Affichage des articles dont le libellé est OSCE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est OSCE. Afficher tous les articles

dimanche 3 avril 2022

Guerre(s) Russie - Ukraine : une guerre inattendue ? (II)

(English translation below)

L'invasion brutale de l'Ukraine le 24 février par les troupes russes, décidée par Vladimir Poutine a choqué des millions de personnes, ému les opinions devant la détresse des civils fuyant la guerre, émotion parfois un peu égoïste : "ce n'est pas possible aujourd'hui" et c'est "presque chez nous" "aux portes de l'Europe". On oublie facilement devant son poste de télévision que se déroule une guerre encore plus sanglante au Yémen, qui a fait 377 000 morts depuis 2014 ; la majeure partie de ceux-ci étant dus à la coalition dirigée par l'Arabie saoudite (qui comprend également le Qatar, qui va accueillir la Coupe du monde de football), abondamment équipée grâce aux ventes d'armes françaises.
C'est cette "surprise" des citoyens européens devant l'attaque qui a justifié les décisions annoncées très vite par plusieurs gouvernements d'augmenter leur budget militaire devant cette "nouvelle menace russe".
Les titres de la  presse sont parlants : "Pour faire front face à Vladimir Poutine, qui a ordonné une offensive des troupes russes en Ukraine, l'UE a adopté cette semaine des mesures sans précédent" (1/03/2022), "Plusieurs pays voisins de la Russie renforcent leur défense. C'est notamment le cas de la Pologne, de la Norvège ou du Danemark" (23/03/2022). Ces réactions apparaissent légitimes au premier abord, mais si on regarde de plus près l'évolution des budgets militaires de plusieurs pays européens (voir le Figaro du 23/03/2022), on peut faire les observations suivantes : entre 2019 et 2021, les dépenses militaires du Royaume-Uni sont passées de 59,4 Mds de $ à 61,5 puis 71,6 - celles de la France 52,1 à 54,9 puis 59,3 - celles de l'Allemagne de 48,4 à 52,1 puis 56,1. Ces sommes sont à comparer au budget américain qui est de 754 Mds de $, aux dépenses de la Russie qui s'élèvent nominalement à 62,2 Mds $ (180 Mds de $ en pouvoir d'achat réel) et à celles de la Chine à 207 Mds de $ nominaux (307 Mds de $ en pouvoir d'achat).
Remarquons que l'UE consacre ainsi 200 milliards de dollars par an, soit 1,5% de son PIB, pour la défense. « C'est trois ou quatre fois le budget de la Russie et autant que la Chine. Mais ce n'est pas assez », estime Josep Borrell, le reponsable européen aux affaires extérieures.

Ces chiffres montrent que les nouvelles augmentations de budgets militaires annoncées en mars 2202 ne sont pas vraiment des "virages" dus à une situation nouvelle mais s'inscrivent largement dans une trajectoire mise en place depuis trois ans, décidée après 2014 et l'invasion de la Crimée. La guerre d'Ukraine avait été plus ou moins anticipée dans la relance des militarisations. Si l'on ajoute à ces éléments le fait que le président US, Jo Biden, a annoncé, dès le 20 janvier 2022, l'imminence d'une invasion russe de l'Ukraine, une question se pose : quelles ont été les initiatives diplomatiques fortes pour désamorcer le risque de guerre, en dehors "d'effets de manches" sous la forme de menaces de sanctions, de "réactions fermes" ? Peut-on aller jusqu'à dire que les États-Unis notamment se sont accomodés par réalisme politique de l'inéluctabilité du déclenchement d'un conflit par Poutine ?
Il y a deux pistes à creuser autour de cette réflexion :
- le déroulement des rapports des puissances occidentales depuis 1990 avec la Russie
- l'examen des événements survenus depuis le 24 février, début de l'agression russe, vu du point de vue des intérêts US.
Première piste de réflexion : le débat porte sur cette question : l'OTAN a-t-elle rompu un accord passé à la fin de la Guerre froide prévoyant qu'elle n'étendrait pas ses frontières à l'Est ? La réponse est complexe. De nombreux documents dont certains publiés récemment par le journal Der Spiegel indiquent que cette question  a été abordée à plusieurs reprises, mais de manière orale seulement, par les officiels occidentaux et soviétiques de l'époque. Mais aucun document écrit ne semble avoir été signé alors. L'OTAN a beau jeu de déclarer "il n'y a jamais eu, de la part de l'Ouest, d'engagement politique ou juridiquement contraignant de ne pas élargir l'OTAN au-delà des frontières d'une Allemagne réunifiée". "Juridiquement contraignant"; le diable est évidemment dans les détails, cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas eu de promesses verbales...
Le premier élargissement de l'OTAN vers l'Est se fit donc lors de l'acceptation de l'ancienne RDA dans l'Alliance, en accord avec Moscou. Puis en 1999, la Pologne, la République Tchèque et la Hongrie furent, elles-aussi, admises au sein de l'Alliance nord-atlantique.
"Si les Russes avaient eu un traité formel qui interdisait à ce moment-là l'expansion de l'OTAN, on aurait eu des oppositions très fortes, et il n'y en a pas eu. Au contraire, la Russie négocie son rapprochement avec l'OTAN, puisqu'on a la signature de l'acte fondateur OTAN-Russie en 1997 puis en 2002 le conseil OTAN-Russie, une structure de partenariat inédite entre les deux", estime la chercheuse Amélie Zima.
En 2004, une nouvelle vague de pays rejoint les rangs de l'OTAN : la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. Dix pays de l'est de l'Europe ont ansi rejoint l'Europe. En accusant l'OTAN de ne pas avoir respecté des promesses de non-élargissement, Vladimir Poutine cherche-t-il uniquement à justifier son annexion de la Crimée et aujourd'hui son invasion de l'Ukraine ? Pour une part certainement, et en même temps, depuis les années 2008, beaucoup de choses ont changé dans les rapports géopolitiques.
Les accords de partenariat entre OTAN et Russie ont été suspendus complètement depuis 2014, les illusions qui pouvaient exister de voir la Russie considérée comme un partenaire dans les affaires européennes envolées. Le concept stratégique adopté par l'OTAN en novembre 2010 entérine la volonté de l'alliance d'intervenir sur des théâtres d'opération extérieurs à ses frontières comme elle l'avait fait en Afghanistan. C'est dans ce nouveau contexte géopolitique que l'élargissement de l'OTAN à l'est de l'Europe peut être considéré comme un encerclement stratégique de fait. L'éventualité de l'entrée un jour de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'OTAN, même si les processus n'étaient pas encore formalisés, aggravaient encore cette situation. Il n'est donc pas surprenant que le débat sur la neutralité éventuelle de l'Ukraine figure en bonne place dans les négociations de sortie de crise entre Russes et Ukrainiens.
Élément aggravant, cette dégradation continue des rapports entre Russes et occidentaux, matérialisée par l'extension de l'OTAN, s'est traduite progressivement également par la mise à l'écart et la perte de substance de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) qui aurait pu constituer le cadre idéal de la construction d'une nouvelle sécurité commune entre tous les pays européens).
Ne pas accepter la brutalité et l'illégalité de la décision de Poutine d'envahir militairement un autre pays n'empêche pas d'être lucide sur le contexte géo-politique dans lequel s'est produite cette agression.

