4 août 2010
Pour la première fois depuis soixante-cinq ans, les États-Unis seront représentés le 6 août aux commémorations. La France et la Grande-Bretagne, alliés des Américains pendant le deuxième conflit mondial, et détenteurs également d'engins atomiques, s'associeront à cette démarche.
Ban Ki-moon, secrétaire-général de l'ONU sera aussi présent pour la première fois à Hiroshima pour souligner "la nécessité urgente d'accomplir un désarmement nucléaire mondial".
Comme il l’avait fait avant la Conférence d’examen du TNP (Traité de non-prolifération) en mai 2010 à New-York, Ban Ki-moon a eu une attitude très volontariste. Le 27 juillet dernier, à l'occasion de la Conférence sur l'abolition totale des armes nucléaires qui s'est déroulé à l’initiative des “Maires pour la paix” (Mayors for Peace), au Japon, il a exhorté, dans un message, les États à réaliser l'objectif d'un monde exempt d'armes nucléaires d'ici à 2020.
« J'appelle tous les dirigeants, spécialement ceux des États disposant de l'arme nucléaire, à visiter Hiroshima et Nagasaki, pour constater la dure réalité de la guerre nucléaire. Je vais moi-même m'y rendre dans 10 jours cette année pour assister à la cérémonie commémorative pour la paix au cours de laquelle je lancerai un appel pour progresser d'urgence vers le désarmement », a-t-il souligné. « Le désarmement nucléaire est souvent considéré comme un rêve », a ajouté Ban Ki-moon dans un message adressé aux participants à la Conférence. «Soyons clair : la seule garantie pour la sécurité, et la seule protection contre l'utilisation de telles armes, est leur élimination ».
Il a salué, à cette occasion, l'engagement des “Maires pour la paix” qui réunit aujourd'hui près de 4.000 villes de 143 pays différents.
La décision du président Obama d’envoyer un représentant officiel aux cérémonies s’inscrit dans le prolongement des déclarations de celui-ci en 2009 en faveur du désarmement nucléaire. L’attitude des États-Unis a joué aussi un rôle sur l’adoption d’un texte final, jugé plutôt positif par de nombreux observateurs, à l’issue de la Conférence du TNP de mai dernier. La France et la Grande-Bretagne n’ont pu qu’emboîter le pas pour décider elles-aussi d’être présentes le 6 août à Hiroshima. La France, contrairement aux États-Unis, ne sera pas représentée aux cérémonies par son ambassadeur mais par son Chargé d'affaires.
Les diplomates français sont très réticents envers un processus de désarmement nucléaire et ont “ferraillé” dur pendant cette Conférence du TNP pour limiter la portée de tous les engagements portant sur le désarmement nucléaire,en le liant en permanence, au préalable d’une amélioration générale de la sécurité mondiale, notion imprécise, pouvant justifier toutes les dérobades.
Même s’il s’agit avant tout de la part de ces trois puissances nucléaires d’un geste de communication, leur présence à ces cérémonies commémoratives est une reconnaissance tardive mais réelle de la tragédie que fut la première utilisation de la bombe atomique. La Conférence du TNP, en mai dernier, s’est déclarée, "vivement préoccupée par les conséquences catastrophiques sur le plan humanitaire qu'aurait l'emploi d'armes nucléaires". Cela renforce, s’il en était besoin, la dimension éthique et humanitaire, de l’exigence d’élimination des armes nucléaires et de l’urgence de la négociation et de la signature d’une Convention ou Traité d’abolition.
Daniel Durand - 4 août 2010
lundi 2 août 2010
Armes à sous-munitions : entrée en vigueur d'une Convention d'élimination
Les armes à sous-munitions sont interdites depuis ce dimanche 1er août 2010 par les 32 pays qui ont ratifié la Convention d'Oslo.
Adoptée à Dublin (Irlande) le 30 Mai 2008 et ouverte à la signature à Oslo (Norvège) en décembre 2008, la Convention a été signée à ce jour par 107 États, 37 États l’ayant ratifiée. Le 1er août, l’intégralité des dispositions du traité prennent effet et deviennent juridiquement contraignantes pour tous les États parties. Signée à ce jour par 107 États, la Convention d'Oslo interdit l'emploi, la production, le stockage et le transfert des bombes à sous-munitions (BASM), qu'elle définit comme « une munition classique conçue pour disperser ou libérer des sous-munitions explosives dont chacune pèse moins de 20 kilogrammes, et comprend ces sous-munitions explosives ». La Convention prévoit la destruction des stocks d’armes à sous-munitions dans un délai de 8 ans, la dépollution des zones affectées par ces armes sous 10 ans ainsi qu’une assistance aux victimes et aux communautés affectées. Il s’agit, de par ces dispositions, de l’un des traités les plus aboutis dans le domaine des armes conventionnelles depuis la Convention d’Ottawa.
