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mardi 8 février 2011

Culture de paix : information participative... comment ? (3)

Une des dimensions les plus méconnues de l'action pour une culture de la paix est celle visant à "soutenir la communication participative et la libre circulation de l’information et des connaissances"(point 7 du Programme d'action pour une Culture de la paix)). Il y a un accord général sur les grands principes : la liberté de la presse et la liberté de l’information et de la communication, les mesures concernant le problème de la violence dans les médias, y compris internet, le rôle que devraient jouer ceux-ci dans la promotion d’une culture de la paix. Mais la réflexion n'est pas toujours poussée sur les outils (et les démarches) permettant une utilisation démocrative et participative de l'information. On reconnaît aujourd'hui l'influence grandissante des réseaux sociaux, du genre Facebook, des blogs pour répandre des idées progressistes même dans des pays à la démocratie rétrécie comme en Tunisie ou en Égypte. L'influence d'internet avait commencé d'être relevée dans le développement du mouvement anti-guerre d'Irak aux USA en 2002-2003. L'influence des réseaux sociaux a les limites de leur caractère mercantile : pillage des données personnelles au bénéfice des sollicitations publicitaires notamment... Par contre, on parle peu d'un autre grand acteur potentiel de démocratisation et de partage qui est constitué par le mouvement des "logiciels libres" (les logiciels sont les programmes qui font fonctionner vos ordinateurs).
Qu'est-ce que c'est ? Pour comprendre la situation d'aujourd'hui : imaginons un monde où les tartes aux fruits ne sont disponibles que toutes prêtes et payantes ; où il n'y a pas de recettes de tarte aux fruits disponibles donc impossible d'en faire à la maison ; où personne ne peut ou souhaite obtenir les recettes. Ce monde existe : c'est le monde du logiciel propriétaire depuis le début des années 80, tel que le représente Microsoft avec Windows, Internet Explorer, Word, etc...
Un autre monde existe pourtant et se développe : c'est celui des tarte aux fruits avec la recette disponible, et le droit de partager gratuitement sa tarte avec son voisin. C'est le monde des logiciels libres. Le fondement même du logiciel libre repose sur un esprit de coopération entre utilisateurs, de partage du savoir, pour enrichir et faire progresser le logiciel. Celui-ci permet ainsi une réelle appropriation citoyenne de l'informatique, rend les utilisateurs autonomes, indépendants et les éloigne des impasses technologiques, alors qu'aucun éditeur propriétaire n'y a intérêt.
Le monde du logiciel libre et le monde associatif ainsi que la communauté qui promeut une culture de paix ont de nombreuses valeurs communes (partage, volontariat, bénévolat) et notamment une certaine éthique du partage de la connaissance. Ces valeurs sont bien celles de "la communication participative et de la libre circulation de l’information et des connaissances" cité plus haut. De plus, utiliser des Logiciels Libres est une démarche éthique sous l'angle de la volonté d'utiliser des logiciels réalisés avec l'objectif de créer un bien commun dans l'intérêt général, et non pas des logiciels créés pour servir des intérêts privés.
Dans les zones en reconstruction, comme l’Afghanistan ou l’Irak, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) forme les fonctionnaires locaux aux logiciels libres et à Linux. Les logiciels libres stimulent des secteurs pour lesquels il n’y a pas d’argent mais qui sont essentiels pour les pays en voie de développement : administration publique, éducation.. Au delà de l'aspect financier, c'est une éthique du partage de la connaissance qui est en jeu.
De plus, la démarche d'engagement collectif au service de l'amélioration des logiciels, place les individus face à leurs responsabilités. Chacun est garant de la réussite de la communauté libre et responsable de ses échecs. Mais paradoxalement, alors que le monde du logiciel libre et le monde associatif ont de nombreuses valeurs communes, les logiciels libres y sont peu diffusés, par méconnaissance, craintes ou ... manque de temps.
Alors qu'ajourd'hui, pour prendre des comparaisons simplistes, une masse de consommateurs fait l'effort de se tourner vers des produits sans OGM, issus si possible du commerce équitable ou de circuits courts (AMAP), voire de l'agriculture biologique, il n'en est pas de même dans l'approche de l'utilisation de l'informatique. Il n'est pourtant pas plus difficile pour un utilisateur de Windows de commencer par remplacer Internet Explorer par Firefox, Outlook express par Thunderbird, Word et Excel par OpenOffice avec des résultats équivalents, si ce n'est supérieurs, que de choisir un produit issu du commerce équitable, et, de plus, l'alternative est gratuite au lieu d'être payante ! Et l'étape suivante, le remplacement de Windows par Linux devient de plus en plus aisé (voir le site de l'APRIL).
Comme on imagine de plus en plus mal un militant de l'environnement consommer de la "mal-bouffe", on devrait ne plus voir aussi fréquemment un militant pour un autre monde de paix et de solidarité travailler avec des outils informatiques fermés, "propriétaires" alors que les alternatives participatives existent.
La problématique de l'adéquation entre une information participative et la nature des outils pour la développer, entre les buts affichés et les engagements personnels des individus sont au coeur du débat sur la signification profonde d'une culture de la paix qui marrie à la fois engagement collectif et individuel.
Nous terminerons cette série sur la Culture de paix dans un prochain article sur les rapports culture de paix et mouvements pour la paix.
7 février 2010