Quelle solution ? De fait, demain, tous les éléments pour reconstruire la confiance entre pays européens seront à reconstruire, l'hypothèse avancée par beaucoup d'une nouvelle Conférence européenne pourrait permettre de remettre sur la table tous ces problèmes, à condition qu'y soient associés, sous une forme adaptée, les divers composants des sociétés civiles européennes dont l'expérience et l'implication ont beaucoup grandi depuis 1975, date de la Conférence d'Helsinki, qui, dans un autre contexte, avait contribué à donner un élan à la coopération en Europe.

Ma deuxième piste de réflexion relative à l'attitude des différents États avant et pendant le déroulement de la guerre d'invasion russe est de comprendre à qui, en dehors des absurdes et criminels fantasmes de puissance de la russie, profite le chaos ainsi créé.
Il est clair que depuis 2014, la militarisation de la région a connu un essor extraordinaire.  L'armée russe a réorganisé sa structuration et modernisé ses armements. Le complexe militaire-industriel russe a connu un développement rapide et représente en 2016, 50 % de la production brute de l'industrie manufacturière selon le chercheur Vladislav Inozemtsev (IFRI). Malgré les obstacles provoqués par les sanctions économiques occidentales, notamment sur le plan technologique, les renouvellements de matériels militaires nécessaires ppour compenser les pertes russes donneront encore un coup de fouet au secteur.
De l'autre côté, depuis 2014, l'Ukraine a reçu un fort soutien militaire occidental, l'ambassadeur américain à Kiev a affirmé que depuis 2014, les États-Unis ont fourni à l’Ukraine plus de 2,5 milliards de dollars d’aides pour renforcer sa sécurité.
Depuis le début de l'attaque russe, au moins seize pays de l'Otan, ainsi que deux habituellement neutres, selon un décompte du journal "Les Échos", ont fourni des armes au gouvernement ukrainien. Washington a et va procurer 1400 missiles portables Stinger contre les hélicoptères, en sus des 500 fournis par l'Allemagne et de ceux promis par la Lettonie, la Lituanie, l'Italie et les Pays-Bas. Berlin a offert 2.700 missiles sol-air Strela des entrepôts de l'ex-RDA, Washington va aussi fournir 2.000 missiles Javelin, d'une portée de 2,5 km, en sus des 2.600 déjà acheminés contre les chars. Beaucoup de pays de l'Est offrent des stocks de matériels de l'ère-soviétique et réclament à l'OTAN, en échange, leur remplacement par des modèles dernier cri (mais qui coûtent beaucoup plus cher). Le complexe militaro-industriel, notamment américain, voit donc sans déplaisir le prolongement des hostilités qui viennent alimenter un secteur qui était en ralentissement économique.
Ce n'est pas être cynique ou "complotiste" d'évoquer cet aspect sinistre de la guerre car il faut toujours avoir en mémoire la déclaration, pleine de lucidité du Président US Einsenhower après son mandat en 1961, « Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel".
La guerre profite toujours à des puissances quelles qu'elles soient :  c'est évident sur les plans politique ou stratégique mais c'est vrai aussi sur le plan économique. Le resserrement politique autour de l'OTAN va se traduire probablement par de nouvelles commandes dans le domaine de l'aéronautique avec l'achat de nombreux  chasseurs F35 par des pays européens tels l’Italie, la Belgique    et les Pays-Bas    – au détriment du Rafale de    Dassault. Les discours sur l'indépendance énergétique des pays européens du Nord et de l'Allemagne vis à vis du gaz russe devraient se traduire par la percée des exportations américains de gaz de schiste (GNL) vers l'Europe. Un accord a été signé le 25 mars entre l'UE et les USA qui prévoit que les États-Unis livreront 15 milliards de mètres de cubes (Gm3) de gaz naturel liquéfié, importé par navires, en Europe, en 2022, en sus des 25 Gm3 déjà prévus. L’objectif est de se passer des 155 Gm3 de gaz russe – dont 40 par l’Allemagne – qui fournissent 30 % de la consommation européenne.
Ce qui se passe sur le terrain donne ainsi raison à certains politologues qui estimaient avant le 24 février que les USA avaient intérêt à un affrontement avec la Russie pour l'affaiblir dans la compétition internationale, réouvrir de nouveaux marchés (gaz), empêcher la création d'un bloc solide Russie/Chine, renforcer un nouveau bloc du "monde libre".
Ce n'est pas une des moindres contradiction à surmonter dans la lutte pour la paix : la priorité reste l'obtention de l'arrêt de l'agression militaire russe, la conclusion d'un cessez-le-feu et d'une solution politique ouvrant un chemin vers la paix, puisque le centre de toute action politique internationale reste la sécurité des populations civiles ukrainiennes.
En conclusion partielle, on peut donc observer que la guerre livrée par la Russie à l'Ukraine offre, derrière la condamnation sans équivoque de cette atteinte au droit international, un arrière-plan, beaucoup plus complexe où se mêlent considérations géo-politiques depuis trente ans, poursuite d'intérêts économiques et stratégiques, où la morale et les sentiments généreux n'ont que peu de choses à voir.
Ce n'est pas une caractéristique nouvelle pour ce conflit, il en est ainsi de toute guerre. par contre, je reviendrai dans une troisième partie sur des aspects plus nouveaux de ce qu'on pourrait appeler une "4ème guerre dans la guerre", la "guerre de l'information", la "stratcom", bien éloignée des simples batailles de "propagande" des guerres d'autrefois, avec tous les nouveaux défis que cela pose dans la lutte pour la paix.