Larguées par voie aérienne ou tirées par voie terrestre, les BASM dispersent leurs sous-munitions sur de larges zones, mais 5 à 40% d'entre elles n'explosent pas au contact du sol. Actives pendant des années, elles continuent à tuer ou blesser des civils, en particulier des enfants tentés de les ramasser.
Ces bombes ont été particulièrement utilisées pendant la guerre du Vietnam, dans les Balkans, en Iraq en 2003 et au Liban en 2006. Selon la Coalition contre les armes à sous-munitions (CMC) qui regroupe environ 300 organisations de la société civile originaires de plus de 80 pays, l'un des pays les plus touchés est le Laos, où 300 personnes en moyenne sont encore tuées ou blessées chaque année par des bombes à sous-munitions larguées pendant la guerre du Vietnam.
Toujours selon la Coalition contre les armes à sous-munitions, le stock mondial s'élèverait aujourd'hui à plus d'un milliard de bombes, dont l'essentiel dans les arsenaux des grandes puissances militaires comme la Chine, la Russie, les Etats-Unis et Israël, qui n'ont pas signé la Convention jusqu'à présent. Vingt-deux des 29 Etats membres de l'OTAN ont en revanche signé le texte, dont le Royaume Uni, l'Allemagne et la France qui possèdent chacun des stocks estimés à 50 millions de BASM.
Pour le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, ce nouveau traité qui introduit pour la première fois dans le droit international des dispositions précises sur l'assistance aux victimes civiles, est une «avancée majeure » pour débarrasser le monde de ces « armes ignobles ».
Pour Ban Ki-moon, l'entrée en vigueur de la Convention d'Oslo dimanche « traduit non seulement la répulsion collective dans le monde envers ces armes ignobles, mais aussi le pouvoir de la collaboration entre les gouvernements, la société civile et les Nations unies pour changer les comportements et les politiques face à une menace pour tous les êtres humains ».
Ce processus de désarmement avait été lancé après le succès du traité d'Ottawa, interdisant les mines antipersonnel. Comme celui-ci, l'originalité de la démarche a consisté dans les acteurs portant cette exigence : des ONGs (Handicap international, Amnesty international, unies dans un réseau international (CMC), centré uniquement sur l'objectif de la signature d'une Convention d'élimination, des institutions comme l'ONU, la Croix-Rouge internationale, des puissances moyennes (Norvège, Suède, etc...). Cette "alliance tri-partite" a lancé un processus de négociations et de Conférences en dehors des mécanismes diplomatiques habituels comme la Conférence du désarmement à Genève, ce qui a permis de faire preuve de plus de volontarisme, sans être freiné par la nécessité du consensus entre gouvernements. Le processus s'est appuyé d'abord sur la dimension humanitaire du problème et sa perception par l'opinion publique.
Cela explique que les discussions dans les années 2002-2006, puis la signature en 2008, ont conduit à l'entrée en vigueur en 2010, ce qui est très rapide.
Le revers de ce processus "volontariste", comme pour les mines antipersonnel, est que certaines grandes puissances, ne se sont pas jointes aux discussions et à la Convention. Cela affaiblit pour l'instant la portée du Traité.
Mais l'existence de ce Traité permet à la Coalition contre les armes à sous-munitions (CMC) de disposer d'un point d'appui pour développer la pression sur les pays signataires pour qu'ils ratifient la Convention, et sur les non-signataires. On a vu que la Convention d'Ottawa a vu grandir considérablement son soutien après son entrée en vigueur, on peut penser qu'il en sera de même pour les armes à sous-munition.
Une autre force des deux processus évoqués a été l'impact de la dimension humanitaire sur l'opinion. Pour l'arme atomique, la leçon terrible des survivants, les Hibakusha, est ancienne. Elle garde de la force et le texte adopté à l'issue du TNP évoque pour la première fois, les conséquences terrible de l'arme nucléaire sur le plan humanitaire. Une évolution des consciences peut-elle exister aussi sur ce plan ?
Cependant, l'arme nucléaire a des spécificités, une des principales est qu'il est difficile de sortir des enceintes internationales et de ne pas chercher à obtenir un consensus ou un quasi-consensus entre États. Contrairement aux mines et armes à sous-munitions, où un traité d'élimination peut vivre, continuer à croître même si des pays essentiels ne l'ont pas signé, le désarmement nucléaire exige que la majorité des pays possédant l'arme nucléaire lance le processus, et qu'à un moment, TOUS les possesseurs de ces armes, s'y joignent, pour permettre la sécurité de TOUS...
L'entrée en vigueur de la Convention d'élimination des BASM est donc un signal très positif et encourageant aussi pour les partisans d'une Convention d'élimination des armes nucléaires. Mais il faut savoir en tirer les bonnes leçons.