lundi 31 janvier 2011

Culture de la paix : aussi le développement économique et social (2)

Dans un précédent article "Culture de la paix : quel bilan d'une décennie de promotion (1)", je remarquais que tant les ONG que le rapport officiel de l'ONU étaient restés assez vagues ou discrets sur l'évaluation des résultats obtenus sur le point "2/ promouvoir le développement économique et social durable". Et dans l'ensemble, tout le monde a du mal à relier la campagne pour les Objectifs du Millénaire d'éradication de la pauvreté à celle pour promouvoir une Culture de la paix.
Les explications possibles sont multiples. La dimension éducative ou l'action informative s'adressant aux esprits et aux intelligences semblent des éléments inhérents à la promotion d'une Culture de paix. Ce lien est moins évident avec les dimensions économiques et sociales qui mettent en oeuvre des mécanismes financiers, des décisions politiques. L'un est plus dans le domaine de l'action et de la parole, du "dire", l'autre dans celui de l'action, du "faire".
Or, lorsqu'on examine concrètement les textes, les convergences entre les objectifs détaillés du point 2 du "Programme d’action sur une culture de la paix" et les huit "objectifs du Millénaire pour le développement (OMD)" sont évidentes. Dans le programme d'action, on trouve ces buts : "éliminer la pauvreté par une action nationale et internationale", "régler les problèmes de l’endettement extérieur et du service de la dette des pays en développement", "la sécurité alimentaire durable", "veiller à ce que le processus de développement soit participatif ", "autonomisation des femmes et des filles dans le processus de développement", "assurer la durabilité environnementale". Dans les Objectifs du Millénaire, on trouve en écho : "Réduire l'extrême pauvreté et la faim", "Promouvoir l'égalité et l'autonomisation des femmes", "Assurer un environnement durable", "Mettre en place un partenariat mondial pour le développement", etc..
Certes, nombreux sont les acteurs qui agissent concrètement sur ces objectifs de développement économique et social parmi les réseaux denses d'organisations de développement et de solidarités, les organisations syndicales, les collectivités locales, aux côtés des diverses agences de l'ONU et autres institutions internationales. L'enjeu est de convaincre tous ces acteurs que l'action pour le développement ou la justice sociale est constitutive et doit s'inscrire dans un Mouvement mondial pour la culture de paix.
Beaucoup sont déjà persuadés (et nombre de déclarations onusiennes sont très claires sur ce sujet, notamment depuis Boutros Ghali et Koffi Annan), que l'action pour combattre la pauvreté et promouvoir le développement est une manière de travailler à la prévention des conflits, à la stabilité des pays, à la construction d'une paix durable. Reste que ce sentiment ne trouve pas aujourd'hui encore, les cadres et lieux permettant d'exprimer la convergence de l'action pour faire évoluer les esprits et les cerveaux, (toujours selon le préambule de l'UNESCO), et celle de l'action pour la transformation des conditions économiques et sociales, dans lesquelles les hommes évoluent.