Daniel Durand
3 avril 2022

**********************************************


War(s) Russia - Ukraine: an unexpected war? (II)

The brutal invasion of Ukraine on February 24 by Russian troops, decided Vladimir Putin has shocked millions of people, moved opinions in front of the distress of civilians fleeing the war, emotion sometimes a little selfish: "it is not possible today" and it is "almost home" "at the gates of Europe". It is easy to forget in front of one's television set that an even bloodier war is being waged in Yemen, which has caused 377 OOO deaths since 2014; most of these being due to the Saudi-led coalition (which also includes Qatar, which is going to host the soccer World Cup), abundantly equipped thanks to French arms sales.
It is this "surprise" of the European citizens in front of the attack which justified the decisions announced very quickly by several governments to increase their military budget in front of this "new Russian threat".
The press headlines speak for themselves: "To face Vladimir Putin, who ordered an offensive by Russian troops in Ukraine, the EU adopted unprecedented measures this week" (1/03/2022), "Several countries neighboring Russia are strengthening their defense. This is notably the case of Poland, Norway and Denmark" (23/03/2022). These reactions appear legitimate at first glance, but if we look more closely at the evolution of the military budgets of several European countries (see Le Figaro of 23/03/2022), we can make the following observations: between 2019 and 2021, the United Kingdom's military expenditure has risen from $59.4 billion to $61.5 and then to $71.6 - that of France from $52.1 to $54.9 and then to $59.3 - that of Germany from $48.4 to $52.1 and then to $56.1. These sums are to be compared with the American budget of $754 billion, with Russia's expenditure of $62.2 billion nominally ($10 billion in real purchasing power) and with China's expenditure of $207 billion nominally ($307 billion in purchasing power).
Note that the EU spends $200 billion per year, or 1.5% of its GDP, on defense. "This is three or four times the budget of Russia and as much as China. But it is not enough," says Josep Borrell, the European Commissioner for External Affairs.

These figures show that the new increases in military budgets announced in March 2002 are not really "turns" due to a new situation, but are largely part of a trajectory set up three years ago, decided after 2014 and the invasion of Crimea. The war in Ukraine had been more or less anticipated in the re-launch of militarizations. If we add to these elements the fact that the US President, Jo Biden, announced, as early as January 20, 2022, the imminence of a Russian invasion of Ukraine, a question arises: what were the strong diplomatic initiatives to defuse the risk of war, apart from "sleeve effects" in the form of threats of sanctions, of "firm reactions"? Can we go so far as to say that the United States in particular has accommodated the inevitability of Putin's triggering a conflict out of political realism?
There are two avenues to explore in this reflection:
- the course of the relations of the Western powers since 1990 with Russia
- the examination of the events that have occurred since February 24, the beginning of the Russian aggression, seen from the point of view of US interests.
First line of thought: the debate is about this question: did NATO break an agreement made at the end of the Cold War that it would not extend its borders to the East? The answer is complex. Numerous documents, including some recently published by Der Spiegel, indicate that this issue was discussed on several occasions, but only orally, by Western and Soviet officials at the time. But no written document seems to have been signed at the time. NATO is at liberty to state that "there has never been a political or legally binding commitment by the West not to expand NATO beyond the borders of a reunified Germany. "Legally binding"; the devil is obviously in the details, it does not mean that there were no verbal promises...
The first enlargement of NATO to the East was thus made when the former GDR was accepted into the Alliance, in agreement with Moscow. Then in 1999, Poland, the Czech Republic and Hungary were also admitted to the North Atlantic Alliance.
.
"If the Russians had had a formal treaty prohibiting the expansion of NATO at that time, there would have been very strong opposition, and there was none. On the contrary, Russia negotiated its rapprochement with NATO, since the NATO-Russia Founding Act was signed in 1997, and in 2002 the NATO-Russia Council was created, an unprecedented partnership structure between the two," says researcher Amélie Zima.
In 2004, a new wave of countries joined the ranks of NATO: Bulgaria, Estonia, Latvia, Lithuania, Romania, Slovakia and Slovenia. Ten Eastern European countries have now joined Europe. By accusing NATO of not having respected its promises of non-enlargement, is Vladimir Putin only trying to justify his annexation of Crimea and now his invasion of Ukraine? On the one hand, certainly, and at the same time, since 2008, many things have changed in geopolitical relations.
The partnership agreements between NATO and Russia have been suspended completely since 2014, the illusions that could exist to see Russia considered as a partner in European affairs gone. The strategic concept adopted by NATO in November 2010 endorses the alliance's willingness to intervene in theaters of operation outside its borders, as it had done in Afghanistan. It is in this new geopolitical concept that the enlargement of NATO to the east of Europe can be considered as a de facto strategic encirclement. The possibility of Ukraine and Georgia joining NATO one day, even if the processes were not yet formalized, further aggravated this situation. It is not surprising, therefore, that the debate over Ukraine's possible neutrality figures prominently in the crisis exit negotiations between Russians and Ukrainians.
What makes matters worse is that this continuous deterioration of relations between Russians and Westerners, materialized by the expansion of NATO, has also progressively resulted in the sidelining and loss of substance of the OSCE (Organization for Security and Cooperation in Europe), which could have been the ideal framework for the construction of a new common security between all European countries.)
Not accepting the brutality and illegality of Putin's decision to militarily invade another country does not prevent us from being lucid about the geo-political context in which this aggression took place.
What solution? In fact, tomorrow, all the elements for rebuilding trust between European countries will have to be rebuilt, and the hypothesis put forward by many of a new European Conference could make it possible to put all these problems back on the table, provided that the various components of European civil societies, whose experience and involvement have grown considerably since 1975, the date of the Helsinki Conference, which, in another context, helped to give impetus to cooperation in Europe, are associated with it, in an appropriate form.