Daniel Durand - 2 août 2010
Adoptée à Dublin (Irlande) le 30 Mai 2008 et ouverte à la signature à Oslo (Norvège) en décembre 2008, la Convention a été signée à ce jour par 107 États, 37 États l’ayant ratifiée. Le 1er août, l’intégralité des dispositions du traité prennent effet et deviennent juridiquement contraignantes pour tous les États parties. Signée à ce jour par 107 États, la Convention d'Oslo interdit l'emploi, la production, le stockage et le transfert des bombes à sous-munitions (BASM), qu'elle définit comme « une munition classique conçue pour disperser ou libérer des sous-munitions explosives dont chacune pèse moins de 20 kilogrammes, et comprend ces sous-munitions explosives ». La Convention prévoit la destruction des stocks d’armes à sous-munitions dans un délai de 8 ans, la dépollution des zones affectées par ces armes sous 10 ans ainsi qu’une assistance aux victimes et aux communautés affectées. Il s’agit, de par ces dispositions, de l’un des traités les plus aboutis dans le domaine des armes conventionnelles depuis la Convention d’Ottawa.
Larguées par voie aérienne ou tirées par voie terrestre, les BASM dispersent leurs sous-munitions sur de larges zones, mais 5 à 40% d'entre elles n'explosent pas au contact du sol. Actives pendant des années, elles continuent à tuer ou blesser des civils, en particulier des enfants tentés de les ramasser.
Ces bombes ont été particulièrement utilisées pendant la guerre du Vietnam, dans les Balkans, en Iraq en 2003 et au Liban en 2006. Selon la Coalition contre les armes à sous-munitions (CMC) qui regroupe environ 300 organisations de la société civile originaires de plus de 80 pays, l'un des pays les plus touchés est le Laos, où 300 personnes en moyenne sont encore tuées ou blessées chaque année par des bombes à sous-munitions larguées pendant la guerre du Vietnam.
Toujours selon la Coalition contre les armes à sous-munitions, le stock mondial s'élèverait aujourd'hui à plus d'un milliard de bombes, dont l'essentiel dans les arsenaux des grandes puissances militaires comme la Chine, la Russie, les Etats-Unis et Israël, qui n'ont pas signé la Convention jusqu'à présent. Vingt-deux des 29 Etats membres de l'OTAN ont en revanche signé le texte, dont le Royaume Uni, l'Allemagne et la France qui possèdent chacun des stocks estimés à 50 millions de BASM.
Pour le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, ce nouveau traité qui introduit pour la première fois dans le droit international des dispositions précises sur l'assistance aux victimes civiles, est une «avancée majeure » pour débarrasser le monde de ces « armes ignobles ».
Pour Ban Ki-moon, l'entrée en vigueur de la Convention d'Oslo dimanche « traduit non seulement la répulsion collective dans le monde envers ces armes ignobles, mais aussi le pouvoir de la collaboration entre les gouvernements, la société civile et les Nations unies pour changer les comportements et les politiques face à une menace pour tous les êtres humains ».
Ce processus de désarmement avait été lancé après le succès du traité d'Ottawa, interdisant les mines antipersonnel. Comme celui-ci, l'originalité de la démarche a consisté dans les acteurs portant cette exigence : des ONGs (Handicap international, Amnesty international, unies dans un réseau international (CMC), centré uniquement sur l'objectif de la signature d'une Convention d'élimination, des institutions comme l'ONU, la Croix-Rouge internationale, des puissances moyennes (Norvège, Suède, etc...). Cette "alliance tri-partite" a lancé un processus de négociations et de Conférences en dehors des mécanismes diplomatiques habituels comme la Conférence du désarmement à Genève, ce qui a permis de faire preuve de plus de volontarisme, sans être freiné par la nécessité du consensus entre gouvernements. Le processus s'est appuyé d'abord sur la dimension humanitaire du problème et sa perception par l'opinion publique.
Cela explique que les discussions dans les années 2002-2006, puis la signature en 2008, ont conduit à l'entrée en vigueur en 2010, ce qui est très rapide.
Le revers de ce processus "volontariste", comme pour les mines antipersonnel, est que certaines grandes puissances, ne se sont pas jointes aux discussions et à la Convention. Cela affaiblit pour l'instant la portée du Traité.
Mais l'existence de ce Traité permet à la Coalition contre les armes à sous-munitions (CMC) de disposer d'un point d'appui pour développer la pression sur les pays signataires pour qu'ils ratifient la Convention, et sur les non-signataires. On a vu que la Convention d'Ottawa a vu grandir considérablement son soutien après son entrée en vigueur, on peut penser qu'il en sera de même pour les armes à sous-munition.
Quelles leçons en tirer pour les armes nucléaires ?
Ce qui a été décisif dans les deux cas de Conventions d'élimination ci-dessus est l'existence d'un fort réseau international uni sur un but unique et la convergence entre société civile, institutions internationales et puissances moyennes. La dernière conférence du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) en mai 2010 a vu des progrès en ce sens : activité forte du réseau ICAN et de Mayors for peace, attitude active du Mouvement des non-alignés à la Conférence, engagement fort du secrétaire de l'ONU.Une autre force des deux processus évoqués a été l'impact de la dimension humanitaire sur l'opinion. Pour l'arme atomique, la leçon terrible des survivants, les Hibakusha, est ancienne. Elle garde de la force et le texte adopté à l'issue du TNP évoque pour la première fois, les conséquences terrible de l'arme nucléaire sur le plan humanitaire. Une évolution des consciences peut-elle exister aussi sur ce plan ?
