vendredi 10 janvier 2020

Vingt ans après. Pacifisme : ne pas se laisser voler l’espoir de l’an 2000 !

(Twenty years later. Pacifism: don't let the hope of the year 2000 be stolen! - English version at the end)

L’an 2000, « l’année du millénaire », a été celle d’une immense mobilisation et d’un formidable espoir pour tous les militants œuvrant pour un monde de paix et de justice. Elle fut décrétée « Année internationale de la culture de paix » par les Nations unies. Lors de la conférence d’examen du traité de non-prolifération nucléaire, furent adoptées « 13 étapes pratiques » dans lesquelles la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie signèrent un engagement sans équivoque d’accomplir l’élimination totale de leurs arsenaux nucléaires. Des centaines d’ONG et de militants formulèrent des propositions fortes, lors du Forum du millénaire, pour réformer en profondeur le système des Nations unies et y donner plus de place à la voix des peuples. Enfin, le Sommet du millénaire, du 6 au 8 septembre 2000 à New York, constitua le plus grand rassemblement de chefs d’État et de gouvernement de tous les temps et se conclut avec l’adoption, par les 189 États membres, de la Déclaration du millénaire, dans laquelle ont été énoncés les huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Vingt ans après, avec un peu de recul, que constate-t-on ? La notion et le concept de « culture de paix » qui, à l’époque, n’étaient évoqués que dans les milieux pacifistes, et encore avec beaucoup d’interrogations, sont devenus un patrimoine culturel commun dans la société, tant dans les organisations d’éducation populaire que syndicales ou politiques, et cela sur tous les continents. L’élimination des arsenaux nucléaires est devenue une question politique et diplomatique concrète. En 2020, un traité international d’élimination des armes nucléaires recueillera les ratifications nécessaires et rentrera en application.
En 2015, le bilan des huit objectifs pour le développement a indiqué que, pour les pays en développement, le taux d’extrême pauvreté est passé de 47 % à 14 %, le nombre d’enfants non scolarisés à l’âge de l’école primaire est passé de 100 millions à 57 millions, le nombre de décès d’enfants de moins de 5 ans est passé de 12,7 millions à 6 millions, deux fois plus de personnes ont eu accès à l’eau potable courante, etc. Bref, là où il y a une volonté politique forte, il y a des résultats.
Par contre, concernant le quatrième événement, la réforme des Nations unies, les positions n’ont pas évolué, même s’il faut relever que la plus grosse tentative de mettre de côté l’ONU sur le plan politique, c’est-à-dire la politique étrangère de Bush en 2002-2003, a globalement échoué. Les progrès dans ces quatre défis de l’année du millénaire ont été marqués par une implication grandissante des opinions, des ONG.
C’est cette évolution souterraine et forte dans les relations internationales qui est, pour moi, la véritable signification de ces deux décennies. Les phénomènes négatifs, et inquiétants, qui sont souvent surmédiatisés, sont des contre-réactions et non les moteurs de l’histoire.
Il en est ainsi des phénomènes de rejet se développant temporairement dans certains pays contre des conséquences de la mondialisation, perçues comme des menaces : pressions migratoires, mises en concurrence sur l’emploi et les salaires. Il en est ainsi de la persistance des militarisations et du haut niveau des dépenses militaires mondiales, dangers aggravés par le maintien de conflits régionaux aux conséquences humaines et économiques catastrophiques. Les mêmes contradictions existent sur le plan du développement : le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) constate ainsi que si les populations les plus pauvres voient leurs besoins de base mieux satisfaits, le développement des inégalités creuse les écarts et risque de maintenir les plus fragiles en dehors des évolutions de demain.
Enfin, même si je ne crois pas à la « fragmentation » du monde, le multilatéralisme se voit menacé aujourd’hui de manière plus feutrée, mais tout aussi dangereuse, par la multiplication du recours aux structures de discussion ou de négociation informelles, du G20, G7 aux groupes de « bonne volonté » comme sur l’Iran, même si ce n’est pas, parfois, sans résultats positifs. Soyons donc lucides : vingt ans après l’année du millénaire, le monde est globalement meilleur qu’il ne l’était au sortir de la guerre froide, mais nous devons être capables de nous appuyer sur les évolutions favorables pour surmonter les obstacles qu’accumulent tous ceux qui n’ont pas intérêt à un monde plus juste, plus pacifié et plus démocratique.
Il faut se rassembler pour combattre toutes les idées de haine, d’exclusion, de racisme, si promptes à renaître, pour faire de la culture de paix une valeur humaine dominante, notamment en la promouvant dans la sphère éducative. Il faut faire pression dès maintenant, avec le réseau Ican, sur les grandes puissances, dont la France, pour qu’elles prennent en considération le traité d’interdiction des armes nucléaires et créent les conditions de sa réussite. C’est un pas essentiel pour stopper la militarisation des relations internationales, faire diminuer les dépenses militaires, pour dégager plus de ressources financières utiles, comme le réclame notamment Oxfam, pour réussir la deuxième étape des objectifs mondiaux du développement durable prévus jusqu’en 2030.