My second line of thought regarding the attitude of the various states before and during the course of the Russian invasion war is to understand who, apart from Russia's absurd and criminal fantasies of power, benefits from the chaos thus created.
It is clear that since 2014 there has been an extraordinary upsurge in the militarization of the region.  The Russian army has reorganized its structuring and modernized its armaments. The Russian military-industrial complex has grown rapidly and in 2016 accounted for 50% of gross manufacturing output according to researcher Vladislav Inozemtsev (IFRI). Despite the obstacles caused by Western economic sanctions, especially in terms of technology, the renewals of military equipment necessary pp to compensate for Russian losses will still give a boost to the sector.
On the other hand, since 2014, Ukraine has received strong Western military support, the U.S. ambassador in Kiev said that since 2014, the United States has provided Ukraine with more than $ 2.5 billion in aid to strengthen its security.
Since the beginning of the Russian attack, at least sixteen Nato countries, as well as two usually neutral, according to a count by the newspaper "Les Echos", have provided weapons to the Ukrainian government. Washington has and will provide 1,400 portable Stinger missiles against helicopters, in addition to the 500 provided by Germany and those promised by Latvia, Lithuania, Italy and the Netherlands. Berlin offered 2,700 Strela surface-to-air missiles from the warehouses of the former GDR, and Washington will also provide 2,000 Javelin missiles, with a range of 2.5 km, in addition to the 2,600 already delivered against tanks. Many Eastern European countries are offering stocks of Soviet-era equipment and are demanding that NATO replace them with the latest models (which cost much more). ). The military-industrial complex, especially the American one, is therefore not unhappy with the extension of hostilities, which are feeding a sector that was in economic slowdown.
It is not cynical or "conspiratorial" to evoke this sinister aspect of the war, because we must always remember the lucid declaration of US President Einsenhower after his term of office in 1961, ""In the governmental assemblies, we must therefore guard against any unjustified influence, whether solicited or unsolicited, exerted by the military-industrial complex".
War always benefits powers of any kind: this is obvious on the political or strategic level, but it is also true on the economic level. The political tightening around NATO will probably result in new orders in the field of aeronautics with the purchase of numerous F35 fighters by European countries such as Italy, Belgium and the Netherlands - to the detriment of the Dassault Rafale. The talk of energy independence for northern European countries and Germany from Russian gas should result in a breakthrough in American shale gas (LNG) exports to Europe. An agreement was signed on 25 March between the EU and the USA which provides that the USA will deliver 15 billion cubic metres (bcm) of liquefied natural gas, imported by ship, to Europe in 2022, in addition to the 25 bcm already planned. The aim is to do away with the 155 Gm3 of Russian gas - 40 of which is supplied by Germany - which provides 30% of European consumption.
What is happening on the ground thus vindicates certain political scientists who, before 24 February, believed that the United States had an interest in a confrontation with Russia in order to weaken it in international competition, to reopen new markets (gas), to prevent the creation of a solid Russia/China bloc, and to strengthen a new "free world" bloc.
This is not the least of the contradictions to be overcome in the struggle for peace: the priority remains to obtain a halt to Russian military aggression, the conclusion of a cease-fire and a political solution opening a path to peace, since the center of all international political action remains the safety of the Ukrainian civilian population.
As a partial conclusion, we can therefore observe that behind the unequivocal condemnation of Russia's war against Ukraine there is a much more complex background, where geo-political considerations for the last thirty years, the pursuit of economic and strategic interests, where morality and generous feelings have little to do.
This is not a new characteristic of this conflict, as it is with any war. On the other hand, I will come back in a third part to the newer aspects of what could be called a "4th war in the war", the "information war", far from the simple "propaganda" battles of the wars of the past, with all the new challenges that this poses in the struggle for peace.