Cependant, l'arme nucléaire a des spécificités, une des principales est qu'il est difficile de sortir des enceintes internationales et de ne pas chercher à obtenir un consensus ou un quasi-consensus entre États. Contrairement aux mines et armes à sous-munitions, où un traité d'élimination peut vivre, continuer à croître même si des pays essentiels ne l'ont pas signé, le désarmement nucléaire exige que la majorité des pays possédant l'arme nucléaire lance le processus, et qu'à un moment, TOUS les possesseurs de ces armes, s'y joignent, pour permettre la sécurité de TOUS...
L'entrée en vigueur de la Convention d'élimination des BASM est donc un signal très positif et encourageant aussi pour les partisans d'une Convention d'élimination des armes nucléaires. Mais il faut savoir en tirer les bonnes leçons.
Daniel Durand - 2 août 2010
vendredi 11 juin 2010
TNP : le débat sur une Convention est ouvert...
Deux semaines après l'adoption par consensus le 28 mai dernier d'un document final à la Conférence d'examen du TNP, nous pouvons continuer à tirer les enseignements de cet événement, même si le document, dans sa version officielle, n'est pas encore publié.
Le document final comporte deux parties : la première partie, "Examen de l'application du Traité", est transmise sous la seule responsabilité du Président de la Conférence, M. Libran Cabactulan des Philippines. Elle est, comme il l'écrit, "un résumé et un reflet de sa connaissance de ce qui est ressorti de la Conférence et de l'ensemble des points de vue exprimés dans les débats". C'est une évaluation de la mise en œuvre du Traité au cours des cinq dernières années, article par article.
La seconde partie, intitulée "Conclusions et recommandations d'action pour les actions à venir" comprend 24 actions relatives au désarmement nucléaire, (armes nucléaires, assurances de sécurité, essais nucléaires, matières fissiles, autres mesures) ; 24 actions relatives à la non-prolifération nucléaire (rôle de l'Agence internationale de l’énergie atomique, importance du Protocole additionnel, respect des obligations de non-prolifération) ; 18 action concernant les usages pacifiques de l’énergie nucléaire (droit à l'accès à l'énergie nucléaire suivant l'article IV, renforcement des contrôles sur les exportations de technologies). Enfin, un texte spécifique concerne le Moyen-Orient, en particulier la mise en œuvre de la résolution de 1995 sur l'établissement d'une zone sans armes de destruction massive au Moyen-Orient.
Ce dernier texte sur le Moyen-Orient a dominé l'arrière-plan de la Conférence et a pesé sur son issue positive alors que la partie consacrée au désarmement nucléaire dans le texte final est plus faible et ne reflète pas les divergences profondes, voire les affrontements qui se sont déroulés. Si tous les points de friction sur le désarmement ont été "rabotés" et ramenés au niveau du texte de la Conférence de 2000, il faut noter quelques originalités qui font que cette Conférence 2010 sera considérée comme importante malgré tout. Je pense que le premier fait à retenir est qu'une majorité de pays a fait référence pour la première fois de l'hstoire du TNP dans leurs interventions, et même dans leurs réflexions ou stratégies, à une Convention d'abolition des armes nucléaires.
Le second élément de réflexion est que les pays nucléaires ont bataillé dur pour édulcorer le texte dans sa partie désarmement et qu'ils ont réussi en partie leur objectif. Les compromis qui se sont faits l'ont été de plusieurs manières. Certains l'ont été en exprimant en terme neutre de constations de propositions : il en est ainsi pour une Convention d'abolition (I-B-iiii) : "La conférence NOTE la proposition en cinq points du Secrétaire Général des Nations unies qui propose inter alia d'examiner des négociations sur une convention sur les armes nucléaires ou un accord sur un ensemble d'instruments juridiques séparés se renforçant mutuellement, et basés sur un système de vérification renforcé". Symétriquement, la question controversée de la généralisation du Protocole additionnel de l'AIEA s'est traduite par cette formule indirecte (II- Action 28) : "La Conférence ENCOURAGE toutes les parties qui ne l'ont pas encore fait à conclure et à faire entrer en force les protocoles aussi vite que possible...". D'autres ont été obtenus en se référant aux déclarations d'Obama à Prague déjà validées par le Conseil de sécurité en septembre 2009, ou en prenant appui sur l'engagement "sans équivoque" accepté par les puissances nucléaires en l'an 2000. La déclaration contient également de fortes références au CTBT et à la nécessité de sa mise en oeuvre, contrairement à 2000. Par contre, les références au Traité d'interdiction des matières fissiles ("cut-off") sont moins pressantes du fait de l'opposition du Pakistan (et de la Chine), et des divergences sur la prise en compte ou non des stocks existants.
