mardi 27 janvier 2026

« Droit international et ONU, agir maintenant ! »

Faire respecter le droit international partout et pour tous, donner la priorité à l'ONU partout et pour tout ! Voici les urgences de la situation internationale aujourd'hui.
Face aux initiatives tous azimuts d’un Donald Trump, il faut éviter plusieurs écueils. Le premier est celui d’essayer de le suivre sur tous les terrains qu’il choisit, c’est la voie de l’inefficacité et du suivisme. Le second serait d’adopter une attitude passive en attenant que l’orage passe, ce serait lui laisser le champ libre pour faire des dégâts profonds dans le système international. Enfin, le troisième serait d’abdiquer et de dire que le droit international et l’ONU sont devenus caducs, et donc qu’il conviendrait d’imiter Donald Trump et  se convertir à la force comme moyen de la politique. Comme l’écrit Dominique de Villepin, « Cette idée est fausse et elle est dangereuse. Fausse, parce que le droit continue d’organiser les coalitions, la durée, la réputation, la capacité à isoler une violation, la légitimité d’une riposte. Dangereuse, parce qu’elle valide précisément la doctrine d’impunité »1.   Face à Trump, la seule voie réaliste est celle de réaffirmer fermement la nécessité des règles et des normes communes, donc la primauté du droit international, la nécessité du cadre commun pour cela, c’est-à-dire la consolidation de notre « maison commune », les Nations unies et de leur Charte. Et d’en faire la base d’un large rassemblements des États, au niveau de l’Europe et de l’Assemblée générale de l’ONU.
Faire respecter le droit international aujourd'hui, c'est exiger que le Conseil de la paix de Trump se conforme strictement au mandat que lui a donné le Conseil de sécurité dans sa résolution S/2025/748 : « une administration transitoire dotée de la personnalité juridique internationale et chargée de guider la reconstruction de Gaza et d’en coordonner le financement conformément au Plan d’ensemble et dans le respect des principes juridiques internationaux en vigueur », mandat avec une durée limitée « jusqu’à ce que l’Autorité palestinienne ait mené à bonne fin son programme de réformes [..] et qu’elle puisse reprendre le contrôle de Gaza en toute sécurité et dans de bonnes conditions ».
De même, la « force internationale de stabilisation à Gaza » prévue dans la résolution « prendra toutes les mesures nécessaires pour s’acquitter de son mandat dans le respect du droit international, notamment du droit international humanitaire ».
Faisons donc respecter ces limites juridiques claires ! Si le Conseil de la paix de Trump voulait se mêler d'autres problèmes que la reconstruction de Gaza, son intervention serait illégale car il ne disposerait d’aucun mandat des Nations Unies.
Cette place du droit international et de l'ONU dans le conflit à Gaza, quelles que soient ses imperfections, doit inspirer notre réflexion en ce qui concerne l'Ukraine.
En Ukraine, il faut que l'installation de forces militaires étrangères (dont 6000 militaires français) se fasse avec un accord et un mandat du Conseil de sécurité, sinon elle serait une simple tentative occidentale d’implanter des troupes de l’OTAN aux frontières russes, c’est-à-dire de tenter de faire rentrer par la fenêtre ce qui avait été chassé par la porte.
Tout d'accord global de paix entre l'Ukraine la Russie, voire avec les États-Unis, doit être discuté au Conseil de sécurité et celui-ci doit en valider les contours et des limites, assumer la responsabilité du suivi. C'est la seule condition pour lui donner toute son autorité : cela n’avait pas été fait en 2014 avec les accords de Minsk et cette lacune a largement contribué à l'échec de ces accords.
Le droit international aujourd'hui dans son évolution est un formidable outil pour construire partout une paix solide à condition de développer les pressions, tant populaires qu’étatiques, pour qu'il soit pleinement utilisé.
Pour cela, oui des évolutions sont nécessaires dans les pratiques actuelles. Il faut exiger que le Conseil de sécurité, ou à défaut l'Assemblée générale des Nations Unies, crée les conditions de l'exécution de chaque arrêt de la Cour internationale de justice et aide à transformer en décisions applicables ses avis consultatifs.
C'est le cas, par exemple, de l'illégalité de l'occupation israélienne des territoires palestiniens. C'est le cas des enquêtes sérieuses à mener sur le terrain sur les accusations de génocide à Gaza, et des dispositions d’urgence à prendre pour que les preuves ne soient pas détruites et que l'instruction de la plainte soit menée sérieusement.
C'est le cas de l’exécution du mandat d'arrêt contre le président russe Vladimir Poutine, de celui contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Le Conseil de sécurité doit se donner les moyens de faire exécuter les mandats d'arrêt du Tribunal pénal international. Cela pourrait être une grande exigence populaire dans le monde.
Le droit international n'est pas impuissant : il a les limites de nos mobilisations car c’est nous qui devons créer les conditions du développement des pressions nécessaires pour son application.
En France, nous ne pouvons pas laisser Emmanuel Macron mener la politique de la France suivant ses propres fluctuations d’intérêt et de recherche de « buzz » médiatique. Nous devons en permanence développer la pression pour que ses interventions en faveur du respect du droit international, soient constantes, régulières, sans géométrie variable.  
On ne peut pas gommer non plus, par une simple déclaration académique, la place centrale des États dans les relations internationales. Ceux-ci sont à la base de la Charte des Nations Unies et c’est un formidable exploit que les 193 États du monde en soient signataires ! Nous ne le referons pas, même en cas de 3e guerre mondiale ! Mais nous devons valoriser la place des peuples à côté de celle des États, « Nous, les peuples ! » comme il est écrit en tête du Préambule de la Charte des Nations unies, et conquérir ainsi, progressivement, une véritable « cogestion » de notre « maison commune », les Nations unies !
Tous les États du monde aujourd’hui ne sont pas disposés à suivre passivement les grandes puissances permanentes du Conseil de sécurité. Nous pouvons créer, comme cela a été fait pour d’autres conquêtes d’accords internationaux (Traité sur les mines antipersonnel, Cour pénale international, Traité d’interdiction des armes nucléaires) des coalitions d’un nouveau type - opinions publiques, pays émergents ou du Sud global, institutions internationales - pour imposer des évolutions au système des Nations Unies.
Construire une « maison commune » plus accueillante, fondée sur le droit international et des Nations unies en évolution, n’est pas un enjeu pour « l’après »2 mais un défi pour « aujourd’hui » face à une puissance étatique qui reste encore aujourd'hui dominante. C'est possible, nous le pouvons. « Yes, we can » !
Daniel Durand – 26 janvier 2026
Chercheur en relations internationales.
Dernier ouvrage : « ONU, relations internationales : notre maison commune, notre avenir. » (BoD éditions)
 

notes :

1 - De Villepin sur X - 22/01/26

2 - Voir interview de Monique Chemiller-Gendreau dans l’Humanité du 26 janvier 2026

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