Daniel Durand
April 3rd, 2022



jeudi 31 mars 2022

Guerre(s) Russie - Ukraine : premières réflexions rapides (I)

(English translation below)

La guerre déclenchée par la Russie contre l'Ukraine dure depuis plus d'un mois et nul ne peut prédire quelle sera sa durée, soit en "haute intensité" comme ce début avril ou éventuellement en "basse intensité" si les forces russes diminuaient leurs attaques. Nous assistons avec indignation à ces images de guerre insupportables. Il faut plus que jamais tout faire pour obtenir un cessez-le-feu, le retrait des troupes russes et un processus permettant d'obtenir rapidement un accord de paix. Dans un monument aux morts de mon département de la Loire figure l'inscription vengeresse "Maudite soit la guerre !", je la partage complètement.
Il est encore bien tôt pour tirer des enseignements complets et définitifs de cette guerre, inédite sur le continent européen depuis 1945 puisqu'elle implique directement une puissance nucléaire, membre du Conseil de sécurité. Il est encore bien tôt pour analyser toutes les causes complexes ayant déclenché l'attaque voulue et décidée par Vladimir Poutine mais il est quand même possible de dégager de premières observations ainsi qu'un faisceau de problématiques à approfondir par les chercheurs.

Le premier niveau de remarques et d'observation, indiscutable, est celui de la réalité brute. La Russie a agressé l'Ukraine en envahissant son territoire le 24 février 2022, commettant ainsi une atteinte au droit international "en violation du paragraphe 4 de l’Article 2 de la Charte des Nations Unies" (résolution de l'AG de l'ONU du 3 mars 2022). Les troupes russes ont entamé une guerre classique et brutale, avec côté russe, l'utilisation de chars et de blindés, une maîtrise quasi totale du ciel avec des bombardements aériens importants, suivis par l'avancée de troupes au sol. Quelques armes modernes ont été employés comme des missiles hypersoniques, par contre, peu de drones de combat.
Une première constatation s'impose : les forces russes n'ont réussi que de faibles avancées sur le terrain alors que la disproportion des forces semblait énormes. Elles ont rencontré de nombreux problèmes de logistique (difficultés d'approvisionnement en carburant notamment) , des hésitations tactiques également. Cela amène une première question à creuser : et si l'armée russe n'était qu'un "tigre de papier", en dehors de la possession redoutable de l'arme nucléaire ?
Du côté ukrainien : l'armement a été fortement modernisé depuis 2014 et les accords de Minsk, avec l'aide militaire américaine substantielle, plus des livraisons d'armes depuis le début du conflit, notamment en missiles anti-chars et la fourniture intensive de drones américains et turcs. Les forces ukrainiennes ont pu maintenir leurs communications radio et internet grâce à l'aide du milliardaire américain (groupe Tesla) Elon Musk qui a déplacé au dessus du territoire ukrainien son réseau satellitaire.
Ainsi, malgré sa supériorité matérielle de départ, l'armée russe n'a pas réussi à acquérir au bout d'un mois de combat un avantage décisif.

Cependant, au delà de son caractère militaire tristement "classique" qui nous rappelle des jours sombres du XXe siècle, avec son cortège de destructions, de victimes civiles, de cortèges de réfugiés aux frontières, une évidence s'impose. Les quatre semaines qui viennent de s'écouler ont vu des phénomènes nouveaux, ceux de "guerres dans la guerre". Le premier d'entre eux est celui-ci : l' agression russe a suscité une condamnation quasi unanime dans le monde au niveau des États (la résolution de l'ONU du 3 mars a recueilli 145 voix contre 5 seulement) et au niveau des opinions publiques dans les pays industrialisés. Cette condamnation a été générale et globale : politique, morale et surtout, a suscité des réactions multiformes.
D'abord, il faut noter l'étrange passivité du Secrétaire général des Nations unies, le portugais, Antonio Gutteres, au niveau des initiatives diplomatiques, tant pour la paix ou pour mettre en place des sanctions officielles : pas de déplacement dans les capitales, tant en Europe qu'à Moscou. Cette passivité tranche avec ce que nous avions vu en 2003 lors des préparatifs de la guerre d'Irak avec l'activisme du secrétaire de l'ONU d'alors, Kofi Annan, pour empêcher la guerre.
Sa seule action concrète a consisté en la réunion de l'Assemblée générale de l'ONU et l'adoption d'une résolution de condamnation de portée générale. Certes, l'Assemblée générale n'a pas de pouvoirs coercitifs, encore que, dans le cadre d'un constat de l'incapacité et de la paralysie du Conseil de sécurité à cause du veto russe, il aurait été possible d'appliquer la résolution de 1950 (dite "résolution Acheson") qui permet à l'Assemblée de préconiser exceptionnellement des mesures (certes non contraignantes) en matière de rétablissement de la paix, ce qui aurait fourni un cadre juridique aux actions des États.Il est clair que M. Gutteres a laissé les grandes puissances occidentales "prendre la main" pour les mesures de rétorsion contre la Russie.
Les réactions internationales se sont développées autour de la mise en place de "sanctions" qui ont toutes pour caractéristique d'être prises hors des enceintes onusiennes, donc sans doute, si l'on suit de nombreux juristes, hors du droit international, puisqu'elles peuvent être classées dans le cadre des sanctions "unilatérales". En effet, les décideurs ont été soit des pays seuls avec les USA comme leader, soit des groupes de pays dont l'Union européenne, le "club des pays riches", le G7. les mesures prises ont été centrées sur les plans économiques et financiers.
On peut estimer que ces mesures étaient pleinement justifiées du fait de l'agression russe, mais cela n'empêche pas des réflexions de portée générale pour l'avenir. Ces "sanctions" ont été annoncées comme des moyens de pression pour obtenir la fin des combats mais comme elles ne se situent dans aucun cadre normatif juridique, leur champ d'application, leur durée dépendent du bon vouloir des pays ou groupes de pays concernés, avec toutes les tentations d'abus possibles. L'incertitude de leur statut les maintient sur un plan essentiellement "punitif", domaine qui devrait relever d'une structure de justice internationale. Ce non-contrôle (en poussant la réflexion théorique et politique), peut laisser planer un doute : ces sanctions ne peuvent-elles pas être utilisées par un pays dominant dans tel ou tel secteur pour obtenir des avantages économiques ou commerciaux particuliers (voir le débat autour de la fourniture possible de gaz de schiste par les USA à l'UE).
Finalement : est-on dans des "sanctions", donc une forme de justice ou dans une "guerre économique" qui ne voudrait pas dire son nom (voir la reculade à ce sujet du ministre des finances français Lemaire, lorsqu'il utilisa une fois ce terme). Mais à ce moment, remarquons qu'autant la guerre "classique" est très encadrée par le droit (droit de la guerre et droit dans la guerre), autant la guerre économique a des contours très flous.