L'adoption d'un document final, même non entièrement satisfaisant, est en soi un succès politique, un échec aurait avantagé ceux qui ne veulent pas d'un monde dénucléarisé. Un élément décisif a été constitué par le fait que le président Obama avait besoin d'un succès lui permettant la ratification des accords SALT ainsi qu'une éventuelle ratification du CTBT. S'il n'avait pu obtenir de texte final, il aurait été en difficulté pour poursuivre sa politique de détente militaire et de passage d'une politique de domination par la force comme l'exerçait G. Bush à une politique de domination plus politique (la "puissance douce"). De nombreux États étaient conscients de cet enjeu car ils soutiennent ce nouveau cours de la politique US et ont fait des efforts pour aider aux compromis.
Même si les projecteurs de l'actualité sont braqués aujourd'hui sur le Moyen-Orient, l'histoire retiendra sans doute que cette Conférence a mis en évidence une fracture profonde dans la communauté internationale sur deux problèmes centraux : le rôle des armes nucléaires et le niveau des garanties qui doit les accompagner (c'est la question de l'universalisation du Protocole additionnel de l'AIEA), la place d'un processus multilatéral pour éliminer les armes nucléaires (c'est le principe d'une Convention d'abolition). Un des enseignements majeurs aura bien été l'incapacité des puissances nucléaires à empêcher l'émergence de la notion de Convention d'abolition même s'ils ont réussi à limiter les autres engagements de désarmement au niveau de ceux de la Conférence de 2000. Certes, la référence à la Convention dans le texte est faible MAIS elle a une double importance : elle installe le concept de Convention dans le discours officiel du TNP et donc elle enlève la fausse excuse à certains gouvernements disant, "si on discute de la Convention, on sort du TNP et on risque de l'affaiblir" : parler de la Convention aujours'hui, c'est parler aussi du TNP ! En même temps, il est clair aujourd'hui que le débat sur une Convention d'élimination est vital, pas seulement pour le désarmement nucléaire et l'application de l'article VI, mais parce que c'est la condition pour renforcer les garanties de vérification comme les protocoles additionnels et pour aller à une sécurité nucléaire véritable car elle inclurait forcément ces dimensions.
Cela signifie que cela permettrait sans doute d'aborder de manière positive et créative cette question qui reste toujours en suspens, vingt ans après la fin de la Guerre froide, qui est celle de construire de nouvelles relations internationales correspondants réellement à ce monde post-Guerre froide, un nouveau concept global liant meilleure sécurité collective ET abolition des armes nucléaires.
Ce serait le moyen de surmonter l'opposition artificielle des discours : "éliminons d'abord et la sécurité collective s'améliorera" d'un côté et "améliorons la sécurité collective et nous éliminerons ensuite" de l'autre. Il y a là, certainement, encore matière à réfléchir et échanger, tant au sein des ONGs et des chercheurs qu'au sein des diplomates pour approfondir tout ce que peut apporter une négociation élargie d'une Convention d'abolition des armes nucléaires.
11 juin 2010
Le document final comporte deux parties : la première partie, "Examen de l'application du Traité", est transmise sous la seule responsabilité du Président de la Conférence, M. Libran Cabactulan des Philippines. Elle est, comme il l'écrit, "un résumé et un reflet de sa connaissance de ce qui est ressorti de la Conférence et de l'ensemble des points de vue exprimés dans les débats". C'est une évaluation de la mise en œuvre du Traité au cours des cinq dernières années, article par article.
La seconde partie, intitulée "Conclusions et recommandations d'action pour les actions à venir" comprend 24 actions relatives au désarmement nucléaire, (armes nucléaires, assurances de sécurité, essais nucléaires, matières fissiles, autres mesures) ; 24 actions relatives à la non-prolifération nucléaire (rôle de l'Agence internationale de l’énergie atomique, importance du Protocole additionnel, respect des obligations de non-prolifération) ; 18 action concernant les usages pacifiques de l’énergie nucléaire (droit à l'accès à l'énergie nucléaire suivant l'article IV, renforcement des contrôles sur les exportations de technologies). Enfin, un texte spécifique concerne le Moyen-Orient, en particulier la mise en œuvre de la résolution de 1995 sur l'établissement d'une zone sans armes de destruction massive au Moyen-Orient.
Ce dernier texte sur le Moyen-Orient a dominé l'arrière-plan de la Conférence et a pesé sur son issue positive alors que la partie consacrée au désarmement nucléaire dans le texte final est plus faible et ne reflète pas les divergences profondes, voire les affrontements qui se sont déroulés. Si tous les points de friction sur le désarmement ont été "rabotés" et ramenés au niveau du texte de la Conférence de 2000, il faut noter quelques originalités qui font que cette Conférence 2010 sera considérée comme importante malgré tout. Je pense que le premier fait à retenir est qu'une majorité de pays a fait référence pour la première fois de l'hstoire du TNP dans leurs interventions, et même dans leurs réflexions ou stratégies, à une Convention d'abolition des armes nucléaires.