Enfin, il faut être plus offensif pour réaffirmer que seul le cadre global des Nations unies, dont les valeurs contenues dans la charte sont essentielles, peut permettre de traiter les problèmes du monde en prenant en compte l’avis de tous les pays et de tous les peuples, même les plus petits. C’est dans ce cadre global, avec la COP21, qu’a débuté la prise de conscience de l’immense effort à fournir pour stopper le réchauffement climatique et travailler à la survie de notre planète. Alors, oui, l’an 2000 avait semé beaucoup de graines d’espoir, celles-ci ont germé, poussé, ne les laissons pas étouffer par les vieux chiendents, aidons-les à s’épanouir, mais n’oublions pas que le jardinage demande un effort régulier et de long terme !



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Twenty years later. Pacifism: don't let the hope of the year 2000 be stolen!

The year 2000, "the year of the millennium", was one of immense mobilization and hope for all activists working for a world of peace and justice. It was declared "International Year for the Culture of Peace" by the United Nations. At the Nuclear Non-Proliferation Treaty Review Conference, "13 Practical Steps" were adopted in which China, France, Russia, the United Kingdom and the United States signed an unequivocal commitment to accomplish the total elimination of their nuclear arsenals. Hundreds of NGOs and activists made strong proposals at the Millennium Forum for fundamental reform of the United Nations system and for giving it more space for the voice of the people. Finally, the Millennium Summit, held in New York from 6 to 8 September 2000, was the largest gathering of Heads of State and Government ever held and concluded with the adoption by the 189 Member States of the Millennium Declaration, which set out the eight Millennium Development Goals (MDGs).
Twenty years later, with a little hindsight, what do we see? The notion and concept of a 'culture of peace', which at the time was only mentioned in pacifist circles, and still with many questions, has become a common cultural heritage in society, in popular education, trade union and political organizations on all continents. The elimination of nuclear arsenals has become a concrete political and diplomatic issue. In 2020, an international treaty for the elimination of nuclear weapons will receive the necessary ratifications and enter into force.
In 2015, the assessment of the eight development goals indicated that, for developing countries, the rate of extreme poverty had increased from 47 per cent to 14 per cent, the number of children not attending school at primary school age had increased from 100 million to 57 million, the number of deaths of children under 5 years of age had increased from 12.7 million to 6 million, twice as many people had access to running drinking water, and so on. In short, where there is strong political will, there are results.
On the other hand, with regard to the fourth event, the reform of the United Nations, positions have not changed, although it should be noted that the biggest attempt to set the UN aside politically, that is to say Bush's foreign policy in 2002-2003, has on the whole failed. Progress in these four challenges of the millennium year has been marked by the growing involvement of public opinion and NGOs.
It is this strong, subterranean development in international relations that is, for me, the real significance of these two decades. The negative and worrying phenomena, which are often over-mediatized, are counter-reactions and not the driving forces of history.
This is the case of the phenomena of rejection developing temporarily in some countries against the consequences of globalization, which are perceived as threats: migratory pressures, competition for jobs and salaries. This is the case with the persistence of militarization and the high level of world military expenditure, dangers aggravated by the maintenance of regional conflicts with catastrophic human and economic consequences. The same contradictions exist at the level of development: the United Nations Development Programme (UNDP) has noted that while the poorest populations see their basic needs better met, the development of inequalities widens the gaps and risks keeping the most fragile out of tomorrow's developments.
Finally, even if I do not believe in the "fragmentation" of the world, multilateralism is today threatened in a more muted, but just as dangerous way, by the multiplication of recourse to informal discussion or negotiation structures, from the G20 and G7 to "good will" groups such as on Iran, even if this is sometimes not without positive results. So let us be lucid: twenty years after the year of the millennium, the world as a whole is better than it was at the end of the Cold War, but we must be able to build on the positive developments to overcome the obstacles accumulated by all those who have no interest in a fairer, more peaceful and more democratic world.
We must come together to combat all ideas of hatred, exclusion and racism, which are so ready to be reborn, to make the culture of peace a dominant human value, particularly by promoting it in the educational sphere. Pressure must be brought to bear now, through the Ican network, on the major powers, including France, to take the Nuclear Weapons Treaty into consideration and to create the conditions for its reaffirmation.

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