Autre constatation nouvelle, cette "deuxième guerre" se double vite d'une "troisième guerre" qui est une "guerre sociétale". À côté des entités étatiques, des entités non-étatiques se placent elles-aussi sur le plan punitif des "sanctions" dont l'outil privilégié est le "boycott", ce sont les fédérations sportives, les organismes culturels qui appellent au boycott russe (interdiction de participation aux athlètes russes aux jeux para-olympiques, annulation de spectacles russes de chant, de danses).
Là aussi, la problématique est complexe. La réaction peut être considérée comme justifiée et même marquer un engagement très positif des sociétés civiles dans la condamnation d'une guerre injustifiable mais là encore, se pose le problème de l'absence de cadre normatif, de buts clairs, de durée. Comment éviter que d'un boycott et d'une action justifiée contre la guerre, on ne glisse pas à des actions partisanes, à l'attisement de haines entre peuples, à la réactivation de vieux fantasmes culturels (ici le "méchant russe") ?
Par contre, un côté positif de cet "engagement sociétal" dans le conflit a été le développement remarquable de la solidarité dans la population : générosité dans l'envoi de vivres et matériels, générosité dans l'accueil de réfugiés ukrainiens. Cet élan de solidarité s'explique par l'évidence de l'efficacité du geste. Efficacité qui est beaucoup moins visible dans la mise en oeuvre d'une "solidarité politique", c'est-à-dire l'action pour la paix et contre la guerre, où la mobilisation s'est révélée beaucoup plus complexe.

Pour résumer mon propos, quelles répercussions possibles de ces "trois guerres en une", peut-on déjà pointer ?
Sur le plan militaire : le conflit a remis au centre le poids politique et stratégique de l'existence et de la possession des armes nucléaires par un acteur du conflit. Tous les acteurs avaient en tête le risque de déflagration mondiale terminale qui existait. À l'opposé de l'échelle des armements, l'usage d'armes nouvelles a été confirmée comme les drones capables de compenser en partie une non-maîtrise du ciel en avions classiques. Chacun a pu constater qu’aujourd’hui, une guerre qui se déroule sous les caméras de télévision ou les vidéos des smartphones amène de nouveaux acteurs sur le champ de bataille : les opinions publiques. Les USA ont dénoncé depuis le mois de janvier dans les médias l'imminence d'une attaque russe en Ukraine : le 24 février, Vladimir Poutine n'avait-il pas déjà perdu la guerre ? Du moins, celle de l’opinion ?  
Sur le plan du multilatéralisme : l'absence d'initiatives de médiation au niveau onusien, laissée à des bonnes volontés régionales (Turquie, Israël), l'absence d’initiative remarquée et peu admissible des leaders de l'Union européenne (dont M. Macron) ont été remarquées. Ces ambiguïtés ont pu jouer sur un autre phénomène remarquable qui est la faiblesse des réactions populaires contre la guerre et pour la paix, en dehors peut-être de certaines manifestations en l'Allemagne. À la différence de 2003, on a constaté les difficultés de coordination internationale, le peu de mouvements d'ampleur dans les grands pays industrialisés comme France, Royaume-Uni, USA où le débat renaissant sur l'interdiction des armes nucléaires s'est trouvé pris à contre-pied.
Ces faiblesses ont eu une conséquence : ce sont les puissances occidentales qui ont été maîtresses du jeu, on a assisté au retour du leadership des USA à la tête d'un nouveau "monde libre". Des organismes non-onusiens comme le G7 ont repris du "poil de la bête".
Sur le plan du droit international : la place prise par la question des sanctions et du boycott pose la question de remettre sur le chantier de meilleures définitions du droit de la guerre économique, de la guerre sociétale et celui de l'information de guerre et dans la guerre.
Sur le plan des idées : on peut parler d'une réhabilitation du "ci vis pacem, para bellum" qui se traduit par l'annonce de la hausse des budgets militaires dans presque tous les pays européens (que deviendront les dépenses nécessaires pour les ODE, les Objectifs de développement durable) ? Des tabous culturels semblent tomber : il est sans doute exagéré de parler maintenant d'un nouveau "militarisme allemand" mais il y a eu des annonces préoccupantes (dépenses militaires en très forte hausse, installation d'un bouclier anti-missile,  ré-ouverture possible du débat sur le nucléaire militaire). Enfin, j'ai mentionné précédemment la résurrection de l’Otan, sortie de sa "mort cérébrale".