Le second élément de réflexion est que les pays nucléaires ont bataillé dur pour édulcorer le texte dans sa partie désarmement et qu'ils ont réussi en partie leur objectif. Les compromis qui se sont faits l'ont été de plusieurs manières. Certains l'ont été en exprimant en terme neutre de constations de propositions : il en est ainsi pour une Convention d'abolition (I-B-iiii) : "La conférence NOTE la proposition en cinq points du Secrétaire Général des Nations unies qui propose inter alia d'examiner des négociations sur une convention sur les armes nucléaires ou un accord sur un ensemble d'instruments juridiques séparés se renforçant mutuellement, et basés sur un système de vérification renforcé". Symétriquement, la question controversée de la généralisation du Protocole additionnel de l'AIEA s'est traduite par cette formule indirecte (II- Action 28) : "La Conférence ENCOURAGE toutes les parties qui ne l'ont pas encore fait à conclure et à faire entrer en force les protocoles aussi vite que possible...". D'autres ont été obtenus en se référant aux déclarations d'Obama à Prague déjà validées par le Conseil de sécurité en septembre 2009, ou en prenant appui sur l'engagement "sans équivoque" accepté par les puissances nucléaires en l'an 2000. La déclaration contient également de fortes références au CTBT et à la nécessité de sa mise en oeuvre, contrairement à 2000. Par contre, les références au Traité d'interdiction des matières fissiles ("cut-off") sont moins pressantes du fait de l'opposition du Pakistan (et de la Chine), et des divergences sur la prise en compte ou non des stocks existants.
L'adoption d'un document final, même non entièrement satisfaisant, est en soi un succès politique, un échec aurait avantagé ceux qui ne veulent pas d'un monde dénucléarisé. Un élément décisif a été constitué par le fait que le président Obama avait besoin d'un succès lui permettant la ratification des accords SALT ainsi qu'une éventuelle ratification du CTBT. S'il n'avait pu obtenir de texte final, il aurait été en difficulté pour poursuivre sa politique de détente militaire et de passage d'une politique de domination par la force comme l'exerçait G. Bush à une politique de domination plus politique (la "puissance douce"). De nombreux États étaient conscients de cet enjeu car ils soutiennent ce nouveau cours de la politique US et ont fait des efforts pour aider aux compromis.
Même si les projecteurs de l'actualité sont braqués aujourd'hui sur le Moyen-Orient, l'histoire retiendra sans doute que cette Conférence a mis en évidence une fracture profonde dans la communauté internationale sur deux problèmes centraux : le rôle des armes nucléaires et le niveau des garanties qui doit les accompagner (c'est la question de l'universalisation du Protocole additionnel de l'AIEA), la place d'un processus multilatéral pour éliminer les armes nucléaires (c'est le principe d'une Convention d'abolition). Un des enseignements majeurs aura bien été l'incapacité des puissances nucléaires à empêcher l'émergence de la notion de Convention d'abolition même s'ils ont réussi à limiter les autres engagements de désarmement au niveau de ceux de la Conférence de 2000. Certes, la référence à la Convention dans le texte est faible MAIS elle a une double importance : elle installe le concept de Convention dans le discours officiel du TNP et donc elle enlève la fausse excuse à certains gouvernements disant, "si on discute de la Convention, on sort du TNP et on risque de l'affaiblir" : parler de la Convention aujours'hui, c'est parler aussi du TNP ! En même temps, il est clair aujourd'hui que le débat sur une Convention d'élimination est vital, pas seulement pour le désarmement nucléaire et l'application de l'article VI, mais parce que c'est la condition pour renforcer les garanties de vérification comme les protocoles additionnels et pour aller à une sécurité nucléaire véritable car elle inclurait forcément ces dimensions.
Cela signifie que cela permettrait sans doute d'aborder de manière positive et créative cette question qui reste toujours en suspens, vingt ans après la fin de la Guerre froide, qui est celle de construire de nouvelles relations internationales correspondants réellement à ce monde post-Guerre froide, un nouveau concept global liant meilleure sécurité collective ET abolition des armes nucléaires.
Ce serait le moyen de surmonter l'opposition artificielle des discours : "éliminons d'abord et la sécurité collective s'améliorera" d'un côté et "améliorons la sécurité collective et nous éliminerons ensuite" de l'autre. Il y a là, certainement, encore matière à réfléchir et échanger, tant au sein des ONGs et des chercheurs qu'au sein des diplomates pour approfondir tout ce que peut apporter une négociation élargie d'une Convention d'abolition des armes nucléaires.
11 juin 2010
mercredi 2 juin 2010
Dépenses militaires mondiales : le record de l'indécence...
Les dépenses militaires mondiales ont atteint de nouveaux records en 2009 selon le rapport annuel de l''Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri) : 1.531 milliards de dollars ! L'Institut a constaté une hausse des dépenses militaires dans 65 % des pays pour lesquels il a pu se procurer des chiffres. Les plus puissants ont donné le mauvais exemple : 16 des 19 pays du G20 ont augmenté leurs dépenses en termes réels.
Les Etats-Unis, toujours largement les premiers en terme de dépenses militaires, ont investi 661 milliards de $ dans ce secteur l'an dernier, soit 47 milliards de plus qu'en 2008.
Ne disposant pas du chiffre officiel pour la Chine, l'Institut avance une estimation de 100 milliards de $. La France est troisième de ce classement avec 63,9 milliards de dollars. "Les chiffres démontrent aussi que pour les grandes ou moyennes puissances, comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l'Inde et le Brésil, les dépenses militaires constituent un choix stratégique à long terme auquel elle s'attachent même en période de difficultés économiques", selon le responsable au Sipri de la recherche sur les dépenses militaires, Sam Perlo-Freeman. Ces stratégies sont liées à une recherche à long terme d'influence mondiale ou régionale.
Aux États-Unis, les dépenses militaires ont éclaté sous la présidence de George Bush : + 63 % de 2000 à 2008. malgré les annonces du président Obama de supprimer certains programmes (qui ont parfois été rétablis par le Congrès). Il y a poursuite de l'augmentation des dépenses militaires : le but fondamental d'assoir la suprématie américaine sur un large spectre de moyens militaires n'est pas abandonné.
Les dépenses militaires ont augmenté dans toutes les régions du monde, en dehors du Moyen-Orient.
La moitié de ces dépenses sont concentrées sur le continent américain : 738 Mds de $ dont 661 mds pour les seuls États-Unis. Sur le continent sud-américain, le Brésil dépense le plus (26,1 Mds de $ et 11e rang mondial avec une hausse de 16 %. À noter que le Vénézuela a baissé ses dépenses fortement (- 25 %).
La deuxième région du monde en terme de dépenses est constituée par le continent européen avec 386 Mds de $ dont 326 en Europe de l'Ouest et Centrale et 60 en Europe de l'Est. C'est le Royaume-Uni (58,3 Mds) qui a le plus augmenté ses dépenses militaires en valeur absolue, suivi de la Turquie et de la Russie (53,3 Mds). À noter que l'Allemagne (45,6 Mds) et l'Italie (35,8 Mds) maintiennent un haut niveau de dépenses militaires. Globalement, la crise économique a ralenti fortement la hausse des dépenses militaires en Europe de l'Est, à la différence des années précédentes : de 2000 à 2009, leurs dépenses militaires avaient doublé ! plus 108 %, augmentation due pour l'essentiel aux dépenses d'ajustement de ces pays pour entrer dans l'OTAN ce qui les avait obligé à amener leur niveau à 2 % du PNB...
La troisème région du monde en matières de dépenses militaires et l'Asie-Océanie : 276 Mds de $ dont 210 Mds de $ en Asie de l'Est. les dépenses chinoises sont estimées aux environ de 100 Mds de $, celles du Japon à 51 Mds, de l'Inde à 36,3, de la Corée du Sud à 24, de l'Australie à 19 Mds de $.
Les pays du Moyen-Orient ont dépensé 103 Mds de $ dont 41,2 pour la Arabie Saoudite. Enfin l'Afrique représente "seulement" 27 Mds de $.
Les opérations de maintien de la paix "multilatérales", notamment en Afghanistan, ont augmenté en termes de personnel et de coûts pour, elles aussi, atteindre de nouveaux records, selon le Sipri. Au total, 54 de ces opérations de maintien de la paix se sont déroulées dans le monde (dans 34 régions) au cours de l'année passée pour "un coût connu" et jamais atteint jusque-là de 9,1 milliards de $ (7,4 milliards d'€). Il faut malgré tout rapporter cette somme aux dépenses militaire globales des principaux pays. À noter que le nombre (stable) de conflits qualifiés de "majeurs" est de dix-sept.
Ces chiffres peuvent donner le vertige comme l'on fait, il y a quelques mois, les montants énormes des emprunts accordés aux banques. La crise économique n'a globalement pas affecté ces dépenses militaires, en dehors de quelques pays d'Europe de l'Est. Cela signifie que les mesures d'austérité prises jusqu'à présent ont visé d'autres secteurs publics de biens et services, comme le montre la situation de la Grèce, (évoquée dans un autre article de ce blog).
On pourrait également rapprocher cette santé insolente des dépenses militaires de la difficulté à atteindre les "Objectifs du millénaire pour le développement" visant à diminuer la pauvreté dans le monde de 50 % d'ici 2015. Selon les études de l'ONU, le financement extérieur (notamment avec l'aide publique au développement) pour les réaliser a été estimé à environ 135 Mds de $ par an jusqu'en 2015 (moins de 10 % des sommes évoquées). "Le pain ou les canons", ce vieux slogan rappelle que nous sommes là au coeur de choix de société fondamentaux...