En effet, le problème n'est pas pour les organisations humanitaires ou de développement de venir faire de l'éducation à la paix ou au désarmement, ou pour les organisations pacifistes de venir faire des actions de développement. Non, l'enjeu est que chacun comprenne qu'il travaille dans la même direction, celle d'un monde plus juste, plus coopératif, un monde développant une culture de paix. C'est pourquoi, toutes les évaluations de cette décennie d'efforts pour la culture de paix convergent pour dire que la problématique de la construction d'un Mouvement mondial pour la culture de paix a été peu abordée, et qu'elle doit être mise au centre des efforts aujourd'hui.
Ce qui est valable dans l'action pour "promouvoir le développement économique et social durable" l'est tout autant dans l'action "pour favoriser la participation démocratique".
En effet, qui dit transformation sociale dit "outils" de formation, de participation démocratique et politique à la mise en oeuvre de cette transformation. Les événements actuels en Tunisie et en Égypte doivent faire réfléchir sur ces notions. Parmi ces outils, on peut souligner le rôle essentiel des collectivités locales pour développer la démocratie participative. Beaucoup de collectivités locales sont engagées, notamment en France, dans ce qu'il est convenu d'appeler la "coopération décentralisée" avec des partenaires dans des pays en développement, autres collectivités ou associations; Il est clair que lorsqu'on parle dans le "Programme d’action sur une culture de la paix" de "veiller à ce que le processus de développement soit participatif "et de soutenir "l'autonomisation des femmes et des filles dans le processus de développement", les résonances avec les principes actuels de la coopération décentralisée sont forts. Là encore, cela donne un éclairage et un cadre beaucoup plus large à l'action concrète de tous ces acteurs, si nombreux dans nos communes et départements. Dans de nombreux pays, les collectivités locales sont des écoles de la participation démocratique et peuvent donner un contenu concret, grâce aux échanges divers, pour promouvoir cette dimension du "Programme d’action sur une culture de la paix". La promotion de la démocratie est une tâche lourde, qui peut bien sûr être manipulée aux services de causes politiques douteuses. Cela justifie l'importance d'accorder un rôle central aux Nations unies pour mener cette tâche et éviter les dévoiements, mener "des activités de formation de responsables publics et de création de capacités", "en procurant une assistance électorale à la demande des États concernés" comme il est indiqué dans le Programme d'action. C'est pourquoi, me semble-t-il, il faut saluer l'énorme effort de formation mené pendant plusieurs mois en Côte d'Ivoire, la fourniture de matériel électoral, le contrôle, aussi difficile fut-il, du scrutin, la certification des résultats, et souhaiter que ce scrutin, l'expression majoritaire de la population ivoirienne ne soient pas remis en cause (voir mes articles sur ce sujet (Côte d'Ivoire : ne pas plaquer les vieux schémas... et Côte d'Ivoire : questions en débat...).
Plus largement, ce travail pour former des citoyens et citoyennes, conscients et acteurs de leur avenir, mené par de nombreuses ONG ou collectivités locales, ne peut prendre tout son sens que s'il arrive à se reconnaître comme élément d'un grand Mouvement mondial plus large pour la Culture de paix. Je reviendrai dans un prochain article sur la problématique de la relation entre culture de paix et communication participative, circulation de l'information et des connaissances...
31 janvier 2010