Au-delà de ces premières questions à pointer, existent d'autres champs d'études et de réflexions à creuser. Je citerai, sans ordre particulier, le débat nécessaire sur "l'information de guerre" ou "l'information dans la guerre" : ce sont de vieux problèmes mais qui se déploient dans des conditions nouvelles avec l'extension de l'information dans la mondialisation, le problème des sources (voir l'invraisemblable cacophonie autour des victimes sous le théâtre de Marioupol), le nouveau rôle des réseaux sociaux (les vidéos postées sur Tweeter comme source principale des agences de presse). Comment construire une information indépendante mondialisée ?
J'ai commencé d'évoquer la réflexion sur l'action des mouvements de paix : quelle intervention sur les nouveaux champs des guerres, en amont avant le conflit, quelle action sur les plans sociétaux, économiques, quelle place pour les idées de culture de paix ?
Il y aura aussi des débats rétro-actifs à approfondir. Il sera nécessaire, au delà de l'analyse de l'immédiateté, de repasser au crible les années post-Guerre froide après 1990 et les problématiques de sécurité commune entre États européens : les espoirs puis l'étouffement de l'OSCE, l'élargissement de l'UE comme cheval de Troie de l'OTAN, l'aveuglement après la guerre de Crimée et la complaisance des États européens, des Nations unies envers le non-respect des accords de Minsk par la Russie mais peut-être surtout par L'Ukraine. 

Voici autant de champs de réflexions sur lesquels j'espère pouvoir revenir dans d'autres publications.
Daniel Durand - 31 mars 2022

************************

The war unleashed by Russia against Ukraine has been going on for more than a month and no one can predict how long it will last, either in "high intensity" as it was at the beginning of April or possibly in "low intensity" if the Russian forces decrease their attacks. We are witnessing with indignation these unbearable images of war. More than ever, we must do everything possible to obtain a cease-fire, the withdrawal of Russian troops and a process that will allow a peace agreement to be reached quickly. In a monument to the dead in my department of the Loire, there is the vengeful inscription "Cursed be the war", I completely share it.
It is still very early to draw complete and definitive lessons from this war, unprecedented on the European continent since 1945 since it directly involves a nuclear power, member of the Security Council. It is still very early to analyze all the complex causes that triggered the attack desired and decided by Vladimir Putin, but it is still possible to draw some initial observations as well as a number of issues to be studied in greater depth by researchers.

The first level of remarks and observation, indisputable, is that of raw reality. Russia aggressed against Ukraine by invading its territory on February 24, 2022, thus committing a breach of international law "in violation of Article 2, paragraph 4, of the Charter of the United Nations" (UN General Assembly resolution of March 3, 2022). The Russian troops started a classical and brutal war, with the use of tanks and armored vehicles, an almost total control of the sky with important aerial bombardments, followed by the advance of ground troops. Some modern weapons were used, such as hypersonic missiles, but few combat drones.
The first observation is that the Russian forces only managed to make small advances on the ground while the disproportion of forces seemed enormous. They encountered numerous logistical problems (notably fuel supply difficulties), as well as tactical hesitations. This leads to a first question: what if the Russian army was only a "paper tiger", apart from the formidable possession of nuclear weapons?
On the Ukrainian side: weaponry has been heavily modernized since 2014 and the Minsk agreements, with substantial U.S. military aid, plus arms deliveries since the beginning of the conflict, including anti-tank missiles and the intensive supply of American and Turkish drones. The Ukrainian forces have been able to maintain their radio and internet communications thanks to the help of the American billionaire (Tesla group) Elon Musk, who moved his satellite network over Ukrainian territory.
Thus, despite its initial material superiority, the Russian army did not manage to gain a decisive advantage after a month of fighting.

However, beyond its sadly "classic" military character, which reminds us of the dark days of the twentieth century, with its procession of destruction, civilian victims, and processions of refugees at the borders, one obvious fact stands out. The last four weeks have seen new phenomena, those of "wars within wars". The first of these is this: the Russian aggression has aroused almost unanimous condemnation in the world at the level of States (the UN resolution of March 3 received 145 votes against only 5) and at the level of public opinion in the industrialized countries. This condemnation was general and global: political, moral and, above all, gave rise to a variety of reactions.
First of all, it is important to note the strange passivity of the Secretary General of the United Nations, the Portuguese, Antonio Gutteres, in terms of diplomatic initiatives, both for peace and to put in place official sanctions: no visits to capitals, both in Europe and in Moscow. This passivity contrasts with what we saw in 2003 during the preparations for the Iraq war with the activism of the then UN Secretary, Kofi Annan, to prevent the war.
His only concrete action was to convene the UN General Assembly and adopt a resolution of general condemnation. Although the General Assembly does not have coercive powers, it would have been possible to apply the 1950 resolution (known as the "Acheson resolution"), which allows the Assembly to exceptionally recommend measures (albeit non-binding) to restore peace, thus providing a legal framework for the actions of states. It is clear that Mr. Gutteres has let the major Western powers "take the lead" in retaliating against Russia.