Les Etats-Unis, toujours largement les premiers en terme de dépenses militaires, ont investi 661 milliards de $ dans ce secteur l'an dernier, soit 47 milliards de plus qu'en 2008.
Ne disposant pas du chiffre officiel pour la Chine, l'Institut avance une estimation de 100 milliards de $. La France est troisième de ce classement avec 63,9 milliards de dollars. "Les chiffres démontrent aussi que pour les grandes ou moyennes puissances, comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l'Inde et le Brésil, les dépenses militaires constituent un choix stratégique à long terme auquel elle s'attachent même en période de difficultés économiques", selon le responsable au Sipri de la recherche sur les dépenses militaires, Sam Perlo-Freeman. Ces stratégies sont liées à une recherche à long terme d'influence mondiale ou régionale.
Aux États-Unis, les dépenses militaires ont éclaté sous la présidence de George Bush : + 63 % de 2000 à 2008. malgré les annonces du président Obama de supprimer certains programmes (qui ont parfois été rétablis par le Congrès). Il y a poursuite de l'augmentation des dépenses militaires : le but fondamental d'assoir la suprématie américaine sur un large spectre de moyens militaires n'est pas abandonné.
Les dépenses militaires ont augmenté dans toutes les régions du monde, en dehors du Moyen-Orient.
La moitié de ces dépenses sont concentrées sur le continent américain : 738 Mds de $ dont 661 mds pour les seuls États-Unis. Sur le continent sud-américain, le Brésil dépense le plus (26,1 Mds de $ et 11e rang mondial avec une hausse de 16 %. À noter que le Vénézuela a baissé ses dépenses fortement (- 25 %).
La deuxième région du monde en terme de dépenses est constituée par le continent européen avec 386 Mds de $ dont 326 en Europe de l'Ouest et Centrale et 60 en Europe de l'Est. C'est le Royaume-Uni (58,3 Mds) qui a le plus augmenté ses dépenses militaires en valeur absolue, suivi de la Turquie et de la Russie (53,3 Mds). À noter que l'Allemagne (45,6 Mds) et l'Italie (35,8 Mds) maintiennent un haut niveau de dépenses militaires. Globalement, la crise économique a ralenti fortement la hausse des dépenses militaires en Europe de l'Est, à la différence des années précédentes : de 2000 à 2009, leurs dépenses militaires avaient doublé ! plus 108 %, augmentation due pour l'essentiel aux dépenses d'ajustement de ces pays pour entrer dans l'OTAN ce qui les avait obligé à amener leur niveau à 2 % du PNB...
La troisème région du monde en matières de dépenses militaires et l'Asie-Océanie : 276 Mds de $ dont 210 Mds de $ en Asie de l'Est. les dépenses chinoises sont estimées aux environ de 100 Mds de $, celles du Japon à 51 Mds, de l'Inde à 36,3, de la Corée du Sud à 24, de l'Australie à 19 Mds de $.
Les pays du Moyen-Orient ont dépensé 103 Mds de $ dont 41,2 pour la Arabie Saoudite. Enfin l'Afrique représente "seulement" 27 Mds de $.
Les opérations de maintien de la paix "multilatérales", notamment en Afghanistan, ont augmenté en termes de personnel et de coûts pour, elles aussi, atteindre de nouveaux records, selon le Sipri. Au total, 54 de ces opérations de maintien de la paix se sont déroulées dans le monde (dans 34 régions) au cours de l'année passée pour "un coût connu" et jamais atteint jusque-là de 9,1 milliards de $ (7,4 milliards d'€). Il faut malgré tout rapporter cette somme aux dépenses militaire globales des principaux pays. À noter que le nombre (stable) de conflits qualifiés de "majeurs" est de dix-sept.
Ces chiffres peuvent donner le vertige comme l'on fait, il y a quelques mois, les montants énormes des emprunts accordés aux banques. La crise économique n'a globalement pas affecté ces dépenses militaires, en dehors de quelques pays d'Europe de l'Est. Cela signifie que les mesures d'austérité prises jusqu'à présent ont visé d'autres secteurs publics de biens et services, comme le montre la situation de la Grèce, (évoquée dans un autre article de ce blog).
On pourrait également rapprocher cette santé insolente des dépenses militaires de la difficulté à atteindre les "Objectifs du millénaire pour le développement" visant à diminuer la pauvreté dans le monde de 50 % d'ici 2015. Selon les études de l'ONU, le financement extérieur (notamment avec l'aide publique au développement) pour les réaliser a été estimé à environ 135 Mds de $ par an jusqu'en 2015 (moins de 10 % des sommes évoquées). "Le pain ou les canons", ce vieux slogan rappelle que nous sommes là au coeur de choix de société fondamentaux...
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