International reactions have developed around the implementation of "sanctions", all of which have the characteristic of being taken outside of UN forums, and therefore, if we follow many jurists, outside of international law, since they can be classified as "unilateral" sanctions. In fact, the decision-makers were either individual countries with the USA as leader, or groups of countries including the European Union, the "club of rich countries", the G7. The measures taken were centered on economic and financial plans.
One may consider that these measures were fully justified because of the Russian aggression, but this does not prevent general reflections for the future. These "sanctions" were announced as a means of pressure to obtain an end to the fighting, but as they are not part of any legal framework, their scope and duration depend on the goodwill of the countries or groups of countries concerned, with all the possible temptations of abuse. The uncertainty of their status keeps them on an essentially "punitive" level, an area that should be the responsibility of an international justice structure. This non-control (if we push the theoretical and political reflection), can leave a doubt: can't these sanctions be used by a dominant country in such or such sector to obtain particular economic or commercial advantages (see the debate around the possible supply of shale gas by the USA to the EU).
Finally: are we talking about "sanctions", therefore a form of justice, or about an "economic war" that would not want to speak its name (see the backtracking on this subject by the French Minister of Finance Lemaire, when he once used this term). But at this point, let us note that while "classic" war is very much framed by the law (the law of war and the law of war), economic war has very blurred contours.

Another new observation is that this "second war" quickly doubles as a "third war" which is a "societal war". Alongside state entities, non-state entities are also taking part in the punitive aspect of the "sanctions", the main tool of which is the "boycott". These are the sports federations and cultural organizations that are calling for a Russian boycott (ban on the participation of Russian athletes in the Para-Olympic Games, cancellation of Russian singing and dancing performances).
Here again, the problem is complex. The reaction can be considered justified and even mark a very positive commitment of civil societies in the condemnation of an unjustifiable war, but here again, there is the problem of the absence of a normative framework, clear goals, duration. How can we avoid that a boycott and a justified action against the war does not slide into partisan actions, the stirring up of hatred between peoples, the reactivation of old cultural fantasies (in this case the "Russian villain")?
On the other hand, a positive side of this "societal engagement" in the conflict has been the remarkable development of solidarity in the population: generosity in sending food and materials, generosity in welcoming Ukrainian refugees. This surge of solidarity can be explained by the obvious effectiveness of the gesture. This effectiveness is much less visible in the implementation of a "political solidarity", i.e. the action for peace and against war, where the mobilization has proved to be much more complex.

To summarize my remarks, what are the possible repercussions of these "three wars in one"?
On the military level: the conflict brought back to the forefront the political and strategic weight of the existence and possession of nuclear weapons by an actor in the conflict. All the actors had in mind the risk of a terminal global deflagration that existed. On the other side of the scale of armaments, the use of new weapons was confirmed, such as drones, which are capable of partially compensating for the lack of control of the sky by conventional aircraft. Everyone has seen that today, a war that takes place under television cameras or smartphone videos brings new actors to the battlefield: public opinion. Since January, the United States has denounced in the media the imminence of a Russian attack in Ukraine: on 24 February, hadn't Vladimir Putin already lost the war? At least, the one with the public?  
On the level of multilateralism: the absence of mediation initiatives at the UN level, left to regional goodwill (Turkey, Israel), and the absence of a noticeable and not very acceptable initiative by the leaders of the European Union (including Mr. Macron) have been noticed.

International reactions have developed around the implementation of "sanctions", all of which have the characteristic of being taken outside of UN forums, and therefore, if we follow many jurists, outside of international law, since they can be classified as "unilateral" sanctions. In fact, the decision-makers were either individual countries with the USA as leader, or groups of countries including the European Union, the "club of rich countries", the G7. The measures taken were centered on economic and financial plans.
These ambiguities may have contributed to another remarkable phenomenon, which is the weakness of popular reactions against the war and for peace, except perhaps for certain demonstrations in Germany. Unlike in 2003, there were difficulties in international coordination and few large-scale movements in the major industrialized countries such as France, the United Kingdom and the United States, where the resurgent debate on the ban on nuclear weapons was caught in the middle.
The consequence of these weaknesses was that the Western powers were in control of the game, and we witnessed the return of US leadership to the head of a new "free world". Non-U.S. organizations such as the G7 have regained some of their strength.
On the level of international law: the importance of the question of sanctions and boycotts raises the question of putting back on the drawing board better definitions of the law of economic warfare, societal warfare and the law of information in war and in war.
On the level of ideas: we can speak of a rehabilitation of the "ci vis pacem, para bellum" which is reflected in the announcement of the increase of military budgets in almost all European countries (what will become of the expenses necessary for the ODE, the Sustainable Development Goals)? Cultural taboos seem to be falling: it is probably an exaggeration to speak now of a new "German militarism", but there have been worrying announcements (military expenditure in very sharp increase, installation of an anti-missile shield, possible re-opening of the debate on military nuclear power). Finally, I mentioned earlier the resurrection of Nato, which has come out of its "brain death".

Beyond these first questions, there are other fields of study and reflection to be explored. I will mention, in no particular order, the necessary debate on "war information" or "information in war": these are old problems but they are unfolding in new conditions with the extension of information in globalization, the problem of sources (see the incredible cacophony around the victims under the Marioupol theater), the new role of social networks (videos posted on Twitter as the main source of press agencies). How to build an independent globalized information?
I have started to talk about the reflection on the action of peace movements: what intervention on the new fields of wars, upstream before the conflict, what action on the societal and economic levels, what place for the ideas of culture of peace?
There will also be retroactive debates to be deepened. It will be necessary, beyond the analysis of immediacy, to re-screen the post-Cold War years after 1990 and the problems of common security between European states: the hopes and then the suffocation of the OSCE, the enlargement of the EU as a Trojan horse for NATO, the blindness after the Crimean war and the complacency of European states and the United Nations towards the non-respect of the Minsk agreements by Russia, but perhaps above all, by Ukraine.

Here are so many fields of reflection on which I hope to return in other publications.
Daniel Durand - March 31